Neige en Wallachie
Traduction de The Snow in Wallachia par YamatosSenpai
s/11636420/14
Cette suite de chapitres mériterait une fréquence plus régulière de publication. Mais voyez-vous, le soleil - même derrière les nuages - la mer - même à 18° degrés ; qui pourrait résister ? (C'est parce que je suis normande, je suis habituée...)
Enfin fini les vacances, la rentrée est là, et j'espère trouver le temps de publier les quelques chapitres que j'avais en stock.
Voici quelques rappels utiles pour la suite et un résumé :
rappels :
1) Les changeants et les Maîtres
Les changeants sont d'anciens humains qui ont passé un contrat avec un être appelé Maître. En échange de la réalisation d'un vœu, ils s'engagent pendant 100 ans à récolter des âmes pour ce maître afin de permettre son incarnation. Un maître devient corporel au moins un jour par mois, puis pendant autant de jours supplémentaires que d'âmes récoltées. Le reste du temps, les changeants sous contrat transportent leur Maître dans une urne. Part de ce contrat les oblige à accepter un morceau du "corps" du Maître en eux, la gangue de loup, ce qui les transforme profondément et leur confère leurs pouvoirs. Un changeant dispose d'une forme humaine et d'une forme animale.
Aizen est l'ancien Maître de Grimmjow, et le Maître actuel de Coyote et Shunsui.
La forme animale d'Ichigo est le caméléon.
Renji a passé deux contrats. Il possède une forme de babouin et de serpent.
2) Les vampires
Il est fait une distinction entre les vampires "nés vampires" et les vampires "devenus vampires par transformation" :
Certains humains morts "en état de péché" renaissent en tant que vampires. Ils sont appelés Vampires Doyens. Ce sont des vampires de haut-rang, peu nombreux et très forts.
Les vampires créés par d'autres vampires sont généralement inférieurs aux Vampires Doyens. Plus le vampire créé s'éloigne du Doyen dans la lignée, plus faible il est.
Pour tuer définitivement un vampire, il faut absolument lui couper la tête et l'enterrer.
Il est dit qu'un vampire ne peut pas tuer son créateur.
Les vampires peuvent se rassembler sous l'égide d'un chef et forment alors des Coven.
Byakuya est un Vampire Doyen. Kugo Ginjo est le premier vampire créé par Byakuya.
3) La situation
Shunsui, Jûshirô et la petite Orihime traversent une forêt en Wallachie en compagnie de Renji et Ichigo. Byakuya y vit retiré dans son château. Son ancien Coven lui en veut et saisit l'arrivée des changeants pour l'attirer dans une bataille à mort. Les changeants s'associent à Byakuya pour exterminer les vampires du Coven en échange de son aide dans leur lutte contre les Maîtres pour les cinq années à venir. Juste avant le départ, Grimmjow les rejoint.
Kugo Ginjo est le chef actuel du Coven.
Coyote, porteur de l'urne d'Aizen, voyage séparément du groupe. Il s'est retrouvé l'invité-otage de Ginjo. Retenu prisonnier au manoir du Coven, il y a fait la connaissance de Haziq et Amar, des jumeaux vampires mystiques, et du puissant Tsukishima, un vampire sombre au passé difficile.
Aizen, par le biais du corps de Coyote, s'est allié avec Ginjo dans sa lutte contre Byakuya en échange de 100 âmes.
Au chapitre 13, nous avons laissé nos héros au beau milieu de la bataille visant à défaire tous les vampires du Coven. La troupe des attaquants est formée des changeants : Ichigo, Grimmjow, Renji, Shunsui ; du vampire Byakuya ; et de l'humain Jûshirô (bien qu'il possède lui aussi un mystérieux pouvoir de régénération accompagné d'une mystérieuse maladie).
Orihime est laissée derrière au château de Byakuya sous la garde de ses serviteurs humains, Petru et Vasile.
Résumé de l'action précédente :
Grimmjow part devant et use de son Love Cervere. Il trompe la vigilance de Tsukishima et libère Coyote ; mais ensuite il se fait battre à plate couture par Aizen. Car Aizen a brusquement pris possession du corps de Coyote et ainsi trompé Grimmjow. Grimmjow est sauvé in extremis grâce à la volonté de Coyote qui réussit à convaincre Aizen. Coyote, ayant récupéré l'usage de son corps, décide de partir du manoir sans revoir ses amis, Jûshirô et Shunsui.
