Chapitre 14
Nous restâmes dans notre chambre pendant quelques heures d'hibernation sans être dérangés par Emmett ou par n'importe qui d'autre, et ce fut agréable. Le verrou m'avait permis la liberté de l'embrasser et de le toucher quand je voulais. C'était étrange, cependant, d'être seule avec Edward. Nous étions toujours entourés de monde mais j'avais l'impression qu'il avait quelque chose à voir là-dedans.
Je doutais qu'il voulait être seul avec moi dans une chambre avec un lit si facilement accessible.
Mes doigts dessinaient de doux motifs, décrivant chaque tatouage de la poitrine d'Edward. Il était allongé sur le dos avec ses mains derrière la tête et les yeux fermés, profitant du doux mais chaste toucher. C'était la seule chose qu'il m'autorisait à faire après ce merveilleux moment qu'il m'avait donné et je voulais lui retourner la faveur. Je sentais à quel point il le voulait et ma main avait même glissé sous son jean, mais il m'avait dit que ce n'était pas la raison pour laquelle il m'avait doigté. Il ne cherchait pas de retour de faveur.
Ça n'avait aucune importance à quel point je lui disais que je m'en fichais ou à quel point je voulais le toucher, il ne me laissait pas.
C'était sa façon d'âne borné d'être un saint désintéressé.
- Que veut dire celui-là ? demandai-je, traçant le tatouage sur le haut droit de sa poitrine.
Il était difficile de saisir sans avoir ce que c'était. D'un certain aspect, il ressemblait à un tatouage tribal. C'était un croissant de lune et sur la partie supérieure de celui-ci, il y avait des formes circulaires avec des lignes y entrant et sortant. Tout le truc était complexe, confus et allait complètement à Edward.
Il leva la tête pour voir ce que je pointais.
- C'est juste un symbole celtique. Je l'ai eu quand j'avais quinze ans.
- Quinze ans ? Je le regardai. Tes parents t'ont laissé te faire un tatouage à quinze ans ?
- Non, bien sûr que non, dit-il, se rallongeant. Ces connards pompeux se sont chiés dessus quand ils l'ont découvert. J'étais une honte pour eux et ma mère - la putain de prêtresse catholique - m'a fait aller à la confession deux fois par semaine pendant un mois pour nettoyer ce putain de péché.
Il serra les dents et son corps se tendit, essayant manifestement de retenir sa colère. Cela me choqua qu'il parle si ouvertement de ses parents. La question de la famille avait tellement été secrète et personne n'avait voulu en parler. A chaque fois qu'ils l'avaient fait, Edward leur avait donné un regard sévère et ils avaient laissé tomber.
- Je ne suis pas vraiment une personne religieuse, dis-je, soutenant les coudes sur sa poitrine. Renée a été dans le christianisme pendant un moment et nous allions à l'église les samedis mais ça s'est pratiquement terminé lorsqu'elle a rencontré son mari.
Même Dieu s'est écarté de Phil.
- Renée ? demanda Edward, penchant la tête sur le côté.
- C'est ma mère, dis-je tristement, haussant les épaules. Cette bonne vieille Renée.
Cela faisait un moment que je n'avais pas dit son nom à voix haute ou même parlé d'elle. Le chagrin était toujours présent, me rappelant le moment où elle m'avait tourné le dos. Peut-être que c'était même avant, mais ce jour au poste de police était le moment où je l'avais réalisé.
C'était il y a un an et j'étais détenue pour agression. J'avais seize ans et c'était quelques jours avant mon anniversaire. Il faisait étonnamment chaud ce jour-là et je me souviens d'à quel point mon débardeur rose était trempé de sueur - ça faisait d'une certaine manière davantage ressortir la couleur rouillée du sang foncée et rouge.
Ils ont appelé Renée au travail et elle est venue me chercher. Quand elle est arrivée près de trois heures plus tard, je pouvais voir la froideur amère et la haine dans ses yeux. A ce moment, elle refusait de me regarder. Je savais qu'elle avait choisi d'aller voir Phil avant et il lui avait rempli la tête avec un tas de mensonges. Elle croyait chaque mot et soudainement je n'étais désormais plus sa fille.
Elle avait menti à la police et avait collaboré avec Phil pour empirer les évènements. Elle avait même porté plainte contre moi. Heureusement, comme j'étais mineur, et que c'était ma première arrestation, j'avais eu trois mois de probation et deux cents heures de services communautaires. Les charges me serraient retirées lorsque j'aurai dix-huit ans. Pas que ça importe désormais. Ce n'est pas comme si je prévoyais d'aller à l'université.
Non, ils ont ruiné cet avenir pour moi.
