OS très court, ne vous en étonnez pas... Rendez-vous en bas...
OS – Partir quand même
Rating: T
PDV: Bella
Seattle, 2007
Je le regardais dormir, comme presque chaque une nuit. À la lumière douce de la lune, il ressemblait à un enfant. Il rayonnait même en dormant. Quand je le lui disais au matin, il me répondait que c'était parce qu'il avait rêvé de moi.
Une nuit de plus, je me rappelais comment j'avais failli ne pas l'aimer. Si j'avais choisi de ne pas retourner vivre chez mon père, si j'avais demandé à ma mère de rester avec moi à Phoenix, jamais je ne l'aurais aimé.
L'aimer était une aventure de chaque jour, il y avait eu en trois ans et huit mois beaucoup de très bons moments et aussi des moments difficiles. Il disait que l'amour, c'était pour le pire et le meilleur. Il m'aidait à dédramatiser mes coups de sang et à oublier le pire.
Tomber amoureuse de lui avait été si simple, il était si merveilleux et nous étions si jeunes. Il avait été dès le début mon âme sœur, mon meilleur ami, mon frère. Je l'avais laissé me conquérir. J'avais remis entre ses mains larges et puissantes toute ma vie, je lui avais tant donné de mon propre gré.
Nous avions emménagé ensemble à Seattle dès notre dernière année de lycée finie. J'avais commencé des études en littérature et lui en finances internationales. La vie avec lui était douce, facile, sans épreuves. Il était si prévenant et tendre, il me couvrait de compliments et de petits cadeaux. Il m'avait demandé de l'épouser un an après, me promettant le mariage dont je rêvais, simple mais féérique.
Le sexe entre nous était intense. Il me soumettait et j'en redemandais. J'aimais sa force physique et intérieure. Il était mon roc, mon phare, mon héros. Quand il me faisait l'amour, parfois tendrement, souvent passionnément, quelques fois brutalement, il me donnait tout de lui. Je n'avais jamais eu à lui dire non. Nous avions découvert ensemble le plaisir.
Il ne me demandait qu'une chose, l'aimer. Il me disait souvent qu'il en mourrait si je le quittais. Alors je lui avais souvent promis, une boule au ventre, de toujours l'aimer et de ne jamais le quitter. Il me croyait mais il voulait que je lui prouve encore et encore mon amour. Je n'avais jamais eu de doute quant à sa fidélité, il ne regardait pas les autres filles, pourtant il en avait du succès. Lui aussi n'avait aucun ami, nous nous suffisions. Nous nous complaisions dans notre cocon, dans notre univers où n'importait que notre amour.
Après avoir surpris un autre étudiant me draguer deux mois après notre emménagement à Seattle, il était devenu obsessionnel, j'avais été flattée, confortée dans la certitude que j'étais aimée. Il avait passé cette nuit-là à pleurer et à me faire répéter que je l'aimais, lui et personne d'autre. Je ne lui en avais même pas voulu quand le garçon avait réapparu trois jours plus tard avec le visage amoché et un plâtre à une jambe.
Les preuves d'amour étaient devenues dès lors l'objectif de chacune de mes journées. L'appeler dès que j'avais une pause, lui envoyer des mots doux, lui écrire de longues lettres d'amour, lui préparer des surprises, le satisfaire chaque nuit, étaient mes nouveaux buts. Je m'endormais seulement quand j'étais sûre que lui dormait, bien installé.
Et puis six mois plus tôt, j'avais eu l'opportunité de partir une semaine dans le cadre d'un stage à San Francisco. Il avait voulu m'accompagner, il était prêt à compromettre ses études et rater deux examens majeurs pour me suivre. J'avais refusé qu'il le fasse, c'était ridicule et inutile, il m'avait demandé de rester. Il m'avait suppliée encore et encore, jour et nuit pendant deux semaines. J'avais beau promettre de lui téléphoner chaque jour, de passer chaque soirée en webcam avec lui, il me disait que ce ne serait pas assez pour lui. Il remettait en cause la sincérité de mon amour, de mon dévouement pour lui.
