Salut Luffyko62 ! Merci d'avoir pris la peine de poster une review, même si c'est juste pour dire que tu aimes. Ça fait toujours plaisir :)

Ça ne me dérange pas que tu commentes Naitaa ! Ça me permet de préciser certaines choses comme avec Arisu ^^ L'arrivée des zombies l'a bien ébranlée, et effectivement son comportement méprisant lui permet de ne pas se briser.

Cette fic, avant de traiter des zombies, est plus centrée sur la nature humaine et ce qu'il se passe quand on est dans une situation grave de crise. Effectivement, ça peut donner des choses bien flippantes. Bien sûr, n'ayant jamais vécu de crises majeures, je ne fais ici que des suppositions sur ce qu'il pourrait se passer.

Pour les parents de Dan, quand ils ont compris ce qu'il se passait, il ont complètement paniqué. Ce qui est compréhensible. Mais du coup, ils n'ont pas réfléchit plus loin que « se mettre à l'abri ». Ils se sont précipités chez eux, l'endroit où on se sent normalement le plus en sécurité, et ils ont mis des heures à se calmer et à réaliser pour leur enfants. Ça n'est cependant pas une excuse puisqu'ils ne sont pas retournés en arrière pour essayer de les secourir. Ils ont fait passer leur vie avant celles de leurs enfants.

Et s'ils ont enlevé toutes les photos et tout rappel de leurs enfants, c'est à cause de la culpabilité. Ils vivent beaucoup mieux leur lâcheté quand leur environnement ne le leur rappelle pas à chaque instant. Quant aux cartes... Il n'y a plus d'électricité, ils sont bouclés dans un quartier, persuadé de subir les foudres de Dieu, et ils n'ont rien de mieux pour se distraire. Ils n'oseront jamais s'aventurer au delà de la barrière et les cartes restent l'un des rares moyen de se distraire.

Maintenant le cas Okashii... je pense que le terme pédophile n'est pas adapté : Sasha à 18 ans et Arisu en a 23... Il est effectivement plus comme le type de la station essence : il n'a rien contre le fait de profiter de son statut de gourou pour avoir une voir deux ou trois femmes dans son lit et rendre la situation moins pénible.

Je ne sais pas trop comment décrire Okashii... C'est le genre de voisin que personne n'apprécie bien qu'il ne fasse rien pour se faire détester (discret, il entretient sa propriété etc...). Quand tu le croises dans la rue, et que tu le salues, il ne répond jamais. Si un gamin envoie une balle dans son jardin, il ne la redonne jamais. C'est la personne un peu louche dont personne ne sait rien, qu'on invite par politesse aux repas de quartier mais qui ne vient jamais, et sur qui des rumeurs bizarres circulent, chez les adultes comme chez les enfants.

Mais en dehors de ça, il n'a rien d'étrange. En situation normale, on dirait juste de lui qui est quelque peu asociale mais pas méchant.

Okashii est intelligent et a immédiatement vu comment retirer avantage de la terreur des gens qui l'entourent. C'est lui qui a fait ériger les barricades autours du quartier, qui a réussi à les convaincre que c'était là une punition divine. Il leur a donné une explication quant à leur malheur et du coup, il a réussi a passer du statut de voisin bizarre à celui de gourou quasi – adulé. En cas de crise, les gens ont plus tendance à se tourner vers la religion, et à s'y raccrocher. Il aime le pouvoir et a parfaitement conscience d'en abuser sans chercher à arrêter toutefois.

Pour les armes, il croit vraiment ce qu'il dit quand il déclare que des lycéens ne sont pas habilités à en avoir. Mais plus que ça, il ne peut pas permettre à des gens, autres que ceux qu'il désigne, de se balader armés. Le groupe de Sasha met en péril son autorité, et elle lui fait bien comprendre dès le début qu'elle n'a aucunement l'intention de se plier à ses ordres. Alors, oui, ils feraient bien de se dépêcher de quitter les lieux.

Hey Diamly ! Merci d'avoir signalé les fautes. Je les fais souvent en plus, celles là, il faut vraiment que je fasse plus attention ^^"

Je me donne beaucoup de mal pour que Sasha ait l'air humaine, je suis contente de voir que c'est le ressenti que ça donne. Mon but, dans cette histoire, c'est vraiment de faire un travail autours de la psychologie. Comme c'est la première fois que je fais ça, ça n'est pas parfait, mais j'apprécie de voir que j'arrive quand même à donner un ressentis correct de ce coté là :)

Voilà, après ce pavé d'introduction que je viens de vous écrire (bravo si vous l'avez lu), je vous laisse avec le texte !


