Note de la traductrice : Bonjour bonjour tout le monde ! Voilà la première partie du chapitre 14. Oui, la première partie, parce que mon adresse e-mail a décidé que le chapitre en entier était trop long en pièce jointe, donc du coup j'ai dû le séparer en deux pour l'envoyer à Verowyn, qui très aimablement comme d'habitude, s'occupe du travail de relecture et qu'on remercie tous à genoux ! Et en fait, ce n'est pas un mal, étant donné que ce chap fait genre dans les 12 000 mots en VF. Donc la deuxième partie de ce chapitre ne devrait pas trop tarder - il suffit que HOTMAIL (pour ne pas les citer) veuille bien se décider à remarcher correctement =)
Sinon, merci à toutes et à tous pour vos gentilles reviews, vos messages d'anniversaires et vos bouquets de fleurs - j'y réponds tout de suite ! Et pour finir bonne lecture à tout le monde !
One Harry Potter, Please (If Possible, Seduced and Ready)
Harry monta quatre à quatre les marches de l'escalier qui menait à son appartement, le cœur battant à toute allure. Il avait décidé qu'il était trop pressé pour attendre l'ascenseur ; sauf qu'à la réflexion, il regretta de ne pas avoir patienté - il aurait sans doute gagné du temps.
Il avait perdu au moins une demi-heure à fouiller le Manoir et à imaginer plusieurs scénarios, dont quelques-uns tout à fait terrifiants, pour essayer de déterminer où se trouvait Draco. Ce dernier aurait pu partir définitivement - ce qui n'avait aucun sens vu qu'il n'avait pas fait ses bagages, mais il aurait pu prévoir de renvoyer quelqu'un pour venir chercher ses affaires. Ou alors, étant donné que les boucliers de protection étaient désactivés, quelqu'un avait très bien pu rentrer dans le Manoir et l'avoir enlevé ; quelqu'un dépourvu de manteau, qui avait veillé à ce que Draco prenne le sien avec lui pour ne pas attraper froid. C'était une bonne chose que cette idée soit tout à fait ridicule - parce que sinon, Harry se serait déjà rué au Ministère pour signaler la disparition de son partenaire.
Il réalisa, bien trop tard, que le seul endroit où Draco aurait pu se rendre avec le manteau de Harry était là où il pensait que ce dernier se trouvait. Cette idée-là également ne paraissait pas très logique, étant donné que c'était le milieu de la nuit et qu'on pouvait difficilement estimer que rendre un manteau soit une affaire urgente, mais Harry était parti avec Derek ; et qui savait quelle conclusion en avait tiré Draco ?
D'un autre côté, le comportement de Draco avait été pour le moins incompréhensible, ces derniers temps. Ce qui voulait dire que sa dernière théorie pourrait s'avérer totalement fausse, mais Harry se devait de vérifier. Si le blond était allé à son appartement alors que lui se trouvait toujours au Manoir, alors il était probable que Draco décide de partir en se disant que Harry était parti chez Derek. Et il ne voulait absolument pas que Draco puisse croire une chose pareille.
Il faillit rester au Manoir pour attendre encore un peu, mais il savait qu'il n'avait aucun droit de se trouver là. Draco était déjà en colère, blessé, et Harry ne voulait pas aggraver son humeur. Les choses étaient allées trop loin ; il était temps de réparer leurs erreurs à tous les deux, pas de faire empirer la situation.
Il avait quitté le Manoir après avoir mis en place plusieurs sortilèges pour protéger la demeure et son domaine déserts. Harry n'avait jamais été très bon pour les enchantements de ce genre, mais c'était mieux que rien. Après avoir transplané dans une allée déserte près de l'immeuble où il habitait, il se précipita vers son appartement. Il sentait son estomac se nouer un peu plus à chaque pas ; il espérait, contre toute attente, que Draco soit là - et en même temps, Harry s'en voulait de s'attendre à une chose aussi merveilleuse que de trouver Draco l'attendant devant chez lui.
Il atteignit enfin le tournant qui précédait le couloir de son appartement, et s'immobilisa quand il entendit une voix familière murmurer, « Potter. »
Un soulagement incroyable l'envahit et il faillit éclater de rire, mais il réussit à se contenir ; il préféra jeter un coup d'œil prudent dans le couloir. Comme il s'y attendait, Draco était là, debout devant la porte de son appartement avec le manteau de Harry sur le bras. Il avait posé son front contre la porte, et il semblait appuyer de tout son poids contre le panneau de bois. Il avait l'air fatigué et exaspéré, comme s'il se trouvait là depuis un long moment - ce qui, réalisa Harry, était probablement le cas. Le brun était relativement surpris que Draco n'ait pas déjà essayé de rentrer de force.
