« Paroles »

*russe *

/écriture, mouvement de tête ou pensées envoyées à une autre personne/


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Chapitre 14 : Histoire

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Hermione fut furieuse. Ses cris ressemblaient à des rugissements de lionne dont on avait attaqué un petit. Ses meilleurs amis avaient appris une chose au court de leur enfance et leur instinct de survie leur rappelait bien : quand Hermione était dans cet état-là, valait mieux prendre la fuite et se faire discret.

Les nuits courtes parce que Rose ne dormait pas, l'épuisement dû à l'accouchement, la pression de Molly qui étaient constamment sur son dos pour lui donner des conseils et son travail problématique, Hermione était à bout de nerf et avait purement et simplement explosé. Ses cheveux en bataille flottaient autour de son visage alors qu'elle arpentait la pièce en cercle. Sa Magie sépia furieuse créait un halo autour d'elle et la rendait encore plus terrifiante.

« Harry ! Par Merlin, combien de fois t'ai-je dit de contrôler l'arrivée des colis par les chouettes postières ? Ce n'est pas parce que tu es immunisé contre la plupart des morts, que tout le monde l'est ! Et si Draco c'était fait piquer ? Les symptômes les plus graves arrivent seulement 16 heures après la piqure si l'animal est mortel ! »

Harry préféra ne rien répondre et baisser la tête. Il ne vit pas Draco arriver, appuyé sur sa canne, un plateau de thé et de biscuit lévitant derrière lui.

/Racontez-moi tout. Tout. Sur moi, sur nous, sur Poudlard, sur Voldemort. / ordonna-t-il d'une voix ferme.

« Draco, ce n'est pas… » commença Harry mais il le coupa.

/Harry ! Si un jour j'échoue à survivre et que tu échoues à me sauver, alors je mourrais mais au moins je saurais pourquoi ! /

Ses yeux brulaient d'une flamme qu'il n'avait jamais vu. Du courage. De la détermination. Avec sa posture droite et son visage qui ne révélait aucun sentiment, il ressemblait à un prince. A Draco Malfoy, fils de Lucius Malfoy. Harry fut troublé quelques secondes.

« Je… »

/Harry… Je sais déjà que tu m'as mentis. / déclara Draco en le regardant droit dans les yeux.

« Non ! » rétorqua le brun, les yeux écarquillés d'horreur.

/Arrête ! Si Ron me détestait alors toi aussi ! C'est ton meilleur ami ! Même Hermione me détestait j'en suis sûre ! /

« Je… Je ne t'ai pas menti. Jamais. J'ai simplement voulu te préserver en te cachant certaines parties de notre histoire ! »

Harry était totalement désemparé. Il avait l'impression que la situation lui échappait des mains, que tout se brisait sans qu'il ne puisse rien faire. Mais Draco passa tendrement sa main sur sa joue et l'embrassa doucement.

/Je sais. Je le sais Harry, et je ne t'en veux pas. Du moins pas encore. /

« Tu vas me détester. » avoua-t-il, les yeux brillants, en se retenant de pleurer.

Draco ne répondit rien. Il se tourna vers Ron et Hermione, déterminé.

/Dites-moi tout. /

Il s'assit sur le canapé, à une distance respectable de son amant. Celui-ci ravala un autre hurlement et assista, impuissant, à la fin de son monde.

« Le monde a changé après la chute de Voldemort. » débuta Ron après un coup d'œil vers Hermione. « Les gens ont voulu effacer cette période sombre de leur histoire, tout oublier, alors ils sont devenus complètement fou. Ils se moquent de ton statut d'espion. La seule chose qui compte à leurs yeux, c'est la Marque des Ténèbres sur ton bras qui t'apparie aux Mangemorts. Cette simple marque te vaudrait un lynchage sur la place publique si le témoignage d'Harry, les lettres échangées avec Dumbledore et les confessions de Severus Snape ne t'avaient pas évité la prison. Mais le problème c'est que maintenant tu es l'ennemi des deux camps. Le peuple de haït car tu as fait partit des Mangemorts et les Mangemorts te haïssent parce que tu les as trahis et participé à la défaite de leur Maitre. »

/Un lynchage ? C'est un peu… / remarqua le blond en fronçant les sourcils.

« Absolument pas. Je suis Auror, Draco. Je vois tous les jours la haine contre les Mangemorts, contre Voldemort, contre le passé. La peur et la honte peuvent rendre un homme inhumain. »

/Vous ne me dites pas qu'elle était notre relation. /

Le trio se regarda. Ils savaient que cette conversation marquerait la fin de quelque chose. Ils espéraient juste que leur relation pourrait être réparée. Ils avaient appris à apprécier Draco au cours des dix derniers mois et il faisait maintenant partit de la famille. Ils n'avaient pas envie de le perdre. Surtout que Harry serait détruit et que cette fois-ci, rien ne pourrait l'empêcher de se noyer.

