Part 14

Clark se tenait sur le pas de la porte, légèrement mal à l'aise. Il triturait ses lunettes et chez lui, c'était un signe de nervosité. Il se dandina d'un pas sur l'autre pendant que Michael et Maria se demandaient ce qui amenait le journaliste chez eux à 10 heures du soir.

« Y a-t-il un problème, Clark ? » finit par demander Maria.

« Hmm, non, non, pas vraiment un problème, juste… », Clark porta la main à son nœud de cravate et rabaissa sa main. « Puis-je entrer ? »

« Eh bien en fait, Clark, c'est pas vraiment le moment », commença Michael mais il fut interrompu par un féroce « Michael ! » provenant de Maria.

« Quoi ? » cria presque Michael en se retournant vers sa petite amie. «Tu sais bien qu'on attend de la visite ! »

« Visite que tu ne recevrais pas si il n'y avait pas ton AMI Clark. Tu te souviens, Clark Kent, le type qui a insisté auprès de Superman pour qu'il te rencontre ? » dit Maria en se croisant les bras sur la poitrine.

Elle n'avait pas l'air de plaisanter et en plus, elle avait raison. Il se conduisait comme un minable. Il fit la tête. Elle avait encore raison. Il savait que dans le futur, elle allait le lui rappeler encore et encore et encore. Il fit contre mauvaise fortune bon cœur et s'effaça pour laisser entrer Clark.

« Désolé, vieux, c'était nul de ma part, entre ».

Clark sourit. « Pas de problème. »

Il entra et resta dans le vestibule en se demandant comment il allait procéder. Peut-être qu'il devrait juste révéler son identité et voir ce qui allait suivre ? Il observa Michael et Maria afin de juger de leur état d'esprit. Ils avaient l'air solide, pas trop émus. Allons, il se faisait du souci pour rien, tout allait bien se passer. Il fit un signe de la main en direction du salon. « Je peux ? »

« Bien sûr, Clark, pas la peine de demander, » assura Maria.

Elle se dirigea vers le salon, suivie de Michael et de Clark. Michael prit la parole.

« Clark, je veux te dire merci pour tout. Si tu n'étais pas intervenu auprès de Superman, jamais je ne l'aurais rencontré, » avoua Michael en se grattant le sourcil droit avec le pouce. Tout comme Clark avec ses lunettes, cette petite manie qu'avait Michael était révélatrice de son état d'esprit. Il était embarrassé et il n'aimait pas avoir à présenter ses excuses ou à remercier qui que ce soit. « Il… il est passé ce soir et nous avons discuté de, hmmm, de choses personnelles, désolé si je ne peux pas en révéler davantage ».

«Je comprends, Michael, plus que tu ne le penses », déclara Clark sur un ton cryptique.

« Tu veux t'asseoir ? » proposa Maria, tout en prenant elle-même place sur le canapé. La journée avait été longue et elle avait besoin d'aller se coucher mais apparemment, la journée n'était pas prête de se terminer. Elle replia les genoux sous elle et se passa une main sur les yeux, épuisée.

Michael resta debout, tout comme Clark. « Alors, qu'est-ce qu'il se passe ? Un problème avec Lois ? » questionna Michael avec un sourire narquois.

Clark leva les yeux au ciel. Michael était plus jeune que lui mais sur le sujet des femmes, il aimait se présenter comme le plus mature des deux, parce qu'il avait Maria dans sa vie. Pourtant, il était sûr et certain que Michael n'en savait pas plus que lui sur les relations entre les hommes et les femmes et que Maria avait joué un très grand rôle dans leur couple.

« Non, Michael, le problème est ailleurs. Et j'espère que tu vas me pardonner ».

