Ils arrivent finalement à Ealdor en fin de journée suivante où quand apparaît en vue les premières maisons du village natal du brun, le fils d'Uther sent le corps menu de Jesse se tendre comme un arc – contrairement à la veille où le sommeil l'avait détendue au point de la laisser choir contre son dos ferme. Il ramène alors les rênes à sa main gauche pour prendre la droite de la jeune fille dans la sienne, la serrant brièvement dans un geste de réconfort. Si la tension entre Merlin et lui s'est vu diminuée - juste de manière à leur permettre d'empêcher de rallonger davantage le voyage - celle de l'adolescente semble soudainement percer la surface.
Cette dernière apprécie d'ailleurs l'attention, bien que la boule naissante d'angoisse qui obstrue sa gorge s'accentue à mesure qu'ils se rapprochent. Puis vient un moment où Merlin accélère l'allure, les dépassant quand par-dessus l'épaule du blond, Jesse aperçoit près des premières habitations, une femme brune au visage souriant tenant un seau d'eau de sa main droite, et la gauche en visière quand elle prend conscience de leur présence.
Sans savoir qu'Arthur partage son sentiment, un pincement au cœur la pique une seconde alors que le brun descend à terre pour serrer sa mère de son bras gauche – le droit portant toujours la petiote.
Petiote qu'il lui présente ensuite, résumant rapidement la situation à celle qui l'a mis au monde et deviendra peut-être la tutrice de la jeune veuve.
Une fois à l'entrée du village, le prince descend à son tour de monture et comme il l'a fait la veille, aide sa cadette à faire de même, laissant tout de même une paume au creux de ses reins autant pour l'inciter à avancer sans se dérober que de la rassurer.
Aussi douce que ses traits le confirme, Hunith les salue tour à tour avant de les inviter à rentrer, non sans avoir certifier à l'adolescente qu'elle peut rester aussi longtemps qu'elle le désire.
[ ... ]
Allongé sur le dos la nuit suivante, et sa tête reposant sur ses bras croisés, Arthur fixe un point imaginaire dans la pénombre relative de la pièce, conscient avec une acuité aiguisée de la présence du brun à ses côtés. Ayant passé suffisamment de nuits à ses côtés, il peut affirmer sans se tromper que si ce dernier a mit du temps à trouver le sommeil, il taille désormais une bavette avec Morphée.
Lui en revanche... Certes, il ne regrette cependant pas sa décision qui bien que hâtive en tous points de vue – comme les dernières fois, il sera toujours temps de gérer les conséquences de leur absence en temps voulu – a été la meilleure.
Même si cela l'oblige a partager du temps avec Merlin.
Un soupire s'échappe doucement de ses lèvres. Pourquoi a-t-il fallut qu'il pose le regard sur le jeune homme, qui dort à point fermés à juste à peine un mètre de lui ? Mais loin de chercher à comprendre ce début de raisonnement qui de toute manière, ne le mènera nulle part, Arthur secoue la tête et se tourne sur le flanc gauche, ramenant la couverture vers son visage.
Ça n'a plus d'importance désormais.
Il ferme les yeux, espérant profiter ne serais-ce de quelques heures de repos quand bien qu'étouffés, des pleurs lui parviennent à travers la porte de la pièce. Il entend ensuite le plancher craquer et sourit en reconnaissant la démarche féline de Jesse.
Oui, ça aura au moins servi à cela.
Alors que le prince plonge à son tour dans un sommeil bienfaiteur, la jeune fille recouche une Alice repue et apaisée dans ce qui – comme à Camelot – lui tient lieu de berceau et s'assurant ensuite que la petite n'ait besoin de rien avant quelques heures, sort en silence de la maison. Elle ne part pas bien loin, s'asseyant simplement contre le pan du mur qui encadre la porte d'entrée.
Repliant ses genoux contre sa poitrine, la châtaine lève ses yeux verts sur le ciel piqué d'étoiles, ses joues pâles humides de rosée.
