Quelques jours plus tard...

Cuddy se réveilla doucement et sentit immédiatement le souffle chaud de son compagnon dans ses cheveux. Il déposa un baiser délicat sur son front et caressa sa joue du bout des doigts. Comme toujours, ils s'étaient endormis enlacés, serrés l'un contre l'autre pour ne faire qu'un. Après un long moment calée dans les bras de son amant, la jeune femme se décida enfin à ouvrir les yeux.

House l'observait, un petit sourire sur les lèvres. Il avait toujours aimé la regarder dormir et s'éveiller dans ses bras. Malgré son air apaisant, ses traits étaient tirés, le visage ravagé par la fatigue et par la peur : la dernière détresse respiratoire l'avait traumatisée. Sentant son trouble, le diagnosticien captura furtivement ses lèvres et resserra sa prise dans le dos de Cuddy, l'entourant ainsi de ses bras.

« Bonjour sunshine. Murmura t-il.

- Hey. répondit-elle d'une voix douce.

- Tu as fait des cauchemars, c'est encore la crise de l'autre jour ? »

Cuddy hésita sur la réponse à donner; ils s'étaient promis d'être honnête l'un envers l'autre, surtout lorsqu'il s'agissait de sa maladie.

« Lisa ? »

House baladait lentement ses mains sur les épaules nues de sa compagne, glissant de temps à autre un baiser sur son visage. Elle avait l'air perdue, hésitante.

« Lisa, regarde-moi »

Lorsqu'il accrocha enfin son regard, House découvrit ses yeux clairs rougis de larmes. Le contraste avec l'air enfantin et tranquille qu'elle affichait quelques instants plus tôt était réellement saisissant.

« J'ai trouvé des comprimés hier soir, ils ne font pas partis de ton traitement. Ceux là arrêtent le cœur… »

Les sanglots qui lui nouaient la gorge l'empêchèrent de continuer et elle se réfugia dans son cou.

« Je n'ai rien pris Lisa, je n'aurais rien fait sans t'en parler.

- Parce qu'il y a matière à en parler ? » S'énerva t-elle.

Cuddy se releva d'un bond et ramena ses genoux contre sa poitrine, laissant filer les larmes sur ses joues. Son compagnon s'assit à son tour et l'entoura de ses bras avec calme.

« Écoute. L'autre jour c'était la première véritable crise et je m'en suis sorti par hasard. On sait tous les deux que je ne survivrai pas à la prochaine. Tu savais très bien en venant ici que je ne quitterai pas cet appartement. Non, ne pleure pas chérie. Je sais combien ça a été dur l'autre jour, c'est douloureux à vivre mais c'est encore pire d'assister à ça, de se sentir impuissant. Je ne veux pas que tu revives un truc pareil, ça te hanterait toute ta vie. »

Voyant qu'elle ne réagissait pas, il continua.

« Ces médicaments nous offre la chance de vivre nos derniers instants tranquillement, je m'endormirai Lisa. Je m'endormirai simplement, dans tes bras. Je ne veux pas que tu passes les quarante prochaines années à me revoir suffoquer. On mérite cette chance. On mérite de pouvoir se dire au revoir sans douleur.

- Comment peux-tu me demander ça ? » S'écria t-elle.

De rage, la jeune femme sortit du lit, toujours secouée de violents sanglots.

« Tu me demandes de te regarder mourir, pire de t'y encourager! Je n'ai pas choisi de te perdre, je ne choisirai jamais de te laisser mourir tu entends?

- Chérie…

- Arrête ! Arrête avec ça ! Répondit-elle d'une voix forte. Les `chérie' c'est quand est seuls au monde, que plus rien ne compte à part nous deux, ensemble. C'est surement pas pour me convaincre de te regarder te tuer ! Tu n'as pas le droit de demander ça, tu n'as pas le droit… »

Cuddy se laissa tomber contre le mur de la chambre, le frappant avec l'énergie du désespoir. House abandonna son oxygène, s'approcha doucement et entoura sa taille fine de ses bras. Aussitôt, Lisa se retourna et tenta de le repousser avec le peu de force que ces larmes ne lui avaient pas pris.

« Laisse moi, laisse moi. Je ne veux pas entendre ça, je ne veux pas te perdre ! »

Ignorant les gestes brusques de sa compagne, le diagnosticien la serra de plus belle ce qui provoqua une violente quinte de toux. Aussitôt Cuddy se figea. Incapable de réagir elle le regarda prendre une bouffé d'air grâce au masque et s'assoir sur le lit. Quand la toux fût passée, elle alla s'agenouiller près du lit et posa sa tête contre sa cuisse meurtrie.

« Pardon, pardon. Sanglota t-elle.

- Viens. »

House lui attrapa les mains et l'attira près de lui. Ils s'installèrent sur le lit et Cuddy enroula ses bras autour de son amant, s'approchant de lui avec calme pour ne pas risquer une nouvelle quinte de toux. Les larmes de la jeune femme se calmèrent peu à peu.

« Je t'aime, je t'aime tellement »

Le médecin la serra un peu plus, espérant effacer un part de son désespoir par la tendresse. Ils restèrent enlacés de longues minutes sans oser bouger.

« D'accord. Chuchota t-elle.

- D'accord ?

- J'ai failli te tuer. J'ai failli te tuer parce que j'ai pété les plombs. Je n'aurais jamais pu supporter ça Greg.

- Ce n'était qu'une petite toux et tu t'es calmée tout de suite Lisa. Ce n'est rien.

- Dans ton état cette toux aurait pu dégénérer dans la minute. Je ne veux pas te perdre comme ça, je ne veux pas que tu souffres. Tu as assez donné...»

Cuddy avait prononcé ces derniers mots dans un souffle, sentant à nouveau les larmes la gagner. Il était très difficile pour elle de prendre cette décision. Elle s'agrippa à son compagnon avec force comme pour le garder un peu plus longtemps.

« S'il nous restait encore du temps, si on avait encore des semaines et qu'on s'en privait par peur ?

- Qu'en pense la doyenne ?

- Elle est consciente que c'est n'importe quoi mais… ta femme aimerait y croire.

- Ma femme est aussi la doyenne, tu ne peux pas les dissocier. La prochaine crise ne tardera pas, c'est déjà surprenant qu'on ait eu trois jours de répit.

- Je t'ai dit que j'étais d'accord. Soupira t-elle. Mais je ne veux pas te voir faire ça, je ne veux rien voir. Je sais que c'est lâche mais…

- Non, je comprends. »

Doucement House se mit à caresser les cheveux de sa compagne, la berçant lentement pour apaiser ses larmes. L'humour, il n'avait que ça à lui offrir.

« On a toujours plein de cochonneries dans le frigo non ? »

La jeune femme se contenta de hocher la tête, ravagée par le chagrin.

« J'ai envie d'une glace, de chocolat et de chantilly. Tu partageras bien une glace avec moi ? »

Cuddy releva lentement ses yeux inondés de larmes vers son mari, et hocha la tête à nouveau. Les mots refusaient de franchir ses lèvres, la douleur était trop forte. Elle n'avait plus qu'à le suivre, accepter et profiter des derniers moments…

TBC