Chapitre 14: Say It Ain't So Joe.

Elle attend une minute, peut être deux. Dans ses bras le petit garçon ne bouge pas, comme elle, il essaie de comprendre ce que disent les voix. Sont-elles amies ou ennemies ?

Elle soupire puis lui sourit, elle passe une main douce dans ses cheveux bruns, dans un geste similaire à celui de Booth. Will sourit, un peu, pas encore entièrement rassuré. Elle le voit, laisse un baiser sur le front chaud de l'angelot.

_ Pas d'inquiétude, c'est simplement le frère de Booth, Jared. Son sourire s'agrandit, William se perd dans la chaleur de son cou, alors que tous les deux font leur chemin vers le salon où les premiers rayons de soleil apparaissent timidement.

Les deux hommes, trop occupés par leur conversation animée, ne voient pas tout de suite les nouveaux arrivants, c'est Jared qui du coin de l'œil aperçoit le duo singulier.

_WOW !... Fait-il soudain, en voyant apparaitre une Temperance Brennan, en nuisette de satin, tenant dans ses bras un petit garçon aux yeux de glace et à la chevelure brune. Un petit garçon qui étrangement pourrait très bien être le mélange parfait des deux partenaires s'il n'était pas âgé de presque six ans.

Brennan sourit simplement à Jared en s'approchant de Booth, quand elle arrive à sa hauteur, elle laisse un baiser rapide sur ses lèvres tandis que William s'engouffre dans l'étreinte chaude de son protecteur, respirant son parfum s'imprégnant de sa force et de sa chaleur.

_ Wow… Wow…

_ Tu te répètes Jared. Lance simplement Brennan en s'asseyant sur le canapé.

Le plus jeune des Booth rit sans humour.

_ Merci Tempe, mais je veux dire…vous…enfin…je le savais …mais … Wow…

Cette fois Seeley rit d'un vrai rire.

_ Looser, hein… Murmure l'agent à son frère, les sourcils levés, comme pour le défier. L'autre ne dit rien, sourit tristement, honteux peut-être encore d'avoir sali la personnalité de son frère dans un vain espoir de conquérir la belle anthropologue.

_ Alors c'est officiel, vous deux…

Les partenaires hochent la tête, partageant un même sourire, un même bonheur.

_ Et bien il était temps.

Quelques rires timides.

_ Et ce petit homme qui est-il. Demande Jared, en s'avançant dans son fauteuil, offrant un clin d'œil rassurant à William.

L'enfant l'observe un instant, regarde ses yeux rieurs aux rides douloureuses et passées, son sourire qui copie celui de Booth, ses mains grandes et chaudes. Puis finalement se décide à l'aimer.

_ Je suis William. Dit-il d'un ton direct, sa tête toujours posée contre la poitrine de l'Agent.

_ Et maintenant dans bientôt de temps, Booth sera mon Papa, et peut-être même Bones ma Maman.

Jared laisse ses yeux voguer sur le couple qui regarde plein d'amour et de fierté ce petit ange brun. Puis il se penche vers William et dans un murmure qui n'en est pas un.

_ Alors je crois que tu es un petit garçon chanceux.

Ils partagent cette vérité dans un sourire.

La seconde d'après, les visages redeviennent sérieux. Booth explique silencieusement à son frère qu'il lui racontera l'histoire de William plus tard, quand enfin la vie arrêtera de leur jeter des obstacles de la taille du Kilimandjaro au travers de leurs routes.

Jared hoche la tête comprenant les priorités de son ainé.

_ Jos… Notre père est à Washington. Explique rapidement Booth à sa partenaire.

Les yeux de cette dernière s'écarquillent sous l'aveu.

_ Depuis quand ?

_ Quelques jours tout au plus. Confie Jared.

_ Tu en es certain ? Demande Brennan.

L'ancien officier ne dit rien pendant une seconde, ses yeux bruns s'assombrissent puis se posent sur le regard noir de son frère. S'excusant presque, il relève son tee-shirt juste à hauteur de ses côtes, laissant apparaitre un bleu presque noir.

_ J'en suis sûr. Affirme-t-il les dents serrées.

En voyant la marque, le corps entier de Booth se tend, ses ongles s'incrustant dans la paume de sa main.

