Coucou mes lapins !
De retour en ce bel après-midi d'été précoce pour vous proposer le nouveau chapitre (intense !) de Les Marginaux. Vous êtes 184 à suivre cette fic, c'est beaucoup trop de pression. En vrai, il n'y a qu'ici que je peux décevoir autant de monde d'un coup ! J'essaye de ne pas y penser xD
J'espère que vous allez bien, plein de bisous et bonne lecture ensoleillée.
Chapitre 14
Il y eut des éclats de lumière blafarde, des secousses, nombreuses, couplées à un brouhaha distant et agressif. Des éclairs de conscience entrecoupés de néant. De vagues sensations diffuses et floues.
Et puis Tony ouvrit les yeux.
Sonné, il cligna plusieurs fois des paupières, sans oser bouger le moindre muscle. Lorsqu'il tenta de se redresser, après une longue minute d'hésitation, des courbatures douloureuses lui mangèrent la nuque et le dos.
- T'es de retour chez les vivants mon pote?
Zeke lui frotta affectueusement l'épaule.
Tony l'entendit comme à travers une épaisse couche d'eau. Il se redressa en grognant sur les coudes, se tapota les oreilles.
- T'es peut-être encore un peu sourd, comprit Ezekiel. Ca va passer. Enfin je crois. Ça fait plaisir de te voir…
Acceptant la main tendue, Tony se redressa tout à fait, assis sur ce qui se révéla être un lit de camp. La pièce autour était petite et vide, sans fenêtres elle aussi. Torse nu, il était couvert de bandages à la propreté douteuse. Son pantalon avait été découpé pour bander plusieurs parties de ses jambes. La frontière de sa conscience constata également que la cuisse d'Ezekiel était proprement bandée elle aussi. Il observa ses mains, tâta un peu son torse douloureux. L'impression qu'un camion lui avait défoncé la cage thoracique.
Ezekiel redevint sérieux.
- Tu te souviens de ce qui s'est passé ?
- Et comment, grimaça Tony. J'ai même eu le temps de voir le magnifique logo Stark Industries sur la grenade.
- T'as beaucoup de chances d'être en vie.
- Et en même temps c'est comme un retour de karma, non ?
Il paraissait songeur, mais pas du genre à être en proie à des idées joyeuses.
Zeke se tordit les mains. Il se tortillait sur son tabouret, mal à l'aise.
- Tony…
- Hmmm ?
L'aîné soupira.
- Je ne sais pas s'il faut vraiment t'en parler, encore moins alors que tu viens juste de te réveiller, mais …
Un mauvais pressentiment s'insinua dans le cerveau de l'étudiant.
- Voilà… Ils ont un genre de labo, tu verras, ils t'emmèneront. Ils ont ôté la plupart des shrapnels, mais…
Par intuition, Tony porta la main sur son cœur. Tout ce niveau-là était parfaitement bandé, très serré, réduisant même sa capacité respiratoire. Corset aux lacets dramatique.
- C'était trop près du cœur, ils n'ont pas les moyens d'opérer, tu comprends, pas le matériel, trop dangereux… Il reste des éclats, et ils vont sûrement migrer.
La révélation s'imprima lentement dans la conscience de Tony, jusqu'à ce que les différents tenants et aboutissants de cette information le percutent pleinement.
- Combien de temps ?
Ezekiel avait les yeux humides.
- Je ne sais pas. Je suis désolé. Je ne sais vraiment pas…
Tony se laissa retomber sur sa couchette de fortune, les yeux rivés vers le plafond bas et lézardé. Il allait mourir ? Ici, dans ce pays pourri ? Sans avoir vraiment vécu ? Sans avoir revu Loki ? En abandonnant lâchement Zeke ? C'était difficile d'accepter cette vérité. Et pourtant… Son cœur battait vite sous ses côtes, et chaque pulsation le rapprochait d'une mort certaine.
Le silence perdura presqu'une heure. Au milieu de ce déluge de pensées déprimantes, une idée saugrenue pointa le bout de son nez. Vraiment saugrenue.
Mais Tony n'avait plus rien à perdre. Il humidifia ses lèvres gercées par l'air sec et chaud.
- Ils ont un labo ici, tu as dit ?
Après quelques heures de repos, on vint les chercher.