Il s'apprêtait déjà à faire un pas en avant et à prévenir Draco qu'il était là, mais Harry se figea lorsque son partenaire reprit la parole.
« Je suis désolé, d'accord ? » marmonna Draco, l'air vraiment désolé. « Contente-toi d'ouvrir cette foutue porte et laisse-moi m'expliquer. Putain, Potter ! » Il poussa un soupir et laissa retomber son front contre la porte. « Je ne partirai pas tant qu'on ne se sera pas expliqués. Je ne pensais pas ce que j'ai dit tout à l'heure. J'étais juste énervé. Je ne le pensais pas » répéta Draco à voix basse.
Le blond ferma les yeux et baissa encore plus la voix ; de toute évidence, il ne voulait pas qu'on puisse entendre ce qu'il s'apprêtait à dire, même si Harry parvint à percevoir ce qu'il murmurait. « Tu étais vraiment la première personne dans mon lit, Potter, et je ne me suis pas ennuyé. C'était… » Nouveau soupir. « Ca m'a fait complètement changer d'avis, et pour de maintenant, je suis gay et toi, tu as décidé d'en faire tout un putain de cinéma, alors contente-toi » - Draco haussa à nouveau le ton - « d'ouvrir cette putain de porte, Potter ! » hurla-t-il si fort que pendant un instant le brun craignit que ses voisins décident d'appeler la police, même s'ils pensaient que Harry faisait partie de la police.
Harry ferma les yeux pendant un instant, prenant le temps de laisser les mots qu'avait murmurés Draco calmer ses nerfs. Malgré l'usage excessif du mot putain, de toute évidence son partenaire avait essayé de lui faire un compliment - et c'était tout ce dont Harry avait besoin pour retrouver espoir.
« Va te faire foutre, Potter ! » s'écria Draco, et l'on entendit au loin quelqu'un répondre « Va te faire foutre toi-même, connard ! ». Harry s'empressa de s'avancer pour faire taire son partenaire trop bruyant, mais Draco ne l'entendit pas.
« Potter, je vais défoncer cette porter si tu ne l'ouvres pas. Je te le jure, je vais le faire. Je sais que tu es à l'intérieur. »
« Draco ? » fit Harry à voix basse.
L'autre se retourna immédiatement, pointant sa baguette droit sur le brun et le dévisageant d'un air choqué. Puis il plissa les yeux et lui lança un regard noir, se tourna vers la porte, avant que de regarder Harry à nouveau.
« Tu l'as fait exprès », l'accusa-t-il en agitant sa baguette. « Tu as transplané ici juste pour que j'ai l'air ridicule. »
Harry aurait éclaté de rire s'il ne s'était pas senti aussi nerveux, et s'il n'avait pas remarqué une petite chose, quelque chose qui sur le moment n'était pas si important : Draco avait correctement enfilé son manteau, mais il n'avait fermé qu'un seul des boutons de sa chemise - ce qui voulait dire que le brun pouvait admirer une bonne partie de la peau pâle de son torse.
Il eut du mal à détacher son regard, et lorsqu'il leva les yeux, il rencontra le visage affligé de son partenaire.
« Non, je viens juste d'arriver », dit-il à voix basse - ou peut-être était-ce lui qui n'entendait plus très bien après tous les cris de Draco.
Ce dernier eut juste l'air encore plus vexé. « Où est-ce que tu étais ? » fit-il d'un ton brusque, même s'il baissa sa baguette.
« Au Manoir, en fait, et j'étais en train de te chercher. »
Draco eut un rictus. « Oh ? Tu t'es perdu, je suppose ? » Il hocha la tête et se renfrogna, avant de froncer les sourcils et de demander d'un ton inquiet, « Oh Merlin, est-ce que tu t'es perdu dans le Manoir ? Parce que ce genre de choses est déjà arrivé. Hyperion, mon cousin au second degré, s'est perdu une fois. On a mis des jours à le retrouver. Il était dans les cachots, apparemment. Père a toujours dit qu'il n'avait rien à voir là-dedans, mais Mère ne l'a jamais cru. Hyperion était un peu étrange. Mon père et lui ne se sont jamais très bien entendus. Je l'aimais bien, cela dit. Il était… plutôt drôle… »
Il s'interrompit et pressa les lèvres l'une contre l'autre. Il avait dû réaliser qu'il était en train de raconter n'importe quoi. Même si Harry n'en était pas dérangé le moins du monde. C'était - attendrissant.
