Bêta/Relectrice : Manelor ! La meilleur bêta du monde et une rencontre génial que j'ai fais sur ce site. Merci ma poule

L'oeuvre de Tolkien n'est toujours pas à moi, même si je suis en pleine négociation avec leurs avocats ( Haha ). Elle appartient à la Tolkien estate entreprise et aux descendants du Maître Tolkien.

Note : Je tiens à m'excuser pour le retard. Entre les déménagements, les aller-retour entre Lyon et l'Alsace j'avais pas le temps d'écrire. En plus mon net book a planté entre temps et suppression de mon avancée alors autant dire que j'avais le seum.

Sinon j'ai monté un petit blog sur printemps vigoureux, avec les bios des personnages et des explications sur l'histoire. Comme ça quand j'aurais terminé les fiches personnages j'aurais plus besoin de mettre la fiche perso en bas du chapitre. L'adresse est : Springvigorous (point) wordpress(point) com. Vous trouverez le lien sur mon profil.

Voilà les bichons et encore désolé pour l'attente...

Bonne lecture et j'espère de tout cœur

que ce chapitre vous plaira.

Résumé épisode précédent :

Les elfes arrivent enfin en Lindorinand... Thranduil est énervé que Ràvion reste pour le couronnement d'Amroth s'en suit une légère embrouille parsemée d'une pointe de testostérone... Thranduil laisse Éden à l'arrière avec Arphen... Elle a une hallucination et voit Dame Galadriel du haut d'un précipice qui la pousse... La jeune femme rencontre le petit Haldir... Haldir en Oliver Twist de la terre du milieu aime voler la bouffe des nobles... Ils traversent les jardins de la Reine et tombent sur Thranduil... Haldir est arrêté par les garde de la Lorinand... Thranduil est choqué de retrouver Éden dans cet état et ne veut pas qu'elle quitte Arda...


Chapitre 12 : Alatáriel « jeune fille couronnée d'une guirlande radieuse »

Tolel nan guil nîn,
sui gwath nef fuin,
sui lhoss ned dîn,
sui ross min ael.

(…)

Tu vins dans ma vie
comme une ombre dans la nuit,
comme un soupir dans le silence,
comme la pluie dans un lac.

Éden sortit de la petite salle d'eau, enroulée dans un drap de soie et habillée d'une robe de nuit blanc cassé. Elle frissonna légèrement lorsque son pied toucha les dalles de marbre froides sur le sol. Thranduil avait insisté pour qu'elle se lave dans sa salle de bain personnel et qu'elle le rejoigne peu après, sur son balcon.

Ces chants... Elle les entendait à nouveau. Ces voix vibrantes et riches raisonnaient dans l'air et semblaient donner vie à chaque arbre de la cité. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Ses battements accompagnaient les voix cristallines qui psalmodiaient avec force. Elles étaient identiques à celles qu'elle avait entendu quelques mois auparavant, le soir de sa venue en Arda.

Éden était épuisée... Et ces choristes d'opérettes allaient surement l'empêcher de dormir une bonne partie de la nuit.

D'un pas rapide, elle traversa les appartements de Thranduil. Un vaste Talan construit sur l'une des énormes branches du Chêne.

« Talan... Encore un mot que je ne connaissais pas avant d'arriver dans ce monde de fou ». Ces habitations ressemblaient à celles des ewoks du dernier volet de Star Wars qu'elle avait regardé avec son frère quand elle était petite. A part que, bien entendu, les elfes n'étaient pas des petits nounours poilus et mignons.

Un nœud se nouait un peu plus dans ses entrailles à chaque fois qu'elle posait son pied sur le sol. Les images de l'arrestation de Haldir, entrecoupées par le visage sans défaut de Galadriel, défilaient en continu dans son esprit. Elle était préoccupée par son avenir incertain, par sa condition d'elfe et bien sûr par le caractère de Thranduil qu'elle n'arrivait pas du tout à cerner.

Elle arriva enfin dans le boudoir de Thranduil. La pièce était spacieuse et plus chauffée que les autres. En effet, un feu crépitait dans l'âtre. Des grands fauteuils couverts de coussins moelleux se trouvaient à divers endroits de la pièce. Éden se plut à les toucher du bout des doigts à son passage. Elle traversa l'alcôve qui creusait le mur blanc au fond de la pièce. Plus elle approchait, plus les chants lui retournaient l'estomac.


Thranduil se retourna à sa venue. Ses longs cheveux d'or cascadaient sur ses épaules. Il était vêtu beaucoup plus simplement qu'à l'ordinaire. Il la scrutait de son regard pénétrant, se tenant nonchalamment contre la rambarde de la terrasse. Cette manière qu'il avait de la transpercer du regard avait le don de l'exaspérer. Comme si ses yeux de cristal pouvaient aller jusqu'au fond de son âme.

Il détacha l'une de ses mains viriles de la barrière et lui fit signe de le rejoindre.

- Viens écouter les cantiques des morts avec moi, Éden. Et après, nous parleront. dit-il doucement. Sa voix belle et grave, suave comme le miel, allait de pair avec les chants déchirant qui raisonnaient dans la cité.

Éden le toisa et croisa ses bras sur sa poitrine. Thranduil portait une simple tunique émeraude aux manches courtes dévoilant ses bras musclés. Il n'avait qu'un pantalon marron et ses pieds reposaient nus sur le plancher de la terrasse. La jeune femme s'étonna de le voir habillé de cette manière. Thranduil avait sans cesse le poids de son rang sur ses épaules mais, maintenant qu'il avait regagné ses appartements, les traits de son visage étaient plus détendus. Ces vêtements le rajeunissaient beaucoup... Ou est-ce que c'était la Lindorinand et son atmosphère étrange qui le faisait paraître plus reposé que d'habitude ?

« Pourtant il avait l'air tendu comme un string quand nous étions dans les jardins. » pensa-t-elle déplaçant son regard caramel sur les bras fort du futur roi. « Toujours se méfier de l'eau qui dort… »

Les elfes n'étaient pas frileux. Contrairement à Éden, Thranduil ne semblait pas ressentir la morsure du froid. La neige pour les elfes n'était que le manteau qui recouvrait la nature en hiver. Rien de plus, rien de moins.

