Merci à Audrey et Terzima pour les reviews !^^
Ça me fait plaisir de savoir que vous aimez cette suite improvisée.
Pas évident ce dernier chapitre. Je voulais aborder plusieurs choses mais finalement ce sera dans l'épilogue.
On reste sur Brody.
Bonne lecture.
Une nouvelle vie
Partie 14
Un mois plus tard.
Ce début d'avril était doux, ça sentait le printemps. Les arbres bourgeonnaient, fleurissaient pour certains, parfois je restais quelques minutes devant l'un de ces arbres parce que Frannie était concentrée dessus. Elle était dans une phase intense de découverte et elle attrapait tout ce qui pouvait passer à proximité. Quand je la changeais, et que je lui faisais un bisou parce qu'elle avait été sage, elle en profitait pour essayer d'agripper ma joue, mon menton ou mon nez et me souriait, ravie de sa prise.
J'adorais la voir sourire, et je faisais tout pour : je grimaçais, je faisais les gros yeux, ou des mimiques. C'étaient des moments uniques qui me permettaient de ne pas sombrer dans la mélancolie suite au départ de Carrie. Les nuits étaient solitaires, elle me levait plus qu'une seule fois par nuit. Il arrivait que je reste dans le rocking-chair et je pouvais y passer facilement la nuit. J'évitais de la garder dans mes bras pour l'endormir même si j'étais tenté. Elle retournait systématiquement dans son berceau et je lui chantais des comptines pour l'apaiser, elle observait alors longuement son mobile tourner, luttant en vain contre le sommeil.
J'avais dû faire un premier tri dans ses habits, elle grandissait vite, elle portait déjà du six mois. Nous sortions rarement en voiture, hormis pour les visites médicales et quelques courses.
Nous traversions les rayons de l'hypermarché; installée dans le porte-bébé, dos à moi, elle se délectait de toute cette agitation, ne sachant où donner de la tête. Je ressentais une immense fierté car elle attirait les regards, les sourires.
J'étais heureux de son entrée dans ma vie. J'étais heureux d'être son père. J'étais heureux d'avoir survécu au pire car cela m'avait permis de la connaitre.
Après quelques achats pour la maison, incluant pas mal de packs d'eau, je me rendis au rayon bébé, faisant le plein de lait Guigoz, de couches Pampers et de lingettes. J'hésitais devant les petits pots car bientôt j'allais passer au stade supérieur et introduire des fruits dans son alimentation. Une maman aguerrie (vu comment elle choisissait ses produits de manière précise et rapide) sourit devant mon air déconfit, elle me conseilla des choses. Comme je ne comprenais pas, elle me montra les petits pots à la pomme et aussi ceux avec de la banane. Je la remerciai et suivis son conseil.
Je prenais toujours soin de ne pas m'éparpiller, dépensant de manière raisonnable cet argent qui ne m'appartenait pas même si Carrie disait le contraire.
-Je travaille pour nous trois et cette idée me rend heureuse alors va falloir mettre ta fierté masculine de côté, m'avait-elle réprimandé lors de son dernier appel.
Je savais me restreindre mais je ne résistais jamais à l'achat d'un nouveau doudou pour ma fille. Du coup, je stagnais encore devant les nombreux choix de jouets et une autre maman me conseilla une petite girafe en plastique. Elle me montra la bouche de Frannie qui dégoulinait joyeusement sur son bavoir et je compris qu'elle faisait référence aux dents qui devaient peut-être déjà la travailler.
Effectivement, de retour à la maison, à peine stérilisée, la girafe subissait un sort des moins enviables : mâchouillée furieusement, elle couinait, pressée sans relâche par les mains de Frannie.
OoooO
De temps à autre, je recevais un appel de Carrie sur le téléphone fixe. Je savais que c'était elle car elle laissait sonner deux fois, raccrochait puis rappelait. Je pouvais facilement passer une heure avec elle, nous ne parlions jamais de son travail, elle voulait juste savoir comment nous allions. Ensuite elle me disait qu'elle m'aimait et moi je le lui disais aussi et nous raccrochions.