_ Toujours là où ça ne se voit pas… Murmure l'Agent, ses yeux désolés restant sur son petit frère. L'autre hoche simplement la tête.

Brennan se lève, s'avançant vers Jared, elle soulève de nouveau son tee-shirt, et palpe l'ensemble de ses côtes.

_ Il n'y en a pas de cassées, peut-être une ou deux de fêlées.

Les deux hommes hochent la tête, leurs mâchoires tendues.

_ Comment a-t-il pu t'avoir ? Demande Booth incrédule.

Jared soupire se passant une main nerveuse dans sa chevelure courte, en colère contre lui-même et contre son père il répond.

_ Je ne sais pas Seel, je veux dire un instant il est dans mon salon, en train de me demander pourquoi je ne donne jamais de nouvelles, qu'est ce que je fais dans la vie, est-ce que j'ai des nouvelles de toi, de Pops, de… d'Elle… Et la seconde d'après je suis par terre, en train d'essayer d'échapper à des coups de cane. Il est toujours aussi rapide, toujours aussi fort…

Booth ne dit rien. Serre juste un peu plus fort le petit garçon silencieux contre sa poitrine.

_ Mais tu sais ce qui est le plus effrayant… Le plus effrayant c'est qu'il ne sentait même pas l'alcool. Pas de Jack Daniels dans son haleine ou de Jet sur ses vêtements rien, simplement le même aftershave, la même laque et la même lessive. Juste lui et sa colère.

Un silence, encore et puis.

_ Que lui as-tu dis ? Demande l'Agent.

_ A propos de quoi.

_ De Pops, de Moi, d'El… De Maman.

_ Rien… Et puis Pops ne risque rien sans compter que je n'ai strictement aucune idée d'où peut se trouver Maman et tu…

_ Je quoi, Jared ? Questionne l'Agent, les sourcils froncés.

_ Tu n'as pas peur de lui… Il ne peut plus rien te faire. Il ne pouvait déjà rien te faire quand on était enfant, alors ce n'est pas maintenant que…

Il ne peut finir sa phrase, Booth est debout, il dépose William dans les bras de Brennan avant de s'avancer vers son frère.

_Rien me faire… Rien me faire. Parce que se faire casser le bras à la batte de Baseball ce n'est rien, avoir l'arcade explosée contre un coin de table ce n'est rien, les doigts écrasés par des boots militaires, le tibia fracturé par un club de golf…

Sa voix devient forte, Will s'agite, il le voit, se calme.

_ Que lui as-tu dit Jared ? Tu lui as-dit où j'étais ? Tu lui as parlé de cette maison ?...

Ils sont face à face, les yeux dans les yeux. Un moment ceux de Jared se posent sur Temperance et William avant de revenir dans les océans de colère de l'agent.

_ Je ne savais pas que tu ne serais pas seul…je croyais que cette maison c'était juste toi, je ne savais pas Seel… Je…

Il ne continue pas, il ne sait pas quoi dire.

_ Tu fais chier ! Est tout ce que répond Booth.

C'est un cri. Brennan sursaute, des larmes s'écoulent silencieusement des yeux de William et soudain il y a des coups à la porte.

Il y a ce sentiment étrange au creux de son estomac, le même que vingt ans plus tôt, quand il entendait la portière de la vieille Cadillac claquer et que sa mère n'avait pas encore terminé le repas. Ce sentiment qui lui tord le ventre et lui dit de protéger les gens qu'il aime. Booth partage un regard avec Brennan dont les yeux bleus ne montrent aucune peur, seulement de l'amour et de la confiance. Elle réajuste le petit garçon sur sa hanche, le serre contre elle, embrasse sa joue.

L'agent s'avance vers la porte, dans un soupir l'ouvre, trouve ce qu'il pensait, son passé.

L'Homme est beau, droit, grand, fort, des yeux châtaigne que l'on pourrait penser plein de tendresse si l'on ne remarquait pas les poings serrés, les muscles tendus et la bouche crispée.

Le père et le fils se toisent, Booth est juste un peu plus grand, pourtant ce fait ne semble pas lui donner plus confiance et dans toute sa posture, Brennan peut lire la peur. La rage aussi.

_ Joseph… Lâche-t-il au bout d'un trop silence.

_ Seeley, fils, c'est comme ça que tu accueilles ton vieux père, sans une étreinte.