Sur ces paroles, Clark ôta ses lunettes, desserra son nœud de cravate et il pirouetta sur lui-même à une vitesse ahurissante. Lorsqu'il eut fini de tourbillonner, Clark n'était plus là… Superman avait pris sa place ! Michael resta bouche bée. Ca ne pouvait pas être vrai, il avait la berlue, là ? Clark, Clark Kent, son ami, son voisin, le bon gars timide et un peu effacé n'était autre que SUPERMAN ??? Il ouvrit la bouche et essaya d'articuler mais aucun son n'en sortit. Il réessaya, sans succès. Il se laissa choir sur le fauteuil, abasourdi. Il jeta un coup d'œil en direction de Maria. Elle allait pouvoir prendre le relais, il pouvait toujours compter sur sa belle, mais également partenaire dans le crime et l'investigation, pour n'être jamais, jamais, JAMAIS à court de mots. Mais à sa grande surprise, Maria était assise sur le canapé, droite comme et un I et bouche bée. Elle semblait incapable de prononcer une parole. Cela fit sortir Michael de sa stupeur. Après sept années passées aux côtés de Maria Deluca, il la voyait enfin muette. Cela valait le coup d'attendre, se dit-il.

Il se leva et s'approcha de Superman, qui n'avait pas bougé. Il le regarda droit dans les yeux et tenta de trouver des similarités entre lui et Clark. Il y en avait, comment se faisait-il qu'il n'avait jamais fait le rapprochement ? Peut-être que Superman avait un pouvoir qui lui permettait de projeter une autre image que celle de Clark, quand il portait son costume, soliloqua Michael, toujours sur le choc.

« Michael ? » implora Clark, inquiet que Michael n'ait toujours rien dit.

« Huh ? »

« Alors ? Maintenant que tu es au courant de ma double identité, tu n'as rien à me demander ? » Précisa Clark.

Michael soupira en se triturant les cheveux. « Tu me prends au dépourvu, je n'avais prévu ce retournement de situation ».

« Je comprends, bien sûr. Si tu veux, je peux m'expliquer », proposa Clark.

Il s'assit sur le fauteuil qu'il avait occupé quelques minutes auparavant. Il sourit à Maria, qui n'avait toujours pas ouvert la bouche. « Ca va, Maria ? »

Maria cligna des yeux à plusieurs reprises. Elle était fatiguée. Très fatiguée. Oui, c'est ça, elle était si fatiguée qu'elle avait des visions. Superman était assis en face d'elle et il s'agissait en fait de… « Clark ? »

Ce dernier eut un petit rire en entendant la voix presque enfantine de Maria. « Oui, Maria, Clark, Clark Kent, alias Superman. Tu as pourtant l'habitude des doubles identités, pas vrai, Maria Lucas, alias Maria Deluca ? »

Elle grogna. Quand même, ce n'était pas la même chose ! Mais elle n'allait pas chipoter là-dessus ce soir. Elle voulait connaître toute l'histoire de Superman et elle était sûre qu'après Michael ait révélé toute sa vie à Superman, celui-ci allait en faire autant.

Superman se racla la gorge et entama son récit. « Comme vous le savez tous les deux, je viens de la planète Krypton, qui a explosé il y a très longtemps de cela. Les Kryptoniens étaient un peuple très avancé et mes parents étaient de brillants scientifiques. Les travaux de mon père avaient mis en évidence la fin tragique de Krypton. Malheureusement, les autorités kryptoniennes n'ont pas été convaincues par les résultats que mon père leur avait présentés et aucun plan de sauvetage n'a été organisé pour sauver la population. »

« Oh, comme c'est tragique ! » s'exclama Maria qui pouvait visualiser la fin horrible des habitants de cette planète, victimes de la bêtise et de l'intransigeance de ses dirigeants.

« Oui, c'est vrai. Mais mes parents n'ont pas renoncé. Ils ont travaillé sans relâche à construire un vaisseau spatial et à trouver une planète habitable. La Terre leur a semblé un bon endroit pour moi, qui n'était alors qu'un bébé. Si la fin de Krypton ne s'était pas produite encore plus tôt que mon père ne l'avait prédite, peut-être qu'ils auraient pu le construire, ce vaisseau spatial, mais ce ne fut pas le cas », se désola Clark.