« Ton père t'a élevé pour être un Serpentard. » dit doucement Hermione. « Il t'a élevé pour mépriser les Sang-de-bourbe et détester les Sang-mêlé et surtout, pour détester les Weasley : des Sang-Pur « traitres à leur sang » d'après lui. Ron fut le premier ami de Harry et la première chose que tu as fait à ta rencontre avec lui fut de l'insulter. Alors Harry a refusé ta proposition d'amitié et depuis ce moment-là, vous êtes devenus rivaux puis ennemis. La rivalité existait déjà entre Serpentard et Gryffondor, mais très vite, elle a exclusivement tourné autour de vous. Vous étiez les Princes de Serpentard et de Gryffondor, vous n'auriez jamais pu vous ignorer. »

« Pendant plus de 6 ans, la dernière année ne compte pas parce qu'aucun de nous n'était à Poudlard, Harry et toi vous vous êtes haït. » continua Ron avec un regard hésitant vers Harry qui regardait fixement le ciel à travers la fenêtre en se retenant de pleurer ou d'exploser. « En fait, nous nous détestions tous. C'était Harry, Hermione et moi contre toi, Parkinson et tes larbins. Harry est devenu complètement obsédé par toi en sixième année. Il ne cessait de te suivre, de te surveiller, de te coller. Il disait que tu préparais un mauvais coup. C'était vrai : en fin d'année, tu as fait entrer les Mangemorts à l'intérieur de Poudlard. »

Personne n'osa parler pendant un moment. Tous regardaient les mains tremblantes de Draco, sauf Harry qui ne souhaitait qu'une chose, s'envoler le plus loin possible d'ici. Arrêter le temps, le remonter jusqu'à quelques jours auparavant, quand il s'était réveillé dans les bras de Draco.

/Alors… Tu me détestais ? / dit-il d'une petite voix sans oser regarder Harry.

« Non. » avoua ce dernier en fermant les yeux, d'une voix brisée.« C'était de la haine Draco. Entre nous, il y avait de la haine. Nous nous faisions du mal avec plaisir. Certainement fois, je t'ai haïs si fort que tu aurais pu mourir sous mes yeux que je n'aurais pas bronché. Et inversement. Mais maintenant tout a changé ! Nous avons changé, tous les deux. Je suis amoureux de toi, Draco, je ne pourrais jamais te faire de mal ni laisser quelqu'un t'en faire ! » paniqua le brun en voyant son amant se renfermer.

/Tu es amoureux de Draco comme tu viens de le dire ! Mais Malfoy dans cette histoire ? Si je retrouve mes souvenirs et que je redeviens comme avant, est-ce que tu m'aimeras toujours ? Non ! Tu recommenceras à me détester, à me haïr et je ne le supporterais pas ! / explosa Draco en se levant, rouge.

Harry ne put répondre, sans voix. Quelque chose hurlait à l'intérieur de sa tête. Qu'ils ne pourraient jamais être ensemble. Que les Dieux ne les laisseraient jamais s'aimer. Que si Draco pleurait actuellement, c'était de sa faute. Leurs peurs ressortaient à la lumière du jour. Où était l'épouvantard ?

Il n'avait pas confiance en lui. Il n'avait pas confiance en Draco. Il avait peur de ses propres sentiments. D'être trahis par eux. D'être empoissonné par son passé.

« Je… »

Il vacilla mais se rattrapa au meuble près de la fenêtre. Il repensa au Ministère, à l'incendie, aux scorpions. Quelqu'un voulait tuer Draco. Son Draco. Quelqu'un voulait lui faire du mal.

La seule personne qui lui fait du mal actuellement, c'était lui.

« Je suis… ton Chevalier. Je ne t'abandonnerais pas. Je ne te détesterais jamais, je ne pourrais jamais te haïr. Je t'aime Draco. Je t'aime ! »

/Je t'aime aussi Harry. Mais si mes souvenirs venaient à nous blesser, je ne me le pardonnerais jamais. /

Ils se regardèrent une dernière fois. Vert et Gris. Harry et Draco. Potter et Malfoy. Sans un mot de plus, Draco enclencha le Portoloin qui l'emmena chez Andromeda.

Quelque chose se brisa.

