J'espère que vous allez aimer ce chapitre ! Il n'en reste plus qu'un, et puis il faudra attendre que l'auteure publie à nouveau... J'aurai bien fini par la rattraper ! ;)
Titre du chapitre : « How my heart behaves », Feist.
Cissy battit des paupières, se forçant avec effort à garder les yeux ouverts. Elle se sentait lourde et courbaturée, comme si l'épuisement avait pénétré ses os, d'une manière ou d'une autre. Il lui fallut un moment pour réaliser qu'elle était étendue sur son lit à baldaquin, entièrement vêtue de son uniforme d'école. Elle s'assit avec un nouvel effort gargantuesque, ses pieds traînant lourdement sur les couvertures, et se rendit compte qu'elle portait même ses chaussures.
Quelque chose était arrivé. Elle avait été malade, peut-être. Ou elle avait décidé de s'asseoir et s'était endormie ; ça lui arrivait de plus en plus souvent ces jours-ci...
Elle s'assit d'un seul coup, droite comme un i, et le monde se mit à tourner bizarrement autour d'elle. Bella. Bella avait essayé de la faire manger. Et... et... quelque chose était arrivé... Cissy frissonna.
Quelque chose était arrivé. Elle s'était évanouie, et le monde avait été effacé, avait été temporairement transformé en une brume d'oubli tiède et rose. Quand avait-elle oublié ? Avant de s'évanouir ? Après ? Bella avait été là, et... Lucius Malefoy, réalisa-t-elle avec horreur. Il avait été là, lui aussi.
Elle réprima un grognement. Elle avait mal à la tête.
De l'autre côté du rideau vint un gloussement mal réprimé, et un ricanement qu'il était impossible de ne pas reconnaître, comme un petit cochon surexcité : un son qui ne pouvait venir que de Priscilla Parkinson. Priscilla avait passé toute la première année de Cissy, et une grande partie de sa deuxième, à s'assurer qu'il était impossible pour qui que ce soit d'oublier que la soeur de Cissy s'était enfuie avec un Sang-de-Bourbe... et Narcissa la méprisait pour ça.
- Je vous avais dit qu'elle n'était pas bien. Tout le monde sait qu'elle s'est évanouie, et sa soeur ne voulait même pas l'emmener à l'infirmerie.
- Chhht ! Elle va t'entendre!
Priscilla renifla d'un air dédaigneux.
- Et alors ?
Elle marqua une pause, et il y eut un bruit de mastication.
- Vous avez entendu comme il nous a parlé ? râla-t-elle au bout d'un moment. « Mettez-la au lit », comme si on était ses elfes de maison ou un truc dans ce genre. Qu'est-ce que ça peut lui faire, de toute façon ? Juste parce qu'il a un faible pour sa soeur...
Une bouffée de chaleur lui monta au visage, et Cissy écarta brutalement les rideaux. L'effet de sa soudaine apparition fut presque comique : les trois filles hurlèrent à l'unisson, et Priscilla tomba de son lit pour s'écrouler sur le sol. Elle fusilla Cissy du regard, furieuse, mais Narcissa se contenta de la dévisager d'un oeil noir en retour. Elle était fatiguée, elle avait faim, et elle s'en fichait si elles comptaient raconter des histoires sur elle toute la journée après ça : elle voulait seulement qu'elles la laissent tranquille.
Les deux autres tirèrent Priscilla sur ses pieds. Cissy aurait juré que les cheveux de la fille frisaient d'indignation. Elle ouvrit la bouche pour parler, écarlate et furieuse, mais Cissy fit un pas vers elle, la fusillant du regard comme si sa vie en dépendait, et elle sembla se raviser. Les autres filles eurent le souffle coupé.
- Oh, Cilla, sois prudente ! Tu ne sais pas ce qu'elle pourrait bien te faire !
- Peut-être qu'il y a une limite d'âge, et puis elles deviennent toutes folles !
- Tu n'as pas dit que sa soeur avait cassé le poignet de Camilla une fois ?
- Démis, répliqua Cilla en faisant la moue.
