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Lorsque ce fougueux baiser s'était interrompu, ils étaient restés un long moment enlacés sur le canapé, silencieux et un peu gênés, fixant le feu dans l'âtre, savourant ce moment de tendresse qui était plus que bienvenu en ces temps troublés.
Puis ils s'étaient séparés sans un mot, ne sachant pas vraiment quoi se dire. Ils étaient allés se coucher, on pourrait même dire se réfugier, chacun de leur côté, la tête et le cœur emplis de sentiments contradictoires.
Le lendemain, ils ne se croisèrent pas de la journée, n'ayant aucun cours en commun. Et lorsqu'Hermione revint dans la salle commune, celle-ci était vide. C'était la fin de l'après-midi et la lumière baissait rapidement.
Elle posa son sac de cours sur la table et entendit un léger bruit. Se retournant vers la fenêtre, elle aperçut un hibou grand duc majestueux, d'une belle teinte fauve, qui donnait de légers coup de bec sur la vitre afin d'attirer son attention. Elle lui ouvrit la fenêtre et l'oiseau se percha sur le dossier du canapé, lui tendant la patte afin qu'elle détache le message qui lui était destiné. Elle donna une gâterie au hibou, qui lui pinça affectueusement le doigt avant de reprendre son envol.
Elle déroula fébrilement le parchemin, les yeux écarquillés sous la tension. Elle le parcourut rapidement. L'écriture fine et penchée était parfaitement lisible et laissait une impression de sérieux et de maturité.
Lorsqu'elle avait appris le cambriolage, elle avait écrit à la dernière personne en vie qui avait été en possession du diadème avant qu'il n'intègre la collection d'Oscar Bridgewater. Elle cherchait à savoir pour qu'elle raison il s'était séparé de cet objet si précieux et qui représentait tant de choses. Elle se demandait également comment il avait pu arriver entre les mains d'un moldu alors qu'il attisait la convoitise de tous les sorciers.
Cette personne était Charles Murray, éminent directeur de musée qui depuis des années, collectionnait les objets magiques. Son immense collection regroupait des objets tels que la baguette de Winona Switlight, sorcière réputée du 18è siècle, le chaudron de Leslie Dirt qui avait servi à concevoir la potion de Felix Felicis, l'anneau de pouvoir de Wendigot Wentworth et tant d'autres choses encore.
Mr Murray, malgré les apparences, était un moldu : il persistait à se vêtir comme un sorcier et portait constamment une immense cape turquoise, ce qui le faisait trouver pittoresque et sympathique par les centaines de moldus qui venaient visiter son étranger musée. Il connaissait l'histoire de la magie mieux que les sorciers eux-mêmes et émerveillait ses clients grâce à ses prestigieux récits et d'incroyables épopées qu'ils croyaient inventées de toutes pièces.
C'était un grand ami de Dumbledore. Il connaissait depuis bien longtemps la face cachée de l'humanité.
Grand rêveur dans l'âme, il n'avait jamais été effrayé par la sorcellerie qui le fascinait. Cette amitié avec feu l'ancien directeur de Poudlard, lui avait permis d'assouvir son insatiable curiosité sur tout ce qui touchait à l'étrangeté.
Lorsqu'elle était tombée sur l'article dans le journal, Hermione avait immédiatement repensé à ce vieil homme charmant et distingué, un peu décalé, aux sourcils broussailleux et d'une blancheur de neige, et aux yeux très bleus.
A l'époque, Dumbledore avait emmené la jeune fille visiter le fameux musée avec ses deux acolytes, Ron et Harry. Elle se souvenait de sa démarche courbée et de son air fatigué, mais également de sa passion et de sa connaissance presque parfaite d'un univers qu'il côtoyait pourtant peu. Des années de recherches assidues avaient fait de ce passionné un spécialiste dans son domaine. Et discuter avec lui avait été extrêmement enrichissant pour cette jeune sorcière catapultée dans un monde nouveau pour elle mais dont elle faisait partie intégrante malgré les quolibets et les insultes incessants qui fusaient, telles que « sang de bourbe », de la part de ceux qui se considéraient comme des sangs purs.
Elle se mit à lire la lettre les yeux brillants, avide de trouver rien que le début d'une réponse ou d'une solution à leurs interrogations.
Au fur et à mesure qu'elle lisait, ses mains se mirent à trembler, ses jambes à flageoler. Elle vacilla et tomba à genoux sur le lourd tapis dans les tons ocre et rouges.
Et c'est dans cette position, agenouillée, son petit visage dans ses mains, les épaules tremblantes et la lettre toujours sur les cuisses, que Drago la retrouva.
Il s'approcha d'elle doucement et s'agenouilla à ses côtés. Il vit la lettre et lui demanda :
- Que se passe-t-il Hermione ?
Elle poussa vers lui la lettre. Il s'en saisit et commença à la lire. Son visage s'assombrissait de plus en plus au fil de sa lecture. La lettre de Charles Murray disait qu'il s'était procuré le diadème par l'intermédiaire de Dumbledore afin de le mettre en sécurité car jamais les sorciers diaboliques qui voulaient s'en emparé n'auraient pu se douter qu'il serait en possession d'un moldu. Mais au fil des années, le diadème avait faire preuve de pouvoirs démoniaques et il s'était produit des évènements malheureux qui avaient fait courir de grands dangers aux moldus qui venaient visiter le musée. La salle du diadème était devenue peu à peu une salle maudite. Jusqu'à ce qu'il vende le diadème à un grand collectionneur sorcier qui disait avoir les pouvoirs nécessaires pour entraver les pouvoirs de l'objet en question.
Les choses horribles dont il faisait mention faisaient froid dans le dos : des moldus défigurés, blessés, d'autres encore dans le coma plus de 5 ans après, des amnésies inexplicables et tant d'autres choses encore.
Le vieil homme était intimement persuadé, au vu des évènements, que si le diadème avait été volé, c'était pour l'utiliser à des fins de magie noire dans la guerre de Voldemort.
Drago réalisa que si c'était Voldemort qui s'était emparé du bijou, ils auraient peu de chances de le vaincre avant d'avoir pu remettre la main dessus, car il était persuadé que c'était l'un des Horcruxes. Il pensait également qu'il n'y en avait pas que sept. Mais cela restait à prouver.
Hermione le regardait intensément, cherchant à deviner ses pensées. Il lui rendit son regard :
- On n'est pas sortis d'affaire je crois.
- Je crois aussi.
- Il faut qu'on trouve un plan d'action.
- Que pourrait-on faire ? On est coincés ici. On ne peut pas partir à sa recherche.
- Il faudrait réussir à convaincre les membres de l'ordre du Phénix, ils pourraient mener leur propre enquête de leur côté tandis que nous ferions ce qu'on peut d'ici.
- Qui serait le plus susceptible de nous croire ?
- Lupin ?
- Pourquoi pas. Mais j'ai peur que lui écrire soit dangereux. Il doit être surveillé. J'ai déjà pris un gros risque en écrivant à Mr Murray.
- Ne t'inquiète pas, lui dit-il en lui passant la main dans le dos. On trouvera un moyen.
- Je l'espère. Car nous avons sérieusement besoin d'aide là.
Ils discutèrent jusque tard dans la nuit sur le plan d'action qu'il leur faudrait mettre en place.