- Qui vous dit que j'ai envie de parler avec vous ? articula-t-elle avec froideur. Elle vit le prince écarquiller légèrement ses yeux océan. Elle continua en ne détachant pas son regard du sien. Je n'ai pas apprécié la manière dont votre gracieuseté a traité cet enfant. Il m'a sauvé... Il m'a prêté une cape en laine... Il m'a amené jusqu'à vous... Il...

Thranduil mit sa main devant sa bouche et rit doucement. Il passa un doigt sur sa lèvre inférieur tandis qu'il avançait vers elle avec grâce.

- Tu me parles de cet elfing, Éden ? C'est un voleur, mais il reste un enfant. Son sort n'est pas entre mes mains. Je ne suis qu'un invité ici... Seulement, je pense qu'il sera de corvées aux cuisines pendant quelques semaines. Les traits du visage d'Éden s'adoucirent d'un coup. En tout cas, c'est ce que j'aurais ordonné pour lui si nous étions à Eryn Galen. Il se tourna vers l'horizon tapissé d'or, reflétant majestueusement les feuilles des mellyrn. Le prince baissa la tête, reposa une main sur la rambarde qu'il resserra. Ah ! Vert bois le grand... soupira-t-il d'une voix lasse, vibrante de nostalgie.

Éden s'approcha de lui et lui adressa un grand sourire. Elle était rassurée de savoir que Haldir ne croupirait pas dans un cachot lugubre. Avec les elfes, on ne savait jamais à quoi s'attendre.

« Le dicton : une main de fer dans un gant de velours, correspondait parfaitement à ce peuple. » Elle scuta le beau visage de Thranduil. « Surtout à lui... » nota-t-elle avec amusement.

- Que pensais-tu qu'il allait se passer, Pinig ? Nous sommes des elfes et non des orques. Nous chérissons notre progéniture plus que notre propre vie, tout comme celle d'autrui. Cependant, il est important d'apprendre aux elfing la discipline. expliqua-t-il en levant son menton vers le ciel. Il prit une profonde inspiration. Avec rapidité, il attrapa une cruche de vin sur une table en osier et remplit deux verres de vin.

- Bah... Je ne sais pas moi... Vous aviez l'air tellement en colère. Je me disais : 'ils vont faire quoi ? Lui couper les mains à la mode des talibans ? Je ne suis pas encore adepte de vos mœurs et coutumes. S'exclama-t-elle en haussant les épaules. La fatigue l'avait fait exprimée en langue commune, mais Thranduil n'y prêta pas rigueur. Il écoutait les chants avec une concentration quasi religieuse.

- S'il t'a sauvé comme tu dis, alors je le récompenserai généreusement, mais il devra payer pour ses fautes. Avo drasto, ne t'inquiète pas. Amroth n'a cure des bêtises d'un elfing, et il est beaucoup plus conciliant que moi. La rassura-t-il. Il se tourna vers elle, lui attrapa le bras et l'attira à lui. Oui... Murmura-t-il d'une voix de velours. Il y a bien plus important... Maintenant, dis-moi. Est-ce vraiment Dame Galadriel que tu as vue ? l'interrogea-t-il avec sérieux. Réponds. Ordonna-t-il d'un ton haché, celui d'un commandant qui attendait qu'on lui obéisse.

Déstabilisée par la proximité de Thranduil, par les chants qui flottaient dans l'air. Éden acquiesça simplement.

- Elle m'a dit... qu'elle s'appelait Galadriel. Qu'elle voulait me ramener chez moi... Mais ses pouvoirs magiques n'ont pas marché. Éden baissa la tête. Je sais plus trop... Je pense que j'ai eu une sorte d'hallucination... Chuchota-t-elle.

- Cela ne lui ressemble pas. L'épouse de Celeborn est une elleth sage, prompt à dispenser une douceur maternelle à ceux qu'elle affectionne. Certains parlent d'elle comme étant la Mère de la Terre du Milieu, et ce n'est pas pour rien. Exposa Thranduil. Elle sait quelque chose. Il caressa doucement le visage d'Éden. Petite elleth si mystérieuse. Tant de questions t'ont accompagnée en ces lieux. Je ne peux croire aussi que tu as vraiment vingt-cinq ans. Les elfes deviennent adultes à cinquante ans et tu as déjà le corps d'une elleth et non d'une elfing... Éden pu déceler une pointe de regret dans les mots de Thranduil. Il lui lâcha le bras et lui tendit un verre de vin qu'elle accepta volontiers.

- Pourtant je vous assure, j'en ai vraiment vingt-cinq. Se défendit-t-elle.

« Cinquante ans pour être majeure, et bien cela rajoute encore un mauvais point à cette société elfique. » Elle plongea son regard dans le sien. « Pourtant il m'a déjà embrassé, caressé... Est-ce qu'il regrette de l'avoir fait ? » Se demanda-t-elle avec une pointe d'inquiétude.


Elle trempa ses lèvres dans le vin. Cela la réchauffa un peu.

Soudain, Éden entendit Thranduil chanter de sa voix grave. Il regardait le ciel et psalmodiait avec ferveur. Elle remarqua que de nombreux elfes étaient sortis de leur Talan et chantaient eux-aussi. Les paroles semblaient caresser le vent froid du soir. Mêmes les arbres semblaient chanter à l'aide de leurs branches et de leurs feuilles. La nature accompagnait le chant des elfes dans une langue silencieuse que Éden se surprit à comprendre.

Plus le temps passait, plus ses sens elfiques s'affirmaient. A l'inverse, les souvenirs qu'elle avait de chez elle, s'estompaient de jour en jour. Les visages de ses proches en France étaient masqués d'un brouillard épais. Ils lui manquaient tous terriblement, mais elle n'était presque plus capable de se rappeler leurs traits de visage. Même cela, on n'avait pas voulu lui laisser... Ses souvenirs étaient tout ce qui lui restait et, peu à peu, ils disparaissaient.

