Chapitre 14 : Excuses et pardon
Cinq jours s'étaient écoulés depuis la soirée sur le pont. Nous étions en Pologne maintenant. Les vents hivernaux s'imposaient en cette fin d'automne en rafraichissant considérablement l'air et Drago et moi avions dû nous acheter des pull-overs pour mettre par dessus nos t-shirt à manches longues trop fins. Les nuits se faisaient plus longues, et le ciel se couvrait lourdement, laissant deviner une tombée de neige sous-jacente.
Nous n'avions pas parlé. Je ne savais s'il m'évitait ou si c'était moi qui l'évitais ou si nous nous évitions mutuellement. À chaque fois que je le regardais ma culpabilité me donnait un grand coup dans l'estomac. Je me répétais que je ne devrais pas culpabiliser, que je n'avais pas à me lancer dans une histoire avec Drago aussi vite, ni même me lancer dans un histoire avec lui du tout.
Après être retournée à l'hôtel après notre baiser, j'avais voulu le laisser tomber et aller retrouver mes parents toute seule.
Mais bien que je ne voulais pas me l'avouer, j'avais besoin de lui. Il avait tout d'abord un incroyable talent pour transplaner en douceur sur des grandes distances, nous évitant de douloureuses migraines, et surtout il en savait plus à propos de la localisation de mes parents que moi, car c'était lui qui avait lu le dossier. Et il avait de l'argent. Beaucoup d'argent. Je ne savais pas comment j'aurais pu payer tous ces hôtels et ces repas sans lui.
Il était environ sept heures du soir. Le ciel dehors était d'un noir d'encre, sans aucune étoile pour répandre une faible lueur. Nous avions réussi à nous installer dans deux chambres d'un hôtel appelé "Przytulny pensjonat" sans nous adresser un seul mot. Le silence entre nous grandissait démesurément chaque minute que nous passions ensemble et devenait de plus en plus gênant. Et lorsque je n'étais pas avec lui, ma culpabilité me rongeait comme jamais.
Je soupirai et fermai mon livre. J'en avais commencé un nouveau quelques jours plus tôt, mais avec Drago constamment dans la tête, je n'avais aucune idée de quoi il parlait. Et cette fois-ci, comme vous l'auriez deviné, il s'était infiltré à nouveau dans mes pensées. Je n'en pouvais plus de vivre ainsi. Je ne pouvais me concentrer ou même penser normalement. Il fallait que je lui parle et que je lui explique pourquoi j'avais fait ce que j'avais fais. Peut-être me comprendrait-il, peut-être pas, mais ma culpabilité s'en irait enfin.
Je glissai mes pieds dans mes chaussons et marchai péniblement hors de ma chambre à travers le couloir pour arriver devant la porte de sa chambre. Je pouvais entendre les sons étouffés de la télévision polonaise à travers le battant, mais je n'avais aucune autre indication de la présence de Drago dans la chambre. Je pris une profonde inspiration et toquai doucement avec un doigt sur le bois. Le silence régna un moment, excepté le bruit de la télé, puis la poignée de la porte tourna et la silhouette de Drago se découpa dans l'embrasure illuminée par les couleurs colorées venant de derrière lui.
- Drago, je voulais te dire que je suis désolé, marmonnai-je. Pour la soirée sur le pont. J'aurais du rester et d'expliquer.
Je ne pouvais pas le regarder dans les yeux, alors je gardai la tête baissée. Des bruits d'explosion provenaient de la télé et des hommes hurlaient des mots que je ne comprenais pas.
- Hermione, ce n'est pas grave, dit-il comme si c'était évident. Je n'aurais pas du... Tu n'étais pas... C'était ma faute.
Il balbutiait pour trouver les mots justes.
- Non, affirmai-je en me remémorant la nuit en Belgique, lorsqu'il n'avait cessé de répéter que c'était de sa faute. Je n'étais pas prête, c'est tout.
J'ai cru voir son ombre hocher la tête et ce fut tout. Je n'avais pas envie de partir mais j'avais l'impression que c'était ce que je devais faire. La télévision lança une autre salve de bruits agressifs, et la lumière de l'écran colora de vert la chambre.
