Chapitre Treize : Une soirée pyjama à Poudlard [1]

Ron était resté toute la soirée très fâché envers Hermione et son animal de compagnie. Il était même si furieux des poursuites incessantes de Pattenrond sur Croûtard qu'il était resté terré dans le dortoir tout le reste de la soirée. Il serait probablement resté là-haut tout le soir s'il avait pu résister à la tentation du festin d'Halloween. Hermione se laissa tomber dans le canapé aux côtés d'Harry, pratiquement épaule contre épaule, les jambes repliées sur le côté et calées contre les coussins. Elle ouvrit promptement son livre de Runes anciennes.

« Voudrais-tu m'aider pour mes devoirs, Harry ? »

« Par t'aider, tu veux bien dire m'asseoir et te regarder les faire, » demanda Harry avec un sourire narquois.

« Non. En fait, je pesais chacun de mes mots. »

« Heu, Hermione, je ne connais rien du tout au sujet des runes. »

« Je vais t'aider, » répondit-elle, en plaçant le livre entre eux deux. Durant l'heure suivante, Hermione donna à Harry un cours rapide sur les quatre runes de base qu'ils avaient déjà déchiffrées en classe : le feu (représenté par un simple triangle équilatéral la pointe en haut), l'eau (le même triangle, mais avec la pointe en bas), la terre (même symbole que l'eau, mais avec une ligne horizontale formant un triangle supplémentaire du côté de la pointe), et enfin l'air (même symbole que la terre, mais vers le haut comme pour le feu).

« Donc, ils utilisent des formes pour représenter des mots entiers, ou des idées ? »

« Ils ont été un peu plus loin, » dit Hermione. « Les runes ont fini par évoluer pour représenter des sons, et enfin des lettres, de manière similaire à ce que l'on connaît aujourd'hui pour les langues. Un parallèle peut même être fait entre la progression des runes sous des formes de plus en plus complexes, et le développement de langues évoluées comme l'anglais. »

« Et quel est donc ton devoir ? »

« Je dois déchiffrer le sens d'une rune composée, » dit Hermione, en sortant un petit parchemin de son sac. Elle avait dessiné dessus une ébauche de forme. Contrairement aux quatre runes précédentes qu'Hermione lui avait montrées, cette rune était composée de deux triangles équilatéraux de même taille, un orienté vers le haut, et l'autre vers le bas, les deux se touchant par un des côtés obliques, formant ce qu'Harry reconnut pour être un parallélogramme de son programme de primaire [2].

« Une rune composée ? »

«Une rune composée utilise deux (ou plus de deux) runes plus simples pour transmettre une idée plus complexe, » lut Hermione dans son livre. « Souvent, les runes composées vont illustrer des étapes particulières dans un processus. Ou elles vont se référer à un élément complexe pour lequel une rune n'existe pas déjà. »

« Bon, qu'est-ce que tu en penses, » demanda Hermione.

« Bon, ça a l'air d'être comme si les runes de feu et d'eau avaient été jointes ensemble, » commença Harry.

« C'est aussi mon avis, » dit Hermione.

« Mais tu ne crois tout de même pas que c'est aussi simple ? »

« Harry, ce sont des runes primitives, » remarqua pensivement Hermione. « La simplicité était alors primordiale. »

« Donc qu'est-ce qu'ils essaient de dire ? »

« Je ne suis pas sûre, » dit Hermione. « Feu et eau… » répéta-t-elle plusieurs fois, en parlant doucement. « L'eau peut éteindre les flammes, mais — »

« Dans ce cas l'eau n'aurait-elle pas été la première rune dans la séquence, » demanda Harry.

« Oui, je crois que tu as raison, » dit Hermione. « Bien que l'ordre pourrait ne pas être important dans ce cas. Ce serait vrai s'ils avaient essayé par ce symbole de désigner un processus, mais pas s'ils avaient essayé de transmettre quelque chose de plus complexe que juste du feu ou de l'eau… » Hermione prit un morceau de parchemin, l'étendit sur le bas de la page de son livre, et dessina un tableau simple.

« Je pense que nous sommes à peu près sûrs que la rune ne nous indique pas d'éteindre un feu avec de l'eau, » répéta-t-elle, griffonnant cette possibilité dans une des cases du tableau, et rajoutant un x à côté. « Donc, pour moi, les seules options sont soit a) combiner le feu avec l'eau pour former quelque chose de nouveau, ou alors comme tu l'as laissé entendre, Harry, soit b) faire référence à un processus dans lequel le feu affecte l'eau d'une certaine manière. »

« Cela a l'air logique, » dit Harry.

