Les yeux d'Ibiki étincelèrent de colère, et Sakura crut un instant être allée trop loin.
-Vous n'avez aucune idée d'à quel point je suis tordu.
Sakura haussa un sourcil.
-Alors montrez-moi.
-Pardon !?
-Montrez-moi un interrogatoire, ou parlez m'en au moins ! Que se passe-t-il, lorsque vous vous trouvez face à un véritable assassin ? Un homme qui prend du plaisir à tuer, des hommes, des femmes, des enfants, des innocents ? Et qui profite du système pour « travailler » à la botte d'un yakuza quelconque, chez qui il peut laisser libre court à sa folie ?
-…Croyez-moi, vous ne voulez pas savoir…
-Essayez ! Ne me forcez pas à vous le demander comme une requête officielle…
Ibiki haussa un sourcil.
-Je ne vois pas comment cela pourrait en être une…
-Sauf si je me révèle inquiète de la stabilité mentale d'un homme censé me protéger…
Il y eut un blanc. Et Ibiki fut forcé de reconnaître qu'il s'était fait piéger. Sakura aurait pu être douée à la Section Interrogatoire…
-Très bien. Un autre thé, peut être ? Répondit-il en repartant vers le salon. N'enlevez pas vos chaussures, ainsi, vous pourrez repartir plus vite.
Sakura leva les yeux au ciel et quitta ses sandales, avant de repartir vers le salon, attendant le ninja-tortionnaire qui préparait à nouveau du thé. Lorsqu'il revint, ils restèrent tous les deux assis devant la table basse à se regarder en chien de faïence. Cela dura un moment.
-Vous êtes têtue et obstinée, Mademoiselle Haruno, j'espère que vous le savez ?
Sakura haussa les épaules.
-Ça ne m'a pas apporté que des bonnes choses, j'en conviens. Et je croyais vous avoir demandé de m'appeler Sakura ?
-Ne vous privez pas du « Mademoiselle Haruno », vous pourriez le regretter.
-A ce point là ? Demanda Sakura en prenant une nouvelle gorgée de son thé. Allez-y, je vous écoute…
-Avant toute chose, vous devez savoir que même mes collègues les plus proches haïssent cette partie de moi. J'ai même fait vomir le père de votre amie plus d'une fois…
-C'est censé m'impressionner ? Et Ino n'est pas mon amie, je vous l'ai déjà dit.
-Elle avait pourtant l'air bien inquiète pour vous lorsqu'elle a sonné à ma porte pour m'injurier…
-…Elle se retenait de trembler, j'en suis persuadée.
-En effet, répondit Ibiki avec un sourire amusé.
Sakura sourit.
-J'aurais bien aimé être là. Que vous a-t-elle dit ?
-Grosso modo ? Que vous étiez une gamine immature et incapable de savoir ce qui est bon pour elle et que je n'avais pas intérêt à en profiter où bien j'aurais affaire à elle…
Un éclair de colère passa dans les yeux de Sakura.
-Qu'est ce que vous lui avez répondu ?
-Que j'allais vous inviter à dîner, c'était ce matin.
Sakura du se retenir de se frapper la tête contre la table.
-Je ne sais pas ce qui est le pire : que Ino soit, de nous deux, la plus immature, qu'elle se mêle encore de ce qui ne la regarde pas, qu'elle ait du rassembler tout son courage pendant une semaine avant de venir vous voir, ou bien que je doive encore m'attendre à me faire hurler dessus de bon matin…
-Débrouillez-vous avec elle.
-C'est bien mon intention, merci, mais si elle continue, elle va bientôt se retrouver à l'hôpital et ce ne sera pas pour y travailler…
-Je crois me souvenir que vous avez eu difficilement le dessus lors de votre examen de chûnin…
-Et nous savons tous les deux que si je suis encore en vie, c'est que j'ai bien progressé. Bien, maintenant que vous avez habilement détourné le sujet et qu'il est épuisé ?
-…Vous ne perdez pas le Nord à ce que je vois…
-Alors qu'il est question de vous ? Pas pour l'instant, non…
-Dois-je donc m'attendre à ce que vous me harceliez pour devenir ma compagne ?