« Non, je ne me suis pas perdu. J'ai juste ramené Derek chez lui, et après je suis revenu. »
Le regard de Draco s'assombrit. « Comment c'est gentil de ta part d'avoir raccompagné ce pauvre petit Hogan chez lui. Je parie qu'il a apprécié le geste. Il t'a sûrement même embrassé en guise de remerciement, non ? »
Harry n'avait jamais été si heureux de voir son partenaire froncer les sourcils - parce que cela signifiait que l'homme en face de lui était jaloux. Il était si clairement jaloux que le brun ne put s'empêcher de sourire ; il savait qu'ils prenaient enfin la bonne direction, tous les deux.
Draco avair dû mal interpréter sa réaction, parce qu'il eut l'air encore plus agacé. « Enfin bon, peu importe », dit-il. « Je suis juste venu pour te rendre ton manteau. C'est tout. Donc je vais simplement… »
« Non ! » l'interrompit Harry précipitamment. « Je voulais juste m'assurer qu'il rentre chez lui. Il avait l'air un peu à l'ouest. Les sortilèges d'Amnésie ont généralement ce genre d'effet. »
« Il m'a paru être dans son état normal quand je l'ai vu tout à l'heure », fit Draco sur un ton hautain.
« Eh bien, disons qu'il s'est pris un nouveau sortilège d'Amnésie. Deux fois en une seule soirée. Ce n'est pas vraiment recommandé. » Harry ne put s'empêcher de sourire devant l'expression de surprise de son partenaire.
« Tu lui as jeté un Oubliettes ? »
Le brun hocha la tête, étrangement fier, même s'il n'avait pas vraiment de quoi l'être. « Il s'était persuadé que lui et moi, on devrait sortir ensemble. Sérieusement, je pense que c'est mieux pour lui de juste oublier toute cette affaire. »
Draco plissa les yeux, et ses lèvres formèrent presque un sourire. « Oh, je vois. Est-ce que c'est un truc de Gryffondors ? 'Je lui jeté un Oubliettes pour son propre bien, donc j'ai eu raison de le faire' ? Beau raisonnement. J'aime bien ta façon de penser. »
« Non. Je lui ai lancé ce sortilège pour mon propre bien. » Et le tien, ajouta silencieusement Harry, même s'il n'avait aucune intention de le dire à Draco. Il ne savait pas du tout comment ce dernier pourrait réagir. « Les choses avaient mal tourné, à un moment. »
Draco pâlit et se rapprocha de lui. Il parcourut rapidement des yeux le corps de Harry d'un air inquiet. « Il ne t'a rien fait, j'espère ? Oh Merlin, je suis désolé. Je n'aurais jamais dû te laisser tout seul. Ce type est clairement instable. Il m'avait juste tellement agacé. »
« Ca va ; il ne m'a rien fait », dit Harry, se réjouissant de l'inquiétude sincère du blond. Il se souvint de la façon dont Draco l'avait agrippé lors de la mission ridicule au cours de laquelle ils avaient dû sauver ce Jarvey, et de la tendresse avec laquelle il avait soigné sa blessure - la blessure qu'il avait lui-même faite, bien sûr, mais pour une bonne raison.
Mais l'expression de son visage maintenant était similaire à celle qu'il avait eue à l'époque. Il avait l'air irrité et dégoûté - mais là, il était clair qu'il était en colère contre Derek, et dégoûté par l'idée que Harry ait pu être blessé. En tout cas, ces sentiments négatifs n'étaient pas dirigés contre lui. En fait, ça n'avait probablement jamais été le cas, réalisa Harry avec un vertige. « Est-ce qu'on peut juste oublier Derek Hogan ? » demanda-t-il - il voulait se focaliser sur leur situation à tous les deux.
« Avec joie. » Draco se redressa et s'éclaircit la gorge. « En parlant de choses à oublier, je voulais te parler de quelque chose. »
« Parfait, moi aussi je voulais te parler. » Harry déglutit, nerveux ; il n'aimait pas tellement la formulation 'des choses à oublier'. Il passa devant Draco et ouvrit la porte, indiquant d'un geste l'intérieur de son appartement plongé dans le noir. « Tu veux entrer ? Sinon mes voisins vont vraiment finir par appeler la police. » Il se mordit la lèvre, regrettant d'avoir formulé sa proposition presque comme une menace.
