Note d'auteur : Et on attaque enfin le point de vue de Tonks ! :) A partir d'ici, les chapitres alterneront les points de vue entre les deux, j'espère que ça vous plaira. :)
Tonks ne cessait de se tourner et de se retourner dans son lit. Elle n'arrivait pas à dormir. Dans quelques heures, elle allait devoir se rendre à Azkaban avec Maugrey, sur les ordres du Ministre. « Pour s'assurer que les choses soient en ordre », affirmait-il. Elle en était malade rien que d'y penser. Les histoires qu'elle avait pu entendre sur cet endroit maudit ne lui donnaient aucune envie de mettre les pieds là-bas. Elle avait beau faire la fière et en rire, intérieurement, elle avait peur.
Poussant un soupir, la jeune femme repoussa les draps entortillés autour de ses jambes et sortit dans le couloir. Avec un peu de chance, Sirius serait debout. Il avait du mal à s'endormir dans cette grande maison froide pleine de craquements, et ils s'étaient retrouvés plusieurs fois ces derniers mois à l'occasion d'insomnies.
Silencieuse comme une ombre, elle descendit jusqu'au rez-de-chaussée, passa devant le portrait de Mrs Black en prenant garde à ne pas se prendre les pieds dans l'énorme porte-parapluie, puis se rendit dans la cuisine. Elle sourit en voyant un faible rai de lumière sous la porte.
— Encore debout ?
Sirius lui adressa un pâle sourire en la voyant entrer.
— Bièraubeurre ? lui proposa-t-il.
Elle refusa la bouteille tendue d'un signe de menton, puis s'assit en face de lui. Les bras serrés autour d'elle pour se protéger du froid, les yeux fixés sur les entailles qui parsemaient la table de bois, Tonks tendit l'oreille. De la cuisine, ils n'entendaient pas un bruit venant des étages supérieurs.
— Encore du mal à dormir ?
— Comme toujours, grimace-t-il. Je déteste cette maison.
— J'ai dû mal à croire que tu aies pu grandir ici, avoua Tonks. C'est si… sinistre.
— Et tu n'as pas vu l'endroit dépourvu de Weasley et habité par ma mère, ricana Sirius d'un air sombre. Tu en aurais fait des cauchemars.
— Ma mère m'a dit que sa tante Wallburga pouvait être plutôt terrifiante quand elle le voulait.
— Elle était surtout obstinée, murmura-t-il, le regard perdu dans le vide. Trop attachée à ses convictions. Elle a brûlé le nom de ta mère de la tapisserie familiale à la seconde où elle a appris qu'elle s'était enfuie avec ton père. Nous n'avions même plus le droit de prononcer son prénom.
— Tu as bien connu ma mère quand tu étais plus jeune ? demanda soudain Tonks, curieuse.
Elle se pencha inconsciemment en avant, les yeux brillants. Elle n'avait jamais réellement osé poser cette question à Sirius. Il était si taciturne, renfermé et grincheux depuis qu'on le forçait à vivre ici. Mais ce soir, l'alcool semblait lui délier la langue. Et elle-même se sentait plus détendue.
— La première fois que nous avons dînés tous ensemble, ta mère, ses sœurs, mon frère et nos parents, Andy était assise à côté de moi. Elle a rendu cette soirée bien plus agréable qu'elle n'aurait dû l'être.
Un sourire nostalgique flottait sur les lèvres de Sirius. Avide, Tonks se pencha encore davantage, et fidèle à son habitude, commença à le harceler de question. Il répondit à ses trop nombreuses interrogations les unes après les autres, semblant se remémorer ces souvenirs avec mélancolie. Les anecdotes qu'il lui contait étaient toujours légères et amusantes, et elle savait qu'il taisait certains événements, mais elle ne lui en tenait pas rigueur.
Elle ne vit pas l'heure tourner. Pris dans ses histoires, Sirius cessa de boire. Penché vers elle, il parlait avec animation, en faisant de grands gestes. Et elle riait devant ses imitations, ses intonations de voix, ses histoires rocambolesques. Il exagérait tout, mais ça lui faisait un bien fou. Parce que pendant ce temps, l'idée terrifiante d'Azkaban ne venait pas la tourmenter.
— Vous êtes déjà debout ?
Ils sursautèrent tous les deux. Ils n'avaient pas entendu la porte s'ouvrir. Remus se tenait sur le seuil, l'air à la fois surpris et peiné. Il portait sa cape de voyage élimée et paraissait épuisé.
— On n'arrivait pas à dormir, répondit Sirius avec un air embarrassé.
— On s'est mis à parler d'histoires de famille et on n'a pas vu le temps passer, ajouta Tonks en tentant un sourire.
Remus hocha le menton, puis se dirigea vers le buffet pour en sortir une tasse.
— Tu restes ici aujourd'hui ? demanda-t-elle d'un ton enjoué.
— Non, je venais juste prendre un café.
Son ton froid la fit frissonner. Lui qui était d'habitude si gentil et prévenant avec elle, sa sècheresse lui faisait de la peine, sans qu'elle puisse réellement se l'expliquer.
— Tu ne veux pas rester pour le petit-déjeuner ? insista-t-elle pourtant. Harry sera ravi de te voir.
— J'ai des choses à faire.
Sans qu'elle ou Sirius aient pu esquisser le moindre geste, il était parti. Tonks sentit son cœur se serrer. Sirius poussa un soupir, grimaça et but une longue goulée de Bièraubeurre. Elle, ne pouvait s'empêcher de fixer la porte que Remus venait de claquer.
Qu'avait-elle fait pour mériter un tel courroux ? Et pourquoi cela la blessait-il autant ?