-Ibiki-san… Si vous ne voulez pas de moi, vous pouvez le dire et je passerai à autre chose. Je vous demande juste de ne pas me mettre à l'écart sur une supposition -que je considère encore comme erronée- selon laquelle je ne serais pas capable de vous accepter tel que vous êtes…
Ibiki soupira.
-Très bien, mais ne venez pas vous plaindre après…
Sakura ne dit rien, attendant qu'il parle. Elle avait la vague impression que si leur relation devait évoluer ou non, ce serait maintenant. La suite dépendait de ce qu'il allait dire.
-Tout le monde dit que j'excelle en torture mentale, et c'est vrai, mais ce que je préfère, c'est la torture physique… Tout d'abord, lorsque je comprends que j'ai face à moi le genre d'homme que vous avez évoqué tout à l'heure, j'anticipe… Ce genre de personne fait généralement étalage de sa folie, et tente d'être le plus malin. J'imagine ce que je pourrais lui faire. Qu'est ce que je vais bien pouvoir prendre ? Les câbles électriques, comme pendant votre examen ? Les pinces ? Les vrilles ? Des charbons ardents ?
Sakura prit une gorgée de son thé.
-Continuez…
Ibiki avait beau vouloir faire étalage de sa cruauté pour l'effrayer, elle était une ninja, elle aussi, et elle en avait vu d'autres. Surtout depuis sa nomination au poste de ninja I.S...
-Cela dépend de beaucoup de chose. La réaction de ma victime, mon humeur et la sienne… Sa résistance à la douleur aussi. Si il crie et que j'ai envie d'en finir vite, je me débrouille pour que ça soit rapide, pour le faire hurler de douleur et le mener rapidement aux portes de la folie et qu'il parle, mais parfois, quand c'est comme ça, j'ai au contraire envie de faire durer les choses, de l'entendre crier… Mais le mieux, c'est lorsqu'il rit. Lorsqu'un homme est véritablement fou et qu'il se rit de la douleur, je ne peux qu'augmenter son intensité, et lorsqu'il commence à crier… C'est ça qui m'excite le plus, vous pouvez être sûre que si un cinglé passe du rire aux larmes sous mes instruments de torture… Ça va m'exciter…
-Et ? Demanda Sakura.
-Alors je les viole. Je les viole encore et encore jusqu'à ce qu'ils ne pleurent plus de douleur, mais de ça, et uniquement de ça ! Et lorsque nous n'en pouvons plus tous les deux, seulement à ce moment là je recommence à les torturer, mais d'une manière plus insidieuse, plus cruelle, parce que leurs nerfs à fleur de peau son tellement plus réceptifs après un orgasme…
Ça Sakura le savait, elle s'en souvenait. C'était ce qui s'était passé à son examen...
-Et alors je peux utiliser n'importe quoi ! Un scalpel, pour lacérer tout leur corps, des charbons, jusqu'à ce qu'ils ne soient plus qu'une immense cloque boursouflée, ou alors je peux les pendre, pour les faire suffoquer…
Sakura se contenta de boire. Ibiki se répandait en détails et semblait ne plus pouvoir s'arrêter. Comme si il voulait tout lui dire d'un coup pour l'épouvanter et qu'elle sorte de sa vie, dont elle mettait la stabilité en danger…
-Savez-vous que la pression de la corde sur le cervelet et la moelle épinière provoque une érection ? C'est d'ailleurs ce qui est à l'origine des érections mortuaires ! Mais je ne vais pas jusqu'à les tuer, non ! Je les pends lentement, et lorsqu'ils sont sur le point de perdre conscience, je les décroche, je les laisse reprendre leur souffle, et je recommence…
Sakura regarda Ibiki, seulement pour constater que son regard était fou, aussi fou que celui des hommes qu'il torturait… Ce type était un psychopathe… Ses yeux brillaient de plaisir, et il avait le ton exalté de quelqu'un sous acide…
-Parfois, je les suce aussi. Et parfois, rien ne fait plus mal qu'un anneau pénien…
Allons bon, ça c'était autre chose ! Si il était gay, elle ne pouvait rien y faire…
-Parfois, il y a des femmes aussi ! Et vous n'avez aucune idée d'à quel point une vulve peut enfler, selon le même mécanisme…
Tiens, peut être que non finalement ?
