Bonjour à toutes et à tous!

Voici un petit chapitre qui s'éloigne un peu du tome 6. J'espère que vous aurez autant de plaisir à le lire que j'ai eu à l'écrire.

Merci pour vos nombreuses reviews, elles me touchent énormément!

Merci à Sevy: Merci de ta review. Oui, Hermione va prendre sur elle, tant mieux parce que ça ne risque pas de s'améliorer par la suite... Pour Dumbledore, je ne peux te répondre ^^"

Merci à Lypse: Merci pour ta motivation et tes encouragements. Je suis flattée que tu trouves mes personnages respectueux du cadre de JKR, c'est ma hantise à chaque fois: est-ce qu'ils sont crédibles? Oh mon Dieu, non, pas du tout...

Je viens de me rendre compte que mes points de suspension ont disparu... J'ai essayé de tous les traquer, mais je suis désolée si j'en ai manqué... ^^"

Je vous souhaite une bonne lecture!


Chapitre 14: Tombé à l'eau

- Ah, ma chère enfant !

La brunette se raidit et se retourna lentement pour faire face au ventre rebondi de Slughorn. Elle émit un sourire qui tirait vers la grimace : sa semaine ne pouvait mieux commencer.

- Bonjour, professeur. Je suis sincèrement désolée pour la dernière soirée, s'excusa Drago, essayant de paraître crédible.

- Oui, j'espère que vous allez mieux ? s'enquit le professeur. Mais vous avez manqué le meilleur ! Melinda Bobbin nous a fait un délicieux exposé sur la poudre de cafards et la façon de bien les moudre.

- Le fait d'avoir manqué cette anecdote me ronge au plus haut point, répliqua Drago non sans une certaine pointe d'ironie que Slughorn ne sembla pas relever. Et je comprendrai aisément de ne plus être conviée à vos soirées. A mon grand regret, cela va sans dire.

A l'évidence, ses propos eurent l'effet escompté. Le visage d'Horace Slughorn s'ébaudit soudain, complètement stupéfait d'entendre de telles paroles.

- Qu'imaginez-vous là ? s'étonna-t-il et son ventre fit de grands sauts. Vous êtes une de mes meilleures élèves ! Votre présence me ravit !

Drago eut un sourire qui se voulait timide, ravi des conséquences de cette conversation.

- J'en suis honorée, répondit la brunette. Maintenant, je suis navrée, mais je dois retourner en classe...

Elle agita d'un air ennuyé ses manuels qu'elle tenait en main, avec une petite moue d'excuse.

- Bien sûr ! s'exclama Slughorn. Oh ! Et essayez de convaincre Harry de venir ! Sa venue m'enchanterait particulièrement !

Drago qui s'en allait se retourna et lui offrit un sourire rayonnant.

- Je n'y manquerai pas.

Mais dès que le maître des potions se retourna, son sourire s'estompa et son visage se rembrunit. Il soupira de lassitude et retourna d'un pas las à son cours d'Arithmancie. Alors voilà pourquoi il continuait d'inviter Granger : Slughorn était persuadé qu'elle convaincrait Harry Potter de participer à ses petites réunions. Si seulement il savait, le pauvre...


- C'est bon, t'as compris ? demanda Hermione patiemment.

- Je crois..., souffla Drago, les sourcils froncés en observant attentivement son manuel de runes.

- C'est simple : quand l'adjectif est après, tu accordes. Et tu déclines de cette façon.

Drago acquiesça, les yeux baissés sur un syllabaire. Ils étaient de nouveau à la bibliothèque en ce mardi matin et le grand blond venait d'expliquer à son interlocutrice la différence syntaxique entre un thème de hiéroglyphes et une version de logogrammes. Ça faisait bien deux heures qu'ils étaient sur un problème de troisième année et Drago ne comprenait toujours pas la subtilité entre les deux traductions, malgré les explications patientes et répétées d'Hermione. Il tapotait nerveusement son index gauche sur la page du livre, tandis qu'il se caressait distraitement le menton avec la plume qu'il tenait en main droite. Les lèvres pincées, il semblait très concentré.

- Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est simple, mais c'est assez logique, concéda-t-il, avec difficulté. Maintenant, pour ce qui est de le refaire...

Il ne finit pas sa phrase, mais eut une expression qui en dit long. Hermione était assez interloquée par cette attitude inhabituelle : non seulement il avait perdu toute trace d'ironie, mais il écoutait avec attention et faisait un véritable effort pour comprendre ce qu'il étudiait. Elle refoula un sourire amusé et reprit plus sérieusement :

- Au fait, tiens, dit-elle en tendant un parchemin plié et usagé.

Drago releva les yeux et lui lança un regard perplexe, en prenant la feuille.

- Maintenant qu'on a trouvé l'Armoire, il n'est plus nécessairement utile de garder cette carte, expliqua-t-elle.

- Tu es folle ? s'écria Drago en écarquillant les yeux, comprenant soudain de quoi il s'agissait. Mais pourquoi on ne peut pas la garder encore un peu ?

- Harry va finir par se rendre compte que sa carte a disparu, argumenta Hermione en soupirant.

Drago haussa les épaules. De nombreuses choses se perdaient à Poudlard et tout le monde était au courant. Peut-être Potter serait assez stupide pour penser qu'un fantôme l'avait détroussé ?

- Au fait, comment va-t-il récemment ? s'enquit l'adolescent blond en reprenant sa dissertation de métamorphose « Tout se transforme, rien ne se crée ».

- Qui ? répondit brusquement Drago.

- Comment ça, qui ? Harry, enfin ! s'exclama Hermione en lui jetant un regard courroucé.

La brunette prit un air détaché et tourna négligemment une page de son manuel de runes. Elle prit tout son temps pour répondre.

- Il a arrêté de nous parler de Drago Malefoy et de chercher ce que tu trafiques. Il semble plus accaparé par les rendez-vous de Dumbledore, lâcha-t-elle, un peu blasée.

Hermione fronça les sourcils et pianota nerveusement sur sa copie.

- On ne peut pas relâcher notre vigilance, murmura-t-elle comme pour elle-même. S'il lui reprenait l'idée de savoir ce qu'on fait, il pourrait très bien vouloir chercher ton nom sur la carte ou savoir ou ton corps se trouve. C'est pour ça qu'il faut remettre la carte au bon endroit.

Drago eut une moue boudeuse et reporta son attention sur le parchemin froissé. Il le déplia et laissa son regard dériver sur le papier vierge, rêveur. Il aurait bien voulu garder cette fichue carte, mais il savait que Granger avait raison. Si la carte disparaissait, il supposait que très peu de personnes soient au courant et il n'hésiterait pas pour trouver rapidement le coupable.

- Et... Ron ? demanda Hermione d'une voix timide.

- Quoi, Ron ? répondit Drago avec une pointe d'agacement dans la voix.

- Il... va bien ? s'enquit-elle en rougissant légèrement et en masquant son trouble.

- Arrête de rougir dans mon corps ! siffla-t-il entre ses dents, l'air furieux.

Hermione baissa les yeux, confuse. Drago la toisa en silence, mâchoires serrées.

- Il va bien, dit-il après réflexion. Il n'arrête pas de parader devant Lavande Brown.

L'adolescent blond lui jeta un regard hébété. Il ouvrit la bouche comme s'il voulait parler, mais la referma aussitôt et recentra son attention sur sa dissertation. En silence, Drago observa Hermione. Il avait voulu la taquiner avec Weasley, mais il ne s'attendait pas à une telle réaction. Ou du moins, si, c'était la réaction escomptée, mais un aveu aussi flagrant ne lui plut pas du tout.

- Quoi ? l'agressa Hermione en relevant les yeux, son regard gris plus meurtrier que jamais.

- Rien, se défendit-il en détournant les siens.

Avec un soupir désabusé, il retourna son attention sur le manuel. Non, ça ne lui avait pas plu. Même pas du tout. Ça l'avait énervé en plus. Et déçu aussi. Un peu. Et il ne savait pas pourquoi. Et ça l'énervait plutôt.

Légèrement perdu, il replongea dans la lecture de son Traité supérieur de traduction des runes.


- Potage royal ! s'exclama Drago devant la grosse dame.

