« Papa, souviens-toi … »
« Severus … », dit-elle dans un murmure en s'approchant de lui doucement.
Rose les regardait tous les deux : sa mère les larmes aux yeux tandis que l'homme dans le lit restait silencieux, la regardant circonspect.
Elle vint juste à côté de lui s'asseyant sur le lit en prenant sa main, mais il se déroba.
« Qui êtes-vous ? »
Cette question la poignarda, déchirant son cœur de milles morceaux. C'était impossible … Il ne pouvait pas avoir oublié … Pas lui. Il ne pouvait pas avoir oublié ces journées passées ensembles, ces nuits toutes aussi délicieuse, leurs moments, leur Non … C'était une farce … Puis la réalité la frappa : Severus Snape ne plaisantait pas.
Elle le regarda dans les yeux, ces derniers dévoilant toute l'incompréhension de leur propriétaire.
« Mais …, dit doucement Rose en s'approchant, C'est maman … Et toi … Toi, tu es … Mon vrai papa …
-Non … Je n'ai … Pas de fille … Ni de compagne …
-Mais si ! Même que maman et toi, vous vous êtes mariés et vous avez été à la ville où la nuit elle est pas pareille que le jour et puis, vous avez dansé et …, s'emporta-t-elle.
-Rose …, essaya de la raisonner Hermione.
-Même que tu as dis à maman que tu m'aimais … Et que tu disais que j'étais ta princesse …
-Vous devez … Me confondre, dit-il perdu.
-Mais non !, dit-elle plus vivement, des larmes perlant dans ses yeux, C'est toi ! C'est toi et tu veux pas te souvenir !
-Rose … Calme-toi …, dit-elle la voix cassée alors que sa fille était montée sur le lit.
-Mais maman, c'est lui … C'est Sevy !
-Mon cœur, vient, on doit rentrer …, dit-elle le cœur lourd.
-Non !, dit-elle catégorique, Moi, je reste avec mon papa !
-Tu devrais écouter ta maman …, dit-il doucement.
-Mais … Moi je veux être avec toi …
-Tu dois te tromper de personne …
-Non … C'est toi ! Tu es le même que sur la photo de l'album.
-Rose … Rentrons …, insista Hermione alors que la petite prit le visage de Severus entre ses petites mains.
-Papa … Souviens-toi … », dit-elle suppliante en laissant les larmes couler sur ses joues, plantant son regard dans le sien.
Severus resta silencieux, plongé dans les yeux de cette petite fille qui ne cessait de dire qu'elle était sa fille et dont il n'avait aucun souvenir. Tout comme de cette autre jeune femme avec elle.
Hermione prit sa fille dans ses bras, sortant de cette chambre alors que la petite pleurait à chaude larmes, réclamant encore et toujours son papa.
Elle, elle ne savait plus que penser. Ce jour, elle l'avait attendu pendant des mois entiers, des années même, suppliant Merlin de lui rendre son mari, celui qu'elle aimait vraiment et plus que tout. Elle avait été exhaussée, il était là … Et il ne se souvenait plus d'elle.
Elle recroisa Ginny mais ne prit même pas la peine de la saluer, désirant quitter l'hôpital le plus vite possible. Sa fille blottie dans son cou pleurait encore, mais plus silencieusement, murmurant des paroles incompréhensible et étouffées.
Pendant ce temps, Severus était resté immobile, les yeux de cette petite fille gravés dans son esprit et ses dernières paroles se rejouant en boucle … Pourquoi disait-elle qu'il était son père ? Et pourquoi prétendait-elle qu'il était marié à cette jeune femme. Tout n'était que noir et brouillard en lui depuis qu'il avait immergé. Il se sentait vide : épuisé, mais aussi vide de tout, comme si sa vie ne faisait que commencer. Il n'avait plus de passé, pas de présent et encore moins d'avenir … Il était dans le noir, seuls ces trois petits mots débordants de larmes lui revenant en tête :
« Papa … Souviens-toi … »
Hermione était rentrée chez elle, débarrassant Rose de son manteau en découvrant que Ron était déjà à la maison.