« Rentrer chez moi... Intacte, vivante... Sans bobos. » Son cœur se serra. Elle mordit sa lèvre inférieure pour s'empêcher de pleurer.

Le chant s'était tut. Thranduil s'adressa à elle d'une voix blanche.

- Les prières accompagnent les morts en Mandos. C'est aussi une demande aux Valar de nous rendre promptement les nôtres. Un jour, mon père foulera le sol de Valinor, dans son propre corps recrée par Illuvàtar. Expliqua Thranduil. Je sens que je me rapproche de chez moi et cela est agréable. Les mêmes chants seront chantés à Eryn Galen...

Éden le regarda tristement.

- Vous avez de la chance de pouvoir rentrer chez vous. l'envia-t-elle d'une voix brisée par les émotions qui s'agitaient en elle. Elle continua d'une voix plus forte. Dîtes-moi, allez-vous tenir votre promesse et m'aider à regagner mon monde ? S'enquit-t-elle d'une voix pleine d'espoir.

Il la regarda, la mine interdite, et resta un moment silencieux.

- Je ne vais point te mentir, Éden, je n'ai pas le désir de te laisser repartir dans ton monde. Le choc de la nouvelle la secoua, mais elle s'en doutait aussi. Elle était déçue, en colère contre lui. Des mensonges... encore des mensonges. Elle détestait ça. Il la prit par les épaules. Je pense que tu seras bien mieux à Eryn Galen, loin de la violence et de la haine de ton monde. Je ne peux accepter de te voir repartir sur une terre ravagée par l'irrespect de la vie. Tu retrouveras un toit et une famille à Vert bois. Moi aussi, j'ai jadis tout perdu à Doriath. Ma mère s'en est allée en Mandos, tuée par Curufin, fils de Fëanor... Nous n'avions plus rien et nulle part où aller, mais Eryn Galen nous a tendu les bras... Éden renifla, quelques sanglots lui secouèrent les épaules. Je t'ai un jour promis de te garder sous ma protection, en t'affirmant que tu n'aurais plus rien à craindre de ces terres. Sache que ce genre de promesse ne peut être brisée.

- Alors si je comprends bien, vous avez promis de m'aider à rentrer chez moi juste pour que je signe votre contrat à la con. explosa-t-elle en langue commune. C'est dégueulasse ! Hurla-t-elle. J'en ai assez de me faire manipuler. Elle pleurait de colère. Elle était heureuse que Thranduil se soucie d'elle, mais il pouvait essayer de la comprendre. Éden essaya de s'arracher à ses bras fort. Le prince héritier l'attira vers lui dans un mouvement vif.

- Vingt-cinq ans n'est qu'un battement de cil dans la vie d'un elfe et tu verras que cent quarante-quatre ans le sont tout autant. gronda-t-il. Tu es une elleth, Éden. Tu appartiens à ce monde dorénavant. Son ton se radoucit un peu lorsqu'il balaya l'une des larmes de la jeune femme avec son pouce. Je comprends que les tiens te manquent. Que tu les retrouves ou non un jour ne dépend ni de moi, ni de toi. Apprends à connaître ce monde, essaies de l'aimer... murmura-t-il en approchant son visage du sien.

Leurs lèvres s'effleurèrent puis se moulèrent l'une contre l'autre. Sa main descendit le long de son dos. La brise du soir, la caresse de ses doigts sur sa peau la firent frissonner. Son cerveau se déconnecta, elle perdit ses moyens, tandis que la bretelle de sa robe de nuit glissait sur son épaule nue. Elle était si fatiguée qu'elle n'arrivait même plus à réfléchir.

Thranduil lui déposa un baiser sur le front et lui remit sa bretelle en place. Elle appréciait l'ellon Thranduil, mais pas le prince. Quand il oubliait un peu ses obligations, il devenait plus doux. Comme si le souvenir lointain du jeune Thranduil de Doriath transparaissait à travers l'héritier du trône de Vert bois le grand.

- Ce n'est pas grave si vous ne m'aidez pas, Thranduil... avoua-t-elle encore étourdie de leur baiser.

Il leva les yeux vers elle, interloqué.

- Que veux-tu dire par là ? Parle. Demanda-t-il en attrapant son poignet. Elle rejeta ses cheveux en arrière et le regarda avec défi.

- Je n'ai pas besoin de vous pour rentrer chez moi. Je suis arrivée dans ce monde et j'en partirai comme j'en suis venue. Seule. déclara-t-elle avec détermination.

Le prince passa sa main gauche dans la chevelure de la jeune femme, puis descendit jusqu'à sa nuque. Son regard était dur et brûlant, comme l'était la morsure du froid.

- Tu n'y penses pas... Je ne le permettrai point. Siffla-t-il.

Il ne pouvait pas l'empêcher. Une boule se forma dans sa gorge lorsqu'elle sentit la pression de ses doigts sur son cou. Elle l'observa avec attention. Les traits de Thranduil se crispaient sous la rage. Redoutait-il qu'elle s'en aille ? S'était-il, ne serait-ce qu'un peu, attaché à elle ? Elle fit un pas vers lui et caressa la veine bleutée sur son front qui était apparue avec sa colère.

Derrière le voile coléreux de ses pupilles gelées, elle apercevait un soupçon de tristesse et de peur. Elle se demanda alors ce qu'avait pu vivre Thranduil pendant ses milliers d'années de vie. Cet elfe avait vaincu l'équivalent d'une civilisation sur terre, de son apogée à son déclin. De quoi avait-il si peur ?

Doucement, elle l'embrassa. Elle voulait revoir un sourire sur ses lèvres. Elle mordilla sa lèvre inférieure, tandis que Thranduil glissait sa langue dans sa bouche. Sa main se pressait contre sa cuisse, remontant sa robe. Le drap de soie qu'elle portait glissa sur le marbre de la terrasse. Avec un léger sourire, elle recula vers l'alcôve. Thranduil la suivit dans le boudoir, la porta en mariée et la posa sur un des divans couverts de coussins. Chaque parcelle de son corps s'embrasait sous les caresses de l'elfe. Ses yeux brillaient de désir.