Les Morts ne fument pas

La nuit était tombée depuis un moment quand j'ai décidé de m'isoler avec pour seule compagnie un paquet de cigarette et un briquet. Je ne suis pas une fumeuse, mais j'ai fumé "pour faire comme tout le monde" et à l'occasion, j'en allume une.

Je suis tombée sur le paquet en fouillant les tiroirs, presque tous vides, de la maison alors que les autres parlaient de la cérémonie religieuse a laquelle seuls Dan et moi avions assisté en entier.

Dan parce qu'il aurait ralenti les autres dans la mission que je leur avais confiée et que je voulais pouvoir écouter ce qu'il en pensait, moi parce que je voulais savoir jusqu'à quel degrés d'endoctrinement étaient allés ces gens. Comme ils étaient tous regroupés dans ce garage, j'ai eu l'idée d'envoyer le reste de mon petit groupe en éclaireur pour voir jusqu'où le quartier était sécurisé et s'ils avaient postés des gardes.

C'était non pour la deuxième partie, ce que je trouvais incroyablement stupide, et pour la première Genjiro était chargé de dessiner un plan. Et il a fait ça avec une précision qui m'a étonnée. C'était simple, concis, précis. Efficace. Et ça m'a aidé à me rendre compte que je l'avais classé un peu trop vite dans la catégorie "sait faire de la bonne bouffe mais rien d'autre".

Ça prouve à quel point je suis bornée. Il m'a fallu plus de deux semaines pour m'en rendre compte. Ça, ajouté à l'ambiance sectaire et à plein d'autres choses, m'ont donné l'envie de me retrouver seule et la cigarette avait le mérite de m'occuper les mains.

J'étais assise sur un muret en face de la maison que nous occupions et je voyais Fuyuki à l'étage qui observait les alentours, dont moi de temps en temps, et les autres passer devant les fenêtres occasionnellement.

Mes pensées ont dérivé vers Dan et son devenir quand je l'ai aperçu en train de sortir de la maison, avec l'aide d'Isamu puisqu'il y avait des escaliers. C'était beaucoup moins pratique que la rampe à laquelle il était habitué.

Après avoir vu tout ce que ses parents ont fait pour qu'il puisse se débrouiller seul, je me suis demandée comment il avait pu ne pas se plaindre depuis que les zombies sont apparus et pourquoi il était allé dans un lycée aussi éloigné de chez lui plutôt que dans celui du coin. J'ai terminé ma 3ème cigarette le temps qu'il arrive et lui en ai proposée une. Comme il l'a déclinée, j'en ai glissé une nouvelle entre mes lèvres pour l'allumer.

- Je croyais qu'on était tous d'accord pour ne rien consommer qui nous rende accroc pendant cette guerre ? m'a t -il dit après un instant de silence.

J'ai fait voter cette règle au début quand je craignais que Genjiro se mette à boire pour oublier le sort qu'a subi Hitomie. Mes craintes n'ont pas été fondées, mais j'estime que c'était quand même bien de l'appliquer.

- Je ne serais pas accroc, ai – je réponde en soufflant un nuage de fumée. Qu'est ce qu'il se passe ?

- Je voulais qu'on discute pour savoir si je reste ici ou si je continue avec vous. Et je ne voulais pas d'intervention des autres.

- Il n'y a pas matière à discussion. Pose toi la question et décide.

- J'aimerais savoir ce que toi tu en pense.

- Quelle importance ce que j'en pense ?

- C'est important pour moi de savoir ce que tu veux.

- Ce que je veux ou ce que je pense ? Il ne faut pas mélanger les deux.

Il m'a dévisagé et je me suis rendue compte que je venais de dire que je n'étais pas d'accord avec moi-même. Je n'ai pas tenté de me rattraper, parce que ça n'était pas faux. Ce que je pensais, c'était qu'il devait rester ici. La vie serait plus facile pour lui et ça serait plus facile pour nous. Mais je ne voulais pas qu'il reste ici. Je voulais qu'il reste avec nous. Dan est le seul dans le groupe, le seul, à ne jamais avoir cessé de m'approuver et de me suivre. Son absence aurait laissé un vide que je ne pourrais plus combler. Et j'avais la conviction qu'il mourrait en restant là.

