Bonus- Je voulais des enfants
Prompt « Les livres mentent »
Enfant, Maman venait dans mon lit, le soir, avant que je ne m'envole au pays de Morphée, et me racontait une histoire. C'était un des seuls moments que je passais uniquement avec elle, sans qu'un précepteur ne nous interrompe ou qu'un elfe de maison ne veuille nous offrir quelque chose. Nous n'étions que toutes les deux, bien au chaud sous ma couette, avec pour seule lumière deux bougies roses. Elles donnaient une ambiance à ma chambre, un peu princesse et contes de fées. Elles étaient en harmonie avec les livres que je tendais à ma mère pour qu'elle me les lise. Hansel & Georgia, La Belle à la Harpe Dansante, Blanche-Neige et les Sept Harpies, tant de contes qui avaient bercé mon enfance, mes rêves et mes espoirs.
Elle me racontait comment chaque princesse avait des histoires horribles, avec de méchantes sorcières, des monstres affreux et des aventures incroyables à vivre, comment elle finissait toujours par trouver un joli prince qui la sauverait, comment elle épousait toujours le prince et était heureuse pour toute la vie. Maman me berçait de ses rêves, entretenait l'espoir qu'un jour, tout cela m'arrive. Elle me murmurait toujours, après avoir fini sa lecture, que j'étais sa princesse, et que plein de belles choses m'arriveront, que j'aurais une vie magnifique et plein d'enfants.
J'ai longtemps cru à toutes ces histoires, à ces contes de fées et à leurs fins utopiques. Chaque jour, j'observais les garçons, espérant voir en eux le signe qui m'annoncerait qu'un d'eux était mon prince charmant. Chaque jour, je me levais en espérant qu'une aventure horrible m'arriverait pour que, le lendemain, je me réveille sauvée par un joli garçon. Seulement, les années passèrent, et les garçons étaient de plus en plus idiots, méchants. Ils ne ressemblaient plus aux princes charmants de mes rêves, ni même à ceux des contes de fées. Rien d'incroyable ne m'arrivait, c'était toujours Potter ou le Trio. Un jour, pour rigoler, j'avais dit que Potter devait être une princesse, à force de vivre des choses anormales et de se faire sauver. Ce jour-là, je crois, j'ai arrêté de croire à tout cela. Je n'avais pas envie de ressembler à Potter, peut-être.
Je m'étais faite la promesse de ne pas lire ces contes-là à mes filles, parce qu'il était évident que j'en aurais, ne voulant pas qu'elles tombent dans ce piège-là. L'espoir d'être une princesse, d'avoir un prince charmant et une vie miraculeuse. Je voulais les élever dans l'idée qu'elles auraient une vie normale, avec un homme normal. Je ne voulais pas qu'elles me haïssent comme j'avais détesté ma mère en me rendant compte de la vérité, de l'horreur qu'était la vie et les hommes. Je voulais être honnête avec elles.
Cependant, en grandissant plus encore, je m'étais rendue compte que je n'aurais même pas à gérer cela. Que je n'aurais pas d'enfants. Du moins, pas de moi. J'étais stérile. Stérile. Ce mot est affreux. Il sonne mal. Sa définition fait encore plus mal. Et puis, j'aimais les femmes. Et cela, c'était une chose que les contes de fées ne prévoyaient pas. Au fond, sur ce quoi mon enfance fut basée me trahit toute ma vie. Je n'eu aucun prince charmant, ni même d'aventures miraculeuses, et je n'aurais jamais plein d'enfants. Oh, je pourrais adopter, il y a tellement d'enfants abandonnés dans le monde. Mais ce ne seront pas mes filles, à ma compagne et moi. J'en avais rêvé, pourtant, d'enfants à bercer, à élever. J'avais réussi à arrêter de croire aux princes charmants et à la vie parfaite le rêve de « et ils eurent plein d'enfants » me piégea.
J'avais pourtant toujours trouvé que c'était la partie la moins passionnante de la fin, le prince charmant m'enthousiasmait le plus. Seulement, c'est elle qui me hanta le plus longtemps. Chaque jour, l'espoir que je puisse tomber enceinte, que je puisse avoir un enfant de Louna et moi. Inévitablement, ce n'était qu'utopie. C'est ce que sont les livres, de toute manière. De la fiction, des chimères, des mensonges. Des mots qui font rêver pour que la réalité vous fasse encore plus de mal.
Je voulais juste des enfants. Le prince charmant et la vie parfaite ne m'intéressaient plus, j'avais vite compris qu'ils étaient illusoires. Je voulais des enfants. Des filles à protéger des contes de fées, parce qu'ils mentent. Parce qu'ils font trop de mal.
Fin
Merci d'avoir lu jusqu'ici. Un dernier avis pour cette fiction qui me tient énormément à coeur ?