Je me sentais seul depuis son départ et ce malgré la présence de mon petit amour; les discussions d'adultes me manquaient. Je croisais parfois mes voisins, mais le dialogue tournait court car mon français était limité et leur anglais aussi. Il y avait un petit parc dans lequel je me rendais souvent, et des fois j'y trouvais Nadège, une jeune maman qui parvenait à échanger plus facilement avec moi. Sa fille avait cinq ans, elle adorait faire des câlins à Frannie qui appréciait visiblement. Je lui parlais de Carrie, et elle de son mari absent aussi. Au final, nous avions la même vie sauf qu'elle n'avait pas à se cacher et qu'elle n'était pas exilée. Mon pays me manquait (malgré ses travers) et je rêvais certains jours d'y retourner.
OooooO
Mi-avril, Franny fêta son quatrième mois.
J'avais installé un tapis d'éveil (où se croisaient deux arcs pleins d'animaux de la jungle) dans le salon; allongée sur le dos, elle tentait d'attraper ce qui l'intéressait. Sophie la girafe avait été reléguée au second plan, le temps que Frannie se lassât des nouveautés à sa portée. Elle parvenait de temps à autre à se tourner sur le ventre. La première fois, elle en avait été si surprise qu'elle en avait pleuré mais devant mon enthousiasme, elle avait cessé ses pleurs pour se concentrer sur ses nouvelles options. Je m'extasiais de chaque progrès, la félicitant chaudement, et elle gazouillait.
Tous ces moments, je les avais déjà vécus dans une autre vie et pourtant j'avais l'impression de les vivre pour la première fois. Je me disais maintenant que la seule raison valable qui justifiait mon existence sur cette Terre c'était mes enfants. Carrie avait eu raison de me pousser pour que j'accepte cette nouvelle vie. Je commençais à me retrouver, moi, Nicholas, tel que j'étais avant toutes ces horreurs, avant que la guerre et la haine m'empoisonnent le cœur et ne me prenne mon humanité.
OoooO
Une semaine plus tard, je fis une première tentative avec les petits pots à l'heure du goûter. Installée dans son transat, Frannie parut réceptive en voyant la cuillère arriver. La première bouchée fut laborieuse, elle grimaça, recracha tout sur son bavoir. Je refis une tentative, elle accepta de nouveau, fronça les sourcils et me recracha tout, cette fois violemment et ma figure devint un champ dégoulinant de compote.
-Frannie ! La grondai-je.
Elle rit aux éclats, impossible de rester fâché, je ris donc avec elle.
-Je vois que l'on s'amuse bien ici.
Mon cœur tomba au sol. Je me redressai d'un coup, et attendis comme une statue que Carrie me rejoigne. Adossée au pan de mur de l'entrée de la cuisine, elle était comme une apparition divine. Elle déposa le sac qu'elle avait en main et se décida à venir vers moi, non sans prendre un torchon au passage. Je la dévisageai alors qu'elle me nettoyait doucement le visage, un sourire moqueur au coin des lèvres.
-Elle te donne du fil à retordre ?
-Comme sa mère, répondis-je du tac au tac.
Elle perçut la pique, effaça son sourire, suspendit son geste.
-Tu n'es pas content de mon retour ?
Son absence m'avait fait mal, voilà ce qui me rendait un peu sec, mais à quoi bon ? Elle était là, c'était le principal. Elle attendait une réponse, anxieuse. Elle était plus belle que jamais. Je caressai sa joue, j'effleurai sa lèvre inférieure de mon pouce. Elle se tendit vers moi, espérant quelque chose qui tardait à venir.
-Je finis de lui donner son goûter, monte te reposer un peu, j'arrive.
Elle ne contesta pas, déçue, et se pencha sur Frannie pour l'embrasser.
-Salut ma puce, je suis rentrée, j'espère que tu as été sage avec papa ?
Frannie l'observait intensément, perplexe. Le sourire de Carrie s'estompa un peu.
-Chérie, c'est… maman (elle buta un peu sur le mot).
Pas de sourire en retour. Carrie voulut la prendre, Frannie commença à pleurer. Elle la redéposa illico, blême comme un cachet d'aspirine. Je voulus la rassurer mais elle se détourna vivement.
-Je monte prendre une douche.