- Ce que tu veux, a t –il finalement décidé.

- Mauvaise réponse. Dans notre situation, tu devrais te fier à la raison et la logique plutôt qu'à la volonté et aux désirs de quelqu'un.

- Depuis quand la raison a t –elle aidée a quoi que se soit depuis le début de toute cette merde, hein ?

J'ai sursauté. Son ton était subitement plus sec et je n'avais pas l'habitude d'entendre des gros mots dans sa bouche. Il s'en est rendu compte et a soupiré.

- Franchement, Sasha, c'est toi qui parle de suivre la voix de la raison ? Toi qui l'ouvre à chaque fois que tu sais que tu ferais mieux de la fermer ?

Ça a réussi à me faire sourire. Il n'avait pas tord là. Si j'avais pu ne pas être aussi impulsive, j'aurais eu nettement moins d'ennuis.

Je pourrais presque affirmer que je n'ai pas choisi d'être ainsi. J'ai changé tellement fois de lieu de vie, d'école, d'amis, de pays qu'avoir une grande gueule était la seule façon de m'intégrer. Être timide m'aurait juste conduite à rester continuellement seule. Et je détestais, déteste et détesterais toujours la solitude.

- Tu n'es pas obligé de m'imiter. J'étais sérieuse avant.

- Suis –je vivant à cause de décision basée sur la logique ?

- Bien sûr.

- Alors c'est ta raison qui t'a dit que m'emmener avec toi au lycée ? Vraiment ? Parce que moi à ta place, j'aurais logiquement pensé qu'avoir un handicapé sur les bras était la meilleure façon de se faire tuer.

- Je ne vois pas où tu veux en venir.

- C'est la logique qui t'a conduite à tuer le gars qui m'étranglait à l'hôpital ? Tu aurais pu l'assommer. Il aurait été plus logique de le laisser en vie pour ne pas se mettre tous les autres à dos.

- Dan… ai – je commencé.

- C'est la raison qui t'a fait traverser un troupeau de zombie pour allumer une alarme incendie à Todaï ? Ou qui t'as conduite à te précipiter dans l'école hier pour nous chercher?

- Tu…

- Tu ne te rends donc pas compte de l'instinct phénoménal que tu as de toujours choisir la bonne solution ? Ça n'a rien à voir avec la logique ou la raison. Dis moi ce que tu veux.

Il avait réussi à me déstabiliser en quelques phrases. La vérité déstabilise toujours. Il est vrai que je suivais en général des actions raisonnées, mais quand il y avait une décision urgente à prendre, je n'y réfléchissais pas 10 heures. J'agissais simplement en me fiant à ce que je pressentais.

Si j'avais écouté ma raison dans ces moments là, je serais déjà morte depuis longtemps et il y a beaucoup de choses que je n'aurais pas faite.

Éprouvant le besoin de marcher, je me suis laissée glisser au sol et j'ai fait les cents pas. J'étais en train de me demander si je ne devais pas lui mentir pour qu'il reste. Quand je me suis finalement arrêtée face à lui après avoir décidé de mentir, il m'a toisé, me défiant de lui raconter des bobards.

- Je veux que tu restes ici, ai - je lâché en fixant la rue droit devant moi, soit bien au dessus de sa tête.

- Tu viens de me mentir Sasha.

- Non.

- Alors redis le moi en me regardant. Tu n'es pas une très bonne menteuse.

- Je mens très bien, merci, ai – je répliqué agacée en le fixant.

Il a haussé un sourcil signifiant très clairement qu'il ne me croyait pas. Soupirant, j'ai posé mes mains sur les accoudoirs de son fauteuil et j'ai abaissé mon visage à sa hauteur. Après tout, s'il suffisait que je le regarde et que je redise la même chose pour le convaincre, ça n'était pas bien sorcier.

Mais une fois yeux dans les yeux avec lui, je n'ai pas pu. J'ai ouvert la bouche, mais je n'ai rien pu dire. Tout simplement parce que j'étais persuadée qu'il mourrait en restant ici et que je ne le voulais pas. J'ai abattu mon poing sur l'accoudoir du fauteuil pour chasser ma frustration. Il avait raison, je ne sais pas mentir convenablement. Il ne m'aurait pas cru.