D'autre part, Byakuya, Jûshirô et Ichigo ont suivi peu après Grimmjow dans le manoir. Quant à Shunsui et Renji, ils sont restés pour s'occuper des gardes dans la forêt.
Byakuya entame un dur combat au rez-de-chaussée, tandis qu'Ichigo rejoint Grimmjow dans les étages. Byakuya est relayé par Jûshirô lorsque, submergé par le nombre, il tombe à terre. Jûshirô mène une magnifique bataille avant de s'épuiser, lui aussi. Ginjo croit la victoire acquise, lorsque le sang contaminé de Jûshirô commence à décimer le restant des vampires. Sur ce, Renji déboule dans le manoir sous sa forme animale et dévaste tout sur son passage.
Ginjo est furieux. Il rassemble à lui Haziq, Amar, les jumeaux vampires, et le fidèle Tsukishima, et part à la recherche "du monstre" et du corps de Byakuya qui a disparu.
A la fin du chapitre 13, Renji a mis à l'abri Byakuya et Jûshirô dans une chambre des étages supérieurs. Byakuya, mortellement blessé, boit avec excès le sang de Renji pour continuer le combat, puis part au devant de Ginjo, sur un "Reste sauf" murmuré à Renji. Renji est tombé dans le comas sous l'œil inquiet de Jûshirô.
N'oubliez pas, une romance se dessine entre Renji et Byakuya. Entre Ichigo et Grimmjow, il semble qu'il y ait quelque chose depuis un bon nombre de siècles. Et Jûshirô et Shunsui ne sont pas en reste...
Mise en garde :
Les combats(voire toute l'histoire) sont glauques. Hémoglobine, détails morbides à foison... Ames sensibles s'abstenir
Voilà. Félicitez-moi pour ce beau travail de récap... Pfiou...
Partie XIV : Rien qui soit un Homme
« C'est comme gravir les escaliers dans le noir, et croire qu'il reste encore une marche alors qu'on a atteint le palier. On veut poser le pied sur la marche inexistante et, une fraction de seconde, on n'y comprend plus rien, égaré, incrédule, le temps de réajuster erreur et réalité. »
– Lemony Snicket, Le laboratoire aux serpents
« Tu as l'air éreinté », murmura Ginjo, la main suivant paresseusement la fin de la balustrade.
« Et tu as l'air égaré », répondit Byakuya, la main resserrée sur la poignée de son épée. « Es-tu certain d'avoir l'intention de m'affronter ? »
« C'est moi qui serai votre adversaire », dit Tsukishima au moment où il apparut en haut des marches.
« Ah. » Byakuya réalisa et hocha la tête. « Bien sûr... » Il avala le nœud d'angoisse logé au fond de sa gorge. « Et cela te laisserait toi, Ginjo, libre d'agir comme tu l'entends. »
« Je vais juste tuer notre petit invité... », dit Ginjo d'une voix traînante. « Il a semé une sacrée pagaille dans mon manoir. »
« Lequel ? », demanda Byakuya, les lèvres frémissant sous un soupçon de sourire. « Ils t'ont tous les deux infligé une sacrée correction. »
« Je vais les éviscérer tous les deux », lança Ginjo d'une voix rageuse. « Et les saigner jusqu'à la dernière goutte. »
« Cela, je crains de ne pouvoir le laisser faire », siffla Byakuya.
« Vous ne pouvez pas me vaincre », dit Tsukishima, tirant sa propre épée.
Tsukishima se fendit, des étincelles jaillirent lorsque leurs épées se croisèrent. Byakuya dévia le coup, pointant son épée courbe en travers du chemin de Ginjo. Ginjo leva les mains à la soudaineté de l'action et Byakuya eut un large sourire. Mais Tsukishima ne perdit pas de temps, en quelques secondes, l'attention de Byakuya était à nouveau dirigée sur lui. Byakuya pivota sur le côté, se courbant si bas que les extrémités de ses cheveux balayèrent le sol.