Cissy eut un regard mauvais. Comme cela ne les faisait que tressaillir, elle bondit brusquement pour saisir le poignet de Priscilla. Priscilla hurla et bondit vers la porte, serrant ses bras contre sa poitrine.
Cissy soupira. Il n'y avait pas si longtemps, le fait que toutes les filles de son âge pensaient qu'elle risquait de devenir folle et violente à tout instant, ou de s'enfuir avec un Moldu, avait été tellement affreux qu'elle arrivait à peine à le supporter, et le fait que Bella s'en fichait et n'avait aucune intention de l'aider n'avait fait que lui donner encore plus envie d'abandonner. Mais maintenant elle n'avait plus la force d'en être contrariée.
Il y avait un bol de porridge, glacé, sur sa table de chevet. Cissy donna un petit coup de cuillère sur la surface et fit la grimace. Treize ans. C'était pourtant bien assez pour que Bella remarque qu'elle avait une sainte horreur du porridge ?
Apparemment non.
Cissy sourit et donna un coup à la lourde masse dans le pot de fleurs sur la table d'à côté. Il contenait les jonquilles que Priscilla aimait tant, celles qui faisaient un bruit de klaxon ; elle soutenait que ç'avait été un cadeau de Saint Valentin, et les utilisait chaque matin en guise de réveil. Cela faisait une éternité que Narcissa essayait de les tuer, mais leur régime à base de thé froid, de vieux porridge et d'encre semblait leur réussir. Elle essaya de transmettre des pensées négatives dans leur direction pendant qu'elle se lavait et qu'elle se changeait. Un bruit de déglutition satisfait, émanant des profondeurs du pot, indiqua que les jonquilles profitaient de leur petit déjeuner dans la joie et la bonne humeur, et demeuraient voluptueusement inconscientes des pensées de cisailles et de limaces dévoreuses de chair dans l'esprit de Cissy.
(Pathétique, dirait Bella...)
Cissy les tourna vers le mur et se traîna d'un air abattu vers la salle commune, où Bellatrix l'attendait, sans aucun doute. Quoi qu'il soit arrivé la veille, il était peu probable qu'elle s'en tire aussi facilement.
La salle commune était vide.
Cissy parcourut deux fois la pièce du regard dans un silence prudent, parvenant à peine à y croire. Pas de Bella. Elle fronça les sourcils. D'ici là c'était la première journée de vraie chaleur de l'été, et tous les autres semblaient être partis à Pré-au-Lard pour en profiter. Les plus jeunes élèves étaient probablement occupés à bronzer près du lac ou à transpirer dans la bibliothèque. Mais le temps qu'il faisait n'avait jamais eu une grande importance pour Bellatrix. Telle qu'elle la connaissait, elle allait probablement se contenter de traîner Cissy dehors et de lui crier dessus au soleil.
En plus... Bella ne l'avait pas laissée seule depuis des semaines, et encore moins sans avertissement. Elle ne risquait pas de s'enfuir maintenant. Cela n'avait aucun sens.
Cissy souleva un coussin avec circonspection, cherchant un mot, ou un quelconque signe laissant présager un piège.
- Elle n'est pas ici.
Cissy émit un glapissement, puis rougit furieusement. Le propriétaire de la voix était Lucius Malefoy, étendu sur la chaise que sa soeur occupait habituellement, une dissertation (de l'écriture désordonnée et griffonnée à la hâte de Bella) se balançant vaguement du bout de ses doigts. Il fixait cette dernière, son expression un curieux mélange de dédain et d'inquiétude. Narcissa pencha la tête sur le côté, essayant de la lire elle-même, mais elle n'aperçut pas plus que les mots « il dit qu'il va... » s'étalant sur toute la largeur de la marge, avant que Lucius ne froisse le parchemin et ne le jette au feu. Cissy fronça les sourcils.
- Où est Bella ? demanda-t-elle d'un ton incertain.
- Je te l'ai dit. Elle n'est pas là.
Il marqua une pause.
- Elle est allée à Pré-au-Lard.
- Mais...
Le mot avait jailli de sa bouche avant qu'elle ne puisse l'arrêter, et quand il croisa son regard pour la première fois, Narcissa faillit se dégonfler.