Le blond parut d'abord réticent, mais il accepta son raisonnement assez vite et pénétra dans l'appartement.
Soulagé, Harry prit une profonde inspiration, avant d'allumer la lumière et de refermer la porte derrière lui. Il n'avait aucune idée de comment il allait pouvoir entamer la conversation. Il aurait été idéal qu'il puisse se contenter d'expliquer à Draco quels étaient ses sentiments pour lui et d'espérer que tout allait bien se finir, mais en vérité il n'était pas sûr de réussir simplement à prononcer un tel discours. Il ne savait pas non plus si Draco était prêt à entendre de telles déclarations.
« Très bien, Potter », fit le blond, qui se tenait debout prêt du fauteuil sur lequel il avait déposé le manteau de Harry, et avait l'air tout sauf décontracté. « J'ai certaines choses à te dire - »
« Moi aussi, j'ai plusieurs choses à te dire… »
« Et je te serais reconnaissant », dit Draco en lui coupant la parole, « si tu voulais bien la fermer et m'écouter. »
Le brun se mordit la lèvre ; il n'était pas sûr de vouloir entendre ce que Draco avait à lui dire. Pour ce que Harry en savait, il y avait de bonnes chances que les confessions de son partenaire fassent encore empirer la situation au lieu de la résoudre. Peut-être devrait-il lui-même commencer par s'expliquer. « Je pense vraiment que je devrais… »
« Potter. J'ai besoin que tu m'écoutes », insista Draco et Harry ouvrit à nouveau la bouche pour protester, mais l'autre poussa un soupir et ajouta presque à voix basse, « S'il te plait ? »
Ces derniers mots, dans la bouche de Draco Malfoy, le surprirent ; il se tut et hocha la tête.
« Très bien. » Le blond ferma les yeux l'espace d'une seconde, comme s'il voulait réunir tout son courage ; puis il fixa Harry droit dans les yeux. « D'abord, je veux que tu saches que je ne parle pas français. »
« Euh, d'accord ? »
« Juste - écoute-moi. Sérieusement, Potter. J'ai pris des cours quand j'étais enfant, mais je n'ai simplement jamais réussi à apprendre le français. Mère en a été vraiment froissée. C'est toujours le cas, d'ailleurs. Ce qui m'amène à mon deuxième point. J'adore mes parents. Vraiment. Mais Père, il est fatigant et Mère, elle se mêle de tout et ils passent simplement leur journée à essayer de me rendre fou par tous les moyens possibles. »
Harry l'écoutait, complètement perdu - et complètement fasciné par le spectacle d'un Draco balbutiant des absurdités.
« Donc tu vois, Potter. Je ne peux pas déménager en France. Je ne peux pas. Et j'adore mon boulot, aussi. Oui, c'est bien plus monotone que ce que j'avais imaginé, mais j'espère que les choses vont s'améliorer, un jour. »
Harry s'efforça de repousser le soudain sentiment de culpabilité qui menaçait de le submerger.
« Mais j'aime vraiment mon travail », continua Draco. « Et j'aime ma maison. Elle est trop grande et difficile à entretenir, et quasiment tout mon salaire y passe, mais je l'adore. Donc c'est pour ça que je dois rester. Je ne peux pas partir. Je ne veux pas partir. »
« Je ne veux pas… »
« Potter ! » Le blond lui lança un regard noir et Harry se tut à nouveau. « Je sais que j'ai merdé sur ce coup-là. Et tu as toutes les raisons d'être en colère. Et tu as toutes les raisons de demander un nouveau partenaire ; en fait, ce serait sûrement la meilleure chose à faire. Mais je veux rester, et je ne veux pas que tu me détestes. Je ne te demande pas de m'apprécier, mais… »
« Draco… »
« J'ai simplement besoin que tu me pardonnes. »
Harry cligna des yeux, complètement stupéfait. Il ne s'était jamais attendu à ce que Draco cherche à s'excuser. En fait, il s'était même préparé à s'excuser, lui. Bon, en vérité, il s'était préparé à faire ses excuses et à supplier, éventuellement même à ramper. Littéralement, s'il l'avait fallu.