L'épée de Byakuya fusa, visant le haut, mais, incroyablement, Tsukishima s'était préparé à arrêter la lame. « Tu n'es pas meilleur épéiste que moi... », dit Byakuya dans un souffle, courant pour intercepter Ginjo. Il glissa devant le vampire, sa paume venant au contact de sa poitrine. Ginjo gronda furieusement, outragé d'être arrêté d'une seule main.
Tsukishima n'entrait en action que lentement, pensivement. Il bougeait comme s'il n'avait pas vraiment l'intention d'arrêter Byakuya. Byakuya passait d'un adversaire à l'autre, se contraignant à de simples mouvements défensifs.
Tsukishima gravait le sol de son épée, ne la dressant qu'à l'instant où Byakuya lui portait un coup, le bloquant juste à temps. Il souriait malicieusement, son épée écorchant le sol avec bruit. Tsukishima fut le premier à passer sérieusement à l'attaque, son épée entaillant la chair juste au-dessus de l'os proéminent de la hanche de Byakuya. Le sourire de Tsukishima s'évanouit lorsque qu'un filet de sang s'écoula d'une blessure sur sa joue.
Ginjo s'impatienta, mettant toute sa force à envoyer balader Byakuya dans le mur. « Haziq ! Amar ! Venez ! », mugit-il, armant son pied, pour ne frapper que le vide à l'endroit que Byakuya venait d'occuper. « Ceci est ridicule ! »
Avec agilité, Byakuya avait roulé au sol, l'épée entre les mains. Il se releva et, d'une torsion du cou audible, il fit signe à Tsukishima de s'avancer. « Viens. »
« Je suis juste là », murmura Tsukishima, ses cils foncés papillotant contre sa peau d'une blancheur de papier. Une fois encore, il planta son épée dans le sol de bois sous leurs pieds. Le bruit fut désagréable et fit grincer des dents Byakuya.
« Un peu de sérieux », exigea Byakuya, d'une voix lourde de rage qui perça à travers son impassibilité.
« Je suis sérieux... », clama Tsukishima dans une moquerie d'indignation.
« Vous cherchez à gagner du temps », accusa Byakuya, son regard passant de Tsukishima à Ginjo alors qu'il réalisait le fait. « Pourquoi ? »
Toutefois, Byakuya n'eut pas le loisir d'attendre la réponse. Tsukishima bondit au centre du cercle tracé par l'épée. Le bois gémit avec fracas et, avant que Byakuya ne pût réagir, les planches du sol cédèrent sous la pression subite.
« Oh. » Le mot échappa des lèvres de Byakuya comme un soupir. Il était debout, les pieds écartés à largeur d'épaules, les mains crispées sur son épée ; et ensuite, il était en état d'apesanteur. Il fut en suspens pendant une milliseconde avant de passer au travers du plancher fracassé et de s'écraser dans la chambre en dessous.
« Je pars devant... », cria Ginjo par le trou, faisant un vague signe à l'adresse d'en bas avant de disparaître.
Byakuya avait atterri sur un lit, le pied de lit pour être précis. Le bois avait volé en éclats sous lui et il pouvait sentir le sang affluer sous sa peau à l'endroit des coupures. Il grimaça, laissant reposer son corps endolori par dessus les décombres. Il prit une profonde, déchirante inspiration, avant de s'asseoir.
Tsukishima était à côté de lui, si proche qu'ils pouvaient tendre la main et se toucher. Byakuya se jeta à l'opposé, roulant parmi le bois cassé jusqu'à ce qu'il heurtât le mur. Il jura et se remit debout, son épée toujours fermement tenue dans la main.
Byakuya fit le tour de la pièce féminine, son intérêt aiguisé. Le boudoir était plutôt élégant, avec ses minuscules figurines de verre disposées soigneusement sur les étagères. Du verre et du bois jonchait le sol, et Byakuya eut un pincement de remords lorsqu'il écrasa sous sa botte la statuette d'un lapin.
« C'est quelque peu déloyal... », se plaignit Byakuya.