La curiosité de Tony fut assouvie puisqu'on l'emmena au laboratoire. Il remarqua que Maria et ses hommes le traitaient différemment, et s'assuraient qu'il ne manque de rien. Peut-être qu'être passés à deux doigts de tuer l'héritier Stark poussait à réfléchir. Cependant, Tony captait les regards qu'on lui jetait à la dérobée. Un mélange de compassion, d'admiration et d'angoisse. Lui-même tentait de ne pas penser aux éclats métalliques logés dans sa poitrine.
Ce que leurs ravisseurs appelaient le laboratoire, donc, consistait en un vaste atelier souterrain occupé par une dizaine de techniciens en blouses bleues. Il y avait des plans de travail, des postes de soudure, quatre ordinateurs dernier cri au fond de la salle. Un petit poste de chimie sur une paillasse blanche carrelée, et quelques bras robotiques automatisés.
La conclusion tirée par Ezekiel un peu plus tôt était qu'ils se trouvaient entre les mains d'une faction rebelle en Syrie, ou peut-être en Lybie. Lors de l'attaque de la camionnette, l'autre faction portait des uniformes qui s'approchaient de quelque chose d'officiel, alors que leurs ravisseurs ressemblaient plus à une petite bande auto proclamée.
« On est chez les terroristes ? Ou chez les anti-terroristes ? Ici le gouvernement, c'est les gentils ou les méchants ? Et eux, c'est des rebelles ? Des civils ?»
Tony était un peu perdu, Ezekiel aussi. Depuis leur petite vie bien rangée à Boston, la réalité de la guerre au moyen orient était floue, complexe et lointaine. Comme beaucoup de leurs congénères, ils ne s'y étaient jamais réellement intéressés. Ce qui augmentait davantage encore le sentiment de culpabilité qui étreignait Tony. La moitié des armes utilisées ici étaient estampillées Stark Industries. Et même une bonne partie des outils, du matériel de recherche, des logiciels.
Quelques-uns des travailleurs en poste vinrent les accueillir. Certains parlaient un Anglais suffisant pour qu'ils puissent se comprendre. Maria, si elle s'était adoucie depuis qu'elle avait dû transporter le corps inconscient du jeune Stark, ne perdait pas de vue ses objectifs :
- Toi et ton ami, vous serez nos prisonniers tant que tu n'auras pas développé cette technologie pour moi.
Elle pointa du menton le plan des Transistors projeté sur le mur du fond, autour duquel plusieurs techniciens s'affairaient.
- Et tu nous libères quand j'ai fini ? Vérifia Tony.
- Oui, maugréa-t-elle de mauvaise humeur. Sauf si tu sais qui nous sommes et où nous sommes.
- Je ne sais pas et je ne m'intéresse pas à la question, mentit-il.
- Parfait. On vous laisse avec Alexander.
Un blondinet trottina à leur rencontre. Il parlait un très bel Anglais d'une voix pointue. C'était le seul Européen de l'équipe : les autres techniciens et ingénieurs étaient visiblement d'origine plus locale.
- Venez, dit-il. Je vais vous présenter à l'équipe. Et vous montrer par où on a commencé. On est contents que vous soyez là, car on se trouve face à certaines impossibilités techniques.
Tony leva les yeux au ciel. Impossibilités techniques. Bien sûr. Il n'y avait aucune impossibilité technique sur son projet ; d'après lui, ils étaient justes incompétents. Tant mieux cependant : cela leur permettait de gagner un temps précieux.
Zeke et lui échangèrent un regard alors qu'on les entraînait plus loin dans le laboratoire.
Ezekiel chuchota à l'oreille de Tony :
- Dis-moi, on va vraiment construire un système d'armes perfectionnées pour ces gens ? Je n'ai pas envie d'avoir des milliers de morts sur la conscience…
Tony faillit rétorquer que, pour ce qu'ils en savaient, ils étaient peut-être des civils opprimés désireux de se débarrasser d'un gouvernement tyrannique. Et que, pour sa part, il venait de prendre brutalement conscience qu'il avait en effet des milliers de morts sur la conscience.
- Bien sûr que non, on ne va pas fournir d'armes à ces gens. On va juste faire semblant, le temps de trouver un moyen pour s'échapper.
- Et un moyen pour te sauver ? murmura prudemment Zeke, inquiet.
- Evidement. On va combiner les deux. J'ai un plan.
Une étrange routine s'installa alors pour les deux amis. Dormir peu, travailler beaucoup, manger avec l'équipe. Ne jamais sortir, ne jamais entr'apercevoir la lumière du jour. Manquer peu à peu de vitamine D, le soleil comme lointain souvenir.
