Note d'auteur : Ah, on arrive au chapitre que je préfère :) Je ne saurais pas trop vous dire pour quoi, j'ai adoré aussi "En proie au doute", mais celui là, le prompt est celui que je préférais dans toute la liste et puis je l'ai écrit très facilement. Et puis j'ai aussi l'impression que c'est lors de l'écriture de cet OS que j'ai arrêté d'écrire Asteria en m'inspirant de ma propre façon de penser, j'en ai fait un personnage à part entière, sans que ce soit juste la projection de ce que j'aurais voulu être/vivre et je m'y suis encore plus attachée :)

Donc ce chapitre répond au prompt "Les nuits d'orage", il date de mars 2013.

Un grand merci à Madelline pour ses corrections sur cet OS !

Bonne lecture !


Le Manoir des Malefoy se dressait telle une forteresse inébranlable sous les violentes bourrasques d'un vent qui annonçait un orage. Le ciel était sombre, le soleil allait bientôt se coucher. On était en janvier, les jours étaient courts, mais les nuages gris donnaient l'impression que la nuit était déjà tombée depuis longtemps. Un grondement retentit au loin et Asteria s'emmitoufla un peu plus dans sa cape. Elle n'avait pas peur de l'orage, non, même s'il lui arrivait de ne pas pouvoir dormir avant que le tonnerre ait cessé. C'était la raison pour laquelle elle se trouvait ici qui l'effrayait.

L'état de santé de Narcissa Malefoy avait commencé à se dégrader après le procès de leur famille. La fortune des Malefoy – bien que leur procès leur eût coûté beaucoup d'argent, ils étaient loin d'être ruinés – avait permis de payer les meilleurs Médicomages pour l'aider à se rétablir mais rien n'y faisait, elle allait de plus en plus mal. L'hiver avait été rude et n'avait fait qu'empirer le mal. Bien qu'Asteria eût affirmé à Drago ne pas vouloir précipiter les choses, il avait insisté pour la présenter à ses parents avant que sa mère ne soit dans un état trop critique pour recevoir des visites. Asteria n'avait pas eu le cœur à lui refuser cela, et puis elle savait que ses propres parents n'avaient aucun lien avec les Malefoy aussi ces derniers n'iraient-ils pas leur parler de la relation de Drago et Asteria.

Elle saisit la chaînette d'une cloche qu'elle tira vigoureusement pour se faire entendre à travers les hurlements du vent. Presque aussitôt, elle vit la porte du Manoir s'ouvrir sur un elfe de maison. Il traversa le parc en retroussant son tablier pour ne pas tomber et vint lui ouvrir la grille en s'inclinant profondément devant elle. Elle le salua amicalement, comme elle avait l'habitude de le faire avec l'elfe des Greengrass. Il lui fit signe de le suivre et se mit à trottiner devant elle. Asteria observa le parc dans lequel elle entrait pour la première fois. Elle entendit un cri étrange et scruta à travers les bosquets, pour apercevoir un oiseau blanc auquel il manquait de nombreuses plumes mais qu'elle identifia comme un paon.

Elle accéléra le pas pour rattraper l'elfe, ne pouvant s'empêcher de froncer les sourcils en voyant les buissons de buis laissés à l'abandon au lieu d'être taillés. L'herbe envahissait les graviers de l'allée qu'elle traversait, et plus elle approchait du Manoir, plus elle apercevait les fissures dans la pierre et les plantes qui prenaient possession des murs. Elle savait pourtant que malgré les sommes importantes que les Malefoy avaient dû payer à l'issue de leur procès, ils étaient loin d'être ruinés. Cette négligence était donc volontaire ? Elle se promit de poser la question à Drago une fois qu'ils seraient tous les deux.

L'elfe poussa la lourde porte en chêne et la laissa passer la première. Elle s'introduisit dans la demeure et fut frappée par l'atmosphère lugubre qui y régnait. Elle s'attendait à un peu de négligence, à l'instar du parc, à quelques toiles d'araignées, mais pas à ces quelques torches sur les murs diffusant une lumière sinistre, à ces tableaux sur les murs qui semblaient dormir dans l'ombre, prêts à bondir… Elle frissonna, ayant la désagréable impression de se retrouver dans château hanté… Ce fut avec plaisir qu'elle suivit l'elfe jusqu'à une porte de bois blanc – ou qui avait dû l'être dans le temps car présentement, elle était plutôt d'un gris poussiéreux, la peinture s'écaillant par endroits.

