J'entendais des voix chuchoter à toute vitesse autour de moi.

Je me sentais ballotée en tous sens, frissonnant au contact d'un froid intense sur ma peau mise à nue. Mise à nue ? … tandis que j'émergeais progressivement des limbes poisseuses de l'inconscience, je réalisais avec un étrange détachement que quelqu'un me déshabillait fébrilement.

- « Elle se réveille ! » chuchota une voix féminine, vibrante de soulagement.

- « Enlève lui son soutien gorge… Oh dieu du ciel ! Elle est tellement glacée pour une humaine ! » fit une autre douce voix féminine, compatissante.

Elles continuèrent à s'activer, terminant de me mettre complètement à nu. Dans d'autres circonstances j'aurais probablement rougi comme une tomate jusqu'à la racine des cheveux, mais en l'occurrence j'étais persuadée d'être aussi livide qu'un cadavre. Je me sentais faible, terriblement lasse. La tête me tournait légèrement, mais petit à petit je retrouvais mes esprits.

- « Bella tu m'entend ? » s'enquit …la voix d'Alice !

J'ouvris instantanément les yeux tandis que l'écho de cette voix familière éveillait en moi une joie intense.

- « Alice ! c'est bien toi je ne rêve pas ? » articulais-je péniblement.

- « Mais non tu ne rêves pas Bella ! » répondit-elle du rire plein la voix.

Elle me prit dans ses bras et je me laissais aller contre elle avec un indicible sentiment de réconfort.

- « Nous allons te mettre dans un bain bien chaud pour te réchauffer …tu es aussi froide que moi ma parole ! Quelle idée aussi d'aller faire un plongeon en mer à cette saison, à Forks en plus ! Tu sais si tu tiens tellement à te baigner dans l'océan, je t'emmènerai dans un endroit bien plus approprié ! Je connais une île déserte paradisiaque au large du Brésil où … »

Je décrochais… Difficile d'expliquer que je n'avais pas eu l'intention de viser l'océan… Le babillage volontairement frivole et incessant d'Alice fit naitre un sourire sur mes lèvres bien que j'arrivais avec peine à suivre le débit de ses paroles. Je la remerciais silencieusement d'essayer de dédramatiser ainsi la situation.

Comment avais je pu manquer l'atterrissage sur les rochers au pied de la falaise…ça dépassait mon entendement !

Alice, qui continuait toujours à m'expliquer les avantages du bain sous les tropiques, fut interrompue par la voix chaleureuse d'Esmée.

- « Tais toi donc Alice ! Tu vas la fatiguer … et puis tu parles bien trop vite pour qu'elle puisse te comprendre! »

Elle se tourna vers moi tandis qu'Alice me plongeait délicatement dans l'eau chaude d'un bain qui continuait de se remplir. Me couvant d'un regard maternel, elle ajouta :

- « Excuse la Bella, elle est un peu stressée, et elle a du mal à contenir la joie de te savoir saine et sauve, comme nous tous ici. »

Alice grimaça, puis me sourit franchement.

Je fus parcourue de frissons tandis que la chaleur se répandait en moi, redonnant vie à mon corps engourdi, mais également aux douleurs qui allaient de pair.

Je fixais soudain Esmée sans la voir, ignorant la brûlure de l'eau chaude sur ma peau glacée. Les yeux dans le vague et la bouche entrouverte dans une moue de désespoir, le souvenir cuisant de mon échec rendait ma respiration difficile… oui j'étais toujours désespérément humaine …et je réalisais avec horreur qu'Edward… Edward était furieux contre moi ! Avais-je ruiné tout espoir de pouvoir à nouveau ne serait-ce que le contempler chaque jour d'une éternité rêvée?

- « Bella ? Bella ? Est-ce que ça va ? » s'enquit la voix inquiète d'Alice.

Après un bref silence oppressant, je plongeais mon regard dans le sien, affolée.

- « Ed...ward … ? » articulais-je avec difficulté.

Elle soupira bruyamment, curieusement contrariée, me soutenant toujours par les épaules tandis qu'elle m'immergeait jusqu'au cou dans la chaleur du bain.