« Pourquoi ? », demanda Tsukishima, trébuchant sur le tas de débris. « Je viens de me donner le même handicap que vous. »
« Je voulais dire de la part de Ginjo », clarifia Byakuya. « Il ne doit point penser grand bien de toi », raconta Byakuya d'une voix traînante, la cruauté aux lèvres. Il connaissait la plupart des insécurités intimes de Tsukishima, et il maniait ses mots de la même façon qu'un couteau. Il pivota l'une des figurines, l'espaçant convenablement de ses voisines. « Te contraindre à recourir à un tel stratagème... »
« C'était mon plan », jeta Tsukishima.
« Et il a accepté ? », demanda Byakuya. Il dressa son épée, provocateur. « Il devait savoir que tu mourrais là en bas… et il t'a quand même laissé faire... »
« La créature à l'étage... », commença Tsukishima froidement. « Le demi-monstre aux cheveux rouges… Il meurt cette nuit. » Tsukishima grimpa sur les gravats en direction de Byakuya. « Mais vous le suivrez de près.
Shunsui enjamba les portes en ruine de l'entrée et pénétra dans le manoir. L'endroit était en plein chaos. Un grand nombre de vampires se tenaient blottis les uns contre les autres, les mains sur la tête. À l'inverse, un groupe de mâles rassemblaient leur courage ; apparemment, ils avaient l'intention de se joindre à leur maître pour combattre les envahisseurs.
Son odeur passa facilement inaperçue dans la confusion, masquée par la panique et l'excitation. Sans attirer l'attention, il était arrivé au centre de la pièce. Il tourna lentement sur lui-même, un parfum d'agressivité sourdant de ses épaules et se répandant dans l'air.
Shunsui se rappela la lutte contre les Quincys. Il pouvait encore ressentir dans sa gorge la brûlure de l'embrasement de l'air. Il pouvait fermer les yeux et visualiser le dragon aux yeux verts. Il pouvait sentir la roche trembler sous les échos de ce rire extravagant et secouer son corps tout entier. Transforme-toi jusqu'au bout, lui avait dit le dragon.
Il y eu un changement dans l'atmosphère du manoir et, tout à coup, le parfum lourd et meurtrier de Shunsui fut la seule chose à l'esprit de tous.
Deux étages plus haut, les jumeaux se figèrent. « Le Cheval Noir », murmura Haziq, s'accrochant à son frère.
« Quoi ? », demanda Ginjo, se raclant la gorge d'anxiété.
« Le cavalier Noir », commença Amar. « La Famine. »
« La famine ? » Ginjo plissa les yeux de perplexité. « Je ne comprend pas. Explique-toi. »
« Je ne peux pas », répondit Amar. « Je ne peux pas voir ce qui arrive. »
« Et toi ? », demanda Ginjo, attrapant Haziq par la chemise.
« Je ne vois rien », répondit Haziq, ses yeux noirs croisant ceux de Ginjo. « Rien qui soit un homme. »
Un froidure tomba sur le château, pénétrant jusqu'à l'intérieur des murs, jusqu'à la charpente, comme si la construction était entièrement faite d'os. Le souffle qui s'échappait des lèvres de Ginjo forma un tourbillon de buée, et il ferma la bouche rageusement. En colère, il relâcha le petit vampire et se détourna des jumeaux. « Moi non plus, je ne suis pas un homme... »
« Renji-kun », souffla Jûshirô, attirant à lui le corps alourdi du changeant pour installer sa tête sur ses genoux. Il passa les mains sur le visage aux traits détendus de Renji, plaquant ses paumes froides contre la peau chaude des joues. « Renji... »
Le changeant demeura inerte. Le joli hâle de sa peau était devenu d'un blême alarmant. Du sang maculait son visage, son cou et son torse. Jûshirô se pencha, pressant l'oreille contre sa poitrine. Soudain, Renji prit une goulée d'air. La brusquerie et le son râpeux de l'inspiration fit jurer Jûshirô à haute voix. Embarrassé, il claqua sa paume contre le visage de Renji avec impatience. « Renji. »
« Mmm ? » Un seul œil brun s'ouvrit.
« Tu vas bien ? », demanda Jûshirô, se penchant plus près sur Renji.