- Je ne veux pas que tu restes ici avec tes idiots de parents et tous ces imbéciles qui vivent leur connerie d'idylle religieuse au milieu de l'enfer. Je veux que tu viennes avec moi quoi qu'il arrive. Tu n'as pas le droit de m'abandonner maintenant, tu entends ? J'ai besoin que tu viennes.

Je ne pouvais pas être plus honnête que ça. Si je voulais qu'il vienne, ça n'était ni pour les autres, ni pour le bien du groupe, c'était pour moi. J'avais besoin qu'il soit là, il n'y avait pas de raison logique.

Mais j'ai peut-être un peu trop poussé le bouchon en lui disant qu'il n'avait pas le choix. Je l'ai fusillé du regard pour le défier de se moquer ou de faire un commentaire désobligeant ou idiot. Il a fait bien pire.

Comme j'étais déjà à sa hauteur, il n'a eu qu'à tirer légèrement sur ma nuque pour m'embrasser. Oh, pas grande chose, juste une pression de lèvres des plus chastes et il ne m'a pas retenue quand je me suis redressée.

- Je peux savoir pourquoi tu as fait ça ?

- Après une déclaration comme ça, je ne voyais pas quoi faire d'autre, a t –il platement expliqué malgré le léger sourire amusé qu'il abordait.

- Ça n'était pas une déclaration, me suis – je hérissée.

- Tu sais pourquoi je suis allé au lycée Fujimi au lieu de me rendre à celui qui se trouve à 5 minutes d'ici ?

Le changement de sujet m'a un instant désarçonnée, mais j'ai décidé de jouer le jeu. De toute façon, je n'allais pas faire la tête pour un simple baiser qui ne m'a pas dérangée à vrai dire.

Je me suis assise en tailleur au sol pour qu'il ne se torde pas le cou en me regardant et j'ai répondu "non", prête à écouter ce qu'il avait à me dire. Je m'étais posée la question, alors évidemment, ça m'intéressait.

- Mes parents m'ont toujours sur protégé. Ils se sentaient tellement coupables à propos de mon handicap qu'ils ont toujours tout fait pour moi. Quand bien même tu peux penser tout le mal que tu veux d'eux, je t'assure que je ne me suis jamais senti moins aimé qu'un autre enfant totalement valide. Mais j'ai fini par comprendre que je n'étais qu'un poids en réalité. Quelqu'un qui aura toujours besoin des autres, incapable de se débrouiller seul et qui sera incapable de s'occuper de sa famille et de ses parents quand ils seront vieux. Quand bien même j'aurais eu un travail qui payait bien, ce qui n'était pas gagné, je ne pourrais jamais faire ce qu'une personne valide peu faire. C'est pour me prendre en main, et m'éloigner que j'ai décidé d'aller à ce lycée et pas un autre. Je voulais devenir plus autonome, que mes parents ne soient pas constamment sur mon dos et qu'ils comprennent que je suis assez grand pour faire ma vie. Qu'ils cessent de s'inquiéter.

- Beaucoup de gens n'auraient pas renoncé aussi facilement à leur petit confort.

Moi par exemple

- Tu es bien la première personne qui me donne l'impression de servir à quelque chose, a t –il poursuivi comme si je ne l'avais pas interrompu. Tu tiens compte de ce que je pense, et tu me demandes mon avis.

- Tu es plus intelligent que moi, me suis – je senti obligée de lui rappeler.

Il a secoué la tête en souriant et a fait faire demi tour à son fauteuil pour retourner vers la maison.

- Dan ? l'ai – je rappelé. Pour le baiser…

- Ne t'inquiète pas, je ne m'attends à rien, m'a t –il répondu en tournant juste la tête sur le côté pour me jeter un regard en coin. Je suis bien trop pragmatique, comme tu ne cesses de le dire, et tu es bien trop attachée à ta survie pour que j'en attende quoi que se soit. C'était simplement… amical, disons.

