Ce cher Bill me parut suffisamment bien pour discuter, et ça tombait bien puisque je me sentais soudain d'humeur bavarde. Après avoir congédié Pam d'un signe de tête, je le détachai –pour montrer mon immense bonté- et le laissai tomber par terre comme le misérable cafard qu'il était –parce qu'il ne fallait pas abuser non plus. Compton se vautra au sol pendant que je m'accroupissais –avec grâce, comme toujours- près de lui.
_ Nous n'avons pas eu beaucoup de temps pour parler dernièrement Billy.
_ Tu peux aller en enfer Eric !cracha-t-il.
_ J'essaie seulement d'être sociable Billy, m'offusquais-je faussement.
_ Sociable ! Tu es un monstre ! Tu ne peux plus rien me faire de toute façon !
_ Je suis soulagé de voir que ta langue a repoussée, ricanais-je. Ta douce voix me manquait.
Je me baissai un peu plus et serai sa nuque pour lui faire connaitre mon changement d'humeur.
_ Je sais que tu as mis au point une base de données sur les vampires. Voilà le deal : je te laisse rejoindre la cours du roi de Mississippi, avec qui j'ai déjà négocié un poste pour toi, et toi tu me dis tout ce que tu sais sur Chaude Pluie ou tu t'entêtes à taire ce que tu sais et dans ce cas je ne te laisse pas quitter ce sous-sol vivant. Alors mon petit Billy, que préfères-tu ?
_ Tu croies vraiment que je vais t'aider après ce que tu m'as fait !
_ Tout d'abord je tiens à te signaler que Pam n'a pas encore l'étendu de mes connaissances en matière de torture et que ce que tu as subi n'est rien comparé à ce que je peux te faire. Dans un deuxième temps ne perds pas de vue que c'est pour Sookie que je fais tout ça. La dernière fois que Chaude Pluie l'a eu entre ses mains il l'a torturé jusqu'à ce qu'elle soit sur le point d'en mourir ! Est-ce vraiment ce que tu veux ? Que Sookie meure ?
Bill grimaça et malgré la rancœur qu'il nourrissait à mon égard, il capitula. Peut-être était-il moins mauvais que je voulais bien le croire… ou c'était juste qu'il avait envie de me voir me ramasser quand Sookie aura à faire son choix… Ouai, je pense que c'était plutôt ça.
_ Je ne me rappelle pas exactement de tous les cas que j'ai traités mais je sais que j'ai travaillé sur lui.
_ Où se trouvent tes travaux ?
_ Dans le conduit de la cheminée.
Toujours aussi peu d'imagination… Il était encore trop jeune, un bébé…
_ Pam, appelais-je.
Elle fut à côté de moi dans la seconde. Elle était un vampire digne de ce nom, même avant son premier siècle elle était bien plus débrouillarde que cet attardé.
_ Attache notre invité et fait-lui l'aigle royal, souris-je sadique.
Mon enfant exultait. L'aigle royal était une vieille torture qui constituait à briser les côtes pas très loin de la colonne vertébrale avec des tenailles, puis à rabattre les os vers l'extérieur pour former des sortes d'ailes avec la cage thoracique. Ça n'entrainait pas la mort –du moins pas dans l'immédiat chez les humain- mais c'était positivement délicieux –pour celui qui regardait, évidemment. Je quittai la pièce avant qu'elle commence à s'amuser, de toute façon je savais qu'elle allait le filmer pour pouvoir en profiter le plus souvent possible et me montrer qu'elle avait bien retenu mes enseignements. Je l'avais bien éduquée.
Je volai rapidement jusqu'à la pathétique cabane –parce que moi je n'appelai pas ça une maison- de Compton et défonçai la porte –de toute façon il faudra remettre à neuf pour concorder avec les projets de ma douce Sookie-, retrouvant rapidement le matériel désiré. Pam avait voulu me mettre à la page donc je savais me servir de tous ces gadgets informatiques –même si je ne les appréciai pas-, il fut donc aisé de trouver ce que je cherchai.