« Je me sens lourd... », admit Renji. « Et j'ai froid... »
« Du moment que tu parles... », murmura Jûshirô en se levant sans précaution. Renji gémit tout en se calant par terre. Il leva les yeux sur Jûshirô en clignant adorablement des paupières. « … c'est que tu as la force de marcher. »
« Marcher ? », se lamenta Renji. « Où est-ce qu'on va marcher ? »
« Ailleurs. »
« Hein ? » Renji bascula sur ses genoux, s'efforçant lentement de se remettre debout.
« En se pressant, Renji-kun », insista Jûshirô en le prenant par le bras.
« Pourquoi ? », demanda sottement Renji, en jetant un œil autour de la pièce avec perplexité.
« Parce que quelqu'un va bientôt franchir cette porte... », expliqua Jûshirô tout en conduisant Renji à une autre porte. « Et ce quelqu'un veut te tuer. »
« Je ne vais pas m'enfuir », grogna Renji, s'arc-boutant et ne bougeant plus.
« Si », ordonna Jûshirô, dont les yeux verts s'agrandirent. « Tu tiens à peine sur tes jambes. »
« Je vais bien », mentit Renji en s'efforçant de tenir debout sans vaciller.
« J'ai aussi ma fierté en tant qu'homme », reconnut Jûshirô. Il attrapa le poignet de Renji et le tira rudement. « Je veux rester et me battre, mais c'est impossible à présent. Nous sommes tous les deux trop gravement blessés. »
« Je suis un changeant, je guéris vite », grogna Renji, refusant de se laisser entraîner par Jûshirô.
« Ce n'est pas le moment de faire preuve d'un courage inapproprié », accusa Jûshirô d'une voix sèche. « Tu dois récupérer. »
« Je vais bien », persista Renji. « J'irai encore mieux si ce foutu salaud ne m'avait pas vidé de mon sang comme ça... » Renji commença à grommeler dans sa barbe avec une certaine véhémence.
« Tu n'as absolument aucune chance de vaincre le vampire qui arrive », sermonna Jûshirô, traînant Renji derrière lui tout en avançant. « Je te le jure ! »
« Et comment vous le savez ? », demanda Renji avec obstination.
« Il ne combat pas », soupira Jûshirô, s'arrêtant un instant pour se reposer. Il regarda le changeant et secoua la tête. « On pourrait faire l'erreur de le prendre pour un lâche, mais c'est inquiétant. Il n'est pas devenu le Maître du Coven sans raison. Il a dû gagner ce titre. »
« Maintenant je veux vraiment me battre contre lui », ronronna Renji.
« Ta survie n'est pas garantie, Renji », dit Jûshirô d'une voix coupante. « Il n'y a aucune garantie que l'un de nous sera encore en vie pour voir le jour se lever demain. »
« Je pensais que c'était ce que vous aimiez dans une bataille », avança Renji.
« J'ai une responsabilité. » Jûshirô plaqua ses deux mains au dos de Renji, le poussant à travers une autre porte. « Orihime n'est qu'une enfant. Elle ne peut pas être laissée à elle-même. »
« Je n'ai pas d'obligation envers Orihime », argua Renji. « Laissez-moi affronter ce type. »
« Tu es trop faible, idiot », grommela Jûshirô à la face de Renji, lui envoyant son coude en pleine figure. La tête de Renji bascula en arrière et il s'effondra à terre, inconscient. Jûshirô se maudit alors qu'il attrapait les pieds de Renji, tirant le changeant dans une pièce à l'écart. « Contente-toi de rester allongé et silencieux. »
Shunsui cilla rapidement, du sang chaud et poisseux s'agglutinant entre ses cils. Il s'essuya le visage, encore et encore, se grattant la peau et s'écorchant presque dans sa hâte d'en retirer toute trace de sang. Il tourna sur lui-même ; il se sentait nauséeux comme s'il avait tournoyé pendant des heures, et il tituba, le corps emporté vers l'avant.
Ses pieds nus clapotèrent sur le sol humide, et Shunsui heurta le sol avec un petit grognement. Il atterrit sur le flanc, sa hanche, son épaule et l'extrémité de ses cheveux baignant dans une bonne quantité d'hémoglobine. Il jeta un coup d'œil circulaire autour du salon, paniqué, gesticulant des bras et des jambes pour se remettre debout. Il glissa de nouveau, un juron s'échappant de ses lèvres, et finalement il parvint à se cramponner au canapé en face de lui. Il enfonça ses ongles dans le tissu souillé, se hissant jusqu'à tenir debout.