Elle poussa la porte. La pièce, dont les murs étaient couverts de livres, semblait déserte. Aussi Asteria sursauta-t-elle lorsqu'un toussotement se fit entendre, venant d'un fauteuil qui lui tournait le dos.

— Je… je suis Asteria Greengrass, balbutia-t-elle. Votre elfe m'a dit d'aller dans cette pièce pour…

— … vous présenter à moi, continua la voix. Oui, je sais, c'est moi qui le lui ai demandé.

L'homme se leva enfin, dévoilant son apparence, et Asteria étouffa à grand peine un cri d'effarement. Lucius Malefoy, car c'était lui à n'en pas douter, avait une barbe de plusieurs jours, ses yeux étaient injectés de sang et cernés comme s'il n'avait pas dormi depuis plusieurs nuits, sa démarche titubante, ce qu'elle attribua au flacon de whisky dans sa main, et ses vêtements poussiéreux comme s'il n'avait pas bougé de ce fauteuil depuis des jours. Il s'avança vers elle, se raccrochant aux meubles, et elle ne put s'empêcher de reculer à mesure qu'il s'approchait d'elle.

— Je vous fais peur, miss Greengrass ? demanda-t-il d'une voix rauque mais étonnamment claire quand on voyait son allure.

— Non, répondit-elle d'une voix tremblante en s'immobilisant. Mais je ne vais pas vous déranger plus longtemps, j'étais juste venue me présenter.

Elle fit un pas vers la porte et fut soulagée de voir qu'il n'essayait pas de la rattraper. Qu'avait-elle craint ? Mr Malefoy n'était sans doute pas du genre à faire des avances aux petites amies de son fils, même ivre il devait conserver une certaine dignité. En tout cas il ne la rappela pas, se contentant de la fixer de son regard rendu brillant par l'alcool tandis qu'elle sortait de la pièce.

A son grand soulagement, Drago l'attendait hors de la pièce. Elle lui sourit, essayant de masquer son trouble, mais il le devina sans peine.

— Je suis désolé que tu aies eu à rencontrer mon père. Il était ivre ?

— Il marchait en se raccrochant aux meubles mais peut-être avait-il seulement mal à une jambe, répondit Asteria.

Elle ne savait pas bien pourquoi elle faisait semblant de n'avoir rien vu. Drago était le premier au courant des problèmes de son père, il ne servait à rien de les lui cacher. Elle soupira et reprit :

— Oui, il était ivre.

Drago ne dit pas un mot, se contentant de lui prendre la main pour l'emmener à l'étage. Un éclair fendit le ciel, illuminant soudain toute la maison d'une lueur blafarde, mettant en valeur les toiles d'araignées et Asteria eut une nouvelle fois l'impression de visiter un château hanté. Elle s'attendait à tout moment à voir surgir un fantôme, comme à Poudlard, ou un vampire assoiffé de sang… Instinctivement elle raffermit sa prise sur la main de Drago.

Ils marchèrent silencieusement le long d'un couloir. Asteria aurait aimé qu'il lui dise un peu où ils allaient, quelle était cette pièce derrière cette porte, qui était cet homme sur ce portrait, mais elle se tut, consciente qu'il devait avoir la tête à autre chose. Son visage était fermé, froid, comme rarement lorsqu'il était avec elle.

Il s'arrêta devant une porte et lui fit signe de ne pas faire de bruit. Il l'entrebâilla puis l'ouvrit en grand et invita Asteria à entrer. Elle s'attendait à entrer dans une pièce très sombre, rappelant une chambre mortuaire, aussi fut-elle très surprise par la luminosité de la chambre. Les rideaux de chaque fenêtre avaient été tirés et de nombreuses lampes étaient allumées, ce qui donnait une agréable impression de chaleur en comparaison du reste de la demeure. On voyait le ciel gris foncé à travers les grandes fenêtres et de temps en temps un éclair fendait les nuages, suivi d'un roulement de tonnerre. Il faisait bien plus sombre que lorsqu'elle était entrée dans le manoir, aussi devina-t-elle que la nuit était bientôt tombée.