Aussitôt le tableau pivota. En se glissant dans l'ouverture, il constata avec soulagement qu'elle était vide. Il avait bien fait d'attendre l'heure du déjeuner. En scrutant par-dessus son épaule, il monta rapidement les marches pour atteindre le dortoir des garçons. Pas une seule âme qui vive à l'horizon.

Il reposa la carte du maraudeur dans la malle d'Harry et referma le coffre. En se redressant, son regard s'attarda sur les affaires de Ron, et Drago eut une moue de mécontentement. Qu'est-ce qui pouvait bien attirer Granger dans ce rouquin ? L'esprit embrumé, il secoua la tête. Les lois de la nature étaient impénétrables.

- Hermione ? demanda une voix masculine derrière lui.

Drago se retourna vivement, effrayé de se retrouver face à un des deux garçons du trio. Devant lui se tenait à présent un garçon aux cheveux châtains et au visage lunaire. Il soupira intérieurement de soulagement de se retrouver en face de Neville, mais reprit vite ses esprits.

- Que fais-tu là ? interrogea-t-il précipitamment.

- J'ai oublié mon livre de botanique... Et toi ? questionna Neville Londubat, interloqué.

Drago se mordit les lèvres et réfléchit en quatrième vitesse pour trouver une excuse cohérente. Il mit cependant sa main droite dans sa poche et serra fortement sa baguette, au cas où ça dégénèrerait.

- Je... Je venais chercher quelque chose pour Harry, bafouilla-t-il. Son pull. Euh... il a froid.

Et mêlant le geste à la parole, il agita sous son nez un pull tricoté par Mrs Weasley, persuadé d'être convaincant.

- Ah ? Harry n'a pas pu aller le chercher tout seul ? demanda Neville, toujours éberlué.

- C'est ça, acheva Drago qui commençait à perdre patience devant des questions si inquisitrices. Il avait quelque chose à faire. Il devait étudier.

- Mais pourquoi n'a-t-il pas demandé à Ron de venir ? s'étonna-t-il. Tu es une fille ! C'est interdit...

Drago eut un mouvement de main exaspéré. Finalement, non, il aurait préféré avoir été surpris par Weasley ou Potter. Tomber sur Londubat. Qu'est-ce qu'il aurait pu lui arriver de pire ? Des questions pareilles !

- Ron n'a pas pu venir lui non plus... et puis... je suis préfète, lâcha-t-il comme si c'était une réponse qui réglait tous les problèmes.

L'air hautain et la tête haute, la brunette passa d'une démarche chaloupée devant Neville complètement stupéfait et rendu muet.

- Neville, reste discret, stipula Drago en se retournant, l'air menaçant.

Le garçon au visage joufflu fixait d'un regard ahuri la jeune fille brune devant lui et acquiesça, dépassé par les événements. Depuis quand Hermione Granger s'infiltrait dans les dortoirs des garçons et fouillait dans les malles de ses amis ? Une ride barra son front. Mais il haussa les épaules : Harry devait avoir de bonnes raisons. Il mit dix minutes à chercher son livre de botanique et redescendit dans la salle commune. Il avait déjà oublié ce qu'il s'était passé.


Hermione s'assit sur un fauteuil à moitié déglingué, dont les ressorts sortaient de manière comique de la base. Elle avait passé plusieurs heures à potasser le guide de Barjow et se retrouvait dans une impasse. L'Armoire à disparaître semblait trop complexe pour pouvoir être réparée. Ce n'était pas qu'une question de porte à fixer ou de planches de bois à remplacer. Les sortilèges à formuler étaient d'une complexité bien supérieure à ce qu'on pourrait leur demander en septième année pour leurs ASPIC et elle désespéra rien qu'en feuilletant le livre. Les annotations étaient pourtant claires et soignées. Elle soupira bruyamment et glissa un regard vide vers l'Armoire qui lui faisait face.

Elle se releva de son fauteuil et caressa doucement le bois noir sculpté des portes. Elle était singulièrement imposante et Hermione se demanda avec crainte si cet objet pourrait lui permettre d'accomplir sa mission. Tout à coup, la réalité se faisait plus concrète et ça lui fit peur. Se pouvait-il qu'elle trahisse ainsi Poudlard et toutes les personnes alentours, juste pour sauver sa vie ? N'était-ce pas égoïste ? Devrait-elle en parler directement à Dumbledore ? Si jamais il trouvait une solution pour passer outre... Hermione secoua la tête : jamais Malefoy ne l'y autoriserait. D'ailleurs, il était où à l'heure actuelle ? Il avait pourtant promis qu'il viendrait la rejoindre.

Elle essaya à nouveau de se concentrer pour comprendre par quel côté commencer. Déjà, il était question de sortilèges d'annulation. Il fallait que l'Armoire ne fût plus connectée à rien pour pouvoir être réparée dans la première étape. Avec conviction, elle tenta d'annuler tous les charmes de l'Armoire.

La motivation et la persistance eurent raison de l'opposante, et Hermione réussit à neutraliser tous les sortilèges de l'Armoire. Avec un certain sourire de satisfaction, elle poussa une exclamation de surprise.

- Déjà si tard que ça ? Oh, par Merlin, si Rusard m'attrape...

Elle se rua dans le couloir et dévala les escaliers de pierre. Drago ne s'était pas montré.


Drago finissait de recopier au propre son devoir de sortilèges. Il avait reçu un nouveau mot du professeur Slughorn qui l'enjoignait à une de ses soirées pour le soir-même. Il espérait secrètement que Cormac McLaggen n'avait pas été invité, mais son espérance fut de courte durée quand il le vit à huit heures et quart quitter la salle commune des Gryffondor.

- J'y vais, prévint-il.

Harry et Ron qui potassaient leurs Mille herbes et champignons magiques relevèrent la tête et lui adressèrent un sourire compatissant.

- On devrait peut-être y aller aussi ? fit remarquer Harry en vérifiant l'heure.

- C'est une très bonne idée, approuva Ron en fermant sèchement son manuel. Un peu d'entraînement ne nous fera pas de mal.

Ils avaient en effet décidé de faire concorder toutes les dates d'entraînement de Quidditch avec celles des soirées de Slughorn, afin que Ron ne fît plus la tête. Drago ne pouvait que trouver ce stratagème pertinent : cela lui permettrait de fréquenter des personnes du beau monde sans avoir Potter ou Weasley sur le dos, et finalement, il ne s'en portait pas plus mal.

En apercevant la porte du bureau de Slughorn au bout du couloir, il se demanda quelles personnes seraient invitées cette fois-ci et si un autre riche apothicaire viendrait leur exposer ses problèmes de logistique. Il eut un petit sourire en coin et s'approcha. Il allait sortir le gallion magique pour prévenir Granger de son incapacité à la rejoindre ce soir (il n'avait pu le faire auparavant, étant toujours collé à Potter et Weasley), quand il fut interrompu dans son élan.

- Excusez-moi, mademoiselle..., interrompit une voix douce derrière elle.

Une voix de femme. Une voix mature. Une voix connue. Drago se retourna vivement. Une femme brune, de grande taille et au statut altier, lui faisait face. Ses traits étaient fins et il la reconnut sans hésiter. Pourquoi était-elle là ? Il remit prestement le gallion dans sa poche, oubliant tout à fait Granger.

- On m'a dit que le bureau d'Horace... du professeur Slughorn... se trouvait dans ce couloir, mais je ne sais pas où exactement, dit-elle d'un ton ennuyé.

- C'est ici, répondit Drago, essayant de garder une contenance face à cette femme qu'il ne connaissait que trop bien.

Il lui indiqua la porte et s'effaça pour la laisser passer.

- Vous êtes bien aimable, remercia l'inconnue en lui offrant un sourire de convenance.

Drago lui rendit son sourire sans complaisance : alors c'était elle qui avait été invitée par Slughorn ce soir. En la suivant des yeux, il laissa ses pensées dériver. Son parfum, léger et subtil, lui emplit les narines alors qu'elle le dépassait. Cette odeur de muscade et de réglisse... Recouvrant ses esprits, il secoua vivement la tête et ferma la porte en bois.

- Ah, Cassiopée ! s'exclama Horace Slughorn, absolument radieux.

- Horace, salua la dénommée Cassiopée.

Il lui serra chaleureusement la main et lui offrit un fauteuil en velours vert pelouse.