La petite boudait et fonça dans sa chambre alors que le plus jeune des Weasley la réprimandait :
« Rose, viens me dire bonjour …
-Non.
-Rose, je ne le dirai pas deux fois …, dit-il plus fort.
-Je veux pas, je veux pas, je veux pas.
-Rose !, s'emporta-t-il.
-Ron, attend …, tenta-t-elle d'intervenir.
-Tais-toi ! Tu n'as rien à dire !
-Comment ça ?!, dit-elle outrée, Il s'agit de MA fille !
-Elle est ma fille aussi !
-Tu sais bien que non …, dit-elle menaçante.
-Ferme-là ! Elle est une Weasley, tout comme toi ! Vous êtes à moi …
-Mais tu te crois où ?! Nous ne sommes pas des objets !, cria-t-elle alors que Rose sortait de sa chambre pour se cacher derrière sa maman.
-Rose, tu viens ici, tout de suite !
-NON !
-Je suis ton père, tu m'écoutes maintenant !
-C'est pas vrai que t'es mon papa !
-Tu lui as dit …, dit-il en s'adressant à Hermione d'une voix basse et menaçante.
-Qu'est-ce que ça peut te faire ? Combien ne lui as-tu pas dis toi-même qu'elle n'était pas une vraie Weasley ?!
-Hermione, arrête ça tout de suite ! De toute façon, tu es MA femme maintenant et Rose porte MON nom !
-Ne comptes pas trop là-dessus …, dit-elle sombrement.
-Que comptes-tu faire ?! Tu as oublié que la menace des Mangemorts planait sur vous …, dit-il en riant, mauvais.
-Je croyais que tu étais Auror … Bellatrix a été arrêtée ce matin … Il ne restait plus qu'elle … Il n'y a absolument rien que me retienne à toi …
-Je t'interdis de le faire !, dit-il en lui barrant la route.
Hermione s'avança déterminée en hurlant.
-Tu n'as pas à me dire ce que je peux faire ou non ! Tu n'as aucun droit sur ma vie ni sur celle de ma fille !
Elle ne le vit pas réagir mais quand elle comprit, c'était déjà trop tard pour esquiver et elle se prit une gifle monumentale en pleine figure.
-Pour qui te prends-tu pour réagir comme ça ?! Tu n'es qu'une femme, alors tu te contentes de la fermer et d'obéir.
Ce n'est qu'à ce moment, alors qu'il était penché au-dessus d'elle qu'elle remarqua cette forte odeur d'alcool. Elle fit enfin la lumière sur ce qu'il se passait : il était ivre. Pour elle ne savait quelle raison, il avait été boire après le travail … Ou pendant le travail, et il était rentré saoul. D'habitude, il se contentait d'être entreprenant voir insistant avec elle … Mais le refus de Rose de lui dire bonjour avait mis le feu aux poudres.
-Tu es un crétin, Ronald Bilius Weasley, un véritable crétin. Maintenant, soit tu me laisse partir, soit j'emploie la manière forte, le menaça-t-elle de sa baguette.
-C'est ça … Part, dégage ! Tu reviendras en rampant pour que je te reprenne … Personne ne voudra de toi ! Personne ne peut te supporter … Espèce de Miss Je-Sais-Tout ! », Cracha-t-il comme le pire venin.
La Gryffondor remit son manteau à sa fille qui se blottit dans ses bras une nouvelle fois et partit, affrontant le froid mordant de la nuit, ne sachant encore où aller.
Elle n'avait pas de maison, pas de refuge, mais elle était libre. Elle défit le chignon strict et serré qui maintenait ses cheveux et retira le sort de lissage qu'elle avait appliqués sur ces cheveux, ces derniers reprenant leur allure complètement indomptable d'antan. Une bourrasque de vent les fit voler dans tous les sens, venant chatouiller le visage de la petite fille.
« Tu les as remis comme avant ?, s'étonna-t-elle.
-Oui … Parce que plus rien ne m'en empêche … », dit-elle fièrement en avançant déterminée.