- Mais... tu ne comprends pas, balbutia-t-elle. Elle ne me laisserait pas seule. Elle ne me laisse plus jamais seule...
- Et pourtant, c'est ce qu'elle a fait, dit Lucius d'une voix sans timbre.
Narcissa ouvrit la bouche pour protester, et puis la referma, prenant brusquement conscience de quelque chose. Bella n'était pas là. Oh, elle reviendrait, plus tard, mais pour le moment... elle n'était pas là. Elle ne pouvait la forcer à rien. Elle pouvait ne pas manger de toute la journée si elle voulait. Le soulagement la submergea, et elle sourit. Elle se sentit d'un seul coup plus légère que l'air, complètement détendue.
- Merci ! lança-t-elle à Lucius, et elle se détourna pour partir, avant que sa chance ne l'abandonne.
Elle était à mi-chemin de l'entrée de la salle commune quand elle marqua une pause et se retourna vivement une nouvelle fois, se rappelant qu'il y avait quelque chose d'autre qu'elle voulait demander.
Lucius, à sa grande surprise, s'était à moitié levé de sa chaise, comme pour essayer de l'empêcher de partir. Comme Cissy le dévisageait, il s'éclaircit la gorge et se rassit en hâte.
Narcissa se secoua.
- Je... euh. Je voulais te demander quelque chose, dit-elle, avec une grimace.
Lucius agita une main, comme pour dire « vas-y, demande », et elle se détendit un peu.
- Je... qu'est-ce qui s'est passé hier ?
- Tu t'es évanouie, dit Lucius, d'un ton désinvolte.
- Oh.
Narcissa voulait poser des questions sur l'espace vide et tiède dans sa mémoire, mais une partie d'elle n'osa pas. Elle se contenta plutôt d'un autre élément qui l'avait chiffonnée.
- Quand je me suis réveillée, dit-elle d'un ton hésitant, et que Bella est allée en retenue... Est-ce que tu m'as donné un somnifère ?
Lucius s'empourpra.
- Tu avais l'air un peu à bout, dit-il avec tact. J'ai pensé que ce serait peut-être une bonne idée de te laisser, ahem, récupérer. Tu...
- Pleurais ?
- Oui.
La gêne combattit la perplexité, et la perplexité gagna.
- Alors tu m'as mise au lit ? demanda Cissy, incrédule.
Malefoy haussa les épaules.
- Je ne savais pas vraiment ce que j'aurais pu faire d'autre avec toi. En plus, j'avais du travail.
Cissy le dévisagea. Lucius était bizarre. D'un autre côté, elle supposa qu'il avait essayé de l'aider. Elle aurait juste aimé pouvoir décider si sa méthode pour l'aider était plus ou moins égoïste que la réaction que Bella affectionnait et qui consistait à l'ignorer. Concrètement, il l'avait tout simplement débranchée, comme si elle était une émission de radio qui le mettait mal à l'aise.
- Merci, dit Cissy, sans vraiment savoir si elle le pensait ou non.
Elle se détourna pour partir, le visage en feu.
- Je pensais que tu pourrais rester.
Cissy se figea, et tenta de trouver une manière furtive de se pincer. Lucius tira sur son col d'un air gêné, l'air plus qu'un peu mécontent, et Cissy sentit la suspicion fleurir dans son ventre.
- C'est Bella qui a fait ça ? s'enquit-elle. C'est elle qui t'a convaincu de... de me servir de baby-sitter ?
Lucius émit une exclamation dédaigneuse, offensé.
- Bien sûr que non. Je ne suis pas le serviteur de ta soeur.
- Qui, alors?
Une horrible idée la frappa.
- Ce n'était pas Dumbledore, si ? Si c'est le cas, je vais écrire à mon père et...
- C'était Slughorn, coupa Lucius.
Narcissa déglutit, humiliée.
- Eh bien, dit-elle d'un ton sec, tu peux lui dire que je n'ai pas besoin d'une baby-sitter. Je vais bien, et c'est le weekend. A moins qu'il ne veuille me mettre en retenue, tu peux lui dire que je vais très bien, merci beaucoup.
