Bonjour tout le monde, en ce jeudi 11 juillet je vous propose le chapitre 14 de Lost Justice ! J'espère qu'il vous plaira autant que les précédents et de ceux qui suivront. Je remercie aussi Baka Lendie pour sa review au chapitre 13, tu m'as bien fait rire. Et ce n'est pas grave si tu commentes tout juste; on dit bien : mieux vaut tard que jamais ;)

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture ! :)


Lost Justice

Chapitre 14 – Les préparatifs du festival


Finalement, dans l'enceinte du village Len faisait tous les travails qui lui étaient proposés. Certains villageois le chargeaient de faire certaines courses, d'autres de déménager des meubles ou encore de couper du bois. Len discutait aussi maintenant avec les petits vieux bien charmants et s'occupait du jardin des vieilles femmes qui avaient un certain mal à se baisser pour couper les mauvaises herbes, celles-ci l'invitaient ensuite à l'intérieur de leur maison chaleureuse pour boire du thé et se reposer un peu tout en discutant. Afin de ne pas se montrer irrespectueux et avant tout pour connaître les villageois vivant dans le village mené par Luka, Len acceptait avec plaisir les invitations et répondait avec enchantement aux questions posées.

Chaque fin de semaines comme prévu, il allait toquer à la porte de Luka et s'entretenait avec elle sur ce qu'il avait fait. La jeune femme le félicitait avec toute sincérité et lui souhaitait une autre bonne semaine. Au final, les villageois s'étaient fait à la présence d'un ancien militaire ennemi que représentait Len et on allait lui adresser la parole sans crainte et sans désirer le tuer pour se venger. Parfois même, des militaires de Luka saluaient Len et venaient lui parler. Le jeune homme se tenait ainsi au courant des agissements des autres pays, du sien avant tout, et de cette guerre qui menaçait d'éclater à tout moment.

« Ce qui est certain, c'est que ce que manigance le pays de l'Est n'est vraiment pas rassurant… et c'est dans ce genre de moment que je bénis Luka pour ne pas impliquer le village dans cette affaire. » Souffla une voix que n'avait jusqu'à lors pas remarqué Len.

Ce dernier se tourna donc pour porter ses yeux azurés à la silhouette qui sortait d'un croisement de ruelles. Luki, le capitaine de l'armée et aussi le frère cadet de Luka apparut tranquillement. Ses deux collègues se tinrent bien plus droit qu'avant la présence de leur supérieur et répondirent brièvement.

« Mais ça ne te regarde plus maintenant, Len. Pourquoi te renseignes-tu alors ? L'interrogea-t-il le plus sérieusement du monde, tout en le regardant de haut.

— Je… C'est normal que ça m'intéresse, ma sœur vit encore dans mon pays natal qui est l'ennemi juré des pays de l'Est. Si une guerre éclate, mon pays sera le premier visé, répondit-il.

— Si tu as peur pour ta sœur, retourne dans ton pays. Et si pour une quelconque raison tu ne peux plus vivre là-bas, prends-là avec toi et revenez ici sans que personne ne vous voit. »

Quelque part, Len se trouvait toujours mal à l'aise devant Luki et ne pouvait s'empêcher de bégayer lorsqu'une conversation s'échangeait entre eux deux. Le rosé était impressionnant de par sa carrure et l'expression de son visage. Ces yeux limpides ne reflétaient aucune peur, aucune hésitation et Len sentait quelques picotements en bas de son dos. Luki était un soldat de haut rang, sans aucune pitié et prêt à se jeter la tête la première dans une bataille et tout faire pour rester en vie et garder ses compagnons à ses côtés. Son maniement de l'épée n'était plus à remettre en question aussi ; discrètement Len était allé le voir s'entraîner et Luki l'avait époustouflé.

« Ce n'est pas possible… elle ne voudra pas me suivre, reprit-il.

— Dans ce cas, je ne sais pas quoi te dire. Passe une bonne journée et ne cause de tort à personne. »

Et sans ajouter un mot de plus, Luki reprit sa route et continua son inspection du village. Len ne put s'empêcher de le suivre du regard et en vain même à se retourner pour voir disparaître le rosé à un nouveau croisement.

« Monsieur Luki est vraiment en décalage avec nous, ce fait est aussi très inquiétant, soupira un des soldats restés devant Len.

— Oui ! La dernière fois, il a passé toute l'après-midi à fixer l'étang sans bouger. Au début, je pensais qu'il attendait quelqu'un mais finalement il est resté là sans dire quoique ce soit ou faire quelque chose. Il peut être très bizarre, constata le deuxième.

— En décalage ? Reprit toutefois Len, ne comprenant pas très bien de quoi parlaient ces deux-là.

— Hm ! Malgré les apparences, Luki n'est pas quelqu'un de froid ou de méchant. Juste qu'il est long à la détente quand ça ne touche pas la sécurité du village, expliqua le premier qui se trouvait plus petit que son collègue.

— En effet, Monsieur Luki n'est pas méchant. Il suffit juste d'un peu le connaître pour s'apercevoir qu'en fait, l'est juste un peu lent d'esprit, haha ! »

Les deux soldats continuèrent à citer des moments où Luki se comportait bizarrement, selon eux, et Len ne les écouta pas vraiment. Il s'excusa bien rapidement et les quitta sans ajouter quoique ce soit. Discuter avec Luki lui plaisait, bien que celui-ci continuait à l'intimider. En réalité, depuis qu'il l'avait vu s'entraîner avec un tel acharnement et ne s'autorisant aucun temps de pause, Len le respectait un peu plus. Luki avait peut-être bien failli le tuer, mais sa façon de s'entraîner mais aussi de manier l'épée, l'avait laissé sans voix.

Len se mit alors à courir pour tenter de rattraper le rosé et apprendre à mieux le connaître, pouvant alors lui proposer son aide pour passer au peigne fin le village. Seulement, alors que le jeune homme allait tourner à l'endroit où Luki avait disparu, Len se heurta à une surface dur qui poussa un cri suraigu. Maintenant assis contre le sol, le choc l'ayant projeté vers l'arrière, Len releva son visage pour voir ce qu'il venait de rencontrer avec violence. Devant lui se trouvait Miku, elle aussi assise contre le sol, avec des sachets remplis de nourritures maintenant éparpillées contre le sol. Des oranges roulaient pour aller se loger sous des stands ou alors entre les pieds des passants qui les ramassèrent avant de les tendre à la jeune femme à la longue chevelure turquoise qui les remercia chaleureusement.

« Je suis désolé ! S'écria Len en se rapprochant d'elle pour l'aider à regrouper ses achats, les joues légèrement rougies.

— Ne t'en fais pas, c'est pas bien grave. Mais regarde où tu vas lorsque tu cours ! » Se moqua-t-elle en lui faisant un clin d'œil.

Rapidement, Len acquiesça et se redressa ensuite en même temps que Miku