S'inquiéter de l'avenir, dans les rares moments où leurs cerveaux ne s'employaient pas à mettre en œuvre la solution à leur situation. Il fallait trouver un compromis efficace pour s'enfuir. Le plus dur, bien sûr, était de prendre en compte l'état de santé de Tony. Il se savait mort en sursis, s'il ne trouvait pas rapidement un moyen d'ôter les éclats de shrapnels logés entre ses côtes.
Rapidement, il fut décidé que le meilleur moyen de stopper le processus serait d'utiliser un champ magnétique très puissant qui ralentirait au mieux la course des éclats. En secret et sous couverts d'autres sujets d'étude, ils étudièrent la théorie.
Pour réussir à fuir par contre, il fallait une arme. Celles de leurs ravisseurs étaient inaccessibles et trop faibles. Tony avait déjà étudié, depuis son atelier au MIT, plusieurs gammes d'uniformes de combats. C'était ce dont ils avaient besoin pour s'échapper. Il se sentait capable de mener à bien le projet.
Le tout était délicat et subtil. Il fallait avancer un peu sur les transistors, afin de ne pas éveiller de soupçons, tout en ne réussissant pas totalement non plus, afin de ne pas donner à leurs ravisseurs cet avantage redoutable. Tony inventait régulièrement quelques difficultés techniques, emmenait souvent et volontairement l'équipe de chercheurs dans la mauvaise direction, allait même jusqu'à provoquer des pannes sur leurs équipements de recherche pour ralentir l'avancée des travaux. En parallèle, ils volaient des outils, du matériel, des pièces, et travaillaient d'arrache pieds à la nuit tombée, dans le silence et le vide de la cellule qui leur servait de chambre.
Le temps devint une notion abstraite. Des jours, des semaines, plusieurs semaines. La fatigue, omniprésente, l'angoisse, la douleur. La peur de mourir.
Heureusement, dans la tête du petit génie, tout s'emboîtait simplement. Chaque pièce, chaque fonctionnalité de l'habit de combat qu'ils fabriquaient en secret lui apparaissait clairement.
Un soir, couvert de graisse et de sueur, les yeux piquetés de fatigue, le petit fer à souder volé dans une main, il laissa échapper un soupir. Ezekiel lui chuchota « Si tu n'étais pas là mon pote, je n'aurais jamais tenu aussi longtemps. Je me serais déjà tranché les veines.»
Tony réduisit ses heures de sommeil à deux par nuits, ingurgitant des litres du mauvais café que leur ramenait l'équipe. Cette révélation de son ami, électrochoc, ne fit qu'augmenter la culpabilité qu'il ressentait à l'avoir embarqué dans cette histoire.
Il le sortirait de là, coûte que coûte.
- Ce soir, alors?
Tony essuya son front trempé de sueur d'un revers de main. La douleur intense à sa poitrine, la moiteur étouffante omniprésente, le manque de sommeil et la malnutrition : tout s'additionnait pour le rendre fébrile. Il hocha la tête.
- Oui, ce soir. Je ne tiendrais plus très longtemps sinon.
Ezekiel, blême lui aussi, hocha gravement la tête.
Les deux amis travaillaient pour les rebelles depuis deux mois à présent. Ralentir encore la progression des transistors n'était plus possible sans éveiller les soupçons. Prenant sur le peu de temps de sommeil qu'on leur accordait, ils avaient fabriqué en secret l'exosquelette censé leur offrir une force de feu suffisante pour s'échapper. L'électro-aimant aussi était prêt.
Tony et Ezekiel attendirent donc la fin de la journée de travail. L'aîné boita jusqu'à l'espace qu'on leur réservait pour dormir, sa blessure à la jambe, profonde, guérissait moins vite que celles de Tony. Leur chambre crasseuse tenait plus de la buanderie qu'autre chose. Tuyaux d'évacuation apparents, murs de béton nus et lézardés, lumière jaune malsaine. Il y avait de la place pour travailler, c'était le plus important.
Comme tous les jours, deux hommes les escortèrent jusqu'à leurs quartiers et fermèrent la lourde porte à clef derrière eux.
Une fois que les voix de leurs ravisseurs eurent disparus loin dans le couloir, ils échangèrent un regard entendu. Ils s'approchèrent du placard délabré et rempli de vieilleries qui constituait l'un des rares meubles de leur espace personnel.