Elle s'arrêta pour reprendre son souffle, haletante. Elle ne s'était pas mise aussi en colère depuis sa dispute avec Sirius. C'était un sentiment nouveau.
Lucius l'observa un moment, plissant les yeux.
- Tu ne m'as pas demandé pourquoi il pense que tu as besoin d'aide, dit-il lentement.
- Parce que je n'en ai pas besoin !
- Alors pourquoi est-ce qu'il penserait que c'est le cas ?
La question était venue du tac au tac, et lui cloua le bec.
- Tu ne l'as pas demandé, continua Lucius, ce qui pourrait suggérer que tu le sais déjà.
- Eh bien non, dit sèchement Narcissa, et puis elle se rappela où elle était et à qui elle parlait.
Une nouvelle flamme d'embarras lui brûla la poitrine.
- Désolée, balbutia-t-elle. Mais non. Au revoir.
Narcissa reprit son souffle à mi-chemin de la volière, et s'assit lourdement sur les marches, enroulant ses doigts autour du fer de la rampe. Une cage, songea-t-elle, et puis elle se demanda pourquoi elle avait bien pu penser ça. Elle resserra sa prise.
Son ventre s'était remis à se contracter et elle avait un peu la nausée. Sa vie semblait lancée dans une spirale bien au-delà du domaine du raisonnable, et elle ne pouvait strictement rien faire contre ça. Bellatrix commençait à ressembler à une étrangère, jamais tout à fait sur la même longueur d'onde qu'elle... tandis que Lucius Malefoy devenait bien trop réel. Son inquiétude irritable la laissait déséquilibrée, comme si un portrait s'était avancé pour lui donner un petit coup.
Cissy pressa ses paumes contre la pierre fraîche de la marche et prit une profonde inspiration, s'efforçant de se remettre d'aplomb. Elle tressaillit en entendant des pas qui s'approchaient.
- Enfin, dit sèchement Lucius. Est-ce que tu as la moindre idée du temps que ça m'a pris pour te trouver?
- Non, marmonna Cissy.
- Plus de temps que je n'en ai à perdre. Qu'est-ce que tu fais là-haut ?
Rien, songea Cissy avec désespoir. C'est l'idée.
Comme elle ne répondait pas, cependant, Lucius soupira. Il s'appuya contre le mur, fronçant les sourcils.
- Quelle fille bizarre.
- Pourquoi tu fais ça ? articula enfin Cissy.
- On me l'a demandé.
- Je sais, mais...
Cissy fronça les sourcils.
- Tu n'es pas obligé. Tu vas bientôt partir, et tu es déjà préfet-en-chef. Pourquoi te donner la peine ?
Lucius haussa les épaules.
- Slughorn est un homme puissant, à sa manière. Il a certainement des relations. Et avoir des relations, ça peut être utile, dit-il d'un ton méditatif. Je ne crois pas que ce soit une si mauvaise idée de tenir compte de lui.
- Tu penses toujours aux gens comme ça ?
Lucius baissa les yeux vers elle, les sourcils froncés.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je... eh bien... est-ce que tu l'aimes bien ?
- Slughorn ? Pas particulièrement.
- Tu aimes bien Dumbledore ?
- Je pense qu'il est probablement la pire chose qui soit jamais arrivée à cette école.
- Tu aimes bien Bella ?
- Elle m'exaspère.
- Tu aimes bien ton père ? demanda Narcissa, curieuse.
- Je ne pense pas.
Narcissa cligna des yeux.
- Il n'y a personne que tu aimes bien ?
Lucius sembla y réfléchir.
- Il y a des gens avec qui je partage des opinions.
- Mais tu ne les aimes pas vraiment.
- Pas particulièrement. Je ne suis pas sûr de voir où tu veux en venir.
- Je... hum. Ce n'est pas grave.
- Bien. Maintenant, cesse de faire des problèmes.
