14. Savoir oublier


Les jours suivants furent dominés par un silence tendu. Tom ne me quittait pas et lorsqu'il devait s'absenter, Antonin ou Thor ne manquaient pas d'apparaître non loin de moi. J'avais le sentiment d'être suivie en permanence par une ombre possessive et dissuasive. A part Andréa et Elayne, personne ne semblait pouvoir, ou du moins oser, m'approcher. Tom s'était approprié la place qui se trouvait à côté de la mienne dans chaque cours et que ce soit Andy ou Elayne, aucune n'avait bien entendu tenté de protester. Lorsque nous changions de classes, sa main ne quittait pas mon dos, me guidant comme pour prévenir que je ne m'écarte du droit chemin. Il se faisait plus possessif encore dès qu'un Gryffondor approchait, voulant clairement qu'ils passent le message que quoique l'on en dise, j'étais toujours sienne.

Je ne protestais pas. D'abord, ça aurait sans nul doute très mal fini. Ensuite, malgré mon énervement face aux raisons qui l'avaient poussé à un tel élan de possessivité, je devais m'avouer que j'appréciais ce contact. Il m'avait manqué.

Cet étrange statu quo perdura quelques jours. Nous ne reparlâmes pas de Mimi et les choses semblèrent revenir à la normale avec le temps. Lorsque nous étions dans la Salle Commune, il me laissait m'éloigner. Je ne voulais pas assister à ses petites réunions de travail et nous semblions être tombés d'accord tacitement que je n'y prendrais plus part. Malgré tout, il ne me quittait jamais vraiment du regard.

Aux yeux de tous, nous devions avoir l'air du parfait petit couple. Seules Andy et Elayne se doutaient de ce qui se passait réellement entre nous, mais elle semblait savoir qu'il valait mieux ne pas aborder le sujet.

C'est donc le plus naturellement du monde que nous nous rendîmes ensemble à la soirée que Slughorn avait organisée à la fin du mois de janvier.

-Miss Prewett ! s'exclama notre Professeur en nous voyant approcher.

-Monsieur, répondis-je affectueusement, le gratifiant d'un sourire chaleureux.

-Tom, mon garçon, me permettriez-vous de vous enlever cette délicieuse jeune femme un instant ?

Slughorn semblait avoir de nouveau pris Tom dans ses bonnes grâces à en juger par son attitude enjouée.

-Bien sûr, Professeur, répondit Tom poliment, le ton mielleux et un sourire cordial sur les lèvres.

-Parfait, parfait ! s'extasia-t-il avant de se désintéresser totalement de Tom pour s'emparer de ma main, qu'il posa sur son bras sans me demander mon avis. Miss Prewett, il faut absolument que je vous présente mon ami Oswald Wirth. Il est à la tête de l'Académie d'Alchimie de Bath et après tout ce que je lui ai raconté sur vos talents, il a hâte de faire votre connaissance.

-Vraiment ? demandai-je, légèrement étonnée.

-Bien entendu ma chère, une telle affinité avec le noble art de la préparation des potions… Cela ne se voit pas tous les jours.

Avant que je n'aie pu ajouter quoique ce soit, nous nous retrouvâmes auprès de deux hommes à l'allure grave. Le premier, le plus proche de Slughorn, paraissait très âgé à en juger par son imposante moustache immaculée et les plis très marqués de son visage. L'espace d'une seconde, je me demandai s'il pouvait être plus vieux que Dumbledore. Enfin du moins celui de 1996. C'était fort possible. Le second homme était sans conteste bien plus jeune que son compagnon. Il était certes toujours difficile d'évaluer l'âge d'un sorcier, mais celui-ci ne devait pas avoir plus d'une cinquantaine d'années.

-Oswald, mon cher ! s'exclama Slughorn avec son enthousiasme habituel alors qu'il faisait signe à un Gryffondor de cinquième année qui s'était vu attribuer la tâche de garçon de service de venir leur porter des boissons. Voici Ginevra Prewett, vous vous souvenez sans doute, je vous ai parlé de son admirable affinité pour les potions. Ginevra, voici Oswald Wirth, nous introduisit mon Professeur en ignorant tout bonnement le deuxième homme.