- Je te veux... dit-il d'une voix rauque.

Sa respiration s'accéléra et une onde de plaisir lui picota le bas du ventre. Ils tombèrent du divan, s'embrassant toujours. Avidement, elle enleva la tunique de soie du prince. Elle caressa sa peau, dessinant des cercles légers sur ses pectoraux. Puis elle traça une ligne, suivant le dessin de ses abdominaux. Sa peau était d'une telle douceur... Un feu la brûlait de l'intérieur, la consumait...

Lui haletait, ses longues mèches d'or lui caressaient les joues tandis qu'il pressa son corps viril contre le sien. Soudain, il s'écroula sur elle et enfouit son visage dans le creux de ses bras. Elle crut entendre comme un sanglot.

- Thranduil ? Allez-vous bien ? S'inquiéta-t-elle d'une voix saccadée par sa respiration.

Il se leva avec grâce. La lumière chaleureuse des flammes dansantes du feu se reflétait dans sa chevelure d'or et l'embrasait. Comme si son désir s'exprimait à travers elle.

- Je... je ne peux faire une telle chose... Murmura-t-il d'une voix qui ondulait sous un infime tremblement. Je vais te raccompagner à ton talan...

Éden sentit des larmes lui piquer les yeux. Elle plissa les commissures de ses lèvres. « Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'il me rejette ? ».

- Pourquoi ? Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? Demanda-t-elle en langue commune en ramassant le drap de soie, le pressant contre sa poitrine.

- Non, Éden... C'est moi... Répondit-il d'une voix sans timbre.


Thranduil referma la porte de la chambre d'Éden. Il était encore dans la tourmente. Les remords le rendaient fou, lui qui gardait sans cesse le contrôle sur lui-même et refoulait ses émotions au fond de lui. C'était la seule façon de bien vieillir en tant qu'elfe. Car oui, les elfes vieillissaient, mais plus lentement que les mortels. Ils étaient liés à Arda et Arda était liée à eux. Quel triste sort pour lui et les siens ? Leur destin était de voir leur corps consumer par leur fëa.

« Un jour viendrait où les elfes n'auront plus de corps et erreront tels des fantômes aux yeux des hommes » Lui avait dit son père. « C'est le prix de notre immortalité, de notre force et de notre intelligence supérieure... Alors, mon fils, contrôle au mieux des sentiments et tu resteras maître de toi-même. Quand tu réussiras cela, tu seras devenu mon digne successeur ».

Il soupira. « Si mon père savait... »

Thranduil s'en voulait, ses désirs le rendaient sale. Il portait la noirceur et la saleté du Mordor en lui. Il ne voulait pas souiller la si lumineuse Éden et il ne désirait pas tromper la douce Vàna.

En descendant les escaliers du petit Talan, il pensa de nouveau à elle. Depuis ses fiançailles avec Vàna, quarante années auparavant, il n'avait plus fréquentée d'elleth. Il tenait à sa fiancée. Cependant, il savait aussi qu'il ne ressentait aucun amour pour elle. Son rang de prince l'avait poussé à s'engager avant la guerre. Bientôt, il serait roi et un roi avait besoin d'une reine. Vàna était née pour être reine et pour porter des héritiers. Son éducation était parfaite, son port était celui d'une souveraine.

Les elfes n'avaient qu'une seule âme sœur pour leur éternité, mais Thranduil avait accepté le fait que son fëa ne serait jamais liée irrémédiablement à celui d'une elleth. Son âme était trop noircie par les massacres de Doriath, les guerres et les devoirs. Les Valar ne semblaient pas lui destiner ce bonheur. Il s'en était accommodé facilement, jusqu'à maintenant...

Ce n'était pas concevable, de la laisser partir au loin. Il serra les dents en pensant à son visage enfantin près du sien, empourpré par le désir. Si cela continuait, il allait commettre l'irréparable... Il trahirait les vœux formulés à ses fiançailles. Depuis quelques temps, il ne se reconnaissait plus.

« Que tu es fou... Thranduil ! ».

Il était un premier d'Illuvàtar et non un homme incapable de contrôler ses pulsions. Il plaqua sa main contre sa bouche. Cette situation le mettait dans un état de frustration qu'il n'avait jamais ressenti. C'était insupportable. Il fallait qu'il trouve un moyen pour l'éloigner de lui, se débarrasser d'elle avant qu'il passe à l'acte. Encore, il vit son visage.

« Que la peste soit de ma faiblesse. Pour l'instant, je n'en ressens ni l'envie, ni le courage. »

- Mon prince ! Cria une voix claire.

C'était Arphen Aldaronion. Il s'arrêta devant lui, la mine défaite. Sur son doux visage transparaissait le chagrin.

- Je le jure, monseigneur... Je ne l'ai quittée des yeux qu'un instant... Quand je me suis retourné, elle avait disparue. Nous l'avons cherchée... Thranduil le coupa avec froideur. Il croisa les bras sur son torse, le regardant avec mépris.

- Je le sais, je l'ai retrouvée dans les jardins de la Reine dans un état déplorable. Je vous ai donné un ordre simple : La ramener à Caras Galadhon. Vous devriez avoir honte de votre incompétence… Sermonna sèchement Thranduil. Un elfing a été plus apte que vous à remplir cette mission.

Arphen écarquilla ses yeux azur, détourna les yeux et fuit le regard de glace de son souverain.

Thranduil passant à côté de lui sans lui accorder un regard et monta l'une des marches menant à ses appartements. Puis, il se retourna vers lui le visage dur.

- Quel dommage que vous soyez si faible. Votre frère aîné était supérieur à vous en tous points. Il est tombé au Mordor, perdant dans la foulée son statut d'héritier du Hêtre. tonna-t-il. Veryatur était un ami d'enfance, un ellon de confiance et un grand guerrier. Son frère Arphen n'était rien de tout cela. Juste un poète rêveur et inconstant. Arphen fixait toujours le sol des yeux en serrant les poings.