Chaude Pluie
Age : 650 ans
Nationalité : Indien
Etat : Vivant
Créateur : Thésée
…
Le seul avantage de ce gadget était la présence de lien hypertexte. Je cliquai sur le nom de son créateur pour obtenir des renseignements supplémentaires. Ce nom me disait quelque chose… peut-être une connaissance d'Appius… Si c'était le cas, je pourrais tourner ça en ma faveur avec un peu de chance… Les informations étaient incomplètes mais il y avait déjà ce que je cherchai.
Thésée (pas de nom de famille)
Age : 2050 ans (approximation)
Nationalité : Grec
Etat : Décédé
Créateur : Inconnu
…
Je ne pris même pas la peine de lire les conditions de son décès, j'étais dévasté par la nouvelle. La mince lueur d'espoir qu'il me restait s'éteignit quand je poursuivis le compte rendu de la vie de Chaude Pluie. Il n'y avait rien là qui me permettrait de le coincer. Merde ! Et dire que j'avais laissé mon aimée partir avec lui en pensant que je pourrais la sortir rapidement en lui faisant un quelconque chantage. Je n'avais tout simplement aucun point de pression sur lui ! Rien ! Pas le moindre moyen de l'obliger à me restituer ma Sookie !
De colère, je ravageai l'habitat de Compton. Quand je m'arrêtai, c'était tout simplement qu'il n'y avait plus rien à détruire. Les murs avaient souffert mais la structure se tenait encore debout. Plus une seule fenêtre n'était entière, pas un seul meuble n'avait échappé à ma fureur. C'était un véritable carnage. Mon aimée voulait redécorer ? C'était l'occasion rêvée de tout refaire à neuf !
Sachant que le soleil n'allait plus tardait à faire son apparition, je me rendis chez mon aimée pour passer la journée là où nous l'avions passée tendrement enlacés la veille, mais cette fois j'étais seul…
OoOoOoO
Mon réveil fut pénible. J'étais comme un drogué en manque de sa dose. J'avais tellement besoin de Sookie… Ça m'étonnait encore, j'étais un vampire solitaire en temps normal.
Mon choix se dirigea sur le Croquemitaine pour passer la soirée. Pam me rejoignit dans mon bureau et me questionna sur mes plans. Mon regard l'informa qu'elle avait posé une mauvaise question et elle eu tout juste le temps de s'enfuir de la pièce avant que ma rage prenne le dessus.
Trois heures plus tard, je me laissai glisser au sol en ignorant mes larmes sanglantes et fis l'inventaire des dégâts, pensant à tort que ça m'occuperait l'esprit un petit moment.
Note mentale n°1 : Commander un nouveau bureau (l'autre étant réduit à l'état de miettes)
Note mentale n°2 : Acheter un nouvel ordinateur (le précédent étant tordu à un angle improbable)
Note mentale n°3 : Se procurer un nouveau divan (le rembourrage du dernier étant éparpillé aux quatre coins de la pièce)
Note mentale n°4 : Faire installer de nouvelles étagères –plus solides et ancrées au mur- pour remplacer les débris qui servaient autrefois d'archives
Note mentale n°5 : Charger un vampire de ramasser et trier les dossiers administratifs jonchant le sol
Note mentale n°6 : Contacter un ouvrier pour reboucher le trou dans le plâtre du mur
Note mentale n°7 : Appeler un électricien pour réparer les circuits endommagés
…
Note mentale n°8 (englobant celles de 1 à 7 et toutes celles qui auraient suivies) : Refaire le bureau entièrement
Je pensais avoir fait le tour… Je plaignais d'avance celui qui serait chargé de refaire à neuf ce bureau. Ma colère n'était pas encore tout à fait éteinte mais j'avais au moins réussi à m'empêcher de commettre un meurtre. C'était déjà pas mal quand on y pensait…non ?
Ce fut dans cet état d'esprit que je fermai les yeux, couchés au milieu des débris de mes anciens meubles de bureau, pour que la mort vienne me prendre pour la journée.