HPDM

Hermione lui hurla de le suivre, Ron lui conseilla de ne pas le faire. Harry retourna s'enfermer dans sa salle de peinture, l'esprit vide, le regard hagard. Le temps défila sans qu'il ne le voit. Les aiguilles tournèrent, Ron et Hermione partirent, Talya passa le voir mais il ne vit rien.

Il n'arrivait pas à penser à quoi que ce soit.

Draco était partit.

Il ne savait s'il devait pleurer, hurler, ou se rouler en boule. Sa Magie s'impatientait. Il n'avait plus la force de rien. Même de la retenir. Alors, pour ne pas exploser ici ou faire une bêtise, Harry transplana.

HPDM

Draco avait terriblement froid quand il posa le pied dans le salon d'Andromeda. Celle-ci apparut immédiatement, alertée par les protections de la maison. Quand elle vit les larmes sur ses joues, son regard perdu, et sa peau pâle, elle ne dit rien et le guida jusque-là cuisine où elle lui prépara un thé.

« Combien de temps est-ce que tu veux rester ? Teddy est à l'école, il ne rentrera que ce soir mais tu peux rester autant de temps que tu en auras besoin. »

/Je… Je ne sais pas. Je suis… Je suis complètement perdu. /

« Tu veux en parler ? » s'enquit la vieille femme.

/Harry… Harry me haïssait, Andromeda. Il haïssait Malfoy. /

« Boit ton thé, Draco, je vais te raconter une histoire. » déclara la femme après un silence.

Il obéit et la regarda d'asseoir en face de lui. Elle prit une photo encadrée dans ses mains avant de la montrer au blond. Il y avait une jeune femme aux cheveux roses qui souriait au photographe, un grand homme aux cheveux gris et au visage fatigué et un bébé, minuscule, emmitouflé dans une couverture bleue.

« Le deux mai 1998, ma fille, Nymphadora est passée rapidement chez moi. Teddy avait un mois. Elle et son mari, Remus, avaient été convoqués d'urgence à Poudlard et je devais garder Teddy en attendant. Elle a embrassé son fils sur la joue et elle est partie. J'ignorais ce qui se passait. Une journée à passé et je n'avais toujours aucune nouvelle. Je ne pouvais pas me rendre à Poudlard avec Teddy car j'ignorais si la confrontation était terminée et je ne pouvais pas aller au Ministère qui était aux mains de Voldemort. Alors que je m'inquiétais de plus en plus, on a sonné à la porte. C'était un garçon couvert de suie et de sang, aux vêtements déchirés et brulés. J'ai reconnu ses yeux verts aux photos que Remus m'avait montré du parrain de Teddy, Harry Potter. J'ai vu les larmes sur ses joues et j'ai compris que je ne reverrais jamais ma fille et mon gendre et que l'enfant dans mes bras était orphelin. »

/Pourquoi me raconter ça ? /

« Boit ton thé Draco, ce n'est que le début. Harry m'a dit que Teddy était son filleul et qu'il n'allait pas l'abandonner. Qu'il allait m'aider à l'élever, à financer son éducation et tout ce dont il aurait besoin. Qu'il serait son père, son meilleur ami, son confident. Il a passé le premier mois avec une vieille femme et un bébé dans cette maison. Il m'a raconté comment il les avait retrouvés morts main dans la main, comment il avait tué Voldemort. Il se levait quand Teddy pleurait, il lui chantait des berceuses, il lui donnait son lait. Au début, il était maladroit. Il ne s'était jamais occupé d'un bébé, il avait peur de lui faire mal. Mais Teddy l'adorait : quand Harry apparaissait, ses cheveux prenaient la même couleur que ceux de son parrain. Son premier mot fut « Pa ». Au cours des longues journées qu'il occupait à veiller sur Teddy et à faire son deuil, on a appris à faire connaissance et il m'a raconté beaucoup d'histoire. Il me parlait beaucoup de ce garçon qui lui faisait peur. »

/Peur ? /

« Oui. Ce garçon le terrifiait. »

oOo

« Il me fait peur, Andromeda. Nous sommes pareils. Nous avons les mêmes devoirs, les mêmes peurs, les mêmes colères. Alors quand je vois la peur dans ses yeux, quand je vois le désespoir, ça me terrifie parce que ça veut dire que mes yeux reflètent les mêmes sentiments. Parce que ça veut dire que s'il sombre, alors moi aussi. C'est comme se regarder dans le miroir. »

Harry regarda Teddy qui agitait ses mains en poussant des cris pour qu'il approche le biberon de lait.