— Maman, murmura Drago. Asteria est là.

Il lui reprit la main et l'invita à s'approcher. Enfin Asteria la vit. Narcissa Malefoy, assise dans un très beau fauteuil, un livre posé sur ses genoux. Ses pommettes étaient saillantes, des cernes violets bordaient ses yeux, elle était très amaigrie. Malgré tout, elle gardait une certaine majesté, elle se tenait droite, le regard encore vif, et sourit à Asteria lorsqu'elle la vit.

— Bonjour, Mrs Malefoy, souffla cette dernière en lui adressant un petit hochement de tête en guise de salut.

— Bonjour Asteria, répondit Narcissa d'une voix calme mais rauque comme si elle n'avait pas parlé depuis longtemps. Excusez-moi, je ne peux pas me lever. Mais prenez donc un siège, et toi aussi Drago.

Elle agita sa baguette magique et fit venir deux fauteuils face à elle. Asteria s'assit dans l'un d'eux suivie de Drago. Il lui sembla fébrile, et fixait sa mère comme s'il avait peur qu'elle disparaisse. Narcissa était faible, mais semblait en pleine possession de ses capacités mentales, était-elle en si mauvaise santé que cela ? Peut-être Drago s'alarmait-il inutilement… Elle décida de se comporter avec Narcissa comme si elle avait face à elle une personne parfaitement saine, juste un peu fatiguée, car il n'était pas utile que Mrs Malefoy se sente prise en pitié par la petite amie de son fils.

— Je suis très heureuse de vous rencontrer, Asteria, murmura Narcissa. Vous êtes ravissante.

Asteria fut surprise par ce compliment mais se contenta de la remercier.

— Mon fils m'a parlé de votre passion pour l'astronomie, reprit-elle. Je ne m'y suis jamais intéressée, ni mon mari, alors que je viens d'une famille où l'on donne des noms d'étoiles aux enfants. Mes sœurs s'appelaient Bellatrix et Andromeda et j'avais deux cousins du nom de Sirius et Regulus, pour vous donner une idée.

Elle fut prise d'une quinte de toux et Drago se précipita pour la prendre par les épaules. Asteria ne lui avait jamais vu l'air aussi inquiet. Mais Narcissa lui fit signe que tout allait bien, même si sa respiration restait sifflante et regarda à nouveau Asteria.

— J'ai fait monter ici plusieurs ouvrages de notre bibliothèque… Si certains vous intéressent, prenez-les, je préfère les savoir dans les mains de quelqu'un qui saura les apprécier à leur juste valeur, plutôt qu'ici à prendre la poussière.

Elle lui désigna une pile d'une vingtaine de livres. Asteria les regarda, ébahie. Elle se leva et prit le premier pour le consulter.

Mythe et origines des constellations, murmura-t-elle en l'ouvrant pour le feuilleter.

— Ce livre n'existe qu'en cinq exemplaires, précisa Narcissa. Il a une très grande valeur.

Asteria referma l'ouvrage et le posa sur une table, déboussolée.

— Je… je ne peux pas accepter, murmura-t-elle. Tous ces livres sont très anciens, ils vous ont coûté une fortune, vous ne pouvez pas me les donner…

— J'y tiens, rétorqua Narcissa avec fermeté. Je veux qu'ils servent à quelqu'un. Et puis ils ne quitteront pas complètement la famille, de cette façon.

Asteria vit Drago s'agiter du coin de l'œil. La phrase de Narcissa était claire : elle la voyait comme sa future belle-fille. Ne souhaitant pas la perturber, elle ne dit rien, mais jeta un regard à Drago qui détourna aussitôt la tête. Ils allaient avoir une sérieuse explication. Ne semblant pas percevoir la tension qui venait de s'installer, Narcissa ajouta :

— Nous en avons d'autres, vous pourrez venir les consulter autant qu'il vous plaira. Mon mari est souvent dans la bibliothèque, mais il ne vous dérangera pas. A moins que vous ne vous métamorphosiez en flacon de whisky, bien entendu.