Son cœur battit nerveusement dans la poitrine. Il cligna des paupières à nouveau, incertain, balayant la pièce des yeux à la recherche du moindre signe de vie. Il faut que je les enterre, pensa Shunsui tout à coup. Complètement nu, il marcha sur la pointe des pieds à travers le carnage jusqu'à un cadavre. Il s'agenouilla à côté et toucha des doigts sa peau pâle. La femme vampire était morte, une inexplicable colonne de pierre, fichée dans son épaule, lui ressortait par la bouche. C'était repoussant et Shunsui lutta contre l'envie de vomir.
Il se leva lentement, inspectant la pièce. Il y avait des vampires en quantité innombrable qui jonchaient le salon. Chaque corps était horriblement broyé. Chaque corps était horriblement mutilé par la pierre. Shunsui était confus. Il inspira faiblement et s'assit sur le bord d'une chaise. Il se souvenait avoir franchi la porte d'entrée. Il se souvenait de l'inattention des vampires. Il se souvenait des membres denses et sinistres qui avaient émergé de sa propre ombre.
Après cela, Shunsui s'était réveillé, debout au centre de la pièce avec du sang putride lui dégoulinant dans les yeux. La bataille entière avait été effacée complètement de sa mémoire. Il s'accroupit, vulnérable, les mains couvrant sa tête. Il se remua les méninges. Qu'est-ce que c'était que cette pierre ? Comment diable était-il possible qu'il ne se souvînt pas du combat ?
Il se rendit compte qu'il n'allait pas obtenir de réponse en restant recroquevillé au sol. Il se mit debout et chercha ses vêtements. Il les trouva flottant à la surface d'une véritable mare de sang. Il soupira et lança ses bras au ciel.
Sans grande hésitation, il déshabilla un vampire à proximité. Il était presque de la même taille que lui et peut-être même plus costaud. Il enfila les pantalons rapidement et jeta la veste, modérément tâchée de sang, sur ses épaules avec un soupir de soulagement. Il laissa la chemise ; elle était trempée de sang et presque en lambeaux.
Shunsui se sentait faible. Quel que soit le genre de bataille qui avait eu lieu, il y avait employé toute son énergie. Il s'assit sur la troisième marche du bas de l'escalier. Il regarda les cadavres des vampires avec attention, cherchant des yeux le moindre signe de réanimation. Après plusieurs longues et ennuyeuses minutes, il s'allongea, et même si au début ce fut bizarre, il était épuisé à tel point qu'il s'endormit étendu là, en travers des marches.
Silencieusement, Ginjo monta l'escalier. Il vira sur le palier, les yeux étrécis.
« Merde »
Ginjo s'arrêta net, Amar et Haziq lui rentrant presque dans le dos, en même temps que son regard se posait sur le changeant en face de lui. « Qui es-tu ? »
« Hum. » Grimmjow hocha les épaules nonchalamment.
« Hein ? », demanda Ginjo, la colère faisant sortir ses griffes.
« Je me suis déjà battu avec l'un de vos congénères », expliqua Grimmjow, grattant la nouvelle peau rosie de son ventre exposé. Il leva les yeux au ciel et soupira. « J'ai eu une dure journée. »
« Oh ? Vraiment ? » Ginjo arqua un sourcil irrité. « Et ? »
« Et… Je déteste faire cela, mais je me sens comme une merde », déclara Grimmjow avant de rediriger les yeux sur Ginjo. Il lui fit un clin d'œil espiègle accompagné d'un salut paresseux. Puis de façon inattendue, il tourna les talons et et se mit à courir à toutes jambes dans la direction opposée.
« Espèce de fils de- », tonna Ginjo.
Mais les paroles de Ginjo moururent sur ses lèvres. On aurait presque pu croire qu'il y avait eu une explosion derrière eux à la façon dont Haziq et Amar voltigèrent dans les airs. Ils furent séparés immédiatement, Haziq heurtant le mur avec un craquement sinistre, Amar rebondissant dans les airs pendant plusieurs secondes avant qu'une brume de sang ne commençât à s'abattre sur Ginjo en un fin brouillard.