« Notre relation est étrange tu sais. Un mélange de peur, de colère, de jalousie. Quand je vois la peur dans ses yeux alors je lui fais mal. Je lui fais mal avec mes mots, avec mes poings, pour que la peur se transforme en colère avant de nous noyer. »

L'enfant sur ses genoux poussa un glapissement de plaisir et Harry le ramena à son épaule pour tapoter son dos.

« J'ai été jaloux des cadeaux que lui envoyait toujours sa mère, de ce père dont il parlait tout le temps. J'ai été jaloux de sa facilité à mentir, à cacher ses sentiments. J'ai été jaloux de sa grande maison, de son enfance choyée et gâtée là où j'avais grandi dans un placard sous un escalier avec une famille qui me détestait et me méprisait. »

Il déposa Teddy sur ses genoux après son rot, qui roula pour attraper ses pieds.

« A notre première rencontre, avant Poudlard, il a été le premier Sorcier de mon âge que j'ai rencontré. J'ai voulu que l'on soit ami mais il a insulté mon premier ami et j'ai découvert qu'il était en réalité un petit con. Je l'ai détesté parce que j'étais déçu et il m'a détesté parce que je l'avais rejeté. Au début de notre relation, j'étais déçu. Puis jaloux. Puis effrayé. Mais il reste celui qui me comprend le mieux.»

/Je… /

« Il y a quelques jours Harry est venu me voir. » le coupa sa tante. « Il était comme toi, un enfant perdu. Parfois, j'oublie que Harry a été un enfant. Il a une sagesse et une maturité telle, qu'il parait avoir plus de 25 ans. Quand il s'est présenté à ma porte, i ans, ce n'était pas un enfant. C'était un adulte, usé par la vie. Mais quand il est venu cette fois-ci, c'était un enfant. »

« Je… J'ai peur, Andromeda. » murmura Harry en regardant Teddy courir vers le parc pour enfant.

Elle attendit qu'il poursuive sans le brusquer. Rose était née il y a une semaine.

« Je suis tombé amoureux de Draco tant de fois que j'ai l'impression que mon cœur ne bat que pour lui. Je suis tombé amoureux d'une image, quand il dormait. Puis je suis tombé amoureux de son regard, puis de son rire, puis de son humour. Je suis tombé amoureux de ses caresses, de ses murmures, de ses gémissements. »

Teddy avait retrouvé ses amis et ils jouaient maintenant au Loup. L'un d'eux manqua de tomber mais se rattrapa à temps. Il faisait gris : les nuages cachaient le soleil.

« A chaque seconde passée, je l'aime un peu plus. Et ça m'effraye. Il me fait peur. J'ai peur de me perdre, de le perdre. Que tout ne soit qu'une illusion. J'ai peur de ne pas l'aimer assez bien, assez fort, qu'il s'échappe, qu'il s'envole, qu'il me quitte. Depuis une semaine, quand je me réveille et que je le vois dans mes bras, j'ai toujours l'impression que c'est un mirage. Que c'est trop beau pour être vrai. Qu'il ne peut pas être là, dans mes bras, qu'il ne peut pas m'aimer. »

Harry se recroquevilla sur lui-même, attrapant ses biceps de ses mains. Le banc était froid sous eux.

« Je suis couvert de sang. Je suis rempli de mensonges. Je suis un meurtrier, un monstre. J'ai tué Voldemort et j'étais heureux. J'ai regardé Queudver mourir avec plaisir. J'ai aidé Dumbledore à se suicider. J'ai tué et torturé de mes propres mains, sans une once d'hésitation ou de regret, l'homme qui l'avait attaqué. »

Le regard d'Harry était presque fou. Il s'était perdu dans ses souvenirs, se noyait dans le sang. Il dévoilait ses pensées les plus profondes, le pire aspect de lui-même, celui que personne ne connaissait.

« J'ai si peur de le salir, de le souiller. De souiller son âme. Il a toujours été pur. Même avant, même du temps où Voldemort était dans sa propre maison, son âme est restée pure. Et moi, il suffit que je regarde mes mains pour me souvenir de ma noirceur. »

Sa voix tremblait. Ses mains aussi. Andromeda pouvait sentir tout sa détresse, son désespoir, ses tourments.

« Je l'aime tellement que je voudrais l'emmener avec moi dans mes ténèbres mais aussi le libérer de mon emprise. Je voudrais qu'il reste à mes côtés et qu'il s'enfuit tant qu'il est encore temps. Je voudrais qu'il m'aime et qu'il me déteste, qu'il me prenne dans ses bras et me rejette. J'ai peur. Peur de moi, peur de lui. »

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