- Guren be hen, cund ... Je suis d'accord avec vous, prince. murmura l'elfe Sinda d'une voix presque inaudible.

- Travaillez dur afin de lui faire honneur. Ainsi, peut-être qu'un jour, vous remplacerez votre père au grand conseil. Pour l'instant... Vous êtes juste bon à faire office de palefrenier. Termina le futur roi en montant les marches menant à son Talan.

Thranduil alla se coucher d'une humeur massacrante, tourmenté par son désir d'aller la rejoindre.

Plus le temps passait, plus les mystères autour d'elle s'épaississaient. Il repensa à sa peine lorsqu'elle lui parlait de son envie de revoir les siens. Car il était compréhensible qu'elle veuille rentrer chez elle. Cependant parfois un nouveau départ était préférable.

Un instant, il revit les tapisseries de Menegroth couvertes de sang... Doriath ravagée...

Il était bien placé pour savoir cela.


On l'avait trahie... Fuir, il fallait fuir...

Elle était poursuivie dans une forêt aux arbres gigantesques. La terreur qu'elle ressentait était insupportable. Elle trébuchait encore et encore... S'égratignant les paumes, les genoux. Sa poitrine la faisait souffrir. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'elle avait l'impression qu'il la broyait de l'intérieur. Elle tenait fermement sa cape, pressant sa capuche contre son visage. Elle pleurait, frisant la crise d'hystérie.

Elle se voyait encore au pied de ce précipice. Les racines des arbres grignotaient la pente, leurs branches étaient comme des griffes acérées, prêtes à l'attraper et à l'entraîner dans les profondeurs.

Prise en tenaille, elle ne pouvait s'enfuir.

Un elfe à la chevelure d'or dégaina une longue épée à la fusée sertie d'émeraudes. Sur la lame étincelante était gravée l'étoile d'argent à sept branches.

L'ellon descendit de sa monture. Sur son visage aristocratique ne transparaissait aucune émotion. Il leva son épée au-dessus de sa tête dans la position du faucon en scandant « la » devise. Des paroles dures qu'elle ressentit comme le verdict d'une condamnation à mort.

- Tuer le voleur, tuer le porteur !

Éden se réveilla en sursaut, tremblante et fut parcourue de sueurs froides. Ses membres étaient collés à ses draps. Mécaniquement, elle passa sa main sur son visage et se tapota les joues. Ce n'était qu'un cauchemar, un rêve bien chelou. La conséquence de son manque de sommeil et de sa journée d'hier, rien de plus. Elle avait surement perdu quelques neurones dans sa chute.

Sa main caressa sa joue pâle. Les images de son cauchemar dansaient dans son esprit avec une netteté surnaturelle.

La jeune femme se leva et alla se débarbouiller le visage. Puis, elle croisa son reflet dans un grand miroir ovale posé sur une coiffeuse. Ses cheveux avaient bien poussé depuis qu'elle se les était coupés une semaine auparavant. La chevelure des elfes ne cessaient de croître, comme les arbres des forêts qu'ils chérissaient tant. Ils lui arrivaient sous les épaules et ondulaient légèrement. Quelques frisottis s'éparpillaient sur le haut de son crâne. Ses yeux étaient assombris par la fatigue et de légères cernes sous ses yeux creusaient son visage émacié.

« Quelle sale gueule ».

Elle alla voir par la fenêtre de sa petite chambre. La nuit était probablement bien avancée et elle pouvait encore entendre le chant des elfes.

« Putain... Ils ne s'arrêtent jamais ! On se croirait dans les choristes. »

La fatigue lui pesait encore et à son plus grand désespoir, elle repensa à sa dernière entrevue avec Thranduil. Doucement, elle se glissa sous les draps. Au moment où ses yeux allaient se fermer, elle vit un morceau de papier jaunâtre sur la table de chevet. Elle n'avait pas le souvenir qu'il y en avait un là en se couchant la première fois.

De nouveau, elle se leva en jurant. Elle prit le parchemin et brisa le sceau de cire écarlate.

Pinig, « Toute petite ».

Viens à la clairière derrière le Palais à l'aube. Mets une tenue pratique.

Thranduil Oropherion, Prince sous les arbres de Vert bois le grand.

Elle arqua un sourcil et balança le parchemin sur la table de chevet.

- Foutu connard... marmonna-t-elle en baillant.


Firith Etiolement

Girithron 13 décembre

Ormenel Vendredi « Aux cieux »

L'an 1 du Tiers âge du Soleil

- En retard... Se plaignit Thranduil.

Le futur roi était adossé contre le large tronc d'argent d'un Mallorn. Les premiers rayons du soleil illuminaient déjà le sol enneigé, le rendant éblouissant. Ses bras musclés étaient croisés sur son torse. Une longue cape noire tombait sur ses épaules. Ses cheveux étaient tressés de chaque côté de ses tempes à la manière des guerriers. Il portait sur son dos son carquois rempli de flèches finement aiguisées, tandis qu'à ses côtés se trouvait son grand arc, posé contre l'arbre.

Nul n'osait venir en retard, surtout quand c'était une invitation venant de lui.

« Elle ne viendra pas, Thranduil. Ton attitude d'hier l'a fait fuir... » gronda sa conscience.

Il fronça les sourcils en regardant son arc qui appartenait jadis à son père. Une simple leçon de tir à l'arc aurait amusé cette elleth et lui aurait fait oublier rien que quelques instants son envie de partir au loin, dans ce lieu étrange qu'elle appelait « Terre ». Un endroit rongé par la cupidité des hommes à la nature malade et aux engins de guerre dévastateur.

Éden lui avait longuement parlé de son monde pendant le voyage et il était désormais convaincu qu'il devait l'empêcher de retourner sur cette terre au fur et à mesure qu'elle lui en parlait.

Une présence le fit sortir de ses pensées. Des pas légers effleuraient la neige rendue poudreuse.