Ginjo se mit à trembler, les veines de son visage et de son cou pulsant violemment. Il rugit, regardant avec impuissance Amar se faire déchiqueter. L'une des jambes d'Amar heurta le mur, puis un bras, et Ginjo se mit à l'écart juste au moment où les organes noircis d'Amar furent comme vomis et se déversèrent. Enfin, le corps sans vie d'Amar retomba au sol, son regard vide fixé sur Ginjo.
« Qu'est-ce que c'est ? », chuchota Ginjo, choqué, en regardant partout autour.
« Amar... », pleura Haziq, s'efforçant de se mettre à genoux. Du sang coulait de son front sur son visage, ruisselant dans son œil. « Amar ! »
« Silence ! », vociféra Ginjo. « Concentre-toi ! Il y a quelque chose ici ! »
« Le cavalier pâle... », gémit Haziq, rampant sur le sol vers le corps de son frère. « Le messager de la mort... »
« Arrête avec cette insanité ! », ordonna Ginjo. Il tendit la main et saisit le poignet d'Haziq, le hissant pour le remettre sur ses pieds. Il ignora ses protestations, soutenant son poids léger et le clouant sur place à la simple force de son bras. « Où est cette chose ? »
« Mon frère ! », s'écria Haziq. « Laissez-moi rejoindre mon frère. »
« À moins que tu ne veuilles mourir, tais-toi », aboya Ginjo, appuyant son dos contre le mur du corridor. Il jeta un coup d'œil soupçonneux autour de lui. « Montre-toi, démon. Montre-toi ! »
« Maître Ginjo ! », hurla un autre vampire en grimpant quatre à quatre les escaliers. « Maître Ginjo ! C'est la folie en bas ! La mort est- » La bouche du vampire s'arrondit en un petit "o" de surprise, puis il fut projeté en l'air. Il fut démembré en quelques secondes, ses restes mutilés dévalant les marches.
« Je te vois maintenant », murmura Ginjo. « Montre-toi, petite sorcière. »
« Je ne suis pas une sorcière », dit une voix désincarnée qui sembla résonner dans le hall.
« La silhouette que j'ai entrevue était suffisamment mince pour que je te prenne pour une femme », ronronna Ginjo. Il se mit sur la pointe des pieds, tendant la main, l'extrémité de ses doigts effleurant une écaille argentée. L'image frissonna et la tache de sang visible au plafond se déguisa. Ginjo sourit, soulagé. « Je t'ai eu. »
« Que tu crois. »
Ginjo fut rendu muet par la vision d'une petite orbe de lumière qui commença à grossir devant ses yeux. Sa lumière faisait miroiter les écailles indiscernables et Ginjo réalisa qu'il s'était trompé. Cette créature invisible était énorme et se trouvait à présent à quelques centimètres de lui. L'orbe de lumière continuait à grossir, de la chaleur et un son strident en émanant.
« À terre ! », hurla Haziq, fauchant Ginjo d'un croche-pied dans les jambes. L'orbe explosa le mur derrière eux sans les blesser. Le mur fut vaporisé, l'orbe coupant à travers la demeure comme dans du beurre.
« Haziq... », fut tout ce que Ginjo arriva à dire. Il se remit debout, aidant également le plus petit vampire.
« Maître, s'il vous plaît... », supplia Haziq. « Il vous est impossible de gagner. »
« Je ne serai pas vaincu par ce fichu... », grogna Ginjo, serrant les poings.
« La bataille est terminée », continua Haziq. « Nous avons perdu... »
« Il a raison », dit Ichigo, sa silhouette humaine soulignée de chatoiements avant d'apparaître à la vue. « Il ne reste plus que deux batailles. »
« Ha », s'exclama Ginjo d'un éclat de rire d'où l'humour était absent. « Espèce de petit idiot... » Les dents de Ginjo saillirent et il se lécha les lèvres, l'air affamé. « Ces deux batailles sont celles qui décideront de la guerre ! Je ne perdrai pas ! Tsukishima ne perdra pas ! »
« Si ce n'avait pas été moi votre adversaire... », commença Ichigo en marchant lentement vers Ginjo, « peut-être que vous auriez pu réussir. »
« Tu es plutôt arrogant, petit », dit Ginjo d'une voix rocailleuse.