Je ne tentai pas de l'en dissuader, désemparé. Je l'entendis monter lourdement les marches, trainant sa valise derrière elle. Frannie ne pleurait plus, elle me détaillait l'œil brillant, attendant sûrement que je la prenne dans mes bras, ce que je fis…
Vingt minutes plus tard, elle s'était endormie, l'estomac plein; j'avais une petite demi-heure pour moi. Dans la chambre, Carrie, en sous-vêtement, brossait ses cheveux humides face au miroir en pied. Sa silhouette s'était affinée, seules ses hanches affirmaient cette maternité récente. Je voyais dans le reflet de la glace son expression chamboulée, elle avait pleuré et cela me serra le cœur. Je me positionnai derrière elle, je la fixai à travers le miroir. Elle me questionna silencieusement.
-Elle ne t'a pas oubliée, elle ne le pourra jamais et moi non plus, tu nous as manqué, tu m'as manqué.
Je la retournai vers moi et l'embrassai avec fureur, elle fut réceptive, ce qui accentua ma brutalité : je voulais qu'elle sache à quel point j'avais souffert de son absence. Je l'obligeai à reculer pour la coincer contre un pan de mur, je lui dénudai la poitrine et fourrai ma main dans sa culotte. Elle ne parut pas surprise par mon impatience, elle-même pressée de me déshabiller. Le reste devint flou, je devinai juste ses gémissements qui se transformèrent en cris à mesure que je me perdais profondément en elle sans retenu. Un éclair de lucidité me fit la bâillonner mais elle refusa cette option, se dégagea pour mieux exprimer son plaisir, agrippant mon cou, la tête renversée en arrière, elle noua ses jambes autour de mes hanches. Je manquai de perdre l'équilibre, le mur nous réceptionna de nouveau. Je la possédais corps et âme et je me sentais tout puissant alors qu'elle s'abandonnait dans mes bras et que ses cuisses se crispaient, répercutant l'intensité de son orgasme qui déclencha le mien…
Il ne s'était passé que cinq minutes, cinq minutes !
Je me rhabillais, misérable.
-Il ne me reste plus qu'à retourner me laver, rit-elle en réajustant ses sous-vêtements.
Elle se rendit compte de mon mutisme, j'étais assis sur le bord du lit, à plat.
-Hey, qu'est-ce qui y'a ?
Elle s'assit près de moi, m'entoura l'épaule.
-Parle-moi, je peux pas toujours deviner ce qui te tracasse.
-D'habitude, t'y arrives plutôt bien, ne pus-je m'empêcher de contester.
-Oui mais là j'ai le cerveau anesthésié, mais je me plains pas j'adore quand on baise.
Le terme me déplut, elle le vit à ma tête.
-Quoi ? C'est pas ce qu'on vient de faire ?
-Non.
-Bien sûr que si, et j'ai adoré, ça faisait si longtemps; enceinte, c'était à peine si tu osais me toucher. Je ne me sentais pas très désirable.
-Tu l'étais, tu l'es toujours et d'une manière dont tu n'as pas idée, je rêvais de toi tout éveillé ces derniers jours.
Elle s'agenouilla autour de moi, entourant mon cou de ses bras. Nous étions face à face, entre quatre yeux, il ne pouvait y avoir de cachotteries. Je détaillai son visage que je connaissais par cœur, et l'émotion me submergea devant ce regard plein de confiance et rempli de douceur.
-Ravie d'être l'objet de tes fantasmes.
-Si je te désire comme un fou ce n'est pas que pour ton corps, rectifiai-je.
-Ce n'est pas ce que mon corps endolori me dit, sourit-elle avec malice, cinq minutes de plus contre ce mur et j'étais bonne pour du chômage technique.
-Tu te moques de moi, soupirai-je.
-Oui, j'adore te voir gêné, c'est si facile.
-Si je n'avais pas besoin de récupérer, je t'aurais refait goûter de ce mur.
-De belles paroles, je demande à…
Je nous basculai sur le lit. Elle se retrouva sous moi, écarquilla les yeux de stupeur. Affalé sur elle, je ne me lassais pas de la regarder. Elle me rendait si heureux, sa simple présence m'apaisait, me faisait me sentir complet. Elle caressa ma joue. Je fermai les yeux et calai mon front contre le sien.
-Je suis revenue plus tôt parce que tu me manquais terriblement, me confia-t-elle. Et je sentais dans ta voix, à chaque fois que je t'appelais, que c'était le cas pour toi aussi.