-Enchantée, dis-je en souriant poliment aux deux inconnus, malgré le fait que je ne sache pas qui était cet invité que Slughorn ne semblait pas voir. Sans doute n'était-il pas digne de son intérêt.

Le plus âgé des deux, Oswald Wirth donc, me regarda de la tête aux pieds sans m'adresser le moindre mot. On aurait dit qu'il n'était pas très convaincu par les propos de son hôte à mon égard.

-Vous parlez de celle qui pourrait faire une bonne… infirmière ? demanda-t-il douteusement, confirmant ainsi mon impression.

Son scepticisme était tellement flagrant que je dû me retenir de ne pas tout bonnement lui tourner les talons. Heureusement, il en fallait plus pour entailler la bonne humeur de Slughorn, qui s'empressa de prendre ma défence.

-Infirmière, mon cher ? Guérisseuse vous dis-je ! Ginevra a un véritable don pour les Charmes et les Potions. Une telle force aussi… mon cher, elle mérite d'être encouragée.

Le vieil homme resta silencieux un moment, considérant Slughorn d'un œil prudent. Finalement, il se tourna vers moi.

-Horace me disait que vous aviez des idées pour le moins… intéressantes quant à l'amélioration de certaines potions.

Je me tournais vers mon Professeur, curieuse de savoir ce qu'il avait bien pu dire à mon sujet.

-Effectivement oui, répondit ce dernier en mon nom. Je suis d'ailleurs certain que Damoclès en conviendra, reprit Slughorn en incluant pour la première fois le compagnon d'Oswald Wirth dans la conversation. Ginevra, vois-tu est très intuitive, elle sait comment améliorer certaines potions pour les rendre plus appréciables sans en altérer les qualités et nous avons aussi eu un débat très stimulant sur la possibilité de personnaliser certaines potions curatives grâce à des enchantements particuliers à chaque patient… Je vous le dis, cette jeune femme ferait des merveilles à l'Académie, croyez-moi, conclu-t-il en se tournant à nouveau vers son honorable invité.

-J'avoue avoir moi-même travaillé sur une théorie similaire, s'enthousiasma ledit Damoclès.

A ses mots, une idée me traversa soudain l'esprit… Damoclès… comme dans Ezra Damoclès ? Il était peu probable qu'il s'agisse de l'inventeur de la potion Tue-Loup certes, il était trop âgé pour cela, mais le père de Ezra était aussi bien connu pour une raison à mon époque. Cette théorie dont j'avais débattu avec Slughorn était celle de Edran Damoclès, avec lequel je me trouvais sans nul doute en tête à tête. J'oubliais cependant vite mon malaise alors que Dadmoclès m'entraînait dans une conversation enthousiaste sur ladite théorie de personnalisation des potions curatives. Ecouter un Maître parler de son Art se révélait très vite captivant.

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Plus tard ce soir-là, alors que je picorais au buffet, Cyrus White sembla soudain se matérialiser à mes côtés.

-Milady, me salua-t-il, un sourire goguenard aux lèvres.

Il s'empara d'un toast que je m'apprêtais à saisir et le fit disparaître en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ne me laissant pas la moindre chance de protester.

-Hum, excellent choix, me nargua-t-il.

-Cyrus… fis-je, mi-menaçante, mi-agacée.

-J'espérais un peu plus d'entrain, me taquina-t-il. Après tout, ça fait bien plusieurs semaines que je n'ai pas eu le plaisir de me délecter de ta si charmante compagnie dit-il en me souriant, volontairement provocateur. Tu as abandonné tes gardes du corps ce soir ? Je croyais que tu ne te déplaçais plus jamais seule ?

-Pardon ? demandai-je avant de me rendre compte de à quoi il faisait allusion.

-Jedusor et ses toutous, expliqua-t-il.