- Je suis vraiment enchanté que tu aies pu te déplacer !

- Merci de ton invitation, répondit la femme en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille. Cette petite parenthèse permet de me détendre un moment.

- Ah, Miss Granger ! Venez donc, s'écria Slughorn en remarquant la présence de Drago.

Ce dernier regarda autour de lui et réprima une grimace en voyant la dernière place libre, entre Zabini et McLaggen. Il s'assit avec raideur sur un sofa carmin, à la droite de ce dernier qui lui offrit un sourire narquois.

- Oho, tout le monde est là, je vais vous faire les présentations ! déclara Slughorn en écartant les mains. Cassiopée, voici Miss Granger, une de mes plus brillantes élèves ! C'est aussi la meilleure amie d'Harry Potter !

Les prunelles de la dénommée Cassiopée étincelèrent un instant et elle salua d'un signe de tête la brunette qui l'avait renseignée. Drago lui rendit son salut, encore choqué de trouver une telle personne à une soirée comme celle-ci.

- Mr McLaggen, présenta Slughorn en désignant le garçon aux cheveux drus assis à côté de Drago, dont on ne cite plus les innombrables connaissances, n'est-ce pas, Cormac ?

Il lui adressa un clin d'œil complice et Cormac eut l'air très satisfait.

- Voici Mr Zabini, mais vous devez déjà le connaître...

- En effet, sourit Cassiopée. Comment allez-vous ?

- A merveille, je vous remercie, dit simplement Blaise.

Même si le ton de la conversation était amical, Drago pouvait clairement voir la froideur de leurs yeux et il se félicita de ne pas être reconnu sous la forme de Granger. Quoique le fait de se retrouver dans cette situation ne l'enchantât aucunement, au moins évitait-il toute confrontation inutile et déplacée.

- Et voici Jayden Adamson, un élève vraiment brillant pour son jeune âge, et Ava Collins, dont les parents sont Aurors.

La femme brune sourit aux deux jeunes gens, complètement intimidés et désœuvrés face à l'imposant statut de cette invitée. Drago toisa d'un air concentré les deux première-année : où les avait-il déjà vus ? Ah, c'étaient les deux gamins qui avaient surpris sa conversation avec Granger quand ils étaient à bord du Poudlard Express.

- Et maintenant, permettez-moi de vous présenter Mrs Cassiopée Greengrass, épouse de Mr Greengrass et actuels directeurs de l'hôpital Ste Mangouste, finit Slughorn en gonflant la poitrine.

Un léger frisson parcourut l'assemblée et le maître des potions parut ravi de son petit effet. Il n'y avait que Blaise et Drago qui n'avaient pas bougé. Et pour cause : ils savaient déjà tous deux son identité.

- Je dois aussi dire que Mrs Greengrass a deux magnifiques filles ici à Poudlard, n'est-ce pas Cassiopée ? continua Horace Slughorn en la prenant à parti.

- Tout à fait, répondit Cassiopée d'une voix douce. Magnifiques, je ne peux l'affirmer, mais ce sont bien mes filles.

Elle tourna ses iris sombres vers Blaise, puis vers Drago et Cormac.

- Je pense qu'elles ont à peu près votre âge, leur sourit-elle.

Autant Drago essaya de se montrer poli et eut une expression d'interrogation mesurée, autant Cormac parut des plus enjoués, se demandant bien comment il avait pu manquer deux filles aussi jolies, calquant leur portrait sur leur mère.

- Oh mais je manque à tous mes devoirs ! s'écria Slughorn en se redressant dans son fauteuil gris taupe. Que puis-je vous servir à boire, mes chers amis ?

Il agita sa baguette magique et un verre apparut devant chaque personne. les verres des élèves se remplirent de jus de citrouille, tandis qu'un liquide doré se versait lentement dans le verre de Mrs Greengrass.

- L'hydromel de Rosmerta, commenta Horace Slughorn avec un air admiratif.

- Sans aucun doute celui que tout le monde préfère, ajouta Cassiopée. Il me semble qu'Albus en personne va se fournir chez elle pour sa réserve personnelle.

- C'est en effet juste, approuva le maître des potions en sirotant son verre. Mais Albus a toujours été un bon vivant.

- Au moins autant que toi, pouffa Cassiopée.

Il y eut quelques rires et Horace se racla la gorge.

- Oui, bon, tempéra-t-il pour se redonner une contenance. Je t'ai fait venir, car la dernière fois cette charmante jeune fille (et il désigna Ava Collins qui rosit en s'enfonçant dans son siège) a émis le souhait de devenir guérisseuse.

- Ah ? s'étonna Mrs Greengrass en dévisageant avec intérêt la jeune fille aux cheveux châtains.

La soirée se passa relativement bien, Cassiopée Greengrass répondant avec un franc intérêt aux questions posées. Si Drago essayait de participer à la conversation, en omettant le fait qu'il connaissait cette femme et qu'il serait amené à la revoir plus ou moins rapidement et pour le reste de sa vie, Blaise Zabini ne faisait aucun effort et resta de marbre pendant toute la séance, écoutant attentivement, mais ne participant pas.

- Oho, il est déjà très tard ! s'exclama Slughorn en jetant un coup d'œil à la pendule murale. Nous allons avoir des ennuis, il faut vite que vous y alliez, mes chers enfants.

Les première-année partirent assez vite, remerciant les deux adultes et se dépêchant de rejoindre leur dortoir respectif. Drago se leva d'un pas lent pour se diriger vers la sortie, faisant tout pour éviter une éventuelle collusion avec Cormac. Blaise Zabini était déjà parti. Alors que Slughorn discutait avec Mrs Greengrass, Drago sortit de la pièce, mais resta derrière le mur de pierre, essayant de saisir la conversation.

- Merci vraiment, Cassiopée, pour ton temps ! disait Slughorn en serrant chaleureusement les mains de son invitée.

- Je t'en prie, Horace, c'était un plaisir.

- Et comment vont tes filles ? Comment va Daphné ? J'ai appris pour...

- Elle va bien, coupa-t-elle un peu sèchement. Nous faisons... ce qu'il faut faire.

Horace Slughorn ouvrit la bouche pour répliquer, mais il préféra changer de sujet, tentant des eaux un peu moins tumultueuses.

- Ah oui, certes. Je voulais la saluer, mais je ne l'ai qu'entraperçue dans les couloirs. Elle n'a pas choisi les potions pour ses ASPIC.

- En effet, répondit rêveusement Cassiopée. Elle a préféré se concentrer sur les Défenses contre les forces du mal et sur l'astronomie.

Slughorn eut un petit sourire entendu.

- C'est très dommage, soupira-t-il. Tu étais très prometteuse !

- Pas tant que Lily Evans, sourit Cassiopée.

- C'est sûr, s'esclaffa le maître des potions. Mais je ne doute pas que tes filles le soient aussi. J'ai Astoria dans ma salle de classe en quatrième année, et c'est la meilleure élève de sa classe.

Elle eut un sourire songeur.

- Et puis, au moins, elles sont à Serpentard ! ajouta-t-il, comme si ça faisait toute la différence.

Il lui fit un clin d'œil et Mrs Greengrass eut une lueur d'amusement.

- Elles ont hérité du caractère de Cetus, que veux-tu ? répliqua-t-elle avec un sourire doux.

- Oh, comment va-t-il, ce cher ami ?

- Très bien, je te remercie. Nous avons beaucoup de travail avec… ce qu'il se passe, actuellement, finit Cassiopée d'un air grave.

- J'imagine, acquiesça le professeur.

- Je dois y aller, Horace, mais je serais ravie de te revoir, le salua-t-elle.

- Avec grand plaisir. Je te raccompagne ? proposa-t-il.

Drago disparut au détour d'un couloir et observa les deux sorciers qui se dirigeaient vers le hall d'entrée. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Daphné Greengrass avait manqué de nombreuses semaines, après l'incident. Se pouvait-il qu'elle eût encore besoin de soin ? Même maintenant ? Deux ans plus tard ? Il hésita un instant à tambouriner à la porte de la salle commune des Serpentard, mais se dit que dans le corps de Granger, ça ne servirait à rien. Il ne restait qu'à coincer Zabini un de ces jours et le forcer à lui répondre. Ça devait être lui, le plus à même de savoir ce qu'il se passe.