- Je pensais ne jamais arriver... s'exclama l'elleth.

Thranduil leva les yeux. C'était elle. Elle se tenait devant lui, légèrement essoufflée, ses joues rougies par le froid. Elle avait relevé ses cheveux et les avaient attachés en un chignon lâche, d'où quelques mèches s'en échappaient. Il était agréable de voir qu'elle avait suivi ses indications et portait une tenue d'entraînement pour elleth : Un pantalon beige gainé de longues bottes de cuir qui lui allaient jusqu'aux genoux et une cape grise en laine fermée au col par une broche d'argent.

Un sourire étira un coin de sa lèvre. Lui qui pensait qu'elle ne viendrait pas.

- Tu es en retard, Éden. dit-il simplement. Il la vit lever les yeux au ciel puis lui lancer un regard noir.

- Désolée, j'avais pas de cadran solaire sur moi. ironisa-t-elle. Ce palais est aussi une véritable fourmilière. se justifia-t-elle. J'aurais pu ne pas venir et rester bien au chaud au lit, d'ailleurs ! Alors estimez-vous heureux. Soudain, elle esquissa un petit sourire. Vous voulez vous excusez, Ernil Thranduil, prince Thranduil, c'est cela ? s'enquit-t-elle en élargissement son sourire mutin.

Le prince secoua la tête.

- Je désire renouer une relation saine avec toi. Avec grâce, il repoussa une mèche de son visage noble. Celle d'un protecteur envers une jeune elleth.

Elle arqua un sourcil et jeta sa besace sur le sol.

- Tu es incompréhensible, Thranduil... C'est la deuxième fois que tu me laisses en plan. J'ai beau essayer, je n'arrive pas à comprendre. cria-t-elle. Dans sa colère, elle avait osé le tutoyer. J'en ai assez. Termina-t-elle sèchement.

La jeune elleth s'approcha de lui d'un pas décidé.

- No dhínen, silence ! somma Thranduil. Et moi qui pensais que l'apprentissage du Sindarin ferait de toi une dame. déplora-t-il,sa mâchoire contractée par la colère.

- Respecte-moi ! hurla-t-elle d'une voix stridente, presque déchirante. Je vais être claire, Thranduil. Je n'ai pas besoin de protecteur et tu n'es pas mon prince, ni mon roi d'ailleurs. Et je te tutoierai si j'en ai envie. Je m'en irai si j'en ai envie. Je n'ai pas besoin de ta permission. cracha-t-elle. Je ne suis pas une enfant.

Thranduil n'en croyait pas ses oreilles. Jamais personne ne lui avait parlé ainsi. Cependant, il essaya de calmer la colère qui bouillait en lui. La colère qu'il ressentait contre lui-même. Par les Valar, il détestait sa propre faiblesse. Aussi, il ressentait de la colère pour elle, car elle bouleversait son quotidien si parfaitement orchestré. Doucement, il lui prit la main et l'amena à ses lèvres. Son baisemain fut bref et léger. Il sentit sa main trembler contre ses lèvres.

- Je ne saurais me jouer de toi. murmura-t-il. Tolel nan guil nîn,sui lhoss ned dîn. Tu vins dans ma vie comme un soupir dans le silence. Tu ne te rends pas compte. Il caressa sa joue. Je ne veux pas te faire de mal. dit-il d'une voix basse.

Elle tourna la tête, se cachant de lui et commença à mordiller nerveusement son index.

- Tu ne me feras jamais de mal... Je ne ressens rien pour toi... souffla-t-elle.

Thranduil ne laissa transparaître aucune émotion. Niant la douleur éphémère qui lui paralysa un instant l'âme. Un sourire factice étira ses lèvres. Il éclata dans un rire sonore, ce qui fit sursauter Éden.

- Bien, j'en suis rassuré, Pinig. révéla-t-il d'une voix sans timbre. Si tu n'as pas besoin de protecteur, il te faudra savoir te défendre. Éden était une elleth fière qui ne pouvait supporter d'être dirigée. Aller dans son sens était pour lui la seule manière de la contrôler. J'ai organisé ce petit entraînement pour que tu essayes de te familiariser avec ce nouveau monde qui est le tien.

- Vous avez organisé cet entraînement pour moi ? l'interrogea-t-elle en levant ses yeux noisette vers lui. Il lui caressa doucement les cheveux.

- Paix, Éden, je ne veux plus de querelle entre nous. Tutoie-moi si tu le désires. En ces lieux, je t'en donne la permission. dit- sourit tout en prenant une flèche dans ses mains.

C'est d'accord, mais je te préviens, c'est uniquement pour ne pas m'être levée pour rien.

Thranduil rit doucement en prenant le petit arc d'entraînement posé à côté du sien. Elle allait vite comprendre qu'elle ne s'était pas levée pour rien. L'art de l'archerie nécessitait adresse et concentration et vu ses compétences en escrime, il lui faudrait au moins deux cent ans avant d'en comprendre parfaitement les subtilités.

- Prend cela, c'est un arc d'entraînement fait dans du bois de chêne à la corde faite d'un cheveu d'elfe. Il sera parfait pour toi. Expliqua-t-il d'un timbre profond. En un geste, il banda l'arc et le donna à Éden avec un petit carquois de cuir marron. Celle-ci prit l'arc avec une mine dégoutée.

- Un cheveu d'elfe ? Sérieux ? Pourquoi pas un poil pubien tant que vous y êtes ? marmonna-t-elle en effleurant la corde qui brillait sous le soleil.

- Tu disais que tu n'étais pas une enfant, Eden, prouve-le moi. la taquina Thranduil.

Elle serra la branche supérieure de l'arc d'entraînement.

- Je vais être encore plus stylé que Clint Barton et Katniss Everdeen réunis. S'exclama-t-elle en faisant une petite danse. Elle prit la flèche et la plaça grossièrement contre la corde en essayant de tirer sur Thranduil. Haut les mains votre altesse. le menaça-t-elle en riant. Manifestement, elle avait retrouvé sa bonne humeur.