J'ai choisi de le croire et d'ignorer la petite voix dans ma tête qui me disait qu'il venait à son tour de me mentir de façon peu convaincante. Déjà parce que je n'avais pas envie de m'engager dans une quelconque relation amoureuse et ce quels que soient mes sentiments ou les siens, d'autre part parce qu'effectivement ça entraverait ma survie d'une certaine manière et que je tenais assez à lui pour préférer ne pas tout compliquer. Mieux valait continuer comme avant et faire comme si je n'avais pas un doute sur la nature amicale de ce baiser.

Je suis restée longtemps allongée sur ce trottoir à fumer. Jusqu'à ce que le paquet entier soit liquidé. J'ai regardé les étoiles qu'on voyait particulièrement bien depuis que les lampadaires avaient cessés de fonctionner, en envisageant les prochains jours.

Nous allions nous diriger vers l'ambassade américaine : le logement de fonction qu'on avait attribué à mes parents et l'aéroport se trouvaient non loin de là.

Je ne me faisais pas beaucoup d'illusion quant à mes parents. Soit ils avaient pu prendre un avion, ce que j'espérais sincèrement, soit ils étaient morts. Je ne les voyais pas du tout en tant que survivants ou que zombie, allez savoir pourquoi.

Une fois que je saurais ce qu'il en est, on se rendra tous à l'aéroport et on prendra un avion pour quitter cet endroit passé de capitale à simple ville fantôme comme tant d'autres sur terre. Et s'il n'y avait plus personne a l'aéroport ?

Je ne me suis pas autorisée à y penser ce soir là. Je ne me sentais vraiment pas la force de songer à vivre des semaines, des mois, voir des années de cette façon.

Isamu et Arisu avaient déjà été remplacé à la garde par Dan et Genjiro quand je suis rentrée. J'en ai été étonnée : je n'avais pas eu l'impression d'être restée si longtemps dehors. Je leur ai adressé un vague salut de la main avant de me laisser tomber sur le matelas à côté de Fuyuki bien décidée à dormir les quelques heures qui me restait avant de prendre la relève de Dan et Genjiro.

J'ai rêvé de zombies, ça n'avait rien d'étonnant. En plus de pourrir mes journées, ils hantent mes nuits depuis qu'ils sont apparus.

Vous savez, il y a des rêves où on ne sait pas qu'on s'est endormi avant de se réveiller et de se rendre compte qu'il ne s'agissait pas de la réalité. Personnellement, je n'arrive jamais à me rendre compte que je rêve parce que dans la réalité et le rêve je me bats contre des monstres. Durant la guerre, parce qu'ils étaient effectivement partout à attendre un faux pas pour nous dévorer.

A présent, je me bats contre ce qu'ils ont fait de moi. Quand je me réveille le matin, il me faut toujours 5 bonnes minutes et le fait de voir les gens se croiser dans la vue pour que je me rappelle que c'est terminé. Mais j'ai toujours l'impression qu'ils sont là. Tapis dans l'ombre. Attendant juste le bon moment. Attendant qu'on les oublie. Et là, ils nous j'avais toujours eu un sommeil très serein avant que tout ça ne commence...

Mais il y a eu une nouveauté cette nuit là. Parmi les visages anonymes des morts, il y avait dans l'armée que j'affrontais une humaine tout à fait normale. Une petite fille avec de ravissantes fossettes, des couettes sur le haut de sa tête et les yeux de Dan. Ça m'a tellement surprise que j'ai arrêté de me battre. Elle n'avait pas le regard d'un enfant, mais celui d'un adulte qui me fixait avec un mélange de haine, de tristesse et de ressentiment.

- Tu m'as assassinée, a t – elle dit d'une voix fluette chargée de reproche.

- Je n'avais pas le choix ! lui ai - je crié en retour, désespérée. Je suis désolée !

- C'est faux. Au fond de toi, tu sais que tu as adoré ça et que tu ne regrettes rien. Après tout, c'était pour que tu vives non ? C'est comme ça que tu justifies toutes tes actions, espèce de monstre.

Le mot, l'accusation, s'est élevée en un murmure amplifié tout autours de moi tandis que les zombies commençaient à me dévorer et que tétanisée, je me laissais faire.

J'ai brusquement ouvert les yeux et j'ai saisi le poignet relié à la main qui me touchait pour le tordre avec brutalité. Réflexe. Je me suis vivement redressée, haletante tandis qu'un couinement de douleur me parvenait.