Il tendit une main, et après un instant de réflexion, Narcissa la prit. Le simple fait qu'elle tenait la main de Lucius Malefoy l'aurait normalement réduite à un état d'incohérence vertigineuse, mais elle semblait incapable d'abandonner les pensées qui l'occupaient actuellement. Elle avait l'intuition que cela mènerait à quelque chose d'important, si seulement elle parvenait à ordonner ses idées.
- Mais tu aimes Poudlard, lâcha-t-elle.
Lucius marqua une pause.
- Oui.
- Et tu aimes être un Malefoy.
Lucius sembla temporairement offensé.
- Bien sûr que oui.
- Et...
Narcissa se mordit la lèvre.
- Et tu es d'accord avec... avec ce qui se passe. Tous ces... incidents, tous ces trucs comme ça, dans la Gazette.
- Il faut bien que quelqu'un prenne position.
Narcissa cligna des yeux. Elle y était.
- Tu aimes les idées, murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour quiconque. Tu aimes les idées plus que les choses réelles...
Lucius se figea. Puis il lâcha sa main, et se détourna abruptement.
- J'ai du travail, dit-il d'un ton sec. J'aimerais bien des O à mes ASPIC.
Il s'en alla en trombe, descendant les escaliers sans se retourner.
Narcissa ne voyait pas son visage, et quand elle rouvrit la bouche, elle se rendit compte que les mots ne venaient pas.
Ne t'inquiète pas, voulait-elle lui dire. Moi aussi.
Narcissa entra dans la salle commune à petits pas et prit une profonde inspiration, priant pour que son courage ne lui fasse pas défaut.
Lucius était assis devant le feu, le nez dans un livre et le coude posé sur une pile d'ouvrages. Le reste de la salle commune semblait désert – ce qui n'était pas une surprise, vu le temps qu'il faisait. Il y avait d'autres livres sur la table basse, au milieu de restes de déjeuner sur un plateau et d'une avalanche de parchemins qui étaient tombés par terre sans qu'il les remarque.
Cissy s'avança prudemment et se mit à ranger. Elle avait redressé l'amas de livres et rassemblé tout ce qu'il restait du déjeuner avant que Lucius ne lève les yeux. Elle balaya les rouleaux de parchemin d'un coup de baguette et puis s'assit près de lui, fixant ses mains.
- Tu peux dire au professeur Slughorn que tu gardes un oeil sur moi, dit-elle à voix basse.
Silence.
- Je suppose que tu veux aller déjeuner, dit Lucius d'un ton fatigué.
- Oh non. J'ai déjà mangé.
Ce n'avait été qu'un petit pain, mais Cissy ne considérait franchement pas ce détail comme valant la peine d'être mentionné. Elle hésita.
- Je pensais que je pourrais peut-être t'aider à réviser, proposa-t-elle enfin.
Lucius lui lança un long regard.
- Vérifie mes réponses dans le livre, dit-il enfin. Note tout ce qui est faux, repasse-le moi. Ne me distrais pas.
Narcissa acquiesça, mais il avait déjà disparu dans un autre livre. Elle ramassa le rouleau de parchemin le plus proche et souleva Histoire de la Magie, Niveau 7, dans sa main gauche. Après un petit moment, elle le lui repassa, et se blottit plus confortablement.
- Ton orthographe est lamentable, nota Lucius.
- Quoi ?
- C'était Bogric le Bon. Pas Bogril. Fais attention.
Narcissa fronça les sourcils, écartant ses cheveux de ses yeux.
- J'ai écrit « Bogric », dit-elle d'un ton patient. C'est un C, pas un L. Comme ça.
Elle trempa sa plume dans l'encrier le plus proche et tira sa main vers elle.
- Tu vois ? dit-elle, en pointant la partie duveteuse de la plume. « Lucius ». Un C et un L.
Lucius la dévisagea.
Narcissa laissa tomber sa main en sentant la rougeur jaillir de son cou.
- Je... désolée, marmonna-t-elle. Je suis fatiguée.
Lucius ouvrit la bouche et elle rougit, attendant le commentaire, la remarque sournoise l'incitant à garder ses mains et son encre pour elle... la remarque qu'aurait faite Bella.
Elle ne vint pas.