- C'est une insulte de tenir un arc de cette manière, Éden.

- Vous n'avez pas peur que je vous touche ? s'enquit-t-elle en levant les sourcils.

- Même si tu le voulais, tu ne pourrais pas me toucher. rétorqua le Prince ne pouvant plus retenir son rire.

Le prince se mit derrière elle avec grâce.

- Vois-tu, Pinig ? L'écartement de tes pieds doit être horizontal avec tes épaules, afin d'avoir un bon équilibre. Elle s'exécuta avec sérieux, ce qui fit -encore plus sourire Thranduil.

« Cet air de guerrière lui va à merveille. » pensa-t-il. « Peut-être est-t-elle plus douée au tir à l'arc ? »

- Bien, c'est parfait. Dit-il d'une voix suave. Il faut que tu saisisses la corde avec tes trois doigts, de sorte qu'elle repose sur le pli de la dernière phalange. Prend la corde sans pincer la flèche et tire avec tes trois doigts. Éden tira, mais la flèche retomba mollement sur le sol.

- Oups ! La deuxième sera la bonne. pouffa-t-elle. Thranduil lui donna une autre flèche.

- Recommence. Somma-t-il d'une voix stricte, semblable à celle d'un instructeur. La corde se place au milieu du menton. Augmente la tension, Éden. Garde bien les yeux ouvert et essaye de viser la cible en face de toi.


Ils s'entraînaient depuis deux heures déjà, mais Éden n'arrivait toujours pas à toucher la cible.

- Cela est normal, Pinig. Il te faudra beaucoup d'entraînement avant de pouvoir planter ta première flèche. L'arc est le prolongement de ton bras. Tu dois ressentir qu'il fait partie de toi, et de cette manière tu y arriveras. conseilla-t-il d'une voix douce.

Thranduil faisait preuve d'une patience digne de Yoda. Sérieusement, elle n'était pas la meuf qui allait devenir la plus grande guerrière de la terre du milieu, et en plus elle se pelait le cul dans cette clairière. Si c'était la manière de s'excuser de Thranduil, et bien elle aurait préféré boire un verre devant sa cheminé plutôt que de faire joujou avec un arc.

- Ouais, un jour, quand les poules auront des dents. Bougonna-t-elle en s'asseyant contre le tronc du mallorn. Elle croisa son regard, il paraissait heureux qu'elle essaye de faire l'archère. Putain... Elle aimait le voir heureux. La jeune femme se prit sa tête dans ses mains.

« Petit prince, tu verras de quel bois je me chauffe. Je ne me ferai pas entuber par toi, je me vengerai de toi... ».

Le prince avait pris son propre arc. Il était magnifique et d'une taille imposante, des feuilles d'or y étaient même gravées. Il laissa tomber sa cape dans la neige, dévoilant une tunique aux manches courtes comme il portait la veille, mais plus richement décorée. Ses muscles roulaient sous la peau de ses bras, tandis qu'il bandait son arc. Dans un léger sifflement, la flèche alla se planter sur une cible une centaine de mètre plus loin.

Thranduil se retourna vers elle et planta d'un mouvement sec et rapide son arc dans la neige.

- Cuthalion, Man i theled i oduledh hí? Demanda-t-il d'une voix forte en Sindarin de Doriath qu'Éden ne compris pas.

- Tolo a nin... Déclara une voix basse. Un elfe sortit de derrière un tronc d'arbre. C'était bien Cuthalion, l'armoire à glace. Je dois vous parler en privé. dit-il en Sindarin en lançant un regard sévère à Éden.


- Eh bien, mellon-nîn. Je vous avais prévenu que je serai présent pour la réunion, mais pas avant. rappela le prince en posant l'une de ses mains viriles sur l'épaule de son ami d'enfance.

Cuthalion mis la main sur son cœur dans un geste empreint de noblesse.

- Je devais m'entretenir avec vous. J'ai reçu une missive de Vert bois. La police secrète pense avoir arrêté l'un des membres de l'Egnor. Révéla l'elfe sinda en doriathrim avec gravité. D'après ses dires, nous sommes absolument sûrs qu'ils vont tenter quelque chose pour le couronnement d'Amroth. Il se prosterna devant Thranduil, posant un genou à Terre et baissa la tête. Je ne pourrais supporter qu'il vous arrive malheur.

Le fils d'Oropher fit un geste de la main invitant son ami à se relever.

- Thranduil. Je ne voulais pas parler en la présence de cette elleth... exposa le Seigneur du Bouleau blanc.

- Pour quelle raison ? s'enquit brusquement Thranduil en jetant un regard à l'elleth qui s'amusait à planter les flèches sans arc dans un tronc de Mallorn. Cesse cela immédiatement, Éden et pars plus loin ! ordonna-t-il en Sindarin.

La petite elleth râla et rangea la flèche dans le carquois.

- Je voulais juste faire une partie de fléchette elfique ! ronchonna-t-elle. Elle lança un juron et partit derrière le mallorn avec l'arc de Thranduil.

Thranduil se retourna vers Cuthalion, dont le visage était toujours marqué par l'inquiétude.

- Répond ! Ordonna-t-il de nouveau.

- Votre oncle pense que cette elleth pourrait être envoyée par « l'Egnor » pour vous assassiner. lui apprit Cuthalion, il fit une pause en le regardant. Thranduil ne sut d'abord pas quoi répondre. C'était d'une telle stupidité. Éden n'était pas capable de tenir une arme correctement. En tant qu'expert, il savait faire la différence entre simple débutant et expert en maniement des armes.

- Cela n'a aucun sens. Articula sèchement Thranduil. Aucun, vous dis-je... !

- L'attachement que vous ressentez pour cette elleth vous empêche de percevoir ce qui est de l'ordre du vrai ou du faux, mon prince ! s'écria le Seigneur du Bouleau blanc en plissant ses yeux d'acier. Une elleth aussi jeune sur la plaine de Dagorlad... Ce n'est pas une coïncidence, j'en suis certain. trancha-t-il.