Sa voix est la même, seulement un peu plus rouillée, mais les tonalités doucereuses, les mots presque murmurés sont là, ancrés dans ce réel qui vient se calquer à ses cauchemars.

_ Il n'y a jamais eu d'étreinte entre nous, Joseph.

Le père rit, d'un rire fort et horrible.

_ Tu vas me laisser entrer Seeley ?

C'est une question qui n'en est pas une, presque un ordre.

_ Non.

Une fois encore leurs regards se tiennent.

_ Qu'est ce que tu viens foutre ici Joseph ? Ils ont fermé tous les bars du trou à rats où tu vis ?

Son père ne dit rien, pas tout de suite, ses yeux ont trouvé les silhouettes de Bones et William.

_ NE LES REGARDE PAS ! Hurle Booth, surprenant les quatre autres. Ne pose même pas un instant tes yeux sur eux, ils sont innocents et purs et… et tu ne mérites rien de ce qu'ils pourraient te donner.

_Booth… C'est un murmure prononcé par Brennan. Peut-être que tu devrais essayer de lui parler, comme pour Max…

Booth rigole sans joie, se tourne vers celle qu'il aime.

_ Bones ça na rien à voir avec Max. Max n'a fait que te protéger, alors que Lui… Lui est tout le contraire de Max !

Il se retourne vers son père.

_ Que veux-tu Joseph ? Sa voix est froide, ses dents grincent.

Son père le regarde.

_ J'ai besoin de deux mille dollars.

Booth soupire, puis frappe, paume ouverte, contre le chambranle de la porte d'entrée.

_ Tu ne les auras pas ici.

Joseph ouvre la bouche pour argumenter quand de son œil gauche il aperçoit Jared, un sourire en coin.

_ Espèce de petit bâtard… Sa voix est dangereuse, Booth et Jared connaissent cette voix par cœur.

_ Alors tu es venu rapporter espèce de fils de…

Il ne finit pas sa phrase. Booth a une main sur sa poitrine, le regard noir.

_ Tu ne veux pas faire ça Joseph.

_ Toi non plus Seeley… Il me faut deux mille dollars, je les dois à des gens hauts placés, des gens puissants et dangereux… Tu dois savoir ce que ça fait, toi, de devoir de l'argent que l'on n'a pas… Hein Fils ?...

Ses yeux sont encore une fois sur Brennan.

_ Alors elle aussi, tu l'as mise enceinte. L'as-tu mariée au moins, cette fois ? Où vas-tu simplement lui prendre son argent, puis la laisser avec le gosse ? Est-il de toi, ce bâtard, il a l'air bien faible pour survivre, un peu comme Jared… Trop pleurnichard, trop fragile…

_ J'AVAIS CINQ ANS JOSEPH, CINQ ANS. Hurle Jared en s'approchant de son père.

_ UNE MAUVIETTE ! UN BON A RIEN, J'AURAIS DÛ TE TUER DES LE JOUR DE TA NAISSANCE !

C'est le poing de son plus jeune fils qui le fait taire. Sa tête part un instant sur le côté, mais quand il regarde de nouveau l'ancien officier, la haine qui nait dans ses yeux n'a pas d'égale. Il crache du sang, une dent aussi, et sourit, d'un sourire malade. Il ne semble même pas avoir mal, alors que la main de Jared prend déjà une couleur bleue.

Le reste est un lointain passé.

En moins d'une seconde Jared est contre le chambranle, la respiration coupée, les mains de son père encerclant sa gorge. Une deuxième seconde et un poing s'abat sur son visage, ouvrant son arcade. A la troisième il est libre.

Booth envoie son premier coup de pied dans les côtes de son père, puis il abat son poing juste sous l'œil gauche, le père réplique, connait les endroits qui font mal, les blessures mal cicatrisées. L'Agent entend les cris de Brennan, les pleurs de William, mais il est trop tard, il ne peut s'arrêter, perdu dans un flashback. Les coups s'enchainent, le goût de cuivre du sang empli sa bouche, du coin de l'œil il voit celle qui l'aime, une dixième de seconde d'inattention, quand il revient dans la bataille il est déjà trop tard. Un pied dans les côtes, un poing sur le visage, le coin saillant des escaliers, sa chute.

Noir.

A suivre.