J'avais un poids en moins sur le cœur, elle comprenait mes tourments.
-Je ne veux pas être la cause de ta peine, je ne le supporte pas. C'est pour ça que je cherche un moyen de vous ramener aux Etats-Unis.
Je redressai ma tête d'un coup pour l'observer.
-Oui, tu as bien entendu, c'est mon objectif, je ne sais pas combien de temps ça prendra mais on y arrivera.
Elle avait cet air déterminé dont je me méfiais parfois. Cette fois-ci, je me fiai à lui.
-Je savais que cette idée te plairait.
-Et comment comptes-tu procéder ?
Frannie se manifesta.
-On verra ça plus tard, j'aimerais que l'on sorte avec Frannie.
-Pour aller où ?
-Paris.
OoooO
Nous nous promenions sur les Champs Elysées. Si Frannie en avait plein les yeux, moi aussi je ne savais plus où donner de la tête. Elle était emmitouflée, bien installé dans son landau. Carrie avait mis son bras sous le mien et avançait à mon rythme la tête posée sur mon épaule. Elle avait troqué son tailleur gris contre une robe cintrée noire et plutôt courte. Son trench beige était noué à la ceinture, soulignant sa taille, et ses cheveux était relevés dans un chignon négligé. Elle s'était maquillée avec soin, elle avait l'air de sortir d'un magazine de mode.
Nous trois, libres et déambulant dans les rues de Paris. Tout cela tenait du miracle, je ne croyais pas à ma chance.
-Je commence à avoir faim.
-Quinn m'a parlé d'un endroit où l'on peut manger de supers hot-dogs.
Je me raidis à l'énoncé de ce prénom.
-Vous êtes potes à nouveau ?
Elle me zieuta, impassible.
-Disons qu'on a posé cartes sur table.
Quel genre de cartes ? M'interrogeai-je.
-Mouais.
-Es-tu jaloux ?
-Ne joue pas à ça avec moi.
Adieu la détente.
-Je ne joue pas, s'étonna-t-elle, je te pose une simple question.
-Je ne suis pas jaloux, je suis méfiant.
-Alors pas de hot-dog ?
-Pas de hot-dog, confirmai-je.
-Ok, j'ai vu un McDonald's un peu plus loin, on fait demi-tour ou on reprend le métro ?
-Le métro ? Non merci. Les gens sont dingues ici. Je préfère encore marcher.
Attablés parmi quelques clients, nous mangions tranquillement, Frannie dormait. Carrie fouilla dans son sac et en sortit une petite enveloppe qu'elle posa sur la table.
-Bon anniversaire, dit-elle.
-Mon anniversaire est déjà passé et puis je t'ai dit…
-Oui, je sais, pas de ça entre nous et j'étais d'accord… mais… écoute, j'ai fêté mes 35 ans loin de vous deux, et j'ai compris que je voulais toutes ces niaiseries. Anniversaire, Noël, Saint-Valentin, Fête des mères, des pères, vacances en famille… je veux tout ça !
Je l'observais avec étonnement, ne sachant comment réagir face à ce revirement.
-J'aspire à la monotonie familiale avec toi.
Je cherchai à déceler le moindre aspect de plaisanterie mais elle était on ne peut plus sincère.
-Pourquoi ce changement ?
-Tu es à l'origine de ce changement.
-Tu es partie un mois, comment je pourrais être concerné ?
-C'était avant mon départ, te voir t'occuper de Frannie m'a donné un avant-goût de ce que pourrait-être le vrai bonheur.
-Alors pourquoi es-tu partie ?
Ça, fallait que ça sorte. Elle encaissa difficilement, son regard dévia, c'était souvent le cas quand elle gérait mal ses émotions, ou qu'elle avait de la peine.
-Tu es injuste.
-Réponds-moi.
-Tu sais pourquoi.
-Dis-le-moi.
-J'avais peur…
Nous y voilà enfin. J'attendis la suite patiemment.
-…peur de rester inactive devant les horreurs subies par notre pays, j'avais l'impression de trahir mon père, ma sœur et mes nièces.
Je pouvais comprendre ça.
-J'avais aussi peur de ne pas être à la hauteur en tant que mère et de retomber dans une phase dépressive…
Ça aussi je pouvais le comprendre.