Tout au fond, dissimulé par des dizaines de composants électroniques, morceaux de cuir, raccords et outils en tout genre, gisait leur seul espoir de liberté. Il leur avait fallu veiller toutes les nuits pour construire leur bijou. Voler des pièces et des outils le jour sans se faire attraper, et construire en silence ce qu'ils appelaient entre eux « l'armure », de par son apparence moyenâgeuse. A bien y penser, même si elle avait été construite avec les maigres moyens à leur portée, il s'agissait là d'une merveille de technologie. Totalement brevetable.
Et en charge depuis trois jours, parfaitement prête à l'emploi.
Le plus dur avait été de trouver une source d'énergie pour alimenter l'électroaimant qui lui offrait une extension d'espérance de vie. Tony avait des milliers d'idées, mais toutes nécessitaient d'être chez lui, à New York. Son père avait travaillé sur un réacteur particulier, capable de fournir une quantité d'énergie substantielle. Bien sûr, c'était hors de portée, et ils se contenteraient donc d'une batterie trouvée sur une vieille voiture pour faire fonctionner leur prototype. Il aurait bien le temps de réfléchir à ça une fois au dehors.
Les deux amis inspectèrent une ultime fois leur création, raccordant les derniers fils, faisant coulisser les différentes pièces entre elles.
- Allez, enfile-la, murmura Ezekiel.
Il paraissait à la fois tendu et excité, petit garçon craintif de n'avoir pas été assez sage à l'approche de Noël
Le cœur de Tony accéléra dans sa poitrine, alors que son ami l'aidait à caler l'électro aimant contre sa poitrine, puis à enfiler l'armure. Il dut se tortiller, tirer sur son tee-shirt, faire craquer certaines de ses articulations.
La combinaison sur ses épaules pesait un poids rassurant, qui semblait l'ancrer dans le moment présent. Ezekiel l'aida à enfiler les jambières, et il se trouva soudain engoncé dans cette coquille. Au lieu du vague sentiment de claustrophobie qu'il avait craint, la sensation d'être à l'abri du monde extérieur se diffusa rapidement. Une grande goulée d'oxygène, un poids en moins sur les épaules. Etait-ce déjà l'aimant plaqué contre la poitrine qui faisait effet ?
C'était peu probable. Le regard admiratif d'Ezekiel renforça sa conviction.
- Ca y-est alors, murmura-t-il.
Il bougea un peu les bras, les jambes, dans un bruit de métal grinçant. Différents voyants s'éclairèrent alros que l'armure lançait automatiquement une série de tests.
- On pourra l'améliorer. J'ai déjà une idée d'un fournisseur pour le matériau. Et pour les gants, regarde, on mettra…
- Tony, le coupa Ezekiel, une main sur son épaule de cyborg. Tony.
Tony se tut.
- Déjà, on va sortir d'ici, poursuivit l'aîné, sérieux. Ensuite, on fera toutes les modifications que tu veux. Il faut que tu me promettes une chose.
Tony acquiesça en silence.
- Je vais te ralentir, avec ma jambe. Si notre évasion tourne mal, tu pars sans moi.
- Tu sais forcément que je ne vais pas être d'accord, s'insurgea l'étudiant. On est dans la merde ensemble, on s'en sort ensemble.
- On va essayer, approuva Ezekiel. Mais je ne bougerai pas d'un pouce tant que tu ne m'auras pas promis ça. Je suis rationnel, poursuivit-il en levant les mains pour couper l'intervention de son interlocuteur. Il vaut mieux qu'un d'entre nous s'en sorte plutôt qu'aucun. Et il ne faut pas que tu restes ici, qu'ils récupèrent l'armure, qu'ils t'exploitent encore pour construire je ne sais quelle arme incroyable. Tu es génial, regarde-moi ça ! Cette armure, c'est incroyable. Je n'aurais jamais imaginé…bref. Ton cerveau ne doit pas être en leurs mains.
Tony soupira. Il cuisait déjà, encastré dans sa tenue de métal. Ezekiel lui tendit une main, le regard inquisiteur.
- Je…
- Promets, c'est tout. Et après on se casse.
Tony serra la main à contrecœur. Il enfila le heaume en plaisantant sur l'aspect « ferraille » de la chose, détaillait déjà ce qu'il voudrait modifier lorsqu'ils seraient tous deux de retour à Boston.
- Tu changeras la couleur, approuva Zeke, sinon tu feras peur aux gens comme ça. Rouge et doré, ce serait pas mal non ? Sourit-il, essayant de détendre l'atmosphère.
Tony inspira profondément, sa vision partiellement réduite par le heaume. Un regard à sa main droite où était attaché leur mini lance-flamme, la seule arme intégrée à l'armure. Une seule décharge : il faudrait choisir le bon moment, la bonne cible.