-Il est ici, il discute avec un ami.

Du moins le faisait-il la dernière fois que je l'avais croisé. Je le cherchai du regard, inquiète de ce qui se passerait s'il venait à s'apercevoir que Cyrus se tenait près de moi.

-Grand bien lui en fasse, répondit Cyrus, pas le moins du monde intéressé. Dommage que la musique ne s'y prête pas ce soir, nous aurions pu danser à nouveau… une si charmante personne ne devrait pas être ainsi délaissée, me glissa-t-il à l'oreille alors qu'il faisait mine de se pencher sur le buffet pour attraper un autre petit toast.

Malgré moi, je frissonnai lorsque son souffle chaud effleura ma nuque.

-Et qui a dit qu'elle était seule ? demanda froidement une voix.

Tom.

-Tiens, Jedusor. Agréable soirée, tu ne trouves pas ? demanda innocemment Cyrus sur le ton de la conversation avant de gober le toast qu'il venait de prendre.

Je fermai les yeux l'espace d'une seconde. Foutu tempérament Gryffondor.

-La compagnie est tellement charmante, ajouta-t-il.

Cet imbécile ne savait donc pas se taire ? Je maudissais son regard, exagérément posé sur moi, comme pour appuyer ses propos. Tom avait le regard rougeoyant et je savais avec certitude que ce n'était pas un effet de la lumière. Je sentais sa magie, tout juste contenue. Il fallait que je fasse quelque chose.

-Et si on retournait à la Salle Commune, Tom ? La soirée dure depuis trop longtemps, proposai-je, faussement convaincue, en m'approchant pour saisir fermement sa main. S'il-te-plaît, insistai-je en voyant qu'il ne bougeait pas d'un pouce.

Après de courtes secondes qui me semblèrent néanmoins interminables, il sembla enfin se rendre compte de ma présence. Il posa les yeux sur moi et son attitude s'apaisa légèrement.

-Bien sûr, partons.

Sans plus un regard pour Cyrus, nous nous éloignâmes pour saluer Slughorn, qui s'attrista bruyamment de nous voir partir si tôt, avant de nous retrouver enfin seuls dans les couloirs froids des cachots.

Tandis que nous marchions, j'essayais de comprendre les sentiments de Tom qui faisait de son mieux pour ne rien laisser transparaître.

A travers notre lien, j'avais le sentiment qu'il était peiné, même si la colère imposante qui l'habitait semblait écraser tout le reste. Je l'observai curieusement du coin de l'œil.

Je me sentais coupable de ne pas être partie dès que Cyrus m'avait approchée. Cela dit, je ne culpabilisais pas d'avoir sans doute empiré la rancœur de Tom envers Cyrus. Non, si je m'en voulais, c'est parce que je savais ce que cela faisait à Tom de me voir près du Gryffondor. J'aurais dû l'ignorer.

Soupirant, je resserrai légèrement ma prise sur sa main et glissai mon autre bras au creux de son coude, me lovant contre lui, tête sur son épaule. Il ne dit rien, mais je savais que mon geste l'apaisait ne serait-ce qu'un peu.


NA : Pour celles & ceux qui n'auraient pas vu ma note de profil, je suis actuellement une formation très demandeuse, d'autant plus qu'étant ma dernière année de licence, je dois présenter deux soutenances à la fin de l'année. J'ai donc dû me résoudre à passer les fictions au second plan, même si la plume me démange bien souvent

Vous l'aurez compris, je ne vous oublie pas ! Et si certes mes publications resteront sans doute irrégulière, je sais où je vais avec cette deuxième partie de Un Jeu Dangereux, j'irais donc au bout :D

J'espère que vous ne m'en voulez donc pas et que vous avez aimé ce chapitre. J'attends avec impatience l'avis de mes fidèles (et nouvelles aussi bien sûr ^-^) lectrices.

Merci encore pour toutes les reviews que j'ai eu au chapitre précédent, dites vous que chacune d'elle m'aura donné le sourire.

a très vite,

Nyna.