Cependant, Draco n'avait pas fini. « Je t'ai déçu et je suis désolé. Je suis allé à ce rendez-vous aujourd'hui pour te protéger, c'est vrai, mais je ne sais pas pourquoi j'ai prétendu que j'étais ton admirateur secret. Je suis forcé de plaider un coup de folie. Je ne sais pas à quoi je pensais. Et je suis désolé pour tout ce que je t'ai dit plus tôt, et je suis désolé de l'avoir dit devant Derek, même si je suppose qu'il ne peut plus s'en souvenir, ce qui est réconfortant dans un certain sens. Je ne pensais pas vraiment tout ça. J'étais en colère, mais j'ai réfléchi un peu à ce qui s'était passé et… Je ne t'en veux pas pour ce que tu as fais. Tu voulais juste découvrir ce que j'essayais de faire, et je le comprends. Si j'avais été à ta place, j'aurais fait la même chose. C'était un compliment d'ailleurs, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. Et je comprends que tu ne veuilles probablement plus avoir affaire à moi, et c'est normal. Je te demande simplement de me pardonner et d'oublier ce qui s'est passé. Je ne m'immiscerai plus jamais dans ta vie. »
Il avait le souffle court, comme s'il venait de courir un marathon. « Enfin, sauf si je pense que ta vie est en danger - là, évidemment… » Il se tut à nouveau.
Harry essayait de respirer correctement, mais il n'y arrivait pas. Même s'il avait été merveilleux d'entendre Draco s'excuser et avouer que si jamais il se trouvait en danger, son coéquipier considérait comme de son devoir de le sauver, le ton de sa voix inquiétait Harry. On aurait dit qu'il était en train de lui dire adieu.
Il avança de deux pas, scrutant le visage de son vis-à-vis. Draco avait l'air nerveux - et triste.
« Je ne peux pas te pardonner », dit Harry, et le regard de Draco s'assombrit, alors il s'empressa de continuer, « parce qu'il n'y a rien à pardonner. Je veux dire, ce n'était pas une de tes idées les plus brillantes, mais je ne suis pas très fier de ce que j'ai fait non plus. Tu n'as pas besoin de me faire des excuses. »
« Oh. D'accord. » Draco hocha la tête, toujours pâle. Il n'avait pas l'air aussi soulagé que ce à quoi l'autre Auror s'était attendu ; en fait, il paraissait simplement confus.
« Est-ce que tu veux toujours être mon coéquipier ? » demanda Harry.
« Je pense que ça serait mieux si on continuait chacun de notre côté. »
L'estomac du brun était douloureusement noué à présent. « Tu n'as pas répondu à ma question. Est-ce que tu le veux ? »
Draco se mordit la lèvre. « Si tu continues à me lancer des regards noirs toutes les cinq minutes et que tu n'as pas confiance en moi, alors non. »
« Je veux te faire confiance. »
« Mais tu ne peux pas. Et je comprends. C'est bon, Potter. » Il soupira, clairement énervé.
Harry commençait à paniquer. La situation ne cessait d'empirer. Il devait faire en sorte que Draco parle de choses plus importantes. Avec hésitation, il commença, « Ce jour où tu m'attendais au restaurant et où tu es venu ici après… »
« Oh non », l'interrompit rapidement son partenaire. « Je ne t'attendais pas. Te dire ça faisait parti de mon plan machiavélique. » Il hocha vigoureusement la tête.
Harry grimaça. « S'il te plait, ne recommence pas à mentir. Tu étais si bien parti. »
Draco émit un grognement et se passa la main dans les cheveux. « Est-ce que tu ne peux pas laisser m'en tirer avec un minimum de dignité, Potter ? »
« Je ne veux pas que tu t'en tires si facilement. Et j'ai besoin de savoir - est-ce que c'était un rendez-vous ? Est-ce que tu m'as demandé de sortir avec toi ? »
« Non. » Il lui lança un regard noir, et Harry ouvrit à nouveau la bouche pour protester, mais Draco continua, « C'est la vérité. Je voulais juste passer un peu de temps avec toi. Je voulais juste qu'on soit amis. C'est tout. » Ses yeux brillaient trop - ou peut-être était-ce juste un effet d'optique créé par la lumière.
« Et maintenant ? »
« Et maintenant, je crois que ce que je voulais n'était pas réaliste. Je pense qu'on ne pourra jamais être amis. »
« Pourquoi pas ? » Harry osa lui poser la question juste parce que Draco avait eu l'air bien trop déçu quand il avait dit jamais.
Le blond ferma les yeux et hocha la tête. « Ma dignité, Potter », fit-il presque à voix basse. « Je t'en prie, laisse-moi au moins ça. »
Draco avait l'air complètement désespéré - alors il était peut-être malvenu de la part de Harry de se sentir si heureux. Si son partenaire s'inquiétait au sujet de sa dignité, cela voulait sans aucun doute possible signifier qu'il avait des sentiments pour lui, et qu'il pensait que Harry ne ressentait pas la même chose.