Je levai brièvement la tête pour voir le visage de Drago. Il ne paraissait pas triste comme je le pensais, en fait, je crus apercevoir un léger sourire sur ses lèvres.
Oh, ses lèvres ! C'était une des choses que je ne pouvais me sortir de l'esprit. Comment des lèvres pouvaient-elle être aussi douces ? Cela ne paraissait pas réel. Je voulais les toucher de nouveau pour m'assurer qu'elles étaient pareilles que dans mon souvenir. Je devais toucher ses lèvres.
- Je ferais mieux de... commençai-je en arrachant mes yeux du spectacle de la forme de sa bouche.
- Reste ! souffla t-il rapidement. Je veux dire, veux-tu entrer ?
Il s'écarta du passage pour que je puisse entrer dans sa chambre. Je regardai nerveusement dans le couloir, puis à nouveau vers Drago. Je me demandais ce qu'il se passerai si je retournais simplement dans ma chambre. Y aurait-il encore cette tension entre nous ? Et plus encore, que se passerait-il si j'entrais, comme il me le proposais ?
Ses lèvres.
J'avançai finalement et souris à Drago comme si c'était normal.
- J'ai quelque chose pour toi, dit-il en fermant la porte, diminuant sensiblement la luminosité de la pièce.
- Ah bon ? demandai-je nerveusement.
Je le regardai attentivement pendant qu'il se dirigeai vers la lampe pour l'allumer et éclairer la chambre. Puis il attrapa sa baguette et d'un mouvement du poignet, ouvrit sa valise posée dans un coin. Je mordillai ma langue avec mes dents pendant qu'il fouillait parmi ses affaires. Que Drago pouvait-il bien avoir pour moi ? Il se redressa finalement, et tenait dans la main un objet noir et rectangulaire qui ressemblait à un livre plutôt fin.
- C'est celui que tu étais en train de regarder, non ?
Il me tendit l'objet et je pu voir ce que c'était réellement, puis me mis à rire.
- Quand as-tu acheté ça ? demandai-je, amusée.
Je m'avançai vers lui et attrapai le film dont j'avais regardé la boîte dans ce petit magasin près du café à Londres lorsqu'il avait soudainement surgi. C'était celle avec la vieille femme avec la peau verte et un chapeau de sorcière dans une robe noire et sur un vieux balais.
- En même temps que j'ai acheté ça, dit-il en sortant un paquet de gâteau et un autre de chips moldus. Je crois que j'ai compris ce qu'est un film maintenant.
Il s'assit sur son lit en face de la télé et tapota la place à côté de lui pour que vienne m'assoir. Je m'approchai doucement en gardant clairement en tête le fait que je m'approchai du lit de Drago Malefoy.
- Ah oui ? m'étonnai-je, curieuse de voir ce qu'il avait compris.
- Oui. C'est une histoire, comme un livre, mais faite d'images et de sons. J'ai raison ?
- Plutôt, souris-je, étonnée de voir qu'il s'était intéressé à cela.
- Seulement, je ne sais pas comment ça marche.
- Regarde.
Je sortis le CD de sa pochette et le glissai dans le lecteur situé en dessous de la télé. L'écran devint noir pendant un instant, puis les alertes habituelles que l'on trouve avant le film s'affichèrent. Je me rassis ensuite près de Drago.
Nos bras se touchaient.
Frissons.
- Tu veux quelques uns de ses trucs ? me proposa t-il, en me tendant le paquet de bonbons en forme de nounours qu'il avait déjà entamé au vu de ses mâchoires qui mâchaient avec ardeur.
J'en attrapai à mon tour une poignée, et il me sourit.
- C'est ridicule ! s'exclama Drago en désignant la télé avec la main.
Le film avait été fait dans les années 80, et avait donc des effets spéciaux plutôt pauvres, et ce qui était évident, la magie qu'ils montraient n'avaient rien à voir avec la véritable magie. Drago avait visiblement énervé par la vision que les moldus avaient des sorciers et de leur monde en général.