Au début je n'avais pas compris pourquoi je m'obstinais à vouloir participer à ce stage. Bien sûr, cela m'aiderait beaucoup, mais il n'était pas obligatoire, je ne le lui avais pas dit.
Pourquoi lui mentir ? Pourquoi ne voulait-il pas que je saisisse cette opportunité ? Ces deux questions se livraient un combat acharné dans ma conscience. C'était la culpabilité qui avait triomphé, la veille du départ, j'avais tout annulé. Je l'avais attendu chez nous et avais déchiré sous ses yeux brillants mon billet d'avion. J'avais pleuré avec lui, je lui avais encore dit que je l'aimais, je l'avais laissé me dire que je n'avais besoin que de lui. Il allait gagner assez d'argent pour que je ne travaille pas. Après notre mariage, il me promit de me faire un enfant.
Mes larmes coulèrent de dépit ensuite, pour la première fois je me sentis étrangère à ma vie et à mon corps. Tandis qu'il se mouvait en moi, tandis qu'il me caressait, tandis qu'il me faisait jouir, mon cœur saignait. Il avait soumis mon corps au sien, je ne m'appartenais plus. Par miracle, il me restait assez de lucidité pour comprendre que j'étais en danger de mort.
Voulais-je vraiment ne pas faire carrière, moi Bella Swan, qui avait toujours été si indépendante, qui était passée du statut d'enfant au statut d'adulte sans passer par l'adolescence ? Voulais-je renoncer à la seule personne qui avait fait la promesse d'être à mes côtés pour l'éternité, à la seule personne qui s'était vraiment occupée de moi ? Voulais-je vraiment être dépendante de lui, de son amour ? L'aimais-je lui ou aimais-je son amour pour moi ? Pouvais-je continuer à vivre sans mon libre arbitre ? J'avais tenté en vain de me souvenir de la dernière décision importante prise sans lui.
J'étais à un tournant de ma vie, je devais décider si ma vie justement m'appartenait encore. Je devais décider si je voulais sacrifier mes ailes et mon orgueil. Je devais décider si je voulais continuer voir le monde à travers son regard.
Avant qu'il ne soit trop tard, avant de ne plus pouvoir le faire, je devais choisir. Rester maitre de ma vie ou me soumettre à lui. Si je restais, je ne serais plus moi, je serais lui.
Je sentais le piège se refermer sur moi, ce piège si monstrueux déguisé en amour. Une part de moi le voulait, c'était le plus difficile à gérer. Je le voulais encore, je voulais l'aimer jusqu'à mon dernier souffle, je voulais l'aimer plus que ma propre vie, me sacrifier pour qu'il sourie chaque jour.
Je l'aimais, lui et personne d'autre. Ma propre personne n'était plus digne d'amour, j'avais sacrifié mon bonheur, mon bien-être, mes rêves et mes ambitions pour l'aimer lui.
Alors cette nuit, je le regardais dormir, comme les autres nuits. Mais contrairement aux autres nuits, cette nuit, je partirais.
Car cette nuit, j'avais décidé de ne plus l'aimer, j'avais décidé de partir, de le quitter, de le trahir, de le tuer et de me tuer aussi. Jamais plus je ne serais sa Bella. Jamais plus je ne voulais être heureuse à la condition qu'il le fût aussi. Cette nuit, je voulais aimer la vie, le monde. Cette nuit, je voulais disparaître, mourir, et demain, quand l'aube illuminerait l'horizon, je renaitrais, je serais autre. Je serais enfin moi.