« Jesse ? »
L'interpellée sursaute violemment sans le vouloir, son cœur battant si fort contre ses côtes qu'elle en a presque mal. Son hôte s'apprête à la rassurer quand elle aperçoit les sillons transparent briller, quand elle se penche pour poser un châle en laine sur ses épaules. Bien qu'étant en été, les nuits peuvent parfois être fraîches, surtout pour quelqu'un assis à même un sol de terre, et ne portant rien d'autre qu'une chemise de nuit trop fine.
« Merci, souffle la plus jeune en essuyant discrètement ses larmes. Pardon de vous avoir réveillée...
- Il n'y aucun mal Jesse. » Lui assure la mère du sorcier en prenant place à ses côtés.
Sa pupille hoche son joli minois, resserrant inconsciemment les pans du châle autour d'elle, tandis qu'Hunith laisse passer un court silence avant de le briser non sans douceur :
« Ma chérie, il y a quelque chose dont tu voudrais me parler ? »
Elle n'est certes pas médium mais connaît son fils mieux que quiconque, ayant tout de suite compris à son regard, sa façon de lui expliquer la situation et de regarder l'adolescente qu'il ne lui avait pas tout dit. Conscient de cet état de fait, il lui avait simplement glissé à l'oreille qu'il préférait que se soit la concernée qui lui en parle.
Si par la suite, la gamine s'était montrée serviable et désireuse de demeurer en ce lieu, une nervosité étrange ne semblait vouloir la lâcher. Bien-entendu, l'erreur est humaine mais la brune ne souffre plus d'aucun doute quand la cadette éclate en sanglots à sa question. Sans réfléchir, elle passe un bras autour de ses épaules et la ramène contre elle. Jesse ne résiste pas, crochetant même son cou de ses bras fins, pleurant maintenant à gros bouillons.
Bien que se demandant quelle peut être la cause de sa détresse, Hunith la sert davantage dans une étreinte qu'elle espère rassurante, frottant machinalement son dos de la paume d'une de ses mains en de longs gestes apaisants.
« Jesse..., appelle-t-elle en la berçant doucement. Je ne peux t'aider si tu ne me parle pas. »
Mais la jeune fille resserre sa prise, hoquetant contre sa gorge :
« Je... Ne veux... Pas... Que... Que vous soyez... Fâchée contre... Moi ! Je veux... Je veux rester... Avec vous ! »
Pour le coup, sa tutrice en reste un instant sans voix. Fâchée ? Se reprenant, elle n'en cesse pas moins ses mouvements, partageant ses pensées :
« Pourquoi serais-je fâchée contre toi ? »
N'obtenant pas de réponse, elle réitère sa question avant de comprendre par le biais du silence buté de la plus jeune, dont les pleurs commencent à s'espacer, qu'elle doit changer de tactique. Aussi la brune stoppe ses gestes, et avec un mélange de fermeté et de douceur que toutes les mères acquièrent avec les années, saisit les biceps fins de Jesse pour l'obliger à la regarder en face.
C'est bien-sûr sans compter sur la concernée qui baisse la tête, ses yeux de chat humides et gonflés de larmes fixant obstinément un point sur le sol. Mais Hunith n'en dépose pas moins les armes, prenant tout aussi fermement que tendrement le minois peiné en coupe pour le relever vers elle.
« Jesse, commence-t-elle en essuyant ses joues de ses pouces. Je n'ai nullement l'intention de me mettre en colère contre toi. Pas plus que celle de te chasser d'ici. Mais j'ai besoin que tu me parle, il n'y a que de cette manière que je pourrais t'aider. »
Si elle recommence à pleurer, sa pupille ne cherche à se dérober, reniflant doucement avant de murmurer :
« Vous me le promettez ? »
Touchée, son aînée hoche la tête.
« Je te le promet. »
D'abord difficilement, Jesse s'exécute, les mots se bousculant parfois mais trouvant quand même un sens à ses phrases. Elle perd la notion du temps mais ne s'en soucie guère alors que blottie au creux des bras réconfortants de la mère de celui qu'elle considère comme son ami, elle parvient à curer en profondeur l'abcès qu'Arthur avait déjà amené à éclater.