« Qu'est-ce que le feu et l'eau peuvent produire en étant mis ensemble ? »

« De la vapeur, » répondit Harry. Hermione acquiesça, notant la conclusion sur son parchemin.

« Et qu'est ce que le feu peut faire à de l'eau ? »

« Et bien… » commença Harry, pensant tout d'un coup à la réponse évidente, avant que soudain quelque chose le frappe. « Hermione, est-il possible qu'une rune combinée puisse signifier à la fois un processus et une chose ? »

« Bah, le texte du livre ne dit pas que c'est impossible, » dit lentement Hermione, alors qu'un petit sourire naissait sur ses lèvres. « À quoi penses-tu ? »

« Et bien, tu peux faire bouillir de l'eau, n'est-ce pas, » dit Harry à toute vitesse. « C'est un processus. Tu appliques le feu sur l'eau, et la chaleur du feu la fait bouillir – »

« Oui, continue. » Son sourire s'agrandissait.

« Ce qui fait un sens à la rune, puisque l'eau est placée en second, » continua Harry, comme surpris par la manière dont les mots lui venaient facilement. « Et la vapeur est ce que tu obtiens lorsque tu fais bouillir de l'eau. » Hermione souriait maintenant de toutes ses dents.

« Tu étais déjà arrivée à cette conclusion, n'est-ce pas, » demanda Harry.

« Je l'avais trouvée, mais pas longtemps avant toi, » admit-elle.

« Mais pourquoi n'as-tu rien dit ? »

« Parce que je voulais voir comment tu y travaillais, » répondit-elle honnêtement. « Tu ne penses pas de la même manière que moi, Harry. En plus, je voulais voir si j'avais raison. »

« Que veux-tu dire ? »

« Je t'ai suggéré de suivre les Runes parce que je pensais que tu pouvais prendre le coup plus facilement pour cette matière, » continua-t-elle. « Et je crois que tu viens juste de prouver que j'avais raison. »

« Et donc tu étais en train de me tester, » demanda Harry.

« Peut-être, » dit-elle malicieusement. « Mais principalement, je voulais te faire réaliser que tu pouvais réussir à faire toi-même ce raisonnement. »

Harry était stupéfait. Hermione sourit de nouveau, et écrivit la conclusion qu'une rune composée pouvait être soit un processus, soit une chose, ou alors les deux.

« Et n'imagine même pas un instant que je tairais au Professeur Babbling le fait que tu as travaillé sur ce devoir à mes côtés, » ajouta-t-elle en fermant le livre, et en le posant sur la table.

« Je pense que, en fait, certaines de tes qualités commencent à déteindre sur moi, » admit Harry avec un sourire narquois.

« Merlin sait qu'il en était enfin temps, » répliqua-t-elle, son visage toujours illuminé d'un sourire.

() () ()

Ron continua à faire la tête à Hermione, alors qu'ils descendaient ensemble plusieurs volées de marches pour aller dans la Grande Salle. Harry marchait entre les deux. Et il n'avait pas besoin d'être devin pour deviner que ses deux amis étaient toujours en froid, tant il pouvait presque sentir les pulsations glacées émaner d'eux. Pourtant, au moins Hermione essaya à une reprise de se réconcilier avec Ron. Elle avait timidement demandé à Ron comment Croûtard se portait, ce à quoi Ron avait répondu sèchement qu'il se cachait dans ma vieille chaussette, au fond de mon armoire, complètement terrifié. Merde, il avait juste commencé à se sentir mieux, et c'est alors que ton chat lui a sauté dessus.

« Pat' ne pouvait pas savoir, Ron ! »

« Alors, garde-le enfermé dans ton dortoir ! »

« Ce n'est pas juste, » se défendit Hermione. « Un chat ne peut pas changer sa nature profonde ! »

« Alors, tu aurais dû acheter un hibou finalement ! »

Harry dut combattre une envie toute nouvelle de dire à Ron qu'il réagissait de manière excessive. Mais il savait que Croûtard était maintenant plus important pour Ron qu'il ne l'aurait admis par le passé, qu'importe que Ron n'ait cessé auparavant de se plaindre ô combien son animal était inintéressant. En outre, Harry soupçonnait que Ron lui en voulait toujours un peu pour avoir laissé tomber la Divination.