Elle avait dit cette phrase avec une grande lassitude, sans même une once d'humour. Elle était parfaitement consciente de l'état de son époux et ne semblait pas s'en inquiéter. Elle avait sans doute déjà bien assez à faire avec ses propres problèmes de santé. Elle fut prise d'une nouvelle quinte de toux, plus forte que la précédente. Elle adressa un regard à Drago qui l'aida à se lever et la conduisit jusqu'à son lit. Asteria vit alors à quel point elle était faible. On voyait ses chevilles dépasser de sa robe de chambre en soie, maigres et fragiles. Un éclair illumina la pièce, accentuant l'aspect fantomatique de Narcissa Malefoy. Le roulement de tonnerre qui suivit fut plus fort que les autres et plus rapproché de l'éclair. Asteria n'était par superstitieuse, loin de là, mais elle ne put s'empêcher de penser que cette soirée devenait de plus en plus lugubre, digne d'un roman d'épouvante.

Lorsque Narcissa fut allongée, Drago alla tirer les rideaux des fenêtres et éteignit quelques lampes. Il s'assura que sa mère avait sa baguette magique puis l'embrassa sur le front et sortit de la chambre. Asteria le suivit après avoir salué Mrs Malefoy d'un timide signe de la main, signe qu'elle lui rendit, donnant l'impression que le simple fait de lever son bras lui demandait un effort surhumain.

Drago referma la main puis prit Asteria par la main avant de se mettre à marcher le long du couloir. Une fois de plus son visage était fermé, mais ses sourcils froncés trahissaient son inquiétude. Mrs Malefoy paraissait en effet très faible, il était normal qu'il s'angoisse pour elle. Asteria se demanda si elle serait aussi soucieuse s'il arrivait la même chose à sa propre mère. Toutes les tensions qui régnaient entre elles les avaient peu à peu éloignées l'une de l'autre, elle ne savait pas bien ce qu'elle ressentirait sur le moment. De la tristesse, sans doute, c'était tout de même sa mère, mais serait-elle aussi bouleversée que le semblait Drago en cet instant ?

— Ca va ? lui demanda-t-elle doucement en serrant sa main.

Il hocha la tête sans répondre et elle choisit de ne pas insister même si son silence commençait à devenir pesant. Ils descendirent les escaliers et elle eut soudain peur qu'il ne l'emmène revoir son père. Mais à son grand soulagement il l'entraîna dans la direction opposée. Il ouvrit une porte au bout d'un couloir, donnant sur une pièce qui parut enfin chaleureuse à Asteria : la cuisine. En effet, tout y était parfaitement entretenu, les batteries de casseroles en cuivre rutilaient sur les murs, les placards semblaient parfaitement rangés et il régnait une douce odeur de cannelle.

— Hetty, dit soudain Drago, tu peux nous préparer deux thés noirs, s'il te plait ?

— Tout de suite, monsieur ! couina l'elfe qu'Asteria venait d'apercevoir.

Elle fut surprise de le voir parler si correctement à un elfe de maison. Oh bien sûr, elle savait que ceux-ci avaient un peu plus de droits, notamment celui d'être bien traités par leur propriétaire – le bruit courait que l'on essayait de faire passer une loi pour qu'ils soient payés, ce qu'elle trouvait très bien. Et il avait d'ailleurs été prouvé qu'un elfe traité correctement travaillait beaucoup mieux. Mais Drago n'était pas le genre d'homme à se soucier du sort des petits êtres comme les elfes, il était bien trop égoïste pour cela. Mais depuis leur procès, il devait faire très attention à ne pas s'écarter du droit chemin et bien traiter ses domestiques en faisait partie.

— C'est l'elfe de votre famille ? demanda Asteria.

— Oui. Hetty travaille chez nous depuis bientôt douze ans mais celui qui l'a précédée, Dobby, a servi trois générations de la famille Malefoy. Mon père l'a affranchi… accidentellement.

Elle fut heureuse de le voir sourire un peu. Hetty leur apporta leurs thés dans de belles tasses de porcelaine. Elle proposa du sucre à Asteria qui en prit deux tandis que Drago n'en prenait qu'un. Ils ne parlèrent pas, seul le bruit de leurs cuillères mélangeant thé et sucre rompait le silence. Drago suivit l'elfe du regard alors qu'elle sortait de la cuisine et murmura lorsqu'elle eut fermé la porte :

— Elle a une bonne nature, je la plains un peu d'être tombée sur notre famille.

— Il y a pire, répondit Asteria. Et puis tu la traites bien, j'imagine que ça doit être pareil pour ton père et ta mère.