OoOoOoO
La semaine avait été rude. Ne plus avoir mon aimée à mes côtés était comparable à l'image d'un junky en manque d'héroïne, sauf que moi, au lieu de subir une période de sevrage, je souffrais toujours atrocement. Nul doute que si je ne voyais pas Sookie d'ici la fin de ce siècle, la douleur ne diminuerait pas, et au contraire, elle ne cesserait de s'accroître de secondes en secondes.
Ce soir j'avais décidé de faire un tour chez Karl pour voir si la roue tournerait en ma faveur. Je pouvais prendre tout mon temps puisque Pam avait prit le contrôle de ma zone pendant ce ''congé maladie'' comme elle aimait l'appelait. Selon elle, si je ne retrouvais pas les bras de mon aimée, je ne serais plus jamais capable de diriger les miens et de me battre pour affirmer mon autorité.
Je volai en mode zombie jusqu'à la propriété de Karl. Le destin m'avait sourit pour la première fois depuis longtemps : Karl était en vie et Chaude Pluie n'était nulle part. J'atterris assez brutalement, tellement empressé à l'idée de voir mon aimée à nouveau. Karl me rejoignis et tenta de m'avertir de quelque chose mais j'étais sourd à ce moment-là.
Mon aimée était là ! Assise sur le ponton de bois, un air rêveur au visage. Je ne me rappelai pas avoir couru un jour aussi vite. Sa surprise due être grande quand je la pris vivement dans mes bras puisqu'elle se débattit et sortit les crocs. Quand je croisai ses yeux, je compris…
Une lueur sauvage et meurtrière les habitait. Chaude Pluie devait l'avoir torturée à nouveau. En observant la peau de ses bras mise à nue par son débardeur, je distinguai de graves brûlures, signe que Chaude Pluie ne s'était vraiment pas retenu. Perdu dans mon évaluation et ma rage, je ne m'aperçu même pas que Sookie approchait dangereusement ses crocs acérés de mon cou. Elle les planta avec une soif de sang sans limite. Je criai de douleur et de surprise mêlées. Mes genoux rencontrèrent le sol brutalement pendant que mon aimée continuait de boire mon sang. Alors que tout vampire sain d'esprit l'aurait brutalement repoussée, je la lovai contre mon torse et la berçai tendrement. Mon sang était ce qu'il y avait de mieux pour elle dans son état.
_ Si ça avait été quelqu'un d'autre, il serait mort depuis longtemps, grognais-je en serrant les dents.
Mon aimée ne réagit pas. Avait-elle seulement entendu…j'en doutai. Perdue dans sa soif de sang, elle ne savait même plus ce qu'elle faisait. Je fus satisfait de voir les marques de sa peau s'atténuer pour finalement disparaitre. Quand sa soif fut éteinte, elle se recula de moi en poussant un hoquet d'effroi et se blottit contre un arbre comme si elle avait peur de moi.
_ Sookie…, l'appelais-je en douceur.
Elle grogna sauvagement et fit trois pas en arrière.
_ Sookie, répétais-je. Sookie, mon bébé…
_ Je ne suis pas ton bébé !hurla-t-elle. Tu es un monstre ! Tu veux juste m'utiliser pour gravir les échelons !
C'était donc ça cette fois ! Il m'avait accusé de me servir d'elle pour justifier plus de pouvoir ? Je tentai de m'approcher d'elle à nouveau mais elle gronda en tremblant de rage. N'écoutant que ses instincts bestiaux, elle finit par me sauter dessus dans une tentative d'attaque très faible. Je saisissais l'occasion pour lui enseigner l'art du combat puisque je doutai qu'elle veuille l'apprendre quand elle se serait calmée, elle était bien trop douce pour vouloir occasionner des blessures chez autrui –à l'exception de moi à l'instant présent. La bloquant rapidement sous moi, je souris à son acharnement à vouloir se débattre de ma prise et baisai tendrement son cou.
_ Il faut que tu sois plus rapide mon bébé, lui conseillais-je avec amusement. Ne laisse jamais ton adversaire t'attraper sinon il te mettra au sol et pourra te tuer en 2 secondes.
