« Vous êtes sûrs qu'on devrait laisser Pansy toute seule dans la salle commune ? Ces photos lui ont fait un sacré choc. », s'enquit Blaise, inquiet, tandis que le petit groupe d'élèves de Serpentard se dirigeait silencieusement en direction de la grande salle.
Drago haussa les épaules.
« Ne t'inquiète pas pour elle, elle se remettra. », dit-il d'une voix désintéressée.
Le jeune sorcier scrutait les alentours avec impatience, guettant l'arrivée de la préfète en chef et de son cavalier. Au diable Pansy Parkinson et son fiancé perdu, il s'était déplacé dans l'unique but de voir Granger danser avec un elfe de maison et personne ne lui ôterait ce plaisir !
« Je crois qu'elle bavait quand on est partis. J'espère qu'elle ne va pas nous faire une crise de nerfs et détruire tout le mobilier des cachots.», renchérit Blaise en se mordillant les lèvres.
Mais Drago ne l'écoutait plus, ils venaient d'arriver devant la salle de bal, somptueusement décorée au prix de sa sueur et de ses efforts récalcitrants, et chaque serviette de table impeccablement pliée lui rappelait douloureusement toutes les soirées qu'il avait dû sacrifier pour suivre les ordres tyranniques d'Hermione Granger. Sa main se crispa nerveusement sur l'appareil photo niché dans la poche de sa robe de sorcier. L'heure de la vengeance avait enfin sonné.
« Je suis certain que Rita Skeeter se fera une joie de narrer les palpitantes mésaventures amoureuses de Miss Je-sais-tout et de son elfe de maison dans le prochain numéro de Sorcière-Hebdo. », songea-t-il avec un frisson de contentement.
Il s'avança d'une démarche royale en direction des portes de la grande salle, faisant preuve d'un empressement qui étonna ses amis. Mais deux élèves de cinquième année, tous justes nommés préfets, s'interposèrent pour lui bloquer le passage.
« Un moment, Malefoy ! Hermione nous a personnellement spécifié de fouiller chaque invité pour nous assurer qu'aucun des objets interdits pour la durée du bal n'entre dans la grande salle. »
Le serpentard poussa un grognement dédaigneux mais les laissa inspecter sa tenue.
« Je vois que tu possèdes un appareil photo, remarqua finalement l'un des deux enquiquineurs. Ceux-ci sont strictement interdits dans la grande salle, nous le gardons pour le moment, tu pourras le récupérer à la fin de la soirée. »
Drago bondit sur ses pieds, outré.
« Nom d'une licorne insomniaque ! Rugit-il avec indignation. C'est quoi cette histoire d'interdiction d'appareils photos ? Je ne vais pas essayer d'assommer quelqu'un avec l'objectif, je veux juste ramener quelques souvenirs ! »
S'il ne pouvait pas prendre le moindre cliché de Granger, alors les semaines éprouvantes qu'il avait passées à endurer le moindre de ses caprices n'auraient servi à rien. Cette pensée l'ulcérait.
« Désolé Malefoy, ordre de la préfète en chef. », répondit calmement l'autre élève.
Drago bouillait littéralement de rage. Cette sale fouine de Granger avait deviné son plan et décidé de le contrecarrer.
« Satanée face de harpie ! », s'étrangla-t-il en contemplant d'un œil impuissant son précieux appareil photo qui venait d'être jeté sur une pile d'objets confisqués.
Décidément, quand ce n'était pas Potter qui se faisait un plaisir de lui gâcher la vie, c'était Granger qui s'y mettait. Ce fichu groupe de gryffondor semblait s'être donné le mot pour lui empoisonner l'existence et le priver de ses seuls plaisirs.
…..
« Je me demande si on a bien fait de laisser Ron tout seul dans la salle commune, il avait l'air en état de choc. », s'inquiéta Harry en arrivant devant la grande salle, accompagné de Ginny, Hermione et de Jerky, l'elfe de maison désagréable.
La préfète en chef haussa les épaules, un sourire satisfait sur les lèvres.
« Ne t'inquiète pas pour lui, il s'en remettra, dit-elle joyeusement. Avec un peu de chance, il abandonnera aussi ce ridicule club de divination. »
Au départ, avoir Jerky comme cavalier ne l'avait pas du tout enchantée, d'autant plus qu'elle devait à Drago Malefoy cette agaçante tournure des évènements. Mais finalement, endurer les coups d'œil railleurs de ses condisciples ne l'atteignait pas tant que ça, surtout si ça lui permettait de scotcher cette expression d'horreur absolue sur l'irritant visage de Ronald Weasley.
La cerise sur le gâteau fut de constater l'amertume de Malefoy qui sirotait tristement un jus de citrouille frais, adossé contre un mur de la grande salle. Les deux préfets chargés de la sécurité des élèves lors du bal d'Halloween lui avaient rapporté la confiscation de son appareil photo un peu plus tôt dans la soirée et Hermione se réjouissait d'avoir pensé à les interdire. Après ce qui était arrivé à Harry, quelques semaines plus tôt, elle ne comptait pas faire elle-même la Une des journaux. Rita Skeeter ne l'aimait pas beaucoup depuis qu'elle l'avait fait chanter en quatrième année et lui donner du grain à moudre signerait sa perte à coup sûr. Après tout, on pouvait compter sur la journaliste à scandales pour détruire une réputation en quelques lignes de plume à papote acérée. Bref, Malefoy n'aurait jamais la moindre occasion de l'humilier et Ron regretterait longtemps de l'avoir contrariée. Tout allait donc pour le mieux.