Et c'est ainsi que les trois amis marchaient maintenant dans la Grande Salle, Harry maintenant la paix à la manière d'un bouclier humain entre ses deux amis. Il ne s'accorda qu'une brève pause pour observer les décorations élaborées qui couvraient les murs de la salle. Des citrouilles allumées étaient posées tout le long des murs, les bannières des quatre Maisons avaient été remplacées par des banderoles noires et oranges, estampées du blason de Poudlard. Flitwick était occupé à enchanter des chauves-souris vivantes afin qu'elles puissent voler au niveau du plafond enchanté sans incident, en restant confinées à la partie haute du plafond.

Ron alla prendre un siège à l'opposé de la table, maintenant sa distance avec Hermione. Hermione quant à elle sembla être d'accord avec cette situation. Elle s'assit juste à côté d'Harry, aussi loin que possible de Ron sans avoir l'air d'être seule. Comme on pouvait s'y attendre, les plats étaient délicieux, tellement bons que Ron était complètement distrait de sa querelle avec Hermione. Harry jeta un œil vers la table des professeurs, notant que le Professeur Lupin avait l'air beaucoup plus énergique qu'il ne l'avait été plus tôt dans la journée. Il observa les Professeurs Lupin et Flitwick engager une conversation animée, aucun des deux n'avalant la moindre bouchée de leurs assiettes pendant plusieurs minutes. Rogue était en train de ruminer, comme à son habitude, ses yeux froidement fixés sur son assiette, quand ils n'étaient pas en train de jeter des éclairs dans la direction de Lupin. En regardant un peu plus loin, jusqu'aux Professeurs McGonagall et Dumbledore, Harry était certain que ces derniers étaient en train de refaire la discussion du midi sur la Métamorphose par étapes. À la fin du festin, Harry avait pratiquement oublié sa déception sur le fait d'avoir manqué sa première sortie à Pré-au-Lard.

Dumbledore mit fin au banquet en enrôlant les fantômes de l'école pour jouer une réinterprétation très stridente de la « Légende du Cavalier Sans Tête », [3] mais qui n'avait plus rien à voir avec la version qu'Harry avait vu une fois à la télévision des Dursleys. Cela donna à Harry une nouvelle compréhension sur le pourquoi Nick Quasi-sans-Tête voulait si désespérément rejoindre Club des Chasseurs sans tête, année après année.


Enfin, les restes des tartes à la citrouille disparurent des tables, et tous les élèves, l'estomac repu, commencèrent à quitter la Grande Salle. Le banquet avait amélioré l'humeur de chacun, et Ron brisa finalement le silence.

« C'était le meilleur banquet depuis le début, j'y mettrais ma main à couper, » dit-il en grimpant les escaliers. « Bien que je préfère quand même l'interprétation de maman pour la légende du Cavalier sans Tête. »

« Oui, c'était un peu déconcertant, » reconnut Hermione. Sa réponse était timide, sa voix était posée avec prudence.

« Je ne pense pas que je pourrais manger une autre part de tarte à la citrouille de toute l'année, » dit Harry en se massant doucement l'estomac.

« J'ai cru un moment que tu pourrais battre Ron vu la quantité de nourriture avalée, » plaisanta Hermione.

« Oh ! » protesta Ron, « Je suis un garçon en pleine croissance ! »

« Si tu ne fais pas attention, tu vas bientôt plus grossir en largeur qu'en hauteur, » répondit Hermione, alors qu'ils avaient maintenant atteint le couloir du 7e étage qui conduisait à la tour des Gryffondors. Mais il apparut vite que quelque chose n'allait pas. Tous leurs camarades de Gryffondor étaient bloqués dans le couloir.

« Allez, avance, » cria Ron à un première année effrayé juste devant eux.

« Ronald ! »

« Quoi, » rétorqua-t-il. Mon lit est en train de m'appeler. » Harry ignora Ron, et se dressa sur la pointe des pieds, tendant le cou pour avoir une vision passant par-dessus l'ensemble des Gryffondors devant lui. Le portrait de la Grosse Dame était fermé. C'est alors qu'il aperçut Percy, qui, par la force des choses, avait réussi à arriver juste devant le portrait.