- Bon. Reste bien derrière moi, surtout. Ça va chauffer ! Sans mauvais jeu de mot…
La fatigue des derniers mois passés à travailler d'arrache pieds s'envola immédiatement. Drogué à l'adrénaline, la peur au creux de l'estomac, Tony sentait ses réflexes amplifiés par dix, par cent. Les multiplicateurs de force disposés aux endroits stratégiques de l'armure l'aidaient à garder confiance. La serrure de la porte ne résista pas à simple un coup de pied. Même les deux créateurs en furent impressionnés.
Aussitôt, ils déguerpirent dans le couloir. Ezekiel avait longuement travaillé pour trouver les plans de la base, et choisir par quelle issue ils sortiraient. L'effet de surprise leur offrit une minute précieuse. Une minute avant que les cris ne retentissent, ainsi que le bruit des armes que l'on charge et des ordres que l'on donne.
- Ils sont juste derrière ! Hurla Ezekiel, sur les talons de son ami qui volait presque.
- Ne te retourne pas !
Plusieurs balles sifflèrent dans leur direction alors qu'ils empruntaient des angles secs dans les couloirs mal éclairés au beau milieu de la nuit.
Ezekiel sut rapidement qu'il n'arriverait pas à sortir. Sa jambe lui faisait bien trop mal. Tony le distança rapidement, revint sur ses pas, l'entraina par l'épaule, par le bras, le portant à moitié. Malheureusement les couloirs étroits et bas de plafond, la faible maniabilité de l'armure et la propre fatigue de Tony ne lui permettaient pas de faire davantage.
- Allez ! S'époumona-t-il, alors qu'à leurs trousses une masse de rebelles furieux grossissait.
Une nouvelle nuée de balles claqua à leurs tympans, les étourdissant momentanément. Zeke vit un sillon rouge sur son bras, ouvert et saignant abondamment. Il jura, trébucha, tomba au sol. Tony lui tendit une main, l'obligea à se relever.
- J'y arriverai pas mon pote…
- Ne dis pas n'importe quoi !
Ils brinquebalèrent tant bien que mal jusqu'à la pièce qui faisait office de cuisine, et qui possédait une porte fenêtre. Zeke le suivait, haletant, une main sur le cœur. Tony batailla pour ouvrir la poignée de porte qui coulissait mal. Il jura lorsqu'elle céda enfin, se tourna vers Ezekiel pour célébrer sa joie et l'air chaud de la nuit qui s'engouffra dans les cuisines. Ezekiel avait les yeux grands ouvert, un « oh » muet sur les lèvres, un filet de sang tachant son menton.
Tony ressentit ce même vide glaçant que lorsqu'on lui avait appris la mort de ses parents.
Zeke ôta la main qu'il tenait plaquée contre son torse, elle leur apparut rouge et tremblante dans la faible lueur environnante. Tony voulait hurler. Dans l'embrasure de la porte, une dizaine d'hommes armés apparurent en braillant. Ezekiel cligna des yeux une fois, deux fois. Il tendit la main vers Tony, le repoussa brutalement, l'obligeant à franchir la porte vitrée, tombant à moitié sur lui au passage.
- Ezekiel !
- Tu as promis, chevrota-t-il.
Et il appuya sur le déclencheur des jets-boots.
- Non !
Les rebelles déboulaient dans la cuisine, Ezekiel tomba à genoux, les mains vaguement en l'air, pointant du menton Tony et la liberté qui se trouvait derrière lui. Alors que l'armure s'élevait dans les airs à bonne vitesse, Tony hurla :
- Je reviendrais ! Tiens bon, je reviendrais !
Il braqua le lance flamme de son poignet gauche en direction de l'entrepôt où se trouvait le laboratoire. Les flammes galopèrent hors du dispositif, un souffle brulant ravageant tout sur son passage, détruisant des milliers d'heures de travail, des armes, des espoirs.
Amère vengeance.
Des tirs fusaient vers Tony. L'armure ne pouvait pas voler longtemps, et la charge des jet-boots s'épuisait déjà.
La silhouette immobile d'Ezekiel encadré par leurs ravisseurs s'éloigna. La nuit, déchirée par les flammes rouges qui détruisaient l'entrepôt, avala Tony.
Pfiou, ça va, on n'a perdu personne en route ? J'espère que vous avez aimé ! A bientôt pour la suite !
De gros bisous,
Laukaz