Lucius ferma la bouche, apparemment interloqué. Cissy avait la drôle d'impression qu'il aurait moins été surpris si elle l'avait giflé.
- Je suis désolée.
Lucius secoua la tête.
- D'accord, marmonna-t-il.
Il jeta un coup d'oeil à l'horloge sur la cheminée et émit un soupir irrité.
Il attendait le retour de Bella. Narcissa déglutit, la bouche très sèche d'un seul coup.
- Est-ce que tu l'aimes ? demanda-t-elle à voix basse.
- Quoi ?
- Bella. Est-ce que tu l'aimes ?
Si elle trouvait qu'il l'avait dévisagée plus tôt, ce n'était rien comparé au regard qu'il lui lançait à présent.
- Pourquoi diable est-ce que tu pourrais bien penser ça ? demanda-t-il. Je ne l'apprécie même pas.
Cissy se mordit la lèvre.
- Je ne l'apprécie pas beaucoup, parfois. Mais je l'aime quand même.
Lucius émit un grognement méprisant.
- Je peux t'assurer que je ne suis pas amoureux de ta soeur. Je n'y crois même pas.
- En l'amour ?
- Bien sûr que non. C'est un concept enfantin, rien de plus.
- Moi, j'y crois.
Lucius rit.
- Je m'en serais douté.
Cissy ressentit une démangeaison brûlante sous l'effet de la gêne, et d'un seul coup, elle se sentit de nouveau en colère.
- Qu'est-ce que tu fais, alors ? demanda-t-elle. Avec Bella, je veux dire. Tu ne l'aimes pas, tu ne l'apprécies pas, mais vous passez tout votre temps ensemble et vous mentez tous les deux. Je sais que vous n'êtes jamais allés en France ensemble. Elle oublie à chaque fois que je lui en parle, sauf quand elle a le temps de se souvenir que c'est un mensonge. Et toi, tu es revenu au château au milieu de la nuit, couvert de sang... je t'ai vu.
- Mon père a eu un accident, lança Lucius. Il boit. Je l'ai aidé à se relever, c'est tout. Rien de sinistre.
- Et la France ?
Lucius soupira, clairement agacé.
- J'avais besoin de son aide. Avec mon père, tu comprends... Je ne voulais pas que sa condition soit connue du grand public, alors je l'ai convaincue d'inventer une histoire quelconque.
Cissy fronça les sourcils.
- Pourquoi est-ce que Bella pourrait bien se soucier de ton père ? Elle ne se soucie de personne. Et je ne pense même pas qu'elle t'aime bien.
- Je n'ai jamais dit qu'elle n'avait rien à y gagner.
- Qu'est-ce qu'elle avait à y gagner ?
Lucius haussa les épaules.
- Je sais que tu le sais, dit Cissy d'un ton désespéré. Je sais que tu le sais, et tu ne veux pas me le dire. Et Bella ne veut rien me dire.
- Ce n'est pas mon problème.
- Elle a des ennuis ?
Lucius remua d'un air gêné.
- Bien sûr que non. Je l'ai juste présentée à quelqu'un, c'est tout.
- Alors... alors... c'est un homme ?
Son regard se posa brièvement sur elle, et puis se déroba.
- Quoi ?
Narcissa lissa sa jupe, son coeur battant juste un tout petit peu trop vite.
- Elle a des secrets, dit-elle d'un ton posé. Elle sort en cachette, et elle ne veut rien me dire, et elle ment à nos parents... c'est... c'est ce que faisait Andromeda. Ce n'est pas un Sang-de-Bourbe. Promets-moi juste que ce n'est pas un Sang-de-Bourbe, je t'en prie...
- Bien sûr que non, dit Lucius avec dédain, et pendant un instant il donna l'impression d'être carrément sur le point de rire. Ne sois pas ridicule. Tu imagines vraiment ta soeur...
Il s'interrompit. Apparemment, certaines idées étaient trop baroques pour être imaginées.
Cissy entortilla ses doigts sur ses genoux. Avec un suprême effort de volonté, elle leva les yeux et croisa son regard.
- C'est bien ce que je veux dire, dit-elle d'un ton triste. Je ne l'imaginais pas.