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-il. Harry tendit l'oreille pour essayer de saisir la réponse, mais n'entendit rien du tout. Alors Percy hurla : « Que quelqu'un aille chercher le Professeur Dumbledore ! »

Tout d'un coup, plusieurs élèves se mirent à parler en même temps à un rythme frénétique.

« – la Grosse Dame a disparu : »

« – Peut-être s'est-elle juste éloignée… »

« – Mais elle n'a jamais quitté son portrait avant… »

« On y va, » dit Harry, conscient qu'ils étaient à l'arrière de la masse des Gryffondors. « On va aller chercher Dumbledore. » Ensemble, les trois amis revinrent en arrière dans le couloir, jusqu'aux escaliers magiques. Ils descendirent une première volée de marches, surpris par la rapidité de la propagation de la nouvelle de la disparition de la Grosse Dame à travers les tableaux. Si bien que, alors qu'ils avaient atteint le 5e étage, ils se retrouvèrent face à face avec Dumbledore, McGonagall, Lupin et Rogue.

« Professeurs, » commença Hermione, « La Grosse Dame – »

« A disparu, oui, » dit tout de suite Dumbledore, la réduisant poliment au silence d'un signe de la main. « Les nouvelles voyagent assez vite à travers les tableaux. » Harry et le reste du trio conduisirent les professeurs le long de l'escalier jusqu'au couloir du 7e étage, où se trouvait le groupe très bruyant et mécontent des Gryffondors. Pourtant, dès qu'ils réalisèrent la présence de Dumbledore, les élèves se poussèrent immédiatement de chaque côté du couloir pour ouvrir un chemin libre jusqu'au portrait d'entrée déserté. Les professeurs avalèrent la distance d'un pas rapide. Saisissant l'opportunité, Harry guida Hermione et Ron dans l'espace à la suite des professeurs avant que ses camarades ne puissent leur bloquer le chemin une fois encore.

« Oh, Merlin, » dit Hermione, attrapant le bras d'Harry.

La Grosse Dame avait bien quitté le portrait. Mais les yeux d'Harry étaient plus attirés par la longue et étroite déchirure qui courait sur presque toute la longueur du tableau. Il y avait aussi plusieurs petites balafres partout sur la toile. Dumbledore passa la main sur les bords de la déchirure, ses doigts frôlant les morceaux de la trame de la toile qui étaient décollés. Il se retourna, faisant face aux trois autres professeurs, une lueur électrique dansant dans ses yeux.

« Nous devons retrouver la Grosse Dame, rapidement, » dit Dumbledore, sa voix résonnant dans le couloir. Ses yeux tombèrent sur le Professeur McGonagall. « Minerva, veuillez s'il vous plaît trouver Mr Rusard. Et vérifiez dans chaque tableau. »

« Il n'y a pas besoin, Grand Directeur, » dit une voix mielleuse, à travers les murs. Peeves, l'esprit frappeur, surgit d'un des murs, se délectant de la situation en souriant. Il était bien connu dans tout Poudlard que ce fantôme aimait bien le désordre. Mais mis à part pour le Baron Sanglant, Peeves ne se moquerait pas directement du Directeur, ni n'oserait se brouiller avec lui. « Elle a trouvé refuge dans le paysage du Dorset [4], au 4e étage. Et elle essaie de calmer ses nerfs. »

« Sais-tu pourquoi elle a fui son poste, Peeves ? » demanda calmement Dumbledore.

« Elle était terrifiée, Grand Directeur, absolument terrifiée, » dit l'esprit frappeur. « Vous savez, elle a couru de portrait en portrait, Monsieur, bouleversée et en pleurs, la pauvre, je le l'avais jamais vue autant en larmes auparavant. Mais je soupçonne que la plupart ne voudraient pas être à sa place, si vous voulez mon avis. »

« Cela dépend, Peeves, » dit Dumbledore, sa voix contenait maintenant un soupçon d'impatience, que personne ne pouvait manquer. Le fantôme se raidit comme si Dumbledore avait brandi un fouet.

« Elle ne l'a pas laissé entrer, Grand Directeur, » dit Peeves, sa voix mielleuse était devenue légèrement criarde, alors que le fantôme débitait maintenant les mots à rythme soutenu. « Il lui a aboyé dessus comme une tempête grondante — ce gars mécontent — il lui a demandé de le laisser entrer, mais elle le lui a fermement refusé. Il n'avait pas le mot de passe, du coup… »

« Qui, Peeves, » demanda Dumbledore, ses yeux se plissant alors qu'il regardait encore une fois le cadre désert.