« Tss », râla Ichigo avec impatience. « Je ne vais pas être doux. »
« Pas plus que moi », fulmina Ginjo.
Ginjo bondit en avant, ses griffes fendant l'air à l'endroit du visage d'Ichigo. Il frappa et griffa, Ichigo parant de ses bras. Ginjo gagna du terrain, piétinant le cadavre d'Amar, repoussant Ichigo contre le mur. Mais au lieu d'être piégé, Ichigo s'élança dans les airs et marcha le long du plafond avec aisance. Il se laissa retomber de l'autre côté de Ginjo, bloquant facilement l'assaut suivant.
« Tu es fort », dit Ginjo dans un souffle, essuyant les gouttes de sang et de sueur mêlés qui avaient ruisselé dans ses yeux. « Ce n'est même pas votre combat. Pourquoi vous vous êtes impliqués ? »
« Nous ? N'est-ce pas vous qui nous avez menacés en premier ? », revendiqua Ichigo, ses yeux bruns agrandis de colère. « Qui a versé le premier sang ? C'était votre Coven ! Tout ce que nous voulions, c'était continuer notre chemin… Nous étions juste de passage ! Ce sang, ce massacre, n'est pas de notre responsabilité. Les vôtres l'ont commencé, et les miens sauront très bien le terminer... »
Comme s'il avait été aiguillonné par la provocation, la vitesse et la force de Ginjo s'accrurent. Il percuta Ichigo de plein de fouet, œuvrant de toutes ses forces. Ichigo poussa un cri lorsque les dents de Ginjo se plongèrent dans son cou. Ginjo but hâtivement, du sang dégoulinant sur la peau pêche d'Ichigo.
« Laisse-moi ! », grogna Ichigo, assenant un coup de genou dans l'estomac de Ginjo. Le vampire chancela en reculant, sa langue lapant avidement le sang d'Ichigo.
« Que des belles paroles », se moqua Ginjo. « J'ai déjà pris un échantillon et nous avons à peine commencé. »
« C'est une courtoisie que je te fais », déclara Ichigo, les yeux plissés. « Je crois qu'une personne devrait connaître un sentiment d'honneur au moment de sa mort. Pas celui d'une défaite humiliante. Pas celui d'un échec immédiat... » Tout le corps d'Ichigo sembla bourdonner d'énergie. « Mais si ce que tu souhaites est une mort rapide, je vais exaucer ton souhait. »
Ginjo ne put que se couvrir la tête de ses bras lorsqu'un flot de lumière explosa en se déversant sur lui. Il sentit la bourrasque le balayer, les pans de ses vêtements claquer contre son corps. Il sentit la chaleur intense. Il entendit le son strident de l'attaque. Mais ce ne fut que lorsque le silence revint dans le corridor qu'il réalisa ce qui c'était passé.
Il baissa les yeux sur ses bottes, regardant un mystérieux liquide rouge tomber à grosses gouttes. Les gouttes s'écrasaient en un débit hors de contrôle, et il inspira laborieusement. Avec chaque respiration, le débit s'accroissait. Enfin, il prit conscience du trou dans sa poitrine. Il plaça sa main sur le côté gauche de son corps. La blessure était propre, instantanément cautérisée. Il se tourna lentement, fixant des yeux son cœur noirci, reposant, anéanti, sur le sol derrière lui.
« Waouh », murmura Ginjo, hochant lentement la tête. Puis il s'effondra, mort.
« Maître Ginjo », hurla Haziq, s'agenouillant près du corps de Ginjo. « Maître, s'il vous plaît ! »
« Attaque-moi », exigea Ichigo.
« Je ne le ferai pas », gémit Haziq. « Je ne peux pas. »
« Je suis désolé », dit Ichigo doucement, une orbe grossissant entre ses mains. « Dans ce cas je vais simplement vous réunir, toi et ton frère. »
« Merci », dit Haziq vaillamment. Il ferma les yeux, les mains jointes, en prière. « Merci ».
Partie XIV : fin