Il prit une profonde inspiration. « Qu'est-ce que tu dirais si je te disais que je veux qu'on soit plus que des amis ? »
Draco cligna des yeux et avança d'un pas ; son expression était indéchiffrable. Harry s'était déjà imaginé qu'à ce moment de leur conversation, ils seraient en train de s'embrasser et de se peloter sur son canapé ; mais bientôt le blond hocha et fit, ironique, « Je dirais que tu es vraiment le crétin chevaleresque que j'ai toujours pensé que tu étais. Je l'avais oublié pendant un moment, mais on parle de toi là. Tu ne couches pas à droite et à gauche avec n'importe qui. Tu veux avoir à chaque fois une vraie relation. Tu te sens obligé d'essayer et de voir si les choses pourraient marcher entre nous. En fait, c'est un peu insultant. »
Harry hocha la tête à son tour, incrédule. « Tu te trompes. Ca n'a rien à voir avec le fait d'être chevaleresque. J'y pense depuis un bon moment maintenant. Je pense à nous deux, je veux dire. A toi. »
Les traits de son partenaire se tordirent ; cette confession n'avait pas l'air de le réjouir. « Alors Hogan avait raison. Tu oublies qui je suis. »
« Je ne te suis pas, Draco. »
« De toute évidence », marmonna ce dernier avant de se rapprocher, remontant sa manche gauche d'un geste brusque. « Je parle de ça. Tu t'en souviens ? » demanda-t-il alors que le regard de Harry se posait sur la Marque hideuse sur son bras. Elle avait pâli, mais se détachait toujours clairement sur la peau claire de Draco.
« Tu te souviens de ce type affreux aux yeux rouges, auquel j'ai juré allégeance ? Tu te souviens de toutes ces choses horribles que j'ai faites quand on était à l'école ? Est-ce que tu me dis que tu as oublié tout ça ? Comment est-ce que ça pourrait marcher entre nous, Potter ? » Draco prononça son nom sur le ton méprisant qu'il avait utilisé pendant de nombreuses années ; puis, avec moins de hargne et plus de tristesse dans la voix, il ajouta, « Je n'ai pas l'intention de rester là à attendre le jour où tu réaliseras que tu avais tort. »
Confus, Harry tendit la main et toucha presque la Marque, avant que Draco ne recule vivement.
« Ne la touche pas », dit-il, et il laissa la manche de sa chemise et son manteau recouvrir à nouveau le crâne et le serpent noirs sur sa peau.
« Draco », fit Harry avec douceur, « ça, c'était avant. Tu es quelqu'un de différent maintenant, quelqu'un que je pourrais… quelqu'un que je… »
Draco eut un rire amer que le brun détesta. « Quelqu'un de différent ? » ricana-t-il. « Ecoute, c'est pour ça que ça ne pourrait pas marcher. Tu penses que j'ai changé, et je ne t'en veux pas. C'est vrai que je fais semblant d'avoir changé. »
« Tu fais semblant ? »
« Oui, je fais semblant. » Il avait pris un air définitivement irrité. « Tu penses que je me soucie des Moldus ? C'est faux. Je les déteste. Je ne les comprends pas. Et je ne veux pas les comprendre. Ils sont simplement beaucoup trop étranges. Et les Nés-Moldus leur ressemblent trop. Ils amènent leurs idées et leur point de vue et toutes leurs conneries dans notre monde - un monde qu'ils ne comprennent pas. Je les déteste toujours. Ecoute, tu vois ce truc ? » Draco indiqua du doigt la télévision de Harry, qui ne s'y attendait pas. « Ils t'ont contaminé, toi aussi. Ce truc est stupide et superflu et je le déteste. »
Harry sentit ses lèvres frémirent. « C'est drôle, c'est ce que Ron a dit quand il l'a vue. »
« Oh, et Weasley ! Je le déteste aussi. Toute sa famille d'ailleurs. Et Granger. Granger, surtout. C'est de sa faute si je ne peux pas acheter un elfe de maison - alors que j'en ai besoin - parce qu'elle a fait en sorte que le Ministère déclare brusquement que la vente et l'achat des elfes de maisons sont illégaux. Et je parie que bientôt, on sera même obligés de tous les libérer. Je déteste ça, aussi. Non, attends, en fait non. Si je ne peux pas en avoir un, c'est normal que personne ne puisse garder le sien. »
« Tu détestes aussi les Schtroumpfs, j'imagine. »
« Quoi ? »
« Une blague moldue », murmura Harry.