Je regardé autours de moi, un peu paniquée à l'idée d'y trouver la sœur de Dan, parce que c'était bien elle que je venais juste de voir, et j'ai fini par me rendre compte que le bras que je tordais était celui de Genjiro et non d'un agresseur.

Je l'ai relâché immédiatement et il m'a jeté un regard noir en se massant l'épaule puis le poignet. Il voulait juste me réveiller et je lui ai fait mal, c'était tout a fait compréhensible.

Je me suis excusée avant de frotter mon visage avec mes mains et de me donner deux petites claques pour me réveiller complètement. Ce rêve n'était que le fruit de mon subconscient qui avait été mis à rude épreuve depuis quelques temps.

Fuyuki et moi avons cédé notre place dans le lit et j'ai pioché dans nos réserves de barres chocolatées avant de le suivre jusque sur le toit. Assis là haut sur les tuiles on avait une vue imprenable sur les alentours. On pouvait surveiller aussi bien les rues à l'extérieur des barrières qu'à l'intérieur.

- Tu as fait un cauchemar ? m'a demandé Fuyuki après que nous nous soyons assurés qu'il n'y avait rien à signaler.

- Curieusement, ça m'arrive souvent ces derniers temps, ai – je répliqué ironiquement avant d'ajouter : pas toi ?

- J'ai déjà connu des nuits meilleures, mais ça vient plus du fait que je me réveille au moindre bruit que d'éventuels cauchemars.

- Comment tu fais pour ne pas en faire ?

- Ça ne me pose pas de problème de conscience de tuer les zombies. C'est comme si je déracinais de la mauvaise herbe.

- J'aimerais bien pouvoir penser comme toi.

- Vaut mieux pas. Tu ne serais pas un très bon leader si tu pensais comme ça. Toi, tu te demandes si tu n'es pas devenue une meurtrière, moi je me demande si je ne suis pas juste un psychopathe qui aurait de toute façon fini par devenir un meurtrier d'ici quelques années.

Je lui ai jeté un regard. Je ne voyais pas du tout ce que ça venait faire là. Il a noté mon expression étonnée et m'a adressé un pauvre sourire avant d'avouer :

- Je ne me suis jamais autant amusé que depuis que ces zombies sont apparus. J'ai l'impression que mon art et ma vie ont enfin un sens quand je donne la véritable mort à ces monstres. Je pourrais aller jusqu'à dire que j'aime ça. Est –ce que je suis fou ?

- Tu poses ta question à la mauvaise personne.

Il a capté mon expression mal à l'aise et a soupiré.

- Je n'aurais jamais dû te raconter ça, désolé.

- Ça n'est pas ça. Je crois que je comprends. Moi, quand je suis en train de me battre pour ma vie, je pense parfois que je n'aimerais être nul part ailleurs.

Mais bon, ça ne durait malheureusement jamais très longtemps.

Pouvez vous seulement essayer d'imaginer, ou juste envisager, a quel point on se sent vivant quand on défend sa vie ? Quand on réussi à s'en sortir, on se sent tellement fort, tellement bien, tellement victorieux. J'imagine que c'est assez similaire à ce que ressentent les sportifs quand ils remportent une compétition pour laquelle ils ont beaucoup travaillé. Ça donne un sacré coup de boost.

Peut – on se sentir vivant en tuant sans passer pour un psychopathe comme l'a si bien dit Fuyuki ? Et n'est ce pas un total paradoxe de dire que ça nous fait nous sentir en vie quand on donne la mort ?

Je sais qu'il y a des gens en train de s'horrifier à mes mots. Mais ces gens ne se sont jamais trouvés à ma place. A notre place.

Le psy que je vois depuis un an m'assure sans arrêt que je ne suis ni folle, ni psychopathe, ni rien de la sorte. Que je suis juste traumatisée. Mais il ne m'a jamais dit que ma façon de voir le monde à travers mes yeux transformés par des mois en enfer n'était pas dangereuse pour moi et mon entourage.

Et pourtant, je lui ai posé la question quand bien même la réponse n'était pas valable parce qu'il a survécu dans un camp.

J'ai essayé de trouver un psy qui a vécu dans les mêmes conditions que moi. Celui que j'ai trouvé n'a jamais repris son activité. Après avoir vu la nature humaine poussée dans ses derniers retranchements, il a été incapable de retourner à son travail. Je le comprends.


A suivre...