« Elle a crié son nom, » répondit Peeves, ses yeux grand ouverts, et son sourire s'élargissant. « C'était avant un puissant Gryffondor qui est devenu fou après tout ce temps passé entre quatre murs, avec des barreaux en fer, Grand Directeur. Il s'agit bien sûr de Sirius Black. »

() () ()

Les portes de la Grande Salle se fermèrent en un grondement sourd qui résonna dans le château. Dumbledore resta seul dans le hall d'entrée, la baguette tenue avec précaution. Soudain, sans aucun avertissement, le château fut plongé dans le noir le plus complet. Pourtant, Dumbledore ne sembla pas gêné par la soudaine absence de la lumière des torches. Tout se passait comme prévu.

Il leva sa main libre pour la poser sur un des nombreux panneaux en chêne de la porte de la Grande Salle. Il pressa la face de sa main sur le grain du bois, et la maintint là pendant plusieurs minutes. Alors, acquiesçant à lui-même, il bougea le bout de ses doigts de haut en bas sur ce même panneau de bois, s'arrêtant de temps comme pour en percevoir le pouls. Au bout de quelques secondes, la patience de Dumbledore fut récompensée, alors que plusieurs caractères runiques se mettaient à briller momentanément, luisants d'une lumière bleue brillante qui éclairait la pièce assombrie. Les formes anciennes ne scintillèrent et ne pulsèrent que pendant quelques instants, avant de commencer à s'estomper et à laisser de nouveau l'obscurité tomber sur le directeur. Satisfait, Dumbledore détourna son attention de la Grande Salle, pour la diriger vers l'affaire en cours.

Toute l'équipe pédagogique avait été éparpillée dans tout le château pour rechercher Black. Aucun professeur ne devait faire la recherche seul. Minerva et Filius devaient monter en haut de la Tour Nord en utilisant le réseau de cheminette interne, puis devaient effectuer les recherches en descendant d'étage en étage, alors que Remus et Sinistra devaient vérifier les salles de classe vides du rez-de-chaussée et remonter vers les étages. Hagrid et Pomona devaient chercher à l'extérieur. Pompom et Rusard devaient fouiller chaque passage secret connu dans et au-dehors du château. Les autres professeurs devaient patrouiller en groupe dans les couloirs. Severus était en train de passer au peigne fin les donjons, seul, au grand dépit de Dumbledore. Le château allait progressivement être rallumé au fur et à mesure de la progression des zones déjà explorées. Dumbledore tourna la tête et regarda vers les portes de la Grande Salle. D'ordinaire, il se serait joint aux recherches. Il savait que les enchantements de la porte ne pouvaient pas être brisés facilement. L'intrus aurait besoin d'un laps de temps considérable, et d'aptitudes encore plus grandes, afin d'espérer pouvoir passer les portes. En fait, si Dumbledore avait été forcé à placer un pari là-dessus, il aurait parié que personne sauf Lord Voldemort lui-même n'aurait de chance de pénétrer au travers des enchantements protecteurs que Dumbledore avait placés sur ces portes. Pourtant, Sirius avait déjà accompli plusieurs choses miraculeuses depuis son évasion.

Dumbledore était mal à l'aise.

Les élèves étaient sains et saufs, en sécurité, et étaient confortablement installés pour la nuit. Les Préfets et Préfets-en-Chef étaient particulièrement qualifiés. En derniers recours, les fantômes pouvaient le rejoindre sans effort, sans être gênés par la pierre ou le mortier.

Il serra sa baguette fermement.

Non, trop d'erreurs avaient déjà été commises.

La décision avait été immédiate. Il attendrait.

Il surveillerait.

Il protégerait.

Les minutes s'égrainaient et devinrent des heures, alors qu'il regardait de temps en temps à sa montre, les étoiles brillantes ornant le cadrant illuminaient à chaque fois son visage flétri dans l'obscurité régnant dans le château.

Minuit approchait.

Tout était calme.

Dumbledore marchait le long du hall d'entrée, sa robe s'enroulant autour de ses jambes à chaque pas. Qu'essaies-tu d'accomplir ici, Black, se demandait-il. D'abord, tu laisses Harry partir sain et sauf, laissant alors échapper ta meilleure opportunité. Et maintenant, tu essaies de forcer la tour de Gryffondor, en dépit de tout ce qui a été évidemment mis en place pour te dissuader, et potentiellement te capturer. Est-ce qu'Azkaban t'a vraiment fait perdre le bon sens ?