-Mais j'avais surtout peur que tu te rendes comptes que tu avais perdu au change en t'encombrant d'une famille de dingues.
Et ça la minait terriblement.
-Comment peux-tu croire un truc pareil ? Nous en avons pourtant discuté.
-Tu n'as pas idée… (sa voix se brisa), tu n'as pas idée de ce qui t'attend.
Elle ravala ses larmes et se leva.
-Je vais prendre l'air.
Elle poussa l'enveloppe près de ma main.
-Ouvre-la.
Je n'eus pas l'idée de la retenir, concentré sur cette enveloppe. Je me questionnai sur ce qu'elle contenait, le cœur battant.
« Ça ne sert à rien d'attendre. Ouvre-la, espèce d'idiot. »
Dedans, il y avait des photos. Ma poitrine se comprima, je cherchais à respirer correctement; aveuglé par les larmes, la vue de Dana se brouilla. Je séchai mes yeux pour contempler le sourire sur les lèvres de ma fille qui marchait dans la rue, main dans la main avec un jeune homme. Elle avait l'air bien, semblait avoir repris du poids. Elle avait les cheveux plus courts, plus foncés. Je me forçai à changer de photo, elle était encore là, en gros plan cette fois, et je me délectai de sa vue. Je ne sais combien de temps se passa avant que je passe à la photo suivante. Elle était avec Chris dans un fast-food, il avait changé aussi, ses cheveux à lui étaient plus longs; assis l'un en face de l'autre, ils discutaient. Il restait une dernière photo, j'hésitai à la regarder, conscient que cette sensation de plénitude serait éphémère, qu'après ça je risquais d'avoir du mal à me remettre.
Mon cœur eut un loupé, je reconnus cette photo, prise il y a bientôt deux ans, quand je vivais encore avec Jess. Nous étions tous les quatre, les uns près des autres dans une attitude chaotique mais toujours imprégnée d'amour.
Je n'étais plus ici, j'étais là-bas…
Quelque chose me sortit de mes souvenirs. Frannie pleurait, je rangeai les photos à la hâte et je me penchai sur elle. Elle tendait ses bras vers moi, involontairement ou pas, je ne pus résister à l'envie de la prendre dans les miens. Elle avait peut-être un peu chaud, je la découvris et fouillai dans le sac à la recherche d'un peu d'eau. Tandis qu'elle buvait, concentrée sur mon visage, je me sentis bien, la lourdeur sur mon cœur s'était atténuée.
Mon regard se déporta vers la vitre en face située à quelques mètres de moi, Carrie me dévisageait, et ce, je supposais, depuis un bon moment. Il y avait du vent, et il y avait une averse pourtant elle restait statique, figée dans cette position de sentinelle. Je discernais son angoisse, elle était palpable même d'aussi loin. Je redéposai le biberon vide, me dirigeai vers Carrie, instinctivement, Frannie toujours dans le creux de mon bras, et poussai la porte d'entrée. Je calai la porte de mon pied et tendis mon bras pour attraper Carrie. Elle accepta de rentrer et je l'attirai contre moi de mon bras libre, ignorant les regards appuyés dont nous étions l'objet. Elle était trempée, tremblait comme une feuille, elle se cacha dans mon cou. Elle était si fragile par moment. Elle l'était en cet instant. J'embrassai le haut de son crâne en lui murmurant un merci plein d'amour.
-Tu veux qu'on rentre ? Lui proposai-je.
Elle acquiesça sans un mot.
OoooO
Au moment de nous coucher, Carrie descendit chercher quelque chose. Elle revint avec le sac qu'elle avait laissé dans la cuisine en arrivant. Dedans, il y avait un grand cadre photo vierge. Je souris à n'en plus finir. J'entrepris de le déballer et d'apposer chaque photo sur les emplacements vides. J'y mélangeai celles de Frannie prises à la maternité et celles de la famille de Carrie qu'elle conservait dans le tiroir de sa table de chevet. Le tout formait un ensemble harmonieux et rassurant. Je le tendis devant nous.
-C'est une belle famille que nous avons là, tu ne trouves pas ?
-Une très belle famille, oui, approuva-t-elle avec un bonheur évident.
La suite quand je pourrai. Epilogue à suivre.