-Elles saignent aussi ! Comme pendant leurs règles… Et j'adore ça !
Finalement non.
-J'adore lécher ce sang jusqu'à la dernière goutte, mordiller leur clitoris jusqu'à ce qu'elles perdent le peu qu'il leur reste de souffle…
…Si on oubliait tout ce qu'il avait pu dire avant, pourquoi est ce que Sakura se sentait excitée?
Ibiki fit un geste et renversa un peu du thé qu'il avait dans sa tasse. Le charme fut rompu. Il sembla reprendre conscience et se rappeler de ce qu'il avait dit, de la façon dont il l'avait dit, et s'arrêta brusquement.
-…C'est tout ? Demanda Sakura.
-Comment, tout !? Vous auriez voulu qu'il y ait autre chose ?
Sakura finit son thé et s'accorda un peu de temps pour réfléchir. Ce que lui avait dit Ibiki l'avait bien sur choquée, dans une certaine mesure, mais elle était une ninja, et la Désignée de surcroît. Tout était à relativiser.
Dans une certaine mesure, elle comprenait parfaitement ce qu'il voulait dire…
Avoir quelqu'un sous votre emprise est jouissif. Et être sous l'emprise de quelqu'un, si cette emprise est bien dosée, peut l'être tout autant.
Jusqu'ici, elle n'avait eu à faire qu'à des bœufs de bas étage et sans aucune délicatesse, mais elle était sure que si elle tombait sur quelqu'un comme Ibiki, elle pourrait, toutes proportions gardées, bien sûr, en retirer du plaisir.
Évidemment, ça n'avait pas été le cas pendant son entraînement, mais ça n'avait pas été le but. Et pourtant, au fur et à mesure qu'elle se pervertissait et se faisait maltraiter en mission, elle se rappelait maintenant s'être fait plus d'une fois la réflexion que Ibiki, à la place de son tortionnaire du moment, aurait sans doute été plus doué, même en terme de douleur pure… C'était d'ailleurs ce qui lui permettait parfois de se moquer de son bourreau lorsque la mission de Shikamaru nécessitait qu'elle détourne son attention un peu plus longtemps…
Elle savait maintenant que la frontière entre douleur et plaisir pouvait être mince, extrêmement mince, même pour la victime, et si ses cibles habituelles n'avaient conscience de ce fait que dans un sens, -le leur- le fait que Ibiki en joue, en tant que tortionnaire, n'était pas étonnant…
Et puis bordel ! Qu'est ce qu'elle aurait pu être contente de voir certains des porcs immondes qui lui servaient de cible subir ça… Encore que, vu leur physique habituellement gras et libidineux, elle doutait qu'Ibiki fasse durer la séance… Mais quand même...
-Ibiki-san ?
-Oui ?
-Vous avez fait ça aux types qu'on a attrapés la semaine dernière ?
-…Pour certains, oui…
-La prochaine fois, appelez moi, je veux les voir souffrir… Énonça-t-elle d'un air sombre.
Ibiki et elle se toisèrent un long moment de nouveau, se regardant dans le blanc des yeux comme au début de leur conversation.
-Vous êtes une jeune fille étonnante…
-Et vous, un homme complètement fou, mais qui me plaît quand même…
Ibiki se leva et raccompagna Sakura à la porte.
-Si je vous plaît, c'est que vous êtes folle vous aussi.
Sakura se retourna vers lui et constata qu'Ibiki arborait un léger sourire désabusé, qu'elle lui rendit avec un rien de taquinerie. Même en ayant remis ses chaussures, elle était bien plus petite que lui, alors elle se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un petit baiser sur ses lèvres auquel, au dernier moment, il répondit.
-Peut être, répondit la kunoichi d'un air espiègle, avant de s'enfuir dans la nuit.