- Je peux te demander quelque chose ? demanda Edward, s'asseyant sur le lit et me séparant de ce misérable trou noir de souvenir.
- Ca dépend d'à quel point c'est personnel, dis-je, sentant la panique monter.
Il sourit faiblement, voyant probablement à travers moi. Je n'étais pas très bonne pour cacher mes sentiments.
- A quel point les choses doivent être mauvaises pour que tu fuies de chez toi ?
Ma voix intérieure cria, me disant de me cacher et d'éviter cette question. Les portes étaient fermées et bien verrouillées, gardant le mal à distance. Pourquoi l'ouvrir ? L'inondation me dominerait et je me noierais. Mais autre chose me traversa. Dans ce seul petit détail que j'avais partagé sur Renée, il semblait avoir germé un souvenir, mais j'y étais préparé et cela avait atténué l'impact.
De plus, je ne pouvais rien refuser à Edward. Il n'y avait qu'une personne dans ce monde en qui j'avais plus confiance que moi-même et c'était cet homme assis à côté de moi. Le criminel au pistolet tatoué avec de profonds yeux verts, qui sans le savoir m'a piégé dans son monde toxique.
- Mauvaises, dis-je. Mais j'ai été assez intelligente pour partir avant que cela arrive au point entre mauvais et plutôt foutrement mauvais.
Quand j'avais emballé mes affaires ce jour-là, je ne pensais pas que je serais sans-abri. Cette pensée ne m'avait même jamais traversé l'esprit. J'avais de l'argent dans mon portefeuille. Je pensais que je serais capable de tout faire par moi-même, avoir un travail et devenir une femme avec carrière bien payée. Mais les choses étaient devenues réelles et sans un diplôme de lycée, je réalisai que mes options étaient en fait assez limitées.
- A quel point mauvais est plutôt foutrement mauvais ? demanda-t-il, ses dents mâchaient sa lèvre inférieure, encore et encore.
Cela me distraya momentanément et je voulus arrêter de parler de Renée et juste recommencer à l'embrasser. Cela avait été si bien de traîner et flirter et je ne voulais pas aller dans la sordide histoire de ma vie sans valeur. Mais plus que cela, je ne pensais pas qu'Edward soit prêt à l'entendre. Le regard de ses yeux me disait qu'il tuerait quiconque essayerait de me faire du mal et même si la pensée de Phil étant tué me tentait, je ne voulais pas qu'Edward soit celui qui appuie sur la gâchette.
- Bébé, dit Edward, me caressant les épaules et m'envoyant des frissons dans le dos. Tu sais que tu peux tout me dire, pas vrai ?
- Je sais, dis-je, me penchant et embrassant ses lèvres. Je soupirai, choisissant mes mots avec soin. Ma mère a choisi son mari plutôt que moi. Elle ne tenait pas sa part du marché en me protégeant. Donc, j'ai décidé qu'il était temps que je me protège seule. Et si cela voulait dire partir et vivre dans les rues, alors il en était ainsi.
Edward plissa les yeux et sa main se porta à son arme.
- Qu'est-ce que ce connard t'a fait ? Putain, est-ce qu'il t'a touché ? Hein ? Dis-moi.
Je gémis, lui prenant la main et la mettant sur ma cuisse. La dernière chose dont j'avais besoin était qu'il se mette en colère.
- Je suis partie avant que quelque chose ne puisse arriver, Edward, d'accord ? Je vais bien. S'il te plaît, crois-moi.
- Tu es sûre ? demanda-t-il, les yeux revenant sur son revolver.
Il n'était pas stupide. Il savait que je n'étais pas totalement honnête avec lui.
- Oui, je suis sûre. C'est bon. Je vais bien, dis-je, espérant changer son humeur. Puis-je te poser une question maintenant ?
- Bien sûr, dit-il.
- Pourquoi es-tu parti de chez toi ?
C'était un sujet tabou pour lui mais il avait abordé le mien. C'était donnant-donnant.
- Qui a dit que j'étais parti ? demanda-t-il, la suspicion fortement lacé dans son ton.
Oh, merde !
Ça n'allait pas bien se terminé pour quelqu'un mais je ne pouvais prétendre que j'avais juste deviné. Il saurait la vérité et serait encore moins avenant à me dire la vérité.
Je me mordis la lèvre, détournant les yeux de son regard pénétrant, et répondit rapidement.
- Emmett.
- Ce putain d'enfoiré. Il secoua la tête, riant sèchement. Qu'est-ce que la grande bouche t'a dit d'autre ?
- Humm, eh bien, il a par hasard mentionné que tes parents étaient riches. C'est vrai ?
- Yep, dit Edward, se frottant plus ou moins le front. Plus riche que ce putain de Dieu lui-même.