- C'est drôle, ai-je dit.
- C'est ridicule, voilà ce que c'est, marmonna t-il.
C'était adorable de le voir dans cet état.
- Moi je trouve ça drôle, qu'ils nous voient comme de vieux être verts enfermés dans des donjons à faire des potion magiques.
- Si tu veux, admit-il finalement.
À l'écran, la sorcière à la peau verte regardait un homme ingurgiter un breuvage qu'elle venait de lui donner, et il se transforma subitement en grenouille. J'éclatai de rire devant les horribles effets spéciaux et le ridicule de la scène. Je me tournai vers Drago et je vis qu'il riait lui aussi.
Il sentit que je le regardais et se tourna vers moi pour plonger ses yeux dans les miens. Progressivement, son rire diminua et s'éteignit, pour devenir un léger sourire qui m'était adressé. Je forçai mes yeux à rester dirigé vers ses pupilles grises. Le son de la télé me paraissait distant, contrairement à sa respiration qui résonnait dans mes oreilles avec force. Puis je sentis soudainement sa main sur la mienne, à nouveau, douce et chaude. De l'autre, il remit une de mes mèches de cheveux derrière mon oreille, puis la retira en faisant glisser ses doigts le long de ma mâchoire.
Ma respiration s'accéléra et mon cœur semblait vouloir s'échapper de ma poitrine. Je sentais son souffle chaud sur mon visage, et d'une pression de la paume sur ma nuque, il rapprocha nos lèvres qui entrèrent en contact. Elles étaient aussi douces, si ce n'est encore plus que dans mon souvenir. Je glissai mes mains sur son torse puissant, puis les ramenai sur ses épaules et dans son dos, pendant qu'il enfouissait les siennes dans mes cheveux.
Il m'embrassa de façon plus pressante, sa langue caressait la mienne fougueusement. Soudain, je me sentis tomber. Le monde devint sens dessus dessous et je sentis le lit dans mon dos, pendant que Drago se mettait au dessus de moi, toujours en m'embrassant. C'était agréable, et je le sentis respirer profondément pendant que ses mains effleurait mon cou, et descendait lentement jusque mes hanches.
Il arrêta d'embrasser ma bouche et je sentis son souffle me chatouiller pendant qu'il y déposait des baisers, depuis mon oreille jusqu'à ma clavicule. Il y avait des boutons au col de mon haut et il commença à les défaire, son visage encore enfoui dans mon cou. Ma respiration commençait à devenir désordonnée et ses mains toujours plus pressantes.
Je savais ce qu'il allait vouloir faire après. Je savais qu'il voulait aller plus loin, mais j'étais allé aussi loin que je le pouvais déjà. Mes mains attrapèrent les siennes et je les écartai de mon t-shirt. S'il faisait un tant soit peu attention à moi, il comprendrait.
- Drago, soufflai-je.
Il se redressa pour me regarder avec ses yeux perçants.
- Pas plus loin, dis-je en essayant de lui faire comprendre que ça allait, mais qu'il ne fallait pas continuer.
Il hocha la tête et plaqua un dernier baiser sur mes lèvres avant d'aller s'assoir au bout du lit.
Nous regardâmes le reste du film en silence, adossés aux oreillers. Il avait passé son bras autour de mes épaules et j'avais posé ma tête sur sa poitrine. J'entendais son cœur battre. C'était étrange, cela me rappelait qu'il était humain, qu'il était fait de la même matière que moi. Je ne pouvais me détacher de ses battements et de sa respiration, et je ne prêtais aucune attention au film. Je repensais à la sensation de ses lèvres sur les miennes, et de son corps sur le mien. J'étais finalement heureuse de ce qui venait de se passer, et j'espérais que lui aussi.
Voilà pour ce chapitre !
Petite information : j'ai commencé une fiction appelé le sablier ensorcelé, au cas où vous auriez envie d'y jeter un coup d'œil. Elle est assez différente de Searching mais c'est aussi un dramione, donc voilà si le cœur vous en dit... ;)
Bisous
Green-serpentine