— Elle s'occupe très bien de ma mère, c'est une fantastique petite infirmière. Enfin… autant que peut l'être un elfe de maison, ajouta-t-il très vite comme s'il ne voulait pas montrer son affection pour Hetty, pourtant flagrante. Et puis mon père… il ne fait pas attention à elle, sauf lorsqu'elle fait des bêtises. Avant ma mère intervenait avant qu'il ne la menace comme il le faisait pour Dobby, maintenant j'essaie le faire, mais elle n'y échappe pas toujours. Il ne la bat pas, il ne l'a jamais fait, il se contente de la menacer de lui couper les deux oreilles si elle recommence.

Drago haussa les épaules comme si cela lui était indifférent. Il but une gorgée de thé et fixa le ciel à travers la fenêtre. La nuit était complètement tombée mais les nuages cachaient les étoiles. De temps en temps un éclair déchirait le ciel, sans que la pluie tombe jamais.

— Tu crois qu'elle va mourir ? souffla soudain Drago, si bas qu'Asteria eut de la peine à comprendre ce qu'il disait.

Elle hésita. L'état de santé de Narcissa Malefoy ne trompait pas, elle était très mal en point. Mais elle n'était pas Médicomage, elle ne pouvait rien affirmer…

— Je ne sais pas, murmura-t-elle. Elle a toute sa tête, et puis tu t'occupes bien d'elle… Les Médicomages ne vous ont rien dit concernant sa maladie ?

Il secoua la tête et but à nouveau une gorgée de thé tandis qu'un grondement sourd meublait le silence. Asteria cherchait un sujet de conversation plus léger mais rien ne lui venait, et elle avait peur qu'il ne croie qu'elle se fichait de ses problèmes en voulant parler d'autre chose. Elle regrettait surtout qu'il ne s'ouvre pas plus à elle, qu'il reste si distant dans un tel moment alors qu'elle aurait tout fait pour le réconforter.

— Je suis sûre que ça va s'arranger, murmura-t-elle.

— Qu'est-ce que tu en sais ? Tu es Médicomage peut-être ?

Asteria se figea au ton sec qu'il employa. Il ne lui avait jamais parlé aussi brusquement depuis qu'ils étaient ensemble et même si elle comprenait qu'il ait des circonstances atténuantes, cela lui déplaisait beaucoup.

— J'essaie juste de t'aider, répliqua-t-elle.

— En me donnant de faux espoirs ? Tu ne sais même pas ce qu'elle a, quel intérêt de faire semblant d'être optimiste ?

Asteria vit ses poings serrés et ses jointures devenir blanches sous l'effort qu'il fournissait. Elle craignit soudain qu'il perde le contrôle de lui-même et s'en prenne à elle… Elle porta sa main à sa baguette, dans la poche de sa robe. Être obligée de prendre ce genre de précaution lui fendait le cœur mais elle ne reconnaissait plus Drago.

— Ton père aussi est dans un état inquiétant, ajouta Asteria. Je suis sûre que si tu t'occupais aussi bien de lui que tu t'occupes de ta mère, il irait beaucoup mieux et ça te ferait un poids en moins…

Il redressa la tête et la fusilla du regard.

— Tu crois que je délaisse mon père pour ma mère ? Tu crois que sa santé à lui ne me préoccupe pas ? Mais qu'est-ce que tu peux y comprendre, de toute façon ?

— Pardon ? demanda Asteria, incrédule.

Drago se leva brusquement et elle raffermit sa prise autour de sa baguette. Mais il ne se dirigea pas vers elle, se contentant de s'appuyer sur le buffet, comme s'il portait le monde sur ses épaules. Il ne répondit pas à sa question, demeurant muet et le regard vague. Asteria insista, intriguée de savoir ce qu'il avait voulu dire :

— Je ne saisis pas…

— Asteria, par Merlin ! s'exclama-t-il sans cacher sa colère. Je t'ai toujours entendu dire que tes parents te rendaient la vie impossible, qu'ils préféraient ta sœur à toi, et que tu n'entretenais avec eux qu'une relation cordiale. Comment peux-tu seulement imaginer ce que je ressens ? Tu t'en moquerais si ton père ou ta mère tombait gravement malade, de toute façon tu les as déjà presque rayés de ta vie !