« Et je déteste les blagues moldues. Je ne les comprends jamais. »
« Ca fait beaucoup de choses à détester. »
« Oui, eh bien, je suis du genre haineux. Quoi ? »
Le brun s'empressa de faire disparaître son sourire. « Désolé. Je ne dirais pas vraiment que tu es haineux. Je pense juste que tu es très grincheux. »
Draco fronça les sourcils, l'air incrédule. « Tu ne comprends pas, Potter ? Je suis en train de te dire que je prétends avoir changé mes opinions. Ce qui n'est pas le cas. »
« Vraiment ? » demanda Harry, stupéfait que Draco refuse à ce point de voir la vérité. Et qu'il soit si ridicule. Et tellement adorable.
« Oui, vraiment. »
« C'est marrant que tu dises ça, parce que si je me souviens bien, tu étais très excité le jour où tu pensais qu'une Moldue avait été enlevée. Tu avais l'air très impatient d'aller la sauver. »
« Je voulais juste avoir enfin un peu d'action. »
« Bien. Tu réalises que si tu avais eu raison et qu'il y avait eu enlèvement, tu aurais risqué ta propre vie et attaqué une famille de Sang-Purs, tes parents éloignés apparemment, pour avoir un peu d'action ? »
« Je ne les connais pas. Je me fiche bien de ce qui pourrait leur arriver. Ca prouve juste que la seule chose qui m'importe, c'est mon propre intérêt. »
« Est-ce que tu t'en soucies vraiment, Draco ? Parce que tu as choisi un métier étrange dans ce cas, étant donné qu'en tant qu'Auror tu dois sauver des Moldus et des Nés-Moldus, généralement en risquant en même temps ta propre vie. »
« Oh, je t'en prie, tu trouves que la raison pour laquelle j'ai choisi ce travail n'est pas évidente ? Au cas où tu n'aurais pas remarqué, le monde magique me déteste, ou du moins la partie de la société qui est au pouvoir maintenant. J'essaye simplement de gagner un peu de respect en faisant semblant d'avoir changé. »
« Oh, bien sûr, c'est logique. Je veux dire, de toute évidence, quand quelqu'un veut être respecté, il ne devient pas membre du Conseil de la Justice Magique en cherchant à obtenir une place au Magenmagot ; il ne travaille pas pour le Département des Mystères ; et cette personne ne devient pas Guérisseur. Ce n'est pas comme si tous ces gens étaient plus respectés ou avaient un salaire plus élevé, ou s'ils étaient d'une façon générale plus appréciés par le public. Oh mais attends, c'est le cas en fait. En plus, ils n'ont pas à craindre de mourir pendant leurs heures de travail. Pourquoi pas la Justice Magique, Draco ? Tu pourrais essayer de changer les lois que tu penses injustifiées, tu pourrais impressionner les gens. Tu aurais de l'argent et tu serais respecté. Et tu aurais eu beaucoup moins de mal à obtenir un boulot là-bas avec tes notes de Poudlard, surtout que tu n'aurais pas eu de test sur tes motivations à passer - non ? »
Draco cligna des yeux. Pendant un long moment il resta silencieux, et Harry s'attendait presque à ce qu'il lui dise finalement, « Oups, j'aurais dû y penser plus tôt. »
Mais Draco détourna les yeux avant de murmurer, « J'ai choisi ce travail parce que grâce à lui, je me sens mieux. Si je passe mes journées à sauver des Moldus et des Nés-Moldus, je peux passer mes nuits à les détester sans me sentir coupable. Mais l'important, c'est que je les déteste. »
Harry eut un sourire, un peu amusé. « Tu as raison, j'avais tort à ton sujet. Tu as été plus loin que ce que je croyais. » Il ne s'était pas attendu à ce que Draco se sente coupable.
« Tu es complètement fou, Potter », l'accusa ce dernier alors que Harry se rapprochait de lui.
