14.
Pouchy déposa un baiser sur la joue de son aîné à la chevelure fauve.
- Tu sais que tu t'es enferré toi-même dans une belle galère ? remarqua le jeune homme blond.
- Manquait plus que ça, s'étrangla Alguérande. C'est de ma faute !
- Il y a un peu de ça, insista Pouchy. Au lieu de foncer droit régler son compte à Umielron et à lui couper ses tentacules, tu l'as laissé libre de prendre les devants ! Tes Schreiber et Kob ne se sont dès lors pas privés de te tendre ce piège sur Kérotin.
- Ce n'était pas un guet-apens, contesta Alguérande. Les Fantassins n'ont jamais vraiment cherché à me rattraper !
- Mais, pourquoi alors ? s'étonna Pouchy.
- Gander et moi nous nous étions déjà séparés, donc il était inutile de chercher à nous attaquer de façon isolée. Gander n'a d'ailleurs pas été inquiété un instant, réfléchit Alguérande à voix haute alors que dans son rêve il était allongé avec son cadet au pied du nouvel Arbre de Vie aussi colossal et resplendissant que son prédécesseur. Une diversion, de toute évidence, mais sans but à première vue.
- A toi, il n'est rien arrivé, fit à son tour Pouchy. On aurait fait quelque chose à Gander.
Alguérande secoua la tête de façon négative avant de se redresser pour s'asseoir.
- Non, Gander avait changé avant même que nous n'arrivions à la station spatiale… Il a réussi à me subtiliser ma balise de détresse, car plus j'y réfléchis plus je suis certain de l'avoir emportée avec moi lors de cette sortie ! Je passais en revue ses mises à jour quand Gléa s'est mise en tête de calmer mes ardeurs, et pas à petites doses ! Avec l'arrivée de papa, je pense que Toshiro a pris le relais.
- Ils ont tous tellement peur que tu ne fasses une bêtise…
- Je n'ai pas l'intention de me lancer dans du grand n'importe quoi ! protesta Alguérande avec colère. J'ai juste à retrouver le chemin du Sanctuaire sous-marin de ce satané Poulpe et d'en faire une salade de la mer !
- Tu vois, Algie, tu pars direct dans les emportements, souligna Pouchy avec un brin de tristesse. Comprends que cela ait pu faire peur à ton entourage ! ? Tu disposes d'une terrible machine de guerre avec le Pharaon, et tu as tes talents particuliers capables d'exploser à tout moment !
- Mais ce n'est pas bientôt fini d'enfoncer le clou en me rejetant toute la faute sur le dos ! vitupéra Alguérande en bondissant sur ses pieds. J'ai à être en rage, justement, pour affronter une dernière fois Umielron et le découper en rondelles ! ferme-la, Pouchy ! Sinon, tu vas finir par donner ta bénédiction à Gléa qui m'abrutit de médocs !
- Oui, il y a de ça… reconnut le jeune homme blond. Mais tu auras aussi bel et bien de la pleine possession de tes moyens pour défaire Umielron.
Pouchy esquissa un sourire.
- Je ne suis pas inquiet. Une fois passé dans la dimension des Sanctuaires, les calmants de ta médecin-cheffe n'influent plus sur toi. Avec le sang des quatre Dragons de Jura en toi, tu ne vas pas le découper en rondelles, ce Poulpe, mais le griller !
- Toi et ton sens du raccourci, ne put s'empêcher de rire Alguérande. Ça fait tellement de bien de te savoir là, mon Pouch' !
- Je t'aime, Algie !
Traînant des pieds, Albator s'était rendu à la salle du Grand Ordinateur de son Arcadia.
- Tu sais quelle heure il est ? grogna-t-il en plongeant les mains dans les poches de sa robe de chambre.
- Tu m'avais dit de te prévenir dès que j'aurais trouvé quelque chose, contesta Toshiro.
- De préférence pas en pleine nuit, râla encore le grand Pirate balafré.
Toshiro éclata franchement de rire.
- Inutile de chercher bien loin d'où Alguérande tient sa manie de pester à tout bout de champs !
- N'importe quoi, se défendit Albator. Je suis on ne peut plus agréable à vivre !
Mais il redevint sérieux.
- C'est donc bien lors des mises à jour que Gander a été reprogrammé ? fit-il.
- C'était une évidence, répondit Toshiro. Sous couvert de fichiers habituels lors des révisions de ce Mécanoïde, j'ai relevé de nombreux programmes qui n'avaient jusque-là jamais été utilisés sur lui.
- Qui les a envoyés ? interrogea Albator.
- Si on considère que plusieurs informaticiens de l'usine ont eu des échanges de courrier avec Bhéron Schreiber, la réponse s'impose d'elle-même. Même démasqué et en fuite, l'ancien Instructeur de l'Académie Militaire a gardé des contacts solides ! Voilà donc quand ce pauvre Gander a été corrompu à son insu !
- Il peut être nettoyé de ces fichiers parasites ?
- Toujours. Mais l'ordre doit venir de la Flotte, pas d'un ordinateur même aussi performant que moi ! Je vais transmettre mes conclusions au général Hurmonde.
- Oui, fais vite, Toshy. Tu as bien fait de me réveiller !
- J'ai toujours raison !