Dumbledore vérifia de nouveau sa montre. Une nouvelle heure était passée, et il devait rester vigilant. La condition actuelle de Black, mal nourri, sans aucune pratique récente de la magie, atrophié, aurait dû faire de lui une très faible menace. Ou au contraire, cela devait probablement l'avoir rendu désespéré. Et les personnes désespérées peuvent accomplir des choses impensables autrement.

Une nouvelle heure interminable s'était écoulée lorsque Minerva McGonagall émergeât de l'obscurité et alluma les torches du hall d'entrée, son chignon normalement impeccable était débraillé, et ses lunettes carrées étaient légèrement posées de travers.

« Quelles sont les nouvelles, » demanda Dumbledore.

« Le château a été complètement sécurisé, Albus, » dit Minerva. « Remus m'a fait passer le message. Toutes les salles de classe sont vides. Lui et Sinistra sont en train de rejoindre Hagrid et Pomona pour contrôler le terrain extérieur. »

« Très bien, » acquiesça Dumbledore. « Et les couloirs ? Les placards ? Est-ce que les passages connus conduisant à l'extérieur ont été vérifiés ? Est-ce que quelqu'un a pensé à vérifier la Volière, ou la salle de classe de Trelawney ? »

« Tout a été vérifié, Directeur, » annonça Rusard alors qu'il passait le coin du hall, sa lanterne ondulant de façon désordonnée du fait de sa prise affaiblie. « Pompom est retournée à l'infirmerie. »

« Et la Grosse Dame ? »

« Je l'ai trouvé se dissimulant dans la carte de l'Argyllshire [5], au 2e étage, Monsieur, » répondit Rusard. « Dès qu'elle se sera calmée, j'essaierai de la restaurer. »

« Merci, Argus, » dit Dumbledore. Il vérifia l'heure sur sa montre. Trois heures moins le quart. « Est-ce que quelqu'un a eu des nouvelles de Severus ? »

« Je crains que non, Albus, » dit Filius, sa voix aiguë portant loin dans le hall. « De son côté, Pomona a rapporté que les serres sont tranquilles et vides, tout comme les pelouses les plus proches. Ils sont en train jeter quelques sorts de recherche au niveau de la Forêt Interdite, mais je pense que nos invités du Ministère seront beaucoup plus efficaces à ce niveau. »

« Merci, Filius, » dit Dumbledore. « Je pense qu'il est très peu probable que Black ne tente une deuxième intrusion cette nuit, mais juste au cas où, veuillez reprendre vos patrouilles, s'il vous plaît. » Les professeurs acquiescèrent, et s'éparpillèrent chacun dans une direction différente, laissant le directeur de nouveau seul.

La solitude de Dumbledore ne dura pas longtemps, car soudain, une éruption de flammes se produisit juste devant lui.

« Tout est dégagé dans le ciel, mon ami, » demanda Dumbledore à son phœnix. L'oiseau majestueux atterrit sur l'épaule de son maître, son plumage rouge et or réfléchissait brillamment la lueur des torches. Il toucha du bec le visage du vieil homme, et laissa sortir une douce note calme.

« Merci, Fumseck, » dit Dumbledore, donnant une simple caresse sur le bec.

« As-tu vu notre ami Severus ? »

Fumseck laissa échapper un nouveau court trille paisible.

« Ah oui, il aime bien être minutieux, » reconnut Dumbledore. Il était persuadé que Severus ne limiterait pas ses recherches uniquement aux donjons, mais à tout endroit qu'il considérerait comme un endroit valable pour se dissimuler. Fumseck le lui avait confirmé, Severus était immédiatement allé dans le couloir du 3e étage. Sans aucun doute pour aller vérifier la salle secrète derrière la porte piégée, se dit Dumbledore à lui-même. C'est alors que Dumbledore décida qu'il était inutile d'attendre le maître de potions. Au lieu de cela, il plaça de nouveau sa main libre sur les portes de la Grande Salle, attendit que les runes se soient allumées et éteintes, puis il ouvrit les portes pour entrer dans la salle. Tout était calme.