Mon aimée se débattit comme une forcenée, me rappelant pourquoi s'était sur elle que mes yeux s'étaient posés la nuit de notre rencontre : elle n'abandonnait jamais, un vrai tempérament de guerrier. Je la laissai s'extirper tant bien que mal de ma prise et l'autorisai à s'éloigner un peu de moi, sachant que le second round arrivait. Je n'eu pas à attendre bien longtemps pour qu'elle attaque de nouveau. Il y eut une nette amélioration cette fois : Sookie feinta une attaque puis m'esquiva pour passer dans mon dos et me sauter dessus. J'étais fier d'elle, elle apprenait vite. Je réitérai mes gestes précédents, la récupérant dans mes bras pour poser mes lèvres sur son cou et la laissai partir, la conseillant toujours. Quand elle se fatigua, je la saisi dans mes bras et l'immobilisai pour qu'elle s'apaise, ou du moins, qu'elle cesse de s'épuiser inutilement. Elle continua de remuer, me charmant malgré elle. L'avoir si près de moi après cette semaine d'absence me fit presque perdre l'esprit. Je posai d'autorité mes lèvres sur les siennes, ignorant ses vains efforts pour me repousser. Ma langue sépara ses lèvres pour s'immiscer dans sa bouche. Je ne fus pas très surpris de sentir la morsure de mon aimée qui entailla ma langue au point de la faire saigner. Je forçai le baisé juste quelques instants de plus pour m'assurer que ce petit supplément de sang pénétrerait bien son organisme –elle était capable de le recracher après tout…
Quand je retirai finalement mes lèvres des siennes, encore tout ivre de ce baisé, j'eu droit à un regard qui me fit de suite redescendre sur terre tant il était haineux. Son attitude me blessait énormément mais j'en connaissais les raisons au moins. Il allait me falloir redoubler d'efforts pour regagner le ¼ de la confiance qu'elle me portait autrefois, et encore, ce n'était pas gagné à cette allure là… Le plus inquiétant était le temps qui passait à toute vitesse. J'avais fait le décompte. Cette nuit était la 17éme depuis que Karl avait posé l'ultimatum. Il m'en restait donc 13 avant que tout soit finit. Parti comme c'était, je ne parviendrais jamais à la récupérer, il me fallait commencer à penser à un plan B…
Je sortis de mes pensées pour donner un regard doux accompagné d'une caresse affectueuse à mon aimée. Elle se rebiffa du mieux qu'elle put mais ma prise autour de son corps était trop serrée pour qu'elle puisse s'en aller.
_ Je reviendrai te voir demain, promis-je en la regardant avec tout l'amour que j'avais pour elle. Et la nuit qui suivra. Je t'aime mon bébé, rien ne justifierais que je t'abandonne. Je me battrai jusqu'au bout pour toi, même si tu ne croies pas en ma sincérité.
J'inspectai une dernière fois sa peau tout à l'heure meurtrie mais maintenant d'une parfaite unité et exécutai un hochement de tête satisfait. Pendant qu'elle suivait mais mains sur la peau nue de ses bras, je profitai de son inattention pour lui voler un dernier baisé avant de m'envoler.
Il me restait 13 jours… J'aimais les bons défis mais là c'était trop dur, même pour moi. Sookie ne s'était jamais montrée si agressive envers moi. Je savais qu'elle avait ses raisons mais ça me décourageai beaucoup. Même si je n'allais pas abandonner –j'étais un viking quoi ! Les vikings n'abandonnent jamais, encore moins quand ils aiment !-, il me fallait élaborer une stratégie pour la sortir de ce nid de vipères quoi qu'il arrive. Elle méritait le meilleur et je connaissais une personne qui accepterait de s'occuper de Sookie si je venais à disparaitre, une personne que Chaude Pluie n'avait pas pu discréditer auprès de Sookie puisqu'il ignorait qu'ils se connaissaient. C'est dans cet état d'esprit que je fis mon chemin jusqu'au palais de Russell Edgington et de son compagnon…