Asteria le fixa, ébahie. Comment osait-il dire une chose pareille ?

— Et s'il te plaît, épargne-moi un de tes numéros de tragédienne grecque, je n'ai vraiment pas la tête à t'écouter te plaindre, soupira-t-il.

Elle n'arrivait plus à comprendre, pourquoi était-il si méchant ? Elle essayait de l'aider, elle voulait le soutenir…

— Drago, commença-t-elle, je n'ai pas l'intention de…

— Bon sang, tais-toi ! cria-t-il, la faisant sursauter. Je n'aurais jamais dû t'amener ici, jamais tu n'aurais dû voir ma mère dans cet état… Et mon père… Tu vois un peu où je vis ? Ce que j'endure, tous les jours ? La maison tombe en ruine, la santé de ma mère se dégrade de jour en jour, mon père passe ses journées à boire, enfermé dans la bibliothèque… Et toi, tu es là, à me dire que tout va s'arranger ? Si tu prenais ma place ne serait-ce qu'une journée, tu perdrais vite cet espoir, crois-moi.

Asteria aurait dû être envahie par la compassion, se taire pour respecter la douleur de Drago, mais elle ne fit rien de tout cela.

— Tu juges sans savoir, répondit-elle d'une voix tremblante. Tu prétends que je ne pourrai jamais comprendre ce que tu ressens mais tu n'es pas plus capable que moi d'appréhender mes réactions. Je ne tolérerai pas que tu te défoules sur moi, je ne suis pour rien dans tes problèmes.

Consciente que si elle restait plus longtemps elle dirait de nombreuses choses regrettables, elle sortit de la cuisine sans un mot de plus. Elle traversa tout le couloir, passant devant la bibliothèque dont la porte était close. Après une brève hésitation, elle décida de ne pas annoncer à Mr Malefoy qu'elle s'en allait, elle ne tenait pas à le revoir. L'elfe de maison se tenait près de la porte d'entrée et lui tendit sa cape. Asteria la remercia et lui adressa un sourire sans joie avant de sortir de la demeure. Elle s'immobilisa un instant sur le seuil, espérant vainement voir Drago la rejoindre, s'excuser de s'être si mal conduit… Mais elle le connaissait trop bien, sa fierté l'emportait toujours sur le bon sens.

Un éclair illumina le parc d'une lumière blafarde, et un craquement se fit entendre aussitôt. La foudre n'était pas tombée loin, et Asteria frémit. Elle aimait le bruit de l'orage, le sourd grondement qui suivait les éclairs, mais ce son clair et sec lui faisait peur. Cependant elle choisit de marcher un peu avant de rentrer chez elle, dans l'espoir de se vider la tête. Après tout ce temps passé avec Drago, ces semaines où ils avaient été parfaitement heureux, quelques heures avaient suffi pour les faire revenir au point de départ.

Elle traversa le parc d'un pas rapide, écoutant les graviers crisser sous ses pas et le vent agiter les herbes folles autour d'elle. Le grincement de la grille lorsqu'elle l'ouvrit lui donna à nouveau l'impression d'être dans un roman d'épouvante et elle se trouva stupide d'être aussi impressionnable.

Elle marcha droit devant elle, le cœur gros de tristesse. Comme elle aurait aimé que cette soirée n'ait jamais eu lieu… Peut-être qu'avec un Retourneur de Temps tout s'arrangerait ? Elle secoua la tête à cette idée, c'était complètement idiot. Elle s'arrêta au milieu de la lande, laissant le vent s'engouffrer dans ses vêtements, Elle aperçut un oiseau faire des cercles dans le ciel pour finalement piquer et elle eut une pensée pour l'animal qui venait sans doute de se faire tuer.

— Les aigles sont vraiment des oiseaux fascinants, fit une voix derrière elle.

Asteria ne put s'empêcher de sursauter avec un petit cri apeuré. Elle fit volteface et se détendit à peine en voyant Drago, à quelques mètres d'elle. Les mains dans les poches, il regardait obstinément le ciel.

— Ce n'était pas un aigle, répliqua Asteria. Une buse ou un faucon, mais sûrement pas un aigle.

— Tu arrives à les distinguer ?

— Par la taille, oui, mais je serais incapable de te dire quel oiseau c'était précisément.