« Quelle charmante soirée ! », s'exclama Hermione avec un sourire resplendissant.
Harry lui jeta un coup d'œil interrogateur mais ne lui demanda pas ce qui avait causé cette soudaine bonne humeur. Ginny venait de l'inviter à danser et son ton n'admettait pas la moindre contrariété. Il se prépara donc à endurer plusieurs heures de valses, slows, madisons et autres supplices mondains.
Alors qu'ils enchainaient leur vingtième danse sur une piste presque déserte, ce qui s'approchait sans doute de l'enfer sur terre, Harry vit Malefoy quitter le mur contre lequel il était resté avachi depuis le début de la soirée pour se diriger vers la sortie. Le serpentard discutait à voix basse avec un Serdaigle de sixième année qu'il ne fréquentait jamais d'ordinaire et cette vision intrigua tant le survivant qu'il fit un pas de travers et écrasa le pied de sa partenaire. Ginny poussa un cri de douleur et il s'excusa piètrement en la menant à une chaise, sans cesser de scruter son ennemi d'un œil curieux. Voyant que l'attention de son petit-ami n'était pas dirigée sur ses orteils meurtris, la jeune femme claqua la langue avec agacement.
« Suis-le au lieu de prendre cet air de sinistros battu ! », dit-elle finalement d'une voix pincée.
Harry lui avait tout avoué et bien qu'elle n'approuve absolument pas ce pari idiot, elle ne tenait pas non plus à ce que son petit-ami soit contraint à chanter la sérénade à un pitiponk devant tout le château. Elle tenait aussi à pouvoir marcher le lendemain matin et si Harry continuait à lui broyer les orteils à cause de son inattention, ce n'était pas garanti.
« Merci Ginny, je vais voir ce qu'il mijote et je reviens tout de suite ! », lui chuchota Harry avant de filer.
Malheureusement, sa cape d'invisibilité était restée au dortoir et il se retrouvait une fois de plus à chercher un moyen de ne pas se faire remarquer. Mais Malefoy et son compagnon ne se mirent pas en route pour les couloirs et quittèrent le château pour marcher dans le parc de Poudlard, ce qui facilitait un peu les choses. Harry se faufila à leur suite, passant d'un buisson à l'autre aussi furtivement que possible, et lorsqu'ils s'arrêtèrent finalement pour discuter, ils se trouvaient assez proche de lui pour qu'il puisse surprendre quelques brides de leur conversation.
« Où en sont les recherches ? Vous avez trouvé un remède ? », demanda Malefoy d'une voix empressée, visiblement nerveux.
Son condisciple secoua la tête avec tristesse.
« Pas encore. Mon oncle, celui qui est médicommage, cherche un moyen depuis des années mais ça ne donne rien. »
Livide, Malefoy passa une main tremblante sur son front.
« Je n'en ai plus pour beaucoup de temps, quelques mois tout au plus. Après il sera trop tard ! », gémit-il fébrilement.
Le serdaigle lui tapota l'épaule avec sympathie et lui murmura des paroles réconfortantes.
Harry quant à lui, n'en croyait pas ses oreilles. Que se passait-il ? Malefoy espérait un remède ? Il n'en avait plus que pour quelques mois ?
« Ne me dites pas qu'il est mourant ? », songea le sorcier, horrifié.
Il avait beau détester Drago Malefoy, le savoir gravement malade ne lui faisait absolument pas plaisir, au contraire. Après tout ce qui s'était passé entre eux, le serpentard faisait presque partie des meubles de Poudlard. Une année scolaire sans son ennemi juré lui paraitrait bien vide et ennuyeuse.
Plongé dans ces sombres pensées, Harry ne remarqua pas tout de suite le départ des deux autres sorciers. Quand il s'extirpa des buissons où il s'était plongé pour les espionner, ni Malefoy, ni le Serdaigle n'étaient en vue, il rentra donc dans le château en pressant le pas, l'air sombre. Oubliant une fois de plus la pauvre Ginny, il gravit les nombreux escaliers qui le séparaient de la salle commune des Gryffondors, déterminé à savoir tout de suite si le terrible secret de Drago Malefoy était en fait une mortelle et incurable maladie. Il donna le mot de passe à la grosse dame en omettant de la saluer, se rendit dans le dortoir sans croiser Ron qui s'était volatilisé entre temps, et trouva finalement le parchemin scellé au milieu du bazar qu'il avait tassé dans un coin de son dortoir. Harry contempla un instant l'objet qu'il tenait entre ses mains et qui lui révèlerait bientôt si son effroyable prédiction s'avérait juste.
« Allons, murmura-t-il pour se rassurer. Malefoy serait atteint d'une maladie grave et mortelle ? Il y a bien plus de chance pour que son patronus soit un dindon. Cette fouine est trop coriace pour mourir avant l'heure. »
A peine avait-il terminé sa phrase que le parchemin s'illumina et se descella sous ses yeux épouvantés.
« Par la barbe de Merlin ! », s'étrangla Harry en lâchant le morceau de papier qui s'écrasa sur le sol du dortoir.
Aussi improbable que cela puisse sembler, Drago Malefoy était condamné.