Il y avait tellement d'amertume là-dedans, et j'eus peur d'avoir franchi la limite. C'était tellement à double-tranchant. Je voulais en savoir plus sur lui et pourquoi il avait choisi une vie de crime plutôt que de finir sous une montagne d'argent, mais je ne voulais pas qu'il m'en veuille pour cela. Je n'étais pas son thérapeute - ça faisait à peine huit heures que j'étais entré dans le cabriolet de tout le truc de la petite-amie.
Mais les questions m'envahissaient - qu'est-ce qui ferait qu'un homme déteste sa famille au point de la quitter ? Quel homme abandonnerait de l'argent et une vie de luxure pour les armes et une vie de misère ?
Je savais que mon raisonnement pour partir de chez Renée était l'auto-préservation. Phil devenait de plus en plus fort de jour en jour et si je n'étais pas partie, rien ne l'aurait arrêté.
Alors, était-ce de l'auto-préservation pour Edward ou autre chose ? Quelque chose de beaucoup plus dommageable et irréparable ?
Heureusement, j'étais assez intelligente pour savoir quand abandonner.
- Ecoute, Edward, nous n'avons pas à parler de ça si tu ne veux pas, d'accord ? dis-je, me levant du lit.
Edward me saisit par le poignet et me ramena vers le lit. Il fila vers moi et pressa sa poitrine contre mon dos, sa chaleur me faisant tourner la tête. Il enroula ses bras autour de ma taille et reposa sa tête sur mon épaule. Nous nous assîmes là pendant un moment, sans dire un mot, écoutant juste le souffle de l'autre, jusqu'à ce que nous soyons à rythme égal.
Juste comme Edward lui-même, c'était apaisant, hypnotique et très addictif.
Il soupira fortement, mettant fin au silence.
- Je suis désolé d'être un connard. La dernière chose dont j'ai envie est que tu ais l'impression que tu ne peux pas poser de questions sur ma famille. Si quelqu'un a un quelconque droit de putain de savoir sur mon passé, c'est toi.
Je souris.
- Donc, ce que tu dis est que j'ai un accès illimité ?
- Seulement toi.
- D'accord, dis-je, frottant les mains avec anticipation. Qu'est-ce que je veux savoir ? Oh, je sais, parle-moi de ton père.
- C'est en quelque sorte... un sénateur.
Je clignai des yeux plusieurs fois, foutrement choquée par ce qu'il me disait.
- Tu te fous de moi ?
Il rit.
- Oh, j'aurais aimé.
Tournant le corps pour bien le voir, je m'attendais à le voir sourire ou me faire un clin d'œil, quelque chose pour me dire qu'il racontait des conneries. Mais ce n'était pas le cas. Il y avait une touche sombre inconnue derrière ces yeux. Pour une quelconque raison, Edward n'était pas fier du statut politique de son père.
- Qu'est-ce... comment... est-ce même possible ? balbutiai-je. Je veux dire, comment le fils d'un sénateur devient un criminel condamné ? demandai-je.
- C'était une meilleure option.
- Meilleure option que quoi ?
Alors qu'il s'apprêtait à me répondre, il y eut un fort coup à la porte. Ca me foutu la trouille de ma vie et je sautai presque de deux mètres au-dessus du lit.
- C'est quoi ce bordel ? dis-je, serrant ma poitrine tandis que mon cœur battait à mille à l'heure.
- Allez, connards, cria Emmett à travers la porte. Arrêter de baiser comme des lapins et sortez d'ici ! Nous allons en soirée dans une heure.
- Va te faire foutre, cria Edward en retour.
Il y eu un faible ricanement de la part d'Emmett derrière la porte.
- Mettez juste quelques vêtements, bâtards excités, et sortez d'ici.
Eh bien, c'était officiel, notre temps seul était fini et les plaisanteries sexuelles étaient susceptibles de s'ensuivre.
Magnifique.
Edward gémit, enfouissant son visage dans mes cheveux.
- Tu sais qu'il ne va pas partir.
- Je sais, dis-je, me levant et lui tendant les mains. Alors, sortons d'ici et allons quelque part... juste toi et moi.
Il me questionna en un haussement de sourcil.
- Et où suggères-tu que nous allions ?
Je baissai les yeux vers le rouleau de ruban sur la table à côté du Colt M1911 et souris, sentant mon visage se réchauffer d'excitation.
- Emmène-moi dans un parking.
Tu as déjà tout traduit ? Et pourquoi avais-tu enlevé cette story ? (Little-Two)
Non, je traduis les chapitres au fur et à mesure. Je m'en veux beaucoup de l'avoir supprimé, c'était sur un coup de tête où je m'étais dit que je ne pensais pas la finir...