Il retrouva Percy, patrouillant entre les rangées de sacs de couchage dans la zone où les Gryffondors s'étaient regroupés. Ses yeux tombèrent sur le sol non loin des pieds de Percy. Il vit Harry couché à côté de ses amis, faisant semblant de dormir. Il s'autorisa un gloussement intérieur, avant de faire signe pour attirer l'attention de Percy.

« L'avez-vous trouvé, Professeur, » demanda Percy.

« Non, il semblerait qu'il ait échappé à la capture une fois encore, je crains, » répondit Dumbledore tristement. « Tout va bien ici ? »

« Rien à signaler, Professeur. »

« Très bien. Il n'y a pas de raison de les bouger maintenant. Je vais m'occuper de trouver un gardien temporaire pour la tour des Gryffondors avant le lever du soleil. Vous pourrez les faire remonter dans la tour à ce moment-là. »

« C'est étrange, Professeur, que Black ait choisi justement cette nuit, vous ne pensez pas ? »

« Si vous êtes en train d'essayer de discerner une motivation ou une raison à ses actes, Mr Weasley, je vous conseillerai la plus grande retenue, de peur que vous ne deveniez un compagnon involontaire à sa folie. »

Percy leva ses sourcils. Dumbledore lui rendit un sourire rassurant, mais fut interrompu avant de pouvoir dire quoi que ce soit d'autre par le bruit des portes de la Grande Salle qui grincèrent pour s'ouvrir. Rogue se glissa à l'intérieur, ses yeux fixés sur le directeur. Dumbledore invita d'un geste Percy à continuer sa patrouille. Il vérifia sa montre. L'aiguille des heures venait d'atteindre les trois heures du matin.

« Severus, vous avez mis plus de temps que je ne l'avais prévu, » dit Dumbledore, sur un ton de la conversation.

« Les donjons sont sûrs. Je n'ai pas trouvé Black. »

« Excellent, » dit Dumbledore. « Et qu'en est-il du 3e étage ? » Rogue se tut pendant un moment, un instant surpris par l'affirmation de Dumbledore. Puis il vit le Phoenix, et hocha la tête.

« Personne là-bas non plus. »

« Merci d'avoir vérifié, Severus. Honnêtement, je ne suis pas surpris. Je ne m'attendais pas à ce que Black s'attarde. Ce fut assez avisé de la part de la Grosse Dame d'avoir fait un tel vacarme. »

« Cela aurait été plus prudent de le leurrer par un faux sentiment de sécurité, » proposa Severus.

« Peut-être, » dit Dumbledore. « Mais on est dans une école, Severus. Je suis soulagé que l'intrus n'ait pas pu rester à l'intérieur des murs du château.

« Bien sûr, Directeur, » dit Rogue rapidement, le volume de sa voix baissant considérablement. « Avez-vous réfléchi au sujet de savoir comment Black avait pu faire pour réussir à entrer dans le château ? »

« Oui, » admit Dumbledore, ses yeux se fermant un instant. « J'ai examiné plusieurs possibilités. Chacune plus improbable que l'autre. »

« Vous rappelez-vous des inquiétudes dont je vous avais fait part en début d'année, Directeur ? »

« Oui, Severus, » dit le Directeur. Il regarda son maître des potions sévèrement. C'était une conversation qu'il ne souhaitait pas répéter.

« Pardonnez-moi, Directeur, mais il semblerait que, à la lumière de toutes les précautions, il soit hautement improbable que Black ait pu entrer dans le château sans assistance interne. »

Dumbledore resta silencieux.

Rogue continua.

« Je vous avais averti, Directeur, je vous avais rappelé leur amitié passée, lorsque vous l'avez nommé — »

« Assez, Severus, » dit Dumbledore d'un ton définitif. Il regarda du coin de l'œil l'épaule d'Harry. « Aucun professeur dans ce château n'aiderait Black à y pénétrer. Maintenant, je dois aller prévenir les Détraqueurs. »

« N'aurait-il pas été plus prudent de les utiliser dans les recherches à l'intérieur du château, Directeur ?

« Oh, ils auraient été plus qu'enchantés de cette opportunité, » dit froidement Dumbledore. « Mais je recevrais pour Noël une douzaine de chaussettes en laine avant que je n'autorise au moindre Détraqueur à entrer à l'intérieur de ces murs, tant que j'en serais le Directeur. » Dumbledore souhaita sèchement une bonne nuit à Rogue, mettant une fin définitive à ses récriminations, et il se dirigea vers l'entrée de la salle. Mais avant de la quitter, il jeta un dernier regard sur l'ensemble des élèves endormis, pour finalement s'attarder sur Harry. Merlin, fais-moi partager ta sagesse. Je te protégerai, Harry.