En tant qu'ami, Cuthalion n'avait pas peur de dire ce qu'il pensait à Thranduil car il le connaissait depuis plus de 3500 ans. Un prince avait besoin de conseils de personnes qui n'avaient pas peur de lui. Un jeune roi écoutait ses conseillers et Thranduil allait sans doute avoir un règne mouvementé, il était intimement convaincu qu'il serait un plus grand roi que son père.

- De quel attachement parles-tu ? rugit-t-il. Je suis liée à Vàna... souffla-t-il. Il calma la rage qui bouillait en lui. Il savait que Cuthalion avait raison, Éden l'éloignait de ses devoirs. Il parla d'une voix plus douce. As-tu des preuves de ce que tu avances, Mellon ! L'interrogea Thranduil, la mâchoire crispée. Il avait senti son cœur se serrer dans sa poitrine. On l'avait déjà trahi auparavant, l'idée que ce soit Éden qui le fasse le touchait beaucoup plus qu'il ne l'aurait cru. Cependant, il fallait se rendre à l'évidence, Éden disait vrai. Nul mensonge ne souillait sa bouche. Il le croyait, il désirait le croire de toutes ses forces.

- Vous savez de quoi je parle... Mellon... Tous ont remarqué. argua Cuthalion ne lâchant pas Thranduil du regard.

- Je n'ai cure des babillages de courtisans. Lança le prince d'un ton brusque.

Le seigneur Sinda fit une légère courbette de la tête et continua :

- Votre oncle Galvorn a amené avec lui le membre de l'Egnor capturé. Je vous invite à aller lui parler vous-même. Vous ne pouvez risquer de perdre la vie avant votre couronnement, votre peuple ne s'en remettrait pas... déclara avec force son ami de Doriath, tandis que la neige commençait à tomber en gros flocons. Je n'ai point encore de preuves monseigneur, cependant je crois les dires de votre oncle. Cette elleth n'est pas normale... siffla-t-il. Prince, vous ne le saviez peut-être pas, mais moi aussi je suis dans le secret de la mission que votre père vous a confié, il m'a fait jurer de vous être fidèle jusqu'à la fin d'Arda.

- Vous... vous savez de quoi il en retourne ? s'enquit Thranduil qui ne supportait pas les cachotteries, surtout si elles venaient de ses plus proches amis.

- Je ne sais pas encore quelle est sa nature, cependant j'assisterai à la réunion secrète qui aura lieu. Vous saurez tout de la bouche de votre oncle, au même moment que moi. révéla-t-il. Sur ce, je vous invite à interroger vous-même le suspect...

Thranduil savait que son règne ne serait pas un règne de paix, sa vie était ainsi... Une perpétuelle bataille. Il avait confiance en son oncle et en Cuthalion, c'est pourquoi il tâcherait de savoir la vérité le plus vite possible sur l'identité d'Éden. Aucun élément ne pouvait être écarté.

- Bien, allons voir ce traître. dit-il sur un ton solennelle princier.

Cuthalion se prosterna de nouveau et sourit faiblement. Thranduil était la personnification du prince sinda, avec sa noblesse et son courage. Jamais il ne laisserait l'egnor l'empêcher d'être couronné, ni son honneur se faire ternir par une elleth aux origines troubles. Thranduil était son frère de lait, son ami de toujours et son souverain.

Les laisser se rapprocher encore était impensable car il était né pour porter la couronne de Vert bois le grand. Il ne laisserait pas une elleth entacher sa réputation. Sans doute le jeune Wilwarin était-il proche de la vérité, d'une certaine manière ? Il savait qu'elle n'était pas un danger, mais il devait persuader Thranduil que c'était le cas, pour le bien de son royal ami. L'honneur d'un elfe était plus importante que sa vie elle-même. Un elfe décédé pouvait revenir des cavernes de Mandos, mais une réputation souillée n'avait aucune renaissance.


Thranduil... Printemps vigoureux en langue commune, l'elfe qui lui faisait perdre peu à peu sa raison.

Elle ramena ses genoux contre elle et observa plus précisément l'arc magnifique qu'elle avait dans les mains. Des feuilles d'or étaient gravées sur la branche inférieure de l'arc. La corde argentée étincelait autant que la neige sous le soleil matinal. Elle écarquilla les yeux et crut que son cœur allait cesser de battre. Sur la branche inférieure de l'arc était incrustée la même étoile à sept branches d'argent qu'elle avait pu voir dans son rêve.

« Éden » murmura une voix qui la pétrifia.

Doucement, elle leva les yeux. Derrière les arbres, un cortège d'ellith défilait. Les elfes étaient toutes habillés du blanc le plus pur. Des anges derrière un rideau de neige tombante, leurs cheveux formant une parure dorée. Elles étaient minces, grande et majestueuse, balançant ourlet et soie de leur longue robe au rythme de leur marche.

La première était d'une telle beauté qu'Eden en eut le souffle coupé. Sa démarche était lente et saccadée, comme au ralenti, sa jambe de statue se posant délicatement sur la neige, n'y laissant aucune empreinte. Ses cheveux d'or tissés... Son visage aux traits si fins... Sur sa tête reposait une guirlande de petites fleurs d'argent.

- Galadriel... Murmura-t-elle.

La dame blanche esquissa un sourire d'une grande douceur. Elle regarda longuement Éden dans les yeux.

« Alors tu es de celles qui ne rentrent pas. » déplora la douce voix de la dame dans sa tête.

La dame blanche lui jeta un dernier regard empreint de tristesse et passa derrière une branche parsemée de feuilles d'or, avant de disparaitre dans la brume.


A suivre...

Pour les personnages aller jeter un coup d'oeil à mon petit blog. Vous trouverez des fiches détaillés de chaque personnage, bien qu'il m'en reste pas mal à écrire encore haha.

J'espère que ce chapitre vous a plu :D

J'ai trop hâte de connaître vos impressions, les Reviews c'est comme du fromage dans des pâtes c'est délicieux. :3

Big up.