14.

- Mes cœurs !

Ayant loué une villa au niveau Plage de la station spatiale, c'était là qu'Alguérande avait retrouvé les siens qui les y attendaient depuis le matin.

- Papa ! Papa !

Piaillant, Alveyron avait été couvert de baisers, puis cela avait été au tour d'Oralys qui avait néanmoins fini par protester d'un couinement avant d'être reposé dans son berceau.

Ensuite, leurs fils satisfaits, Alguérande avaient échangé des baisers moins démonstratifs mais tout aussi intenses et tout en retenue.

- Je sais que nous nous sommes vus en courant d'air il y a très peu, mais tu m'as trop manqué, mon grand amour !

La nounou de l'Orchestre terrien prenant les deux garçons en charge, Alguérande et Madaryne demeurèrent seuls, les yeux dans les yeux, les mains reconnaissant le corps de l'autre alors que leurs bouches se dévoraient.

- Cela va être l'heure du goûter d'Alfie, murmura Madaryne entre deux baisers passionnés. Il espère que nous soyons avec lui !

- Et nous allons être avec notre aîné, promit le jeune homme. Nous aurons la soirée et la nuit pour nous !

- Mais, je l'espère bien ! rit son épouse. Pique-nique devant la cheminée aux fausses flammes, raisins à se glisser entre les lèvres, vin capiteux, et surtout un tapis bien épais pour y rouler entremêlés !

- Oui, ça rencontre mes projets ! Alveyron et Oralys vont bien ?

- Ils sont en pleine forme. Alveyron se remet de sa balafre, bien qu'elle lui fasse encore bien mal, le pauvre chou ! Alfie est en vacances scolaires, il est tout à nous, et il en a déjà bien profité ce jour, sur la plage, à la piscine de ce chalet.

- Il étudie bien ?

- Il est même parti en excursion, il n'y a pas longtemps. Il a profité de la dégustation des sirops, et est revenu avec une indigestion de première et a vomi le reste de la soirée ! Mais il continuait de sourire. Il semblerait qu'il s'est fait une nouvelle amie !

- Qui ?

- Aucune idée, il n'a rien dit de plus. Mais bien qu'on l'ait toujours mis en garde de ne pas parler aux inconnus, il semble avoir, cette inconnue rencontrée par hasard, à la bonne.

- Et toi et moi avons à savoir qui approche nos enfants, intervint Alguérande avec une certaine virulence. Je parlerai à Alfie, pour qu'il me dise qui est sa nouvelle amie. Mais ça peut attendre !

Alveyron revint près de ses parents.

- C'est l'heure du goûter, et j'ai très faim !

Se détachant, Alguérande et Madaryne entourèrent le garçonnet, lui prenant la main, pour le ramener vers la terrasse du chalet où la nounou avait préparé la collation.

- Papa ! Maman ! roucoula le garçonnet.

- Et tu as une amie de plus, à ce qu'il paraît ? glissa Alguérande alors que le petit garçon s'attablait devant du chocolat froid et une pile de crêpes où des boules de crème glace et de la chantilly seraient déposées. Elle est sympa ?

- Oui, assez. Elle buvait du sirop, et moi aussi… Je ne l'ai plus revue !

- Et comment s'appelait-elle ?

- Léllanya !

Alguérande se plia en deux, vomit, et s'évanouit, dévalant l'escalier de bois pour rouler dans le sable.


- Les circonstances ne s'y prêtaient pas, mais tu as retrouvé de l'allant, et de la vigueur !

- C'était pire qu'un coup de poignard en plein cœur, souffla Alguérande. J'ai presque vu ma vie s'arrêter. Et quand je me suis réveillé, tu étais à mes côtés, et c'est tout ce qui est important ! Merci d'être là, Mady ! Tu es l'écho de mon âme et je t'aime de toutes les fibres de mon corps !

Le jeune homme roula sur le côté, tournant le dos à sa femme, qui tenta à nouveau une approche qui n'avait rien de mutin.

- Léllanya est un prénom répandu. Et vu son âge, cette femme ne peut être celle qui te remue encore les tripes à ce point, murmura-t-elle. Je comprends le choc, Algie, mais vu que tu étais fragilisé par tout ce qui est arrivé ces dernières semaines, rien d'étonnant à ton malaise… Mais il est totalement impossible que cette visiteuse soit celle qui te traumatise autant !

- Il n'y a jamais aucun hasard… gémit Alguérande en se retenant de toutes ses forces à la couette dans laquelle il s'était enveloppé, laissant son épouse presque nue dans la très douce chaleur du matin. Et la description correspond !

- Mais, d'un tir balle en pleine tête ! Il te l'a confirmé, non ?

- Le combat galactospatial, les explosions, les incendies… Papa n'a même pas réalisé qu'il tirait sur un enfant : moi ! Dans ces confusions, dans cet enfer… Elle aurait pu survivre !

- La navette de Khell fut pourtant la seule à quitter le cuirassé ? remarqua Madaryne, caressant doucement le front moite de son mari qui tremblait de tous ses membres.

- Mais, et si le pire était envisageable… gémit Alguérande en se refermant sur les intolérables souffrances du passé de sa tendre enfance !