Notes du Traducteur :

Encore une fois, pas de note d'auteur. Donc juste quelques commentaires de ma part. Déjà, je trouve assez curieux l'exercice de la rune de vapeur.

Autant je comprends très bien le principe de l'exercice de laisser les élèves pousser leur réflexion devant un problème et aller au bout de leurs idées (et Hermione refait très bien cet exercice avec Harry), autant je trouve l'exemple mal apporté. Déjà la rune de vapeur étant vraiment la base, elle sera forcement dans tous les manuels. Donc déjà il ne leur faudrait surtout pas lire le moindre livre (ni même leur livre de cours), sous peine de ne pas avoir d'intérêt à faire cet exercice. Or si on se rappelle bien, Hermione à cette tendance à tout lire avant même les cours. Ensuite, n'aurait-il pas été mieux de montrer le principe de rune composée sur un exemple, puis de donner plusieurs nouvelles runes, et là, laisser les élèves proposer leur interprétation (et alors jouer sur le piège éléments plus complexes vs processus) ?

C'est tout le problème de connaître la solution, on rend en fait les personnages plus intelligents que ce qu'ils auraient réellement pu faire : ici Hermione file trop vite vers la bonne solution (Je ne dis pas qu'elle n'aurait pas pu trouver une solution aussi complexe, mais plus qu'elle y arrive sans se tromper, et sans aucun indice réel). Et d'ailleurs je trouve que cela se produit sur d'autres sujets avec Merlyn, mais on en reparlera le moment venu (on a ce même problème à deux reprises plus loin. et c'est un défaut de beaucoup de fictions).

C'est tout le problème en tant qu'auteur de connaître la solution à l'avance, et je pense que cela est très difficile à maîtriser.

Assez curieux sur la scène de la Grande Salle. On croirait que seuls les Gryffondors sont ici, alors que JKR est explicite dans le fait que les quatre maisons ont été regroupées dans la Grande Salle. Ici, on ne sait pas trop au final (les autres maisons ne sont pas mentionnées, mais pour autant elles peuvent tout à fait être là).

Par contre, on peut y admirer le changement de point de vue opéré par Merlyn. Dans l'original, c'est Harry (qui fait bien semblant de dormir) qui écoute toute la conversation. Et on y voit ici le point de vue de Dumbledore. Assez bien intégré de trouve. Ce renversement de point de vue qui s'appuie sur l'œuvre originale (Harry y voit Dumbledore et Rogue. La conversation n'est pas tout à fait la même (en particulier parque que la distribution des rôles a été faite avant, et Merlyn ne l'a pas répétée), mais l'effet est quand même saisissant.

Pour parler un peu traduction, le prochain chapitre à traduire et court (contrairement à celui à publier). J'espère pouvoir poster le prochain chapitre le week-end prochain. À savoir aussi que je dois traduire le dernier chapitre du Courage Rising (ce qui me fait 4 chapitres à poster). Effectivement, l'histoire n'est pas terminée, mais j'aurai rattrapé l'auteur. Du coup, je m'attaquerai à sa 2e histoire.


[1](ne pas lire avant d'avoir lu le chapitre si vous ne voulez pas être spoilés).

Un titre pas facile à traduire en fait. Sleepover désigne littéralement une soirée pyjama, le verbe veut dire, pour des enfants, aller passer la nuit chez des copains. Ici, le verbe est utilisé pour les Gryffondors sur le fait d'aller dormir dans la grande salle plutôt que dans leurs dortoirs.

[2]En fait c'est plutôt un losange (4 côtés égaux)

[3]Aussi connue sous le nom de la Légende du Val Dormant, qui est une traduction plus directe de l'anglais (Legend of the Sleepy Hollow). Assez amusant de voir que pour la même histoire, nous utilisons deux titres complètement différents (les Anglais utilisent le lieu, les Français, l'antagoniste).

[4]C'est un comté anglais, au Sud-Ouest, le long de la Manche, juste avant la Cornouailles. Southampton est juste à côté.

[5]Ancien comté du centre ouest de l'Écosse, ce coup-là. N'existe plus aujourd'hui.