« Non, c'est toi qui as un problème. Tu as un problème psychologique, parce qu'apparemment tu as passé ton temps à croire que tu mentais alors qu'en fait tu étais déjà sur la bonne voie. »
Le blond leva les yeux au ciel. « Tu n'as rien entendu de ce que j'ai dit. »
« Au contraire, j'ai tout entendu. Draco, je ne me suis jamais attendu à ce que tu aies une révélation soudaine et que tu changes de point de vue du jour au lendemain. »
« Je ne vais jamais changer d'avis. »
« C'est une déclaration un peu forte, mais c'est pas grave. Ce que je veux dire, c'est que je n'ai jamais cru que tu avais arrêté de détester les Moldus, et je ne m'attends pas à ce que tu les apprécies un jour. Tu as été élevé en apprenant à les détester, et je comprends ça. Le fait que tu ailles contre ce en quoi tu as toujours cru est ce que j'admire chez toi. Tu ne fais pas semblant d'être quelqu'un que tu n'es pas, Draco ; tu ne sais simplement pas qui tu es. »
« Génial. J'ai toujours voulu que tu me psychanalyses. Tu te sens mieux maintenant ? »
« Oui - en fait, je me sens mieux. Et je vois que tu n'es pas convaincu, mais je suis impatient de t'aider à découvrir encore plus de choses sur toi-même. Je t'ai aidé à découvrir au moins un truc que tu ne savais pas, alors peut-être que tu pourrais me faire un peu confiance et me croire quand je te dis que tu as encore des choses à apprendre sur ton propre compte. »
Harry avança encore d'un pas ; ils étaient proches maintenant, à peine à une trentaine de centimètres l'un de l'autre. Draco donnait l'impression de vouloir s'enfuir en courant, mais il resta cependant immobile.
« On se disputerait beaucoup », dit-il brusquement, comme s'il cherchait désespérément un argument contre leur potentielle relation. Assez curieusement, dire « Je ne veux simplement pas sortir avec toi » ne lui était apparemment pas venu à l'idée. Et c'était la seule phrase qui aurait pu faire reculer Harry. Draco avait juste peur, et il pouvait le voir maintenant - il avait envie de rire, de pousser un cri de joie même.
Le blond poursuivait son raisonnement. « Je voudrais que tu changes de point de vue ; toi, tu voudrais que j'en change. Les choses se finiraient forcément mal. »
« Je compte bien là-dessus. Je compte aussi sur le fait qu'on se réconcilie. Ce que je veux dire par-là, c'est qu'on se basera sur le sexe pour se réconcilier. »
Draco écarquilla les yeux, et il rougit un peu en disant, « Le sexe, le sexe, le sexe. Espèce d'obsédé. »
Harry sourit. « Tu vois ? Tu es grincheux. »
L'autre déglutit avec difficulté. Il ne sourit pas et il avait cessé d'avoir l'air irrité, mais il paraissait toujours troublé.
« Potter, écoute, j'ai vu ce que tu aimes. Quand tu as reçu ces cadeaux et toutes ces lettres, j'ai vu ton expression. Tu adores être traité comme ça. »
« Je croyais qu'ils venaient de toi. »
« Mais ce n'était pas le cas. Parce que ça ne me ressemble pas. Je ne suis pas romantique. Je ne dépenserais pas autant d'argent pour te faire des cadeaux parce que je ne peux pas me le permettre financièrement, et je ne t'enverrais pas de lettres d'amour, parce, par Merlin, je ne pourrais jamais écrire un truc pareil. Et je ne peux définitivement pas écrire des trucs pornos. Je ne pourrais pas te rendre heureux, même si j'essayais de toutes mes forces. Tu veux quelqu'un de romantique et d'attentionné et de sentimental - et ce n'est pas mon genre. »
« Je te veux toi », répliqua le brun sur un ton sérieux ; il se demandait si Draco ne s'était vraiment pas rendu compte qu'il venait d'avouer que le bonheur de Harry avait plus d'importance à ses yeux que d'obtenir ce qu'il voulait lui.
« Non, c'est faux. Tu te comportes juste comme un crétin sentimental. Je parie que tu penses que si tu passes du temps avec moi, tu réussiras à me faire changer et à me sauver. »
« Je ne veux pas te changer. Je veux te connaître. »
« Et qu'est-ce qui se passera si tu n'aimes pas ce que tu découvres ? » fit Draco à voix basse.
« Est-ce que ce n'est pas un risque qu'on prend à chaque fois qu'on s'engage dans une relation ? »
« Potter, je n'ai rien à t'offrir. Tu t'es bien amusé aujourd'hui, et maintenant tu penses qu'on va se déclarer un amour éternel. C'est mignon, mais pas vraiment réaliste. »
Harry laissa échapper un soupir ; il aurait voulu simplement pouvoir dire à Draco qu'il l'aimait, mais il savait que son partenaire ne le croirait pas.
C'est le moment de prendre des mesures drastiques, se dit-il en tendant la main vers son manteau.
TBC