- « Ne t'inquiète pas de lui pour l'instant ! » m'ordonna-t-elle d'une voix ferme, « Tu auras tout le temps de t'expliquer avec lui une fois que tu auras retrouvé une température décente ! »

Puis elle me fit un clin d'œil, et ajouta tout bas :

- « Et si tu as besoin d'aide pour lui en coller une, n'hésite pas à m'appeler… »

Elle me sourit, mais ses yeux semblaient tristes, emprunts d'une lassitude ou d'une fatigue que je ne m'attendais pas à voir chez ces êtres parfaits et immortels, en particulier chez Alice.

Esmée se tenait derrière elle, une expression toujours aussi compatissante adoucissait ses traits fins. Elle était toujours aussi belle….mon cœur se serra.

- « Nous allons te laisser prendre ton bain en toute intimité maintenant. Est-ce que ça ira ? » s'enquit-elle, visiblement inquiète de me laisser seule.

- « Oui ne vous en faite pas, ça va aller…je me sens déjà beaucoup mieux maintenant que je peux me réchauffer. »

Puis quelque chose me frappa soudain l'esprit :

- « Charlie ! » m'exclamais-je, complètement paniquée.

Je me sentis rougir de honte à l'idée que j'avais pu oublier ne serait-ce qu'un instant mon père. A cette heure probablement tardive, il devait se faire un sang d'encre pour moi!

- « Ne t'en fais pas, Carlisle s'est occupé de l'appeler. Il avait …découvert la lettre que tu avais laissée à son intention… Mais pour l'instant ton père te croit à Phoenix, sous notre responsabilité. » m'expliqua Esmée d'un ton rassurant.

- « On est à Phoenix ?? » fis-je incrédule, tachant tant bien que mal de ne pas penser à la réaction de Charlie.

- « Non Bella » fis Alice avec un sourire en coin, « Nous sommes de retour dans notre maison de Forks »

- « Ah » fis-je, ne reconnaissant pas cette pièce à laquelle j'avais à peine fait attention.

- « Tu es dans la salle de bain de la chambre de Carlisle et Esmée, la seule qui dispose d'une baignoire » précisa Alice devant mon air égaré.

- « Ah » fis-je de nouveau. J'étais vraiment secouée pour avoir des répliques aussi pertinentes…

Alice me tendit un grand verre d'eau avec un sourire encourageant.

- « Tiens bois ça, tu en as bien besoin après avoir gouter à toute cette eau de mer ! »

- « merci » murmurais-je, brusquement consciente de la sècheresse qui brulait ma gorge à vif.

Je m'emparais du verre et bus tout son contenu d'une traite sous l'œil vigilant de mes 2 infirmières.

- « ça va aller maintenant, je vous jure » répétais-je pour les convaincre de ne plus s'en faire pour moi. Et peut-être aussi un peu pour tenter de me convaincre moi-même…

- « Il faut que tu manges ! » s'exclama Alice qui me lâcha enfin et se redressait déjà pour partir en quête d'une pitance susceptible de convenir à …un humain.

- « Non ce n'est pas la peine, je n'ai pas faim…merci » fis-je précipitamment.

- « Pas question ! Tu as subi un terrible choc, tu dois manger avant de te sentir à nouveau trop faible ! »

Cela me rappela un vif souvenir avec Edward … qui attendait que le contre coup de ma presque agression surgisse à tout moment…Je sentis mon regard se voiler.

Alice fila vivement vers la porte de la salle de bain dans laquelle je me trouvais. Sa démarche gracieuse m'évoquait toujours le joyeux et malicieux lutin dont j'avais gardé un si bon souvenir, et je parvins à émettre un faible sourire.

Esmée posa délicatement sa main sur ma tête, en un geste tellement tendre et maternel que j'en eu les larmes aux yeux.

- « Essaye de te détendre un peu. Une fois que tu auras repris des forces et que tu te sentiras prête, nous pourrons discuter de tout ce qui s'est passé. »

Elle s'apprêtait à partir à son tour, mais quand elle surprit mon air affligé, pour ne pas dire désespéré, elle ajouta tout bas :

- « Ne t'inquiète pas Bella…Edward ne disparaitra plus…»

Je lui adressais un remerciement silencieux pour ces paroles qui se voulaient rassurantes, et qui perçait à jour ma pire crainte. Mais elles étaient loin de suffire à faire s'évanouir l'angoisse qui m'oppressait la poitrine comme si j'étais encore prisonnière des profondeurs de l'océan…

Elle me laissa seule.