Chicago, 2012
J'avais fait l'expérience d'un amour trop absolu et destructeur. J'avais eu l'exemple de mes parents qui avaient divorcé un an près leur mariage. Jamais je n'aurais cru aimer de nouveau, je ne l'avais pas voulu, j'avais lutté. Et j'avais perdu. La défaite n'avait pas eu un gout amer.
J'aimais désormais un homme, pas l'idéalisation d'un homme. J'aimais un homme imparfait, têtu, mystérieux, impulsif, drôle. Je n'aimais plus pour être aimée, j'aimais parce que c'était bon d'aimer.
J'aimais passionnément Edward, avec toute la force que j'avais cru avoir pour Jacob. J'étais prête à de nouveaux sacrifices, à l'aimer plus que moi, plus que ma famille, plus que la vie même. Edward m'aimait avec la même ardeur, avec la même arrogance, il aimait la vraie Bella. Il me voyait telle que j'étais, avec mes qualités et mes défauts, avec mes incohérences et mes certitudes.
J'avais fait le deuil de mon amour pour Jacob, ça m'avait pris deux années avant de pouvoir me réveiller sans qu'il ne me manque, avant de me coucher sans rechercher sa chaleur. Mille fois, j'avais pris mon téléphone pour l'appeler, mille fois j'avais fait ma valise pour revenir à lui. Mais j'avais lutté et j'avais gagné la guerre. Il m'avait fallait deux années de plus pour aimer celle que j'étais devenue, sans culpabilité, sans faux semblant, sans concessions.
Et j'avais rencontré Edward, j'avais été charmée au premier regard, j'avais fantasmé sur son corps parfait sans y voir la force mais ma maison. J'avais voulu Edward mais quand il m'avait embrassée pour la première fois, j'avais pris peur et j'avais fui.
Alors que Jacob m'aurait retenue, rattrapée, suppliée, Edward m'avait laissé du temps pour comprendre et pour accepter. Il avait compris que je devais me livrer, que je ne voulais pas être conquise et soumise. Je m'étais rendue à lui, il m'aimait pour moi et non pas pour que je l'aime. J'aimais Edward pour lui et non pas parce qu'il m'aimait.
Nous allions aussi connaître des hauts et des bas, vivre et nous aimer pour le meilleur et pour le pire, mais je ne m'y perdrais pas.
FIN
Je me suis inspirée de la chanson "Partir quand même" de Françoise Hardy, qui parle des femmes battues.
Reviews reçues lors de la première publication
Guest chapter 24 . Jan 31
J'aime beaucoup cet OS et j'aime toujours autant ta manière d'écrire
jennifer2601 chapter 24 . Nov 3, 2014
Sympathique petite histoire. Comme quoi sans rentré dans tous les détails on peu faire des choses bien
puceron52 chapter 24 . May 22, 2013
Très joie cette petite histoire et si "vrai"
Merci
Lagasy chapter 24 . Oct 14, 2012
Coucou!
Que dire à part que, comme d'habitude, j'ai beaucoup aimé ton os.
Malgré qu'il soit court, c'est toujours bien ecrit, je prends un vrai plaisir à te lire.
À très vite.
Bizoo
celine68990 chapter 24 . Oct 14, 2012
Ton os est magnifique. Très bien écrit. Bravo.
Curieuse de voir ce que tu nous réserves pour le suivant
Bises
Céline
mlca66 chapter 24 . Oct 10, 2012
et bien j'adore
tu arrives à te renouveler à chaque OS avec originalité, verve et imagination
je suis fan définitivement !
dans celui là j'avais pensé à emmett au début (la force etc...) et la complexité de la relation passionnelle et etouffante est vraiment bien rendue je trouve !
Lily-Rose-Bella chapter 24 . Oct 10, 2012
j'ai eu peur au début, j'ai cru que c'était Edward qu'elle quittait! je suis soulagée finalement! P
Dreams-Twilight chapter 24 . Oct 10, 2012
très bel os ! Deux amours différents, j'ai beaucoup aimé.
Continu ainsi.