Drago reprit ses esprits : il secoua vivement la tête. Depuis quand avait-il décidé de renouer avec eux ? Il avait pourtant été clair sur le sujet. Non, jamais. Il ne leur pardonnerait jamais. Ils avaient fait leur choix, et les conséquences subies n'avaient été que de leurs propres fautes.

En haussant les épaules, il remonta à la tour des Gryffondor, l'esprit passablement encombré.


Pour un mercredi, la salle commune des Serpentard était d'un calme inhabituel et apaisant, quand un gros juron et des bruits de bas retentirent à l'entrée et rompirent le charme ambiant. Le mur de pierre s'ouvrit et apparurent deux silhouette trapues : l'une essayait tant bien que mal de contenir la fureur de l'autre qui s'agitait fortement, sa démarche semblant mal assurée et titubant dangereusement.

- Crabbe ? Goyle ? Que s'est-il passé ? s'alarma Pansy Parkinson, alors qu'elle relevait la tête de son Livre des sorts et enchantements, niveau 6.

Elle était assiste à une table en bois, en face de Théodore Nott et tous deux s'exerçaient à la lévitation informulée. Non loin de là, assise confortablement sur un canapé, Hermione releva aussi la tête de son journal. Elle s'était accordé un jour de répit, n'ayant pas de nouvelles de Malefoy. Pour une fois, s'était-elle dit, ce n'est pas moins qui le contacterait la première.

Elle réprima un sourire ironique en constatant que Vincent Crabbe s'était fait piéger par on-ne-savait-qui. La victime en question semblait étouffer de rage et son visage rouge se consumait de fureur. On aurait dit qu'il avait subi un sortilège d'« Anapneo ». Goyle, à ses côtés, le fixait d'un air affolé.

- Eh bien ? demanda Hermione, en reposant La Gazette du Sorcier. Que t'est-il arrivé ?

- On est... tombés... sur Potter... et... il m'a lancé... un sort, articula difficilement Crabbe, contenant sa rage.

Hermione lui lança un regard interloqué.

- Ah bon ? Et que t'a-t-il fait ? Tu as l'air ridicule, se gaussa-t-elle avec un sourire en coin.

- Quelque chose... aux pieds, lâcha-t-il avec peine.

Il pointa ses chaussures et découvrit à l'assistance ses orteils dont les ongles poussaient à vue d'œil. Hermione retint une exclamation de dégoût tandis que Pansy reculait avec une expression d'horreur. Nott, seul, trouva la situation amusante et rit doucement sous cape.

- Par Merlin, mais c'est dégoûtant ! hurla Pansy.

- La prochaine fois que je vois Potter..., grinça Crabbe avec ferveur en fermant ses poings potelés.

- Oui, on se vengera bientôt, lâcha placidement Hermione. D'ici là, va voir Madame Pomfresh, elle devrait t'aider.

Elle retourna à sa lecture et les deux gorilles repartirent dans l'autre sens, dans un spectacle plutôt cocasse et, il faut l'avouer, assez divertissant. Hermione s'apprêtait à goûter à nouveau le calme olympien de la salle redevenue silencieuse, quand la porte se matérialisa encore une fois. Un troupeau de deuxième-année débarqua dans la salle : le boucan qui régna alors ne laissait plus de place à aucune concentration et Hermione plia avec agacement son journal. Elle prit ses affaires et s'en alla à la bibliothèque.

- Attends-moi, Drago ! Je t'accompagne ! s'écria Pansy en fourrant hâtivement ses affaires dans son sac.

Hermione leva les yeux au ciel, mais l'attendit néanmoins à l'entrée de la salle. Pansy lui offrit un sourire éclatant et lui emboîta le pas pour monter les escaliers. Au détour d'un couloir, elles entendirent deux voix familières, l'une féminine et l'autre masculine. Instinctivement, elles se cachèrent contre un mur et attendirent en silence.

- Merci, Blaise, dit la voix féminine.

- Je te l'ai déjà dit, tu n'as pas à me remercier, répliqua froidement la voix de Blaise Zabini.

Il y eut un court silence, puis il reprit :

- Je l'ai fait parce que je trouve qu'il n'a pas été correct avec toi. Ça ne veut pas dire que j'approuve ce que tu as fait non plus. Et je te l'ai déjà dit maintes fois.

- Je sais, murmura la voix féminine, d'un ton un peu éteint et désabusé.

Un autre silence suivit ces propos et Hermione essaya d'apercevoir la fille qui venait de parler.

- Si tu as compris, cesse de venir me trouver, continua Blaise d'un air plutôt glacial. Cette histoire date de tant d'années, à présent. Vous devriez passer à d'autres choses.

- Ce n'est pas facile, se défendit la jeune fille, sans conviction. J'essaie, crois-moi...

- En lui tournant autour ? railla Blaise, sans humour. Trouve autre chose. Votre entêtement nous touche tous. Et je ne t'aiderai pas à améliorer les choses, j'ai déjà suffisamment à faire de mon côté. Alors cesse de m'importuner.

Les pas de Blaise s'éloignèrent, mais à priori, la deuxième personne semblait toujours là. En se tordant le cou, Hermione put distinguer une silhouette de fille, qui resta immobile un moment, l'air digne, puis repartit dans le sens inverse de celui de Blaise.

Hermione ne comprit pas grand-chose de cette conversation. Sans le savoir ni le vouloir, Pansy lui révéla un autre indice : en exerçant une pression sur son bras, elle lui lança un regard empli d'inquiétude.

- Ça va ? murmura-t-elle, l'anxiété faisant trembler sa voix.

Hermione hocha la tête, hésitante. Elle eut ainsi la confirmation que cette discussion volée la concernait et devinait alors sans peine qui était la jeune fille qui parlait avec Blaise.


La pluie martelait les vitres avec vigueur. L'orage était conséquent, ce jour-là. Le premier de la saison.

- Joyeux anniversaire, Hermione !

Drago se retourna en relevant la tête de son manuel de Manuel de métamorphose avancée, l'air méfiant. On lui avait déjà fait le coup une fois, il n'allait certainement pas se refaire avoir une deuxième ! Harry et Ron descendaient du dortoir des garçons et avaient chacun un paquet dans les mains. Si Harry avait un sourire radieux, ce n'était rien face à l'expression rayonnante de Ron. En clignant des yeux, la brunette se dit que finalement, ce n'était peut-être pas une plaisanterie ce coup-ci et qu'aujourd'hui était vraiment son anniversaire.

- Euh... Merci, dit simplement Drago avec une moue de surprise.

- Ouh... T'as l'air heureux, Hermione ! sourit Ron, amusé. Il faut dire que t'es vieille ! T'es la plus vieille d'entre nous !

Drago lui lança un regard surpris : ah bon, Granger était plus âgée qu'eux ?

- On dirait que tu as oublié ton propre anniversaire ! renchérit Harry, plus interloqué, en fronçant les sourcils.

- N-non... A vrai dire... oui, avoua la brunette en baissant la tête. C'est que... on a tellement de devoirs, je ne sais plus où donner de la tête, s'excusa-t-elle, pensant que ce mensonge passerait, en désignant le manuel qu'elle avait dans les mains.

Oui, en l'occurrence, il passa comme un hibou par la fenêtre. Harry et Ron hochèrent la tête d'un air entendu et lui tendirent leurs cadeaux.

- Dépêche-toi de les ouvrir, rit Ron. Sinon, on va être en retard pour le petit-déjeuner et on va se faire tuer par Rogue.

L'anniversaire d'Hermione tombait en effet un jeudi, et le jeudi matin, ils avaient double-cours de Défense contre les forces du mal. Drago hésita à ouvrir des présents qui ne lui étaient pas destinés. Mais il se dit que s'il ne le faisait pas, il perdrait toute crédibilité. Avec une joie feinte, il offrit le plus beau des sourires aux deux Gryffondor et entreprit de déballer celui d'Harry. Un superbe scrutoscope de poche qu'il découvrit le ravit.

- Merci beaucoup, Harry ! s'exclama Drago.

Celui-ci lui fit un clin d'œil et ils reportèrent leur attention sur le cadeau de Ron : ce dernier était pour le moins... surprenant. Drago leva les yeux vers lui, dans une expression de parfaite incrédulité.