« Mais pourtant, tu es bien là ! » dit Michael, posant sans s'en rendre compte la même question que Superman avait posée, quand il lui avait révélé qu'il avait été assassiné sur Antar.

« Je suis là parce que mes parents ont tout juste eu le temps de construire une capsule spatiale dans laquelle ils m'ont placée. Ils y ont également inséré toutes les connaissances de leur civilisation. »

Le silence tomba dans la pièce. Chacun était plongé dans ses pensées. Maria imaginait ce petit bébé qui avait traversé tout l'espace pour être élevé sur Terre et à quel point c'était similaire à l'histoire de Michael. Clark se remémorait le visage de ses parents, espérant que où qu'ils puissent être, ils étaient fiers de lui et Michael imaginait les parents de Clark qui avaient tout sacrifié pour que leur fils survive. Mais au moins, Clark savait que ses parents l'avaient aimé. Lui n'avait même pas cet avantage.

Maria bougea légèrement sur le sofa et elle vit le visage sombre de son petit ami. Elle se leva et s'approcha de lui. « Qu'est-ce qui ne va pas, Michael ? » s'enquit-elle en le contemplant avec inquiétude.

Michael se renfonça dans son fauteuil. « Non, c'est rien, c'est juste que… », il délibéra en son for intérieur afin de savoir s'il pouvait déballer ce qu'il avait sur le cœur.

« Vas-y, Michael, parle-moi », encouragea Superman.

« Oui, Michael, dis-moi ce qui te passe par la tête », supplia Maria en se mettant à genoux devant lui et en lui prenant les mains.

Michael regarda leurs mains enlacées. Il pouvait sentir l'angoisse de Maria et il sut alors que Maria l'aimait plus que tout et qu'elle ne le quitterait plus. Il avait Maria et il l'aurait toujours, quoi qu'il arrive. Il eut un triste sourire. « C'est juste que les parents de Clark, ses parents biologiques, ont tout tenté pour le sauver, ils l'ont expédié à l'autre bout de l'univers pour cela et ils n'ont pas cherché à se sauver eux-mêmes. Et les miens ? Ils m'ont tué sur Antar, ils m'ont… réincarné et tout ça pour quoi ? Pour m'abandonner sur cette planète et ne jamais plus s'intéresser à mon sort. Ils ne sont jamais venus pour moi, Maria, jamais », dit Michael avec amertume.

« Ohhhh, Michael », dit Maria avec douceur. Elle lui prit le visage entre les mains. « Tu n'en sais rien, Spaceboy. Si ça se trouve, la résistance royaliste a peut-être été décimée après ta mort et les dernières informations qu'ils possédaient étaient les coordonnées d'une autre planète que la Terre. N'oublie pas que Nacédo était à bord de ton vaisseau, qui te dit qu'il ne l'a pas saboté, provoquant le crash sur la première planète venue ? Cela expliquerait pourquoi seuls les skins sont venus sur Terre : Nacédo les avait contactés juste avant le crash pour leur signaler dans quel endroit de la galaxie le vaisseau se trouvait ! »

« Tu crois ? » demanda Michael avec une note d'espoir.

Maria se tourna vers Clark qui acquiesça. « Je suis d'accord avec Maria, tu ne sais absolument rien concernant la suite de ta mort, à tes amis et à toi. Il a pu se passer tout un tas de choses qui ont fait que les tiens n'ont peut-être jamais su ou leur famille royale réincarnée avait été envoyée. »

« Tu vois ! » s'exclama Maria. « Superman lui-même pense que j'ai raison ! Et puis, il est aussi Clark et il est très, très intelligent donc tu peux lui faire confiance ».

Michael se pencha pour soulever sa petite amie qui était toujours inconfortablement agenouillée en face de lui. Il la prit dans ses bras et l'assit sur ses genoux. Il l'embrassa avec douceur. « Merci », dit-il à voix basse.

Maria lui jeta les bras autour du coup et l'embrassa fougueusement avant de se rappeler qu'ils avaient un invité. « Hmm, désolée, Clark, tu peux continuer ton histoire ».