Un silence s'installa et Asteria lui tourna à nouveau le dos, espérant presque qu'il s'en aille pour la laisser réfléchir en paix. Mais au contraire, elle entendit au son de ses pas qu'il se rapprochait d'elle. Elle croisa ses bras, ne souhaitant pas qu'il croie qu'elle allait lui pardonner si facilement.

— Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle sèchement.

Il ne répondit pas et posa ses mains sur ses épaules. Mais elle se dégagea vivement en lui jetant un regard noir.

— Asteria… soupira-t-il. Essaie de comprendre, s'il te plaît. Je m'inquiète pour ma mère, je n'ai pas d'autre soutien que toi…

Elle haussa les épaules. Un nouvel éclair illumina la lande et elle sursauta au bruit qui suivit. Si proche… Il n'y avait pas d'arbres autour d'eux, ils ne devaient pas rester là.

— Je rentre, dit-elle, je n'ai pas envie de me faire frapper par la foudre.

Mais alors qu'elle s'apprêtait à transplaner, Drago prit son visage entre ses mains et l'embrassa avec force, lui faisant presque mal. Figée, elle ne répondit pas, attendant qu'il rompe le baiser. Il détacha ses lèvres des siennes et posa son front contre le sien. Elle pouvait sentir son souffle sur son visage.

— Asteria… souffla-t-il. J'ai besoin de toi, s'il te plaît. Reste. Reste avec moi.

Il libéra son visage de ses mains mais ce fut pour l'entourer de ses bras et la serrer contre lui de toutes ses forces. On aurait dit un enfant en détresse et la sincérité de ses paroles la conquit. Drago n'était pas homme à faire étalage de ses sentiments, faisant tout passer à mots couverts. Si cette fois il lui parlait à cœur ouvert, c'était qu'il avait vraiment besoin qu'elle le comprenne.

— J'ai peur, murmura-t-il, si bas qu'elle eut de la peine à l'entendre. Je ne veux pas qu'elle meure, j'ai encore besoin d'elle.

Elle sentit qu'il enfouissait son visage dans ses cheveux et elle fit tomber ses dernières défenses en ceignant son torse de ses bras à son tour.

— Je suis désolé, souffla-t-il contre son oreille. S'il te plaît… Pardonne-moi.

Pour toute réponse elle le serra davantage contre elle et lui embrassa l'épaule. Elle savait que ces quelques mots lui coûtaient énormément et même si cela lui faisait plaisir de les entendre, elle ne voulait pas le forcer à les répéter ou à en dire d'autres sachant qu'il avait obtenu son pardon dès ses premières paroles.

— Je n'aurais pas dû te laisser, murmura-t-elle. Je resterai, je te le promets.

Il desserra alors son étreinte et enserra son cou pour l'embrasser avec ardeur. Elle répondit cette fois bien volontiers et choisit d'ignorer la larme qui coulait sur la joue de Drago, par respect pour lui.

Un éclair tomba à quelques centaines de mètres d'eux et le bruit assourdissant qui suivit les fit se redresser vivement. Ils échangèrent un regard puis Drago prit sa main et l'entraîna vers le Manoir en courant. Il sembla à Asteria que par ce contact il lui insufflait une énergie nouvelle et sut que désormais elle pourrait surmonter tous les obstacles. Pour lui. Pour eux. Pour l'avenir qu'ils allaient construire ensemble.


Note de fin : Voilà, j'espère qu'il vous aura plu autant que j'ai aimé l'écrire :) Enfin on effleure ici le caractère profond d'Asteria, cette femme qui a longtemps vécu dans l'ombre, qui n'a pas reçu tout l'amour qu'un enfant devrait recevoir, mais qui a un cœur tellement immense qu'au lieu d'en vouloir au monde entier pour cette négligence, elle compense l'amour qu'elle n'a pas reçu par celui qu'elle donne aux autres. Ce n'est pas une Mary-Sue, pas dans mon esprit, parce qu'elle reste assez infantile dans ses réactions, un peu trop mélodramatique comme le lui dit Drago, mais voilà pour moi qui suis d'une nature franchement égoïste, avoir créé le caractère de ce personnage très éloigné du mien est très satisfaisant !

N'hésitez pas à commenter, merci d'avoir lu et à mardi pour la suite !