- Essai sur la condition des elfes de maison du XVe siècle à nos jours ? Sérieusement ? lâcha-t-il en se demandant si Weasley se moquait de lui.

- J'ai dégoté ça il y a longtemps et je me suis dit que ça te plairait... toi qui aimes beaucoup les elfes..., commenta Ron, la bouche pleine de caramels.

A l'évidence, le rouquin ne se moquait pas de lui. Il était même très sérieux. Est-ce que Granger était vraiment le genre de filles à lire un essai sur les elfes de maison ?

- Eh bien... merci beaucoup, dit simplement Drago.

Son hésitation et son incertitude passèrent pour une vive émotion et les trois Gryffondor sortirent de la salle commune pour se diriger vers la Grande Salle.

Les couloirs étaient anormalement bruyants dans le hall d'entrée et ils se frayèrent un chemin vers la pancarte affichée autour de laquelle bourdonnait un essaim d'élèves surexcités.

- La sortie à Pré-au-Lard est prévue mi-octobre, lut Ron qui était plus grand que les deux autres. C'est bien, ça nous fera une sortie !

Drago se réjouit intérieurement : une sortie à Pré-au-Lard, c'était l'occasion rêvée pour amener le collier de Barjow à Poudlard sans être soupçonné. Il entama avec une verve nouvelle ses œufs brouillés.


Drago ressassait. Tandis que Rogue argumentait sur l'importance de l'occlumancie et les avantages et inconvénients de la légilimencie en toisant Harry d'un regard lourd de reproches, la brunette réfléchissait en traçant nerveusement des courbes abstraites sur son parchemin. Elle venait de croiser Hermione dans les couloirs, mais n'avait pu l'aborder, ni même lui adresser un signe. Il ne savait donc si elle avait eu vent de la sortie à Pré-au-Lard ou si elle avait eu des nouvelles du collier.

Comme à leur habitude, cette dernière s'était assise en fond de la salle et Drago avait rejoint le premier rang. Il avait constaté avec un certain soulagement que ce n'était pas Daphné Greengrass qui avait pris place à ses côtés, mais Théodore Nott, sans doute que ce garçon efflanqué avait eu pitié. Daphné avait choisi de s'asseoir à côté de Blaise, pour son plus grand agacement : l'expression de haut énervement qu'il affichait, cette façon de contrôler sa colère en contractant son visage en disaient long sur son ressenti et Drago eut un rictus condescendant. Il devait vraiment aller le questionner un jour.

Neville était toujours assis à côté de lui, et son regard légèrement insistant depuis qu'il l'avait surprise dans les dortoirs des garçons le mettait mal à l'aise : jusqu'à quand n'irait-il rien dire à Potter ? Devrait-il lui jeter un sortilège d'« Oubliettes » ?

- Au fait, Hermione, murmura Neville, en fronçant les sourcils.

Drago se retourna, exaspéré : fallait-il qu'il remît cette histoire sur le tapis à nouveau ?

- Quoi ? siffla-t-il, prêt à dégainer.

- J'ai appris... Bon anniversaire, lâcha le garçon joufflu en rougissant.

Drago se figea, complètement choqué. L'anniversaire de Granger !

- Ah oui, merci, répondit-il distraitement.

En coulant un regard en coin vers Hermione, Drago hésita un instant : le grand blond semblait écouter attentivement Rogue parler, passant de temps en temps une main dans ses cheveux plutôt bien peignés secouant la tête par moments, comme mu par une grande inspiration. Il était certain que même si Potter et Weasley n'étaient pas la meilleure compagnie au monde, au moins ne se retrouvait-il pas en terrain miné seul. Or, Granger semblait passablement l'être.

Elle semblait un peu triste, ces derniers temps. La mission de Voldemort sur ses épaules n'arrangeait en rien la situation, mais il devait avouer que les événements extérieurs n'amélioraient pas non plus les choses. Il sursauta vivement : Merlin, il avait totalement oublié de la prévenir de la soirée de Slughorn ! Elle avait dû se débrouiller toute seule ! Il haussa les épaules : tant pis, après tout, quelle importance ? Mais il ressassa à nouveau : c'était la personne qui était dans son corps. Il avait besoin d'elle et si elle faisait la tête à ce propos... Elle ne l'avait plus contacté depuis, et il se souvenait encore de son chantage scandaleux pour aller voir Hagrid. Si elle faisait de même... Il se promit de s'excuser par gallion dès qu'il sortirait de la classe, même si ça lui arrachait les lèvres. Mais était-ce suffisant ? Il s'énerva contre lui-même de devoir chercher une solution, là où il n'avait même pas fait l'effort de le faire pour Pansy ou pour elle.

Drago Malefoy n'ayant jamais considéré les personnes qu'il côtoyait comme des amis, il ne savait peut-être pas comment s'y prendre pour faire plaisir aux personnes autour de lui (il faut aussi stipuler qu'il n'avait jamais eu cette idée en tête), mais il avait le sens de l'observation.

Il jeta un autre regard vers Granger. Elle semblait vraiment triste. Même s'il était totalement ignare des relations humaines, il pouvait imaginer à quel point cette Gryffondor qui avait toujours été entourée de ses deux acolytes se sentait désormais seule, au milieu de personnes avec lesquelles elle ne pouvait rien partager.

Il se mit à réfléchir longuement. Aujourd'hui était son anniversaire. Il devait lui donner les cadeaux de Potter et Weasley, c'était la moindre des choses. Il ne pourrait pas lui offrir de présent, puisqu'il ne possédait rien dans ce corps, et n'avait pu prévoir en conséquence : il n'était même au courant.

Il continua de réfléchir : allons Drago, se dit-il, qu'est-ce qui peut bien faire plaisir à une fille transformée en garçon le jour de son anniversaire ? Il repensa à ses propres anniversaires : Lucius et Narcissa lui avaient toujours offerts de somptueux présents. Qu'est-ce qui ferait plaisir à Granger ? Il eut un petit sourire quand il trouva la solution à son problème.

Brusquement, il ouvrit des yeux horrifiés. Il venait de se rendre compte soudainement qu'il éprouvait un sentiment inexpliqué : c'était étrange, mais pas si désagréable que ça. Pour la première fois de sa vie, Drago Malefoy ressentait une vague de compassion.


Drago se dirigea vers le passage secret menant aux cuisines de Poudlard. Un elfe de maison, portant plusieurs chapeaux de différentes couleurs, formes et tailles qui s'empilaient dangereusement sur sa tête, lui ouvrit. Il avait de grands yeux globuleux vert feuille et on se demandait bien quelle mode vestimentaire il suivait pour avoir eu l'idée d'un tel accoutrement.

- Dobby, salua Drago, d'un ton légèrement froid où transpirait une pointe de surprise.

Evidemment, la brunette reconnut son ancien elfe de maison, et s'il l'indifférait tout à fait, il ne put ignorer le changement radical de comportement de cet elfe.

- Miss ! Quel plaisir de vous voir ! s'exclama Dobby, rayonnant. Comment va Harry Potter ?

- Bien, bien, répondit distraitement Drago en observant les lieux et les personnes alentours.

Les autres elfes de maison, intrigués, s'étaient approchés près de cette étrangère avec curiosité, mais quand ils semblèrent la reconnaître, ils la considérèrent avec beaucoup plus de froideur : le respect dû avait l'air plus conventionnel et ils s'éloignèrent rapidement, la laissant seule avec Dobby. Granger n'est pas très appréciée ici, on dirait, pensa Drago, un peu surpris.

- Que désirez-vous, miss ? Une tasse de thé ? Quelque chose à manger ? glapit Dobby en sautillant sur place.

- En fait, il me faudrait un gâteau, répondit Drago en reportant son attention sur l'elfe.

- Un gâteau ? répéta Dobby, un peu étonné.

- Oui, aujourd'hui c'est l'anniversaire de G... C'est mon anniversaire, rectifia la brunette dans une jolie pirouette.

- Oh ! applaudit l'elfe de maison. Joyeux anniversaire, miss !

- Et j'aimerai bien avoir un gâteau, acheva Drago.

Dobby papillonna ses yeux gros comme une balle de tennis et élargit son sourire.

- Oui, sans problème, couina-t-il d'une voix suraiguë. Quelle sorte de gâteau ?