Clark leva les yeux au ciel. Il commençait à avoir l'habitude, avec ces deux-là. Ils se laissaient très souvent emportés par leur fougue amoureuse et c'était un peu gênant au début mais maintenant, il s'était habitué. « Ou en étais-je ? » dit-il. « Ah, oui, la capsule spatiale. Alors ma capsule s'est dirigée vers la Terre et s'est écrasée quelque part dans le Middle West, près du village de Smallville. Mes parents, Martha et Jonathan Kent, rentraient chez eux et ils ont été le témoin de cet évènement. Ils ont cru qu'il s'agissait d'une météorite. Ils se sont approchés et ils ont vu qu'il ne s'agissait pas de ça. Ils ont ouvert la capsule et m'ont trouvé à l'intérieur. Ma mère m'a dit qu'ils m'ont aimé dès qu'ils m'ont vu. Ils ont décidé de m'adopter car ils ne pouvaient pas avoir d'enfants. Et voilà. J'ai été élevé dans une ferme, dans une famille unie et aimante », conclut-il.

« Et voilà », répéta Maria. Le mystère Superman était résolu, encore un succès pour l'équipe de détectives Guerin & Deluca. Il restait maintenant à vivre au mieux avec cette nouvelle donnée de l'équation. Maria eut un sursaut ! Et les autres ? « Clark, il faut que tu rencontres Max et Isabel. Tu veux bien, n'est-ce pas ? »

« Ca me ferait plaisir de les voir », dit Clark avec sincérité. Michael, Max et Isabel n'étaient peut-être pas Kryptoniens, comme lui, mais ils étaient tous des réfugiés extra-terrestres et ils aimaient tous les gens de cette planète.

« Bien, on va les contacter tout de suite, alors », décréta Maria en sautant sur ses pieds et en se précipitant vers le téléphone. Mais Michael se leva précipitamment et lui arracha le téléphone des mains. « Non, Maria, tu ne peux pas faire ça ! »

Il raccrocha le combiné et se tourna pour faire face à sa petite amie qui était courroucée. « Et pourquoi ça ? »

« Premièrement, parce qu'il est onze heures du soir et qu'on va pas les réveiller pour -»

« Pour quoi, pour leur dire qu'on a trouvé Superman et qu'on sait toute la vérité ? Tu appelles peut-être ça une broutille ? » ironisa Maria.

« Et deuxièmement », poursuivit Michael sans prêter attention à ce qu'elle venait de dire « tu ne peux pas annoncer ça au téléphone. Question de sécurité », ordonna Michael d'un ton tranchant.

Maria soupira. Michael ne plaisantait jamais lorsqu'il était question de la sécurité du groupe, et maintenant, il ajoutait à sa courte liste d'amis Superman. Jamais il ne compromettrait la double vie si bien ordonnée de son nouvel ami. « Bien, dans ce cas-là, je peux quand même téléphoner à Isabel pour lui demander de nous contacter 'à sa manière', qu'en penses-tu ? »

« Ca marche pour moi », dit Michael. Il se tourna vers Clark. « Même chose pour toi ? »

« Oui, très bien », articula difficilement ce dernier. Connaissant le caractère explosif de Michael, il s'était attendu à plus de résistance à la lumière de sa réelle identité mais il l'avait bluffé. Et maintenant, il lui proposait de rencontrer ses proches ? Ses parents n'allaient pas en revenir ! Ses parents !!! Il devait tout leur raconter.

« Heu, Michael, tu crois que tes amis voudront se rendre directement à Smallville ? Ce serait plus simple et plus convivial s'ils allaient directement chez mes parents. »

Michael et Maria se regardèrent puis hochèrent la tête. « C'est une très bonne idée », finit par dire Michael. « Appelle-les, Maria, et demande-leur de nous rejoindre cette nuit pour une petite discussion ».

Maria cria de joie et bondit sur le téléphone. Michael et Clark se rassirent pendant qu'elle composait le numéro et tout naturellement, ils se remirent à converser comme les deux amis qu'ils étaient et qu'ils ne cesseraient jamais d'être.