Drago haussa les épaules.

- Peu importe...

Mais il s'arrêta dans sa phrase. Réfléchissant un court instant, il eut un sourire en coin.

- En fait... Si. Quelque chose à base de fraises, indiqua-t-il.

L'elfe de maison s'étonna brièvement, mais ses yeux brillèrent d'excitation et il battit fortement des mains.

- Oh oui ! s'esclaffa-t-il. Dobby fait ça tout de suite, miss ! Laissez deux minutes à Dobby et il vous fait le gâteau, miss !

- Ce n'est pas pressé, tempéra Drago, une lueur amusée dans ses yeux noisette.

- Pour quand le voulez-vous, miss? s'enquit l'elfe.

Drago essaya de se souvenir à quel moment il allait pouvoir lui donner, et eut un rictus : Granger lui avait rabattu les oreilles avec le premier entraînement de Quidditch des Serpentard de la saison qui avait lieu ce soir. C'était l'occasion rêvée. Il irait la voir à la fin, elle devrait être seule.

- Pour ce soir, à huit heures, commanda-t-il.

- Parfait ! A tout à l'heure, miss ! s'écria Dobby en agitant vivement ses longs doigts noueux, tandis que Drago disparaissait par la porte d'entrée.


Drago marchait dans le grand couloir du rez-de-chaussée, peu certain de la démarche à suivre. Il faisait les cent pas en portant un sac en toile dans lequel il avait fourgué les cadeaux des Gryffondor et le gâteau emballé dans une boîte solide.

Plus encore qu'il se questionnait sur ce qu'il faisait et les raisons qui le poussaient à agir de la sorte, il se demandait la façon d'aborder le sujet pour garder un semblant de fierté.

Dehors, l'orage ne semblait pas vouloir s'arrêter. Il hésita un instant à sortir et à laisser Granger sous la pluie : elle continuait de marteler tambour battant les vitres qui tremblaient à chaque bourrasque. Allait-il réellement se mouiller pour cette Sang-de-Bourbe ?

Une autre hésitation. Puis, ce fut la voie de la raison. Drago haussa les épaules. Tant pis, c'était un jour spécial pour elle et elle était toute seule pour le fêter, sous la pluie, à entendre les commentaires désobligeants du nouveau capitaine des Serpentard, sur un balai qu'elle peinait à manœuvrer (déjà qu'elle forçait pour y arriver en temps normal, il n'osait même pas imaginer ce que ça devait être cette fois-ci).

Puisqu'elle endurait tout ça pour lui, il pouvait bien faire cet effort. Il soupira avec résignation.


Hermione frissonna en s'envolant. Si Drago Malefoy avait été un despote éclairé lors de leurs entraînements de balai, à côté, Urquhart était un tyran sadique et intransigeant, bien pire et plus cruel que lui. Elle sentait qu'elle allait souffrir durant cette séance. D'ailleurs, elle souffrait déjà.

La pluie lui martelait le corps et s'infiltrait vicieusement dans chaque pore de la peau, bien qu'elle soit couverte chaudement. Le froid intense s'insinuait lentement dans ses membres. Le sifflet du capitaine de l'équipe résonnait régulièrement dans ses oreilles, mais le rideau de pluie qui s'abattait sur le terrain l'empêchait de voir à moins d'un mètre. Comment trouver un vif d'or dans ces conditions ?

- Tu dors, Malefoy ? Réagis, enfin ! hurla Urquhart en fonçant vers elle. Le souafle était pour toi, là !

Hermione s'excusa platement, tandis qu'il repartait, furibond, réprimander un autre joueur de l'équipe. L'adolescent blond soupira et essaya vainement de scruter l'horizon à la recherche d'un éclair doré. Un peu trop concentrée, elle n'entendit pas ce sifflement si particulier qui venait dans sa direction.

Un violent coup dans le dos lui coupa le souffle et elle plongea lourdement au sol. Heureusement, elle ne volait pas bien haut et la chute fut plus douce. Elle se releva en grimaçant.

- Pardon, Drago ! Je suis désolé ! Je croyais que tu allais le voir et l'éviter ! s'excusa Goyle en proie à la panique.

Crabbe, à ses côtés, le scrutait avec appréhension, s'attendant à recevoir une quelconque punition. Mais Hermione se redressa juste et se massa douloureusement. Elle avait oublié qu'ils étaient batteurs. Evidemment.

- Ce n'est rien... Avec cette pluie, on n'y voit rien..., grinça-t-elle dans un souffle.

Les deux garçons échangèrent un regard rassuré.

- Allez, tout le monde sur son balai ! On n'abandonne pas ! L'entraînement n'est pas fini ! s'époumona Urquhart en pilant net devant eux et repartant s'occuper de Vaisey qui était trop lent à son goût.

En soupirant, Hermione s'envola à nouveau courageusement, talonnée de près par Crabbe et Goyle.


Au dernier coup de sifflet, l'équipe de Quidditch atterrit et espéra vivement que le capitaine allait les libérer. Mais il ne semblait pas même sentir la pluie qui ruisselait sur ses cheveux gominés. Avec force, il commença un discours, moulinant dans les airs de ses grands bras poilus de bonobo adulte.

- Bon, pour un premier entraînement, on va dire que... c'est franchement nul ! aboya-t-il en tapant du poing dans son autre main. Non mais vous vous êtes vus ? Crabbe, Goyle, vous ne frappez pas assez fort ! Comment vous voulez qu'on arrive à détruire les équipes des autres maisons ? Vous êtes tellement mollassons !

Les deux batteurs eurent une moue de déception et baissèrent la tête, comme deux enfants pris en faute.

- Vaisey, Dobson, vous êtes poursuiveurs ? continua-t-il de rugir. On dirait pas ! Mettez donc du cœur à l'ouvrage !

Les dénommés acquiescèrent avec ferveur. Vaisey eut un pâle sourire à l'encontre d'Hermione qui le lui rendit, encore plus délavé, attendant son tour avec appréhension.

- Gribbs, est-ce que tu sais seulement ce que tu fiches ici ? hurla Urquhart en le pointant du doigt.

- Je suis gardien, dit timidement un garçon grand comme une armoire à glace, d'un air benêt.

- Exactement ! Et ce n'est pas flagrant ! Tu as laissé passer plein de fois le Souafle !

Hermione ne savait pas s'il hurlait pour couvrir le bruit du vent ou s'il hurlait parce qu'il ne savait pas faire autrement dans un entraînement. Elle regarda avec pitié le visage de Gribbs se décomposer lentement, passant d'une blancheur maladive à des rouges de plus en plus flamboyants.

- Mais non, se défendit-il avec une voix tremblante. Juste une...

Mais le capitaine ne l'écoutait pas. Il se tourna vers l'équipe et martela le sol avec verve, s'enfonçant un peu plus dans la boue qui souillait ses chaussures.

- J'aimerais que chacun y mette du sien ! En particulier...

Son regard noir se planta dans celui d'Hermione qui se recroquevilla malgré elle sur place. Ça y est, c'était son tour. Elle attendit que viennent les reproches, mais Urquhart semblait avoir d'autres projets.

- Vous pouvez partir, c'est bon, aboya-t-il à l'égard du reste de l'équipe. Toi, tu restes ! ordonna-t-il en pointant du doigt Hermione.

Elle regarda les autres qui affichaient une expression de sincère compassion et de franche désolation pour elle, en s'éloignant vers les vestiaires des Serpentard. Elle reporta ses yeux gris vers l'adolescent brun.

- Dis un peu, Malefoy, je veux bien que tu sois attrapeur depuis un moment. Mais il faudrait que tu nous montres pourquoi on te garde dans l'équipe, non ? gronda Urquhart d'un air mauvais.

Hermione s'étouffa de stupeur. Puis, son corps trembla un peu : si jamais Malefoy découvrait qu'elle avait perdu son poste d'attrapeur, il ne lui laisserait de répit qu'une fois dans la tombe. Elle acquiesça brièvement.

- Ce serait bien qu'on gagne contre les Gryffondor cette fois, reprit Urquhart avec un rictus qui ne présageait rien de bon. Tu as l'air rouillé, il faut que tu t'entraînes plus.

Hermione déglutit difficilement. Elle n'aimait pas la tournure des événements.

- Alors tu vas remonter vite fait sur ton balai et tu vas me rechercher le vif d'or jusqu'à ce que tu le trouves. Et interdiction de descendre tant que tu ne l'auras pas attraper.

L'adolescent blond eut un rictus hautain.

- Interdiction ? répéta-t-il d'un air narquois.

Mais le capitaine le regarda d'un air froid, ôtant toute envie de provocation chez Hermione.

- Oui, interdiction, dit-il d'un air catégorique. Sinon tu perds ta place.

Outrée, Hermione ouvrit la bouche pour protester, mais le Serpentard était déjà parti en direction des vestiaires. Si jamais elle ne trouvait pas le vif d'or, elle serait condamnée à rester sur ce balai en l'air pour le restant de ses jours. Et elle avait encore une tonne de devoirs. Sans compter l'Armoire à réparer. A regret, elle remonta en l'air et fendit l'espace pour tenter d'apercevoir un signe quelconque.

Elle se maudit et elle maudit Malefoy, les Serpentard en entier et cette pluie qui s'infiltrait dans son épiderme et la faisait frissonner à tel point qu'elle perdait l'équilibre par moment. Si seulement elle avait une baguette magique, elle aurait lancé un sortilège d'attraction. Mais évidemment, elle devait se débrouiller sur ses seuls talents qui étaient pour ainsi dire quasi inexistants.

Elle tournoya longuement, incapable de repérer le vif d'or et transie de froid.


Hermione redescendit de son balai, le cœur lourd et les membres tout ankylosés. La tempête venait d'avoir raison d'elle. Tant pis, elle ne l'avait pas trouvé. Elle irait voir Urquhart tout à l'heure et se désisterait elle-même pour ne pas trop perdre la face. Et puis si Malefoy faisait ne serait-ce qu'une seule réflexion... Elle soupira. Comment allait-il réagir face à cette nouvelle ?

Elle grimaça en se dirigeant vers les vestiaires : Malefoy ne lui avait pas menti. Le terrain de Quidditch était bel et bien aussi dur qu'un mur de marbre et la pluie qui tombait drue n'avait rien arrangé : l'adolescent blond était couvert de boue des pieds à la tête, et ses cheveux avaient perdu toute blondeur possible.

Le terrain qu'elle traversait était désert à présent, et la pluie la calma un peu. Elle devait avoir une sacrée dégaine. Elle sentait ses cheveux trempés ruisseler sur ses joues gelées et essayait tant bien que mal de plier ses doigts pour leur redonner un semblant de vie. Elle hâta le pas pour se mettre plus vite à l'abri, mais ralentit malgré elle en observant ce qu'il y avait devant elle.

Une silhouette se tenait vers la porte des vestiaires, réservée aux joueurs. Une silhouette de fille, si l'on jugeait par la taille et par les formes. Mais Hermione ne pouvait distinguer qui elle était précisément, le rideau de pluie s'acharnant à lui obstruer la vue. En s'approchant d'elle, le grand blond se figea, stupéfait. Il fronça les sourcils et ouvrit la bouche.

- Hé bien ! Regarde un peu dans quel état tu m'as mis ! lança la fille d'un ton provocateur, avant qu'il ait pu dire quoi que ce soit.

- Si tu es là pour te moquer…, commença Hermione, les dents serrées et l'air menaçant.

Elle se renfrogna et la brunette émit un ricanement. Se braquant, Hermione passa son chemin en l'ignorant royalement et poussa la porte des vestiaires. Elle s'assit sans douceur sur le banc à disposition et attrapa dans ses affaires une serviette de bain avec laquelle elle se frotta vivement les cheveux.

- Tu pourrais prendre une douche avant de salir une serviette toute blanche, fit remarquer une voix de fille, derrière elle.

Hermione se retourna d'un bond, en se redressant vivement comme si la foudre l'avait frappée. La brunette était à présent en face de lui et croisait les bras en le détaillant d'un air condescendant. Elle tenait négligemment un sac en toile sur son épaule gauche.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Comment as-tu pu rentrer ? Tu n'as pas le droit d'être là…, s'indigna Hermione.

Drago ne répondit rien pendant quelques minutes, mais laissa ses yeux noisette dériver sur les divers casiers alignés.

- Dois-je te rappeler, Granger, que je suis attrapeur ? lâcha-t-il, peu amène. Evidemment que je sais comment rentrer dans les vestiaires. Et puis, personne ne saura que je suis là, on est seuls.

Hermione repensa au vif d'or et faillit lui dire d'entrée de jeu qu'il ne le serait plus pour très longtemps, mais elle retint sa langue, ne souhaitant pas mourir trop vite. Elle frissonna malgré elle et se frictionna activement.

- Pourquoi tu es restée plus longtemps que les autres sous la pluie ? Je t'ai attendue un bon moment ! râla Drago en continuant de l'observer.

- Je... Je faisais du zèle, répondit maladroitement Hermione.

- Vraiment ? nargua-t-il avec un sourire en coin peu convaincu.

- Urquhart m'a demandé de retrouver le vif d'or..., avoua-t-elle, à contrecœur.

A la grande surprise d'Hermione, un éclair de stupeur passa rapidement sur son visage qui se rembrunit aussitôt.

- Quoi ? demanda-t-elle, inquiète.

- Rien..., marmonna-t-il.

Il y eut un moment de silence.

- Tu n'as plus à le chercher.

Il la considéra gravement et face à son mutisme décida de reprendre à nouveau la parole.

- Urquhart l'a récupéré il y a de ça une heure quand il est retourné dans les vestiaires. Il l'a rangé dans la malle de Quidditch et il est parti. Il t'a demandé quoi, exactement ? s'enquit-il en fronçant les sourcils.

- Il m'a demandé de le chercher sous la pluie et de ne pas redescendre de mon balai tant que je ne l'aurais pas retrouvé, s'indigna Hermione, hors d'elle. C'est pas vrai !

Drago la dévisagea et eut un rictus amusé.

- Je ne suis pas dans les petits papiers du nouveau capitaine, il faut croire, lâcha-t-il d'un ton indifférent.

L'adolescent blond sentit son sang bouillir. Pourquoi avait-il fait ça ? Pour s'en débarrasser ? En lui faisant prendre froid ? En le rendant malade ? En le tuant ?

- Tu t'es bien débrouillée, sous la pluie, commenta Drago pour changer de sujet.

Hermione lui lança un regard perplexe, et continua de se frictionner pour se réchauffer. Elle attendait patiemment que Drago s'en aille pour pouvoir se changer, mais il n'avait pas l'intention de la laisser en paix. A l'évidence, il était venu la voir pour quelque de précis.

- Bon, que veux-tu ? demanda l'adolescent blond, à regret, convaincu qu'il devrait écouter ce qu'il avait à dire avant d'en être débarrassé.

- La sortie à Pré-au-lard a été fixée à la mi-octobre, annonça Drago, ravi.

- Ah, laissa échapper Hermione, un peu perplexe. Et c'est tout ?

- Pour le moment oui, reprit-il. Dès qu'on aura reçu la confirmation que Rosmerta aura reçu le collier, on pourra extrapoler plus en avant...

Ils se toisèrent un moment, et Hermione finit par baisser les yeux.

- Si c'est tout, tu peux me laisser, maintenant ? Je dois me doucher et... me changer, articula-t-elle avec difficulté.

Mais Drago ne semblait pas vouloir bouger. Il lui jeta un regard d'incrédulité.

- Pourquoi ? s'étonna-t-il. C'est mon corps, non ? Je le connais par cœur. Et puis… pour retraverser le parc sous la pluie... Je préfère attendre un moment avant de me mouiller.

Hermione lui jeta un regard d'effroi : elle n'aurait su dire si le pire était que Drago Malefoy voulait qu'elle se changeât devant lui ou qu'il semblait sincèrement étonné de devoir s'en aller.

- L'intimité... ça te dit quelque chose ? argua-t-elle, agressive.

Drago pouffa, ce qui fit monter d'un cran la colère d'Hermione.

- Bon, d'accord, je m'en vais, dit-il à regret.

Il fit mine de s'en aller. Hermione, bien trop naïve, le crut sur paroles et commença fébrilement à enlever le haut de sa tenue de Quidditch.

- C'est pas vrai ! s'exclama une voix derrière elle, et le sac en toile tomba lourdement sur le sol.

Hermione se retourna, furieuse. Il était toujours là, mais il la fixait avec un air de dégoût et de mécontentement.

- Mais t'as fait quoi ? s'écria Drago en pointant son dos. T'es pleine de bleus ! Tu te fais tabasser par tous les gens que tu croises ?

Il s'avança à grands pas vers son propre corps et tâta avec ses mains pour mesurer l'ampleur des dégâts. Hermione, gênée, était cramoisie et n'osait faire un geste, tétanisée de cette soudaine proximité. Mais le regard dur et hautain que lui lança Drago eut raison de son mal-être.

- Je te signale que c'est de ta faute ! s'insurgea-t-elle en reculant malgré tout. Qui me fait monter sur un balai à plus de cinq mètres de haut ? Qui me force à jouer au Quidditch ?

- Et la potion de soins, c'est pour les gobelins peut-être ? cracha-t-il, outré. Je t'ai pourtant demandé de prendre soin de mon corps ! C'est trop pour toi ?

- Je fais de mon mieux ! s'emporta Hermione. Si tu n'es pas content, c'est pareil ! Et tes remontrances, tu te les gardes ! Parce que je n'ai certainement pas de conseils à recevoir de la part de quelqu'un qui ne sait même pas mettre un soutien-gorge !

Le silence se fit. Profond. Dense. Gêné. Drago semblait avoir perdu toute faculté de parole, et ouvrait des yeux ronds.

- Que… Pardon ? balbutia-t-il, essayant de faire de l'ordre dans ses idées.

Hermione recouvrit son calme et le toisa d'un air dur.

- Tu crois que je n'ai pas remarqué ? questionna-t-elle d'un ton rhétorique.

- Je... Ce n'est pas le sujet, il me semble ! reprit Drago, décontenancé.

- Bien sûr que si ! riposta Hermione, amère. Tu ne fais que me donner des ordres, tu me fustiges à longueur de journée ! Et moi, je ne dis rien, je laisse passer ! Mais il serait temps que tu balaies un peu devant ta porte, Malefoy !

- Qu'est-ce que ça veut dire ? siffla-t-il, ses yeux lançant des éclairs. Je prends vraiment soin de ton corps.

Ils se regardèrent en chiens de faïence, le silence se fit plus lourd, plus tendu. Hermione n'osa pas aller plus loin. Le risque que ça dégénérât était trop élevé.

- Et puis... je sais mettre ces trucs de fille, ajouta-t-il, vexé.

- Ah ? Ce n'est pas flagrant. Ou alors tu préfères être à l'air libre ? ironisa Hermione, fulminant devant tant de mauvaise foi.

Drago ouvrit la bouche pour répliquer quelque chose de cinglant. Mais il la referma. Pourrait-il jamais avoué que ces « trucs de fille » étaient d'un inconfort à toute épreuve et que sous un pull, il pensait que ça passerait inaperçu s'il n'en mettait pas ? Scandalisé d'avoir été découvert, il ouvrit la bouche pour répliquer, mais Granger ne lui en laissa pas le temps.

- Franchement, ça suffit, reprit-elle. Si tu es là pour m'enfoncer encore, pour te moquer, si tu trouves ça drôle de me fustiger parce que je ne fais pas les choses correctement ou que ce n'est pas ce que le Grand Malefoy ferait, alors ce n'était pas la peine de m'attendre sous la pluie. Ou alors tu n'as que ça à faire de tes journées ? Je te signale que tu as une tonne de devoirs à finir ! Mais c'est vrai, j'oublie, je suis là pour les finir à ta place si tu bloques ! Et on a une mission à accomplir ! Oh, mais tu as raison, c'est moi qui dois la faire, puisque je suis à présent dans ton corps ! Ou alors tu fuis la compagnie d'Harry ou de Ron et tu préfères te mouiller sous un orage ? Ta vie est bien pathétique si c'est le cas. Oh, je sais, tu voulais me surveiller pour être sûr que je suis bien à mon poste d'attrapeur ? Mais tu devrais savoir mieux que tout le monde que je suis de Gryffondor ! Et que le courage et l'honneur sont des valeurs de ma maison ! Je n'ai qu'une parole et je m'y tiens. Ce n'est pas comme vous, à Serpentard, qui dîtes quelque chose mais en pensez une autre. Parce que c'est vrai, vous êtes tous lâches, à faire des coups bas et à brutaliser les plus faibles. Regarde un peu Urquhart ! Vous n'avez même pas le courage de dire en face ce que vous pensez. Vous me faîtes pitié ! Et tu ne déroges pas à la règle ! Tu t'adoucis quand tu le veux, mais uniquement parce que ça sert tes intérêts. Bande de serpents ! Vous ne valez pas mieux qu'un amas de Bandimon !

- Très bien, lâcha-t-il, l'air pincé.

Il ne répondit rien d'autre. L'effort qu'il faisait pour se retenir ne lui permettait pas cette faveur. Ses mâchoires se contractaient sous l'effet de la rage intérieure qui bouillait de plus en plus fort à mesure que Granger déblatérait ses propos. Sa respiration fut de plus en plus saccadée et il se contenait à grand-peine.

Mais, quand il fut certain qu'il ne pourrait se maîtriser et qu'il allait la frapper véritablement, il tourna les talons. Il fit quelques pas en direction de la porte d'entrée, puis se ravisa. Il avisa le sac qui avait chu à ses pieds et le balança sans ménagement dans sa direction.

- Tiens, Granger, il paraît que c'est un jour spécial pour toi, cracha-t-il dans une moue de dégoût, en ne lui adressant plus le moindre regard.

Et avant même qu'elle lui répondît, il était sorti sous la pluie battante. L'orage qui faisait rage ne put apaiser sa colère : il arriva trempé et encore furieux au château. Hermione resta coite dans les vestiaires, ne sachant vraiment ce qu'il s'était passé, ni comment s'extraire de cette situation. Elle avait enfin déballé le fond de sa pensée. Elle avait enfin avoué ce qu'elle ne supportait pas, ce qu'elle était obligée de subir. Elle se sentait harassée et en même temps soulagée d'avoir pu extérioriser ses sentiments qui lui meurtrissaient le cœur à chaque fois.

En essayant de recouvrer son calme, elle posa son regard sur le sac en toile. D'une main un peu tremblante, elle le récupéra et son expression changea du tout au tout : la colère fit place à l'étonnement. Pourquoi Malefoy se trimballait-il avec un essai sur les conditions des elfes de maison et avec un scrutoscope de poche ? Une autre boîte solide était dans le sac.

En l'ouvrant précautionneusement, une expression de surprise passa sur son visage : comment avait-elle pu oublier ? C'est vrai que c'était aujourd'hui !

Et elle comprit. Elle comprit enfin. Et elle s'en voulut. Elle se mordit les lèvres et un immense sentiment de culpabilité l'envahit alors. Elle venait de comprendre pourquoi Malefoy était venu la voir jusqu'au terrain de Quidditch, elle venait de comprendre pourquoi il avait bravé la tempête. Elle venait de comprendre qu'il n'avait jamais eu l'intention de se moquer d'elle, qu'il n'avait pas voulu la surveiller et qu'il n'avait pas non plus escompté de la faire sortir de ses gonds, juste pour le plaisir de voir s'énerver.

Non, il voulait juste lui souhaiter un bon anniversaire et lui amener les présents qu'elle pensait être d'Harry et de Ron. Il avait voulu faire une bonne action et elle l'avait remballé, incapable de penser qu'il avait agi avec une bonne intention, trop aveugle à le critiquer et à déverser sa colère et son chagrin de ne plus pouvoir adresser la parole à ses amis. Dans la boîte trônait un large et gros gâteau pour le moins appétissant : une superbe charlotte aux fraises dégageait un parfum envoûtant et Hermione se rendit compte à quel point elle avait faim.

Elle déglutit difficilement en comptant les bougies qui avaient été placées sur le dessus du gâteau. Dix-sept bougies. Sur un gâteau à base de fraises. Il avait eu tout juste. Et elle avait eu tout faux.


Ah, c'est pas de chance!

Merci de votre temps et de votre patience.
N'hésitez pas à me donner votre avis, ça me fait vraiment plaisir!

Au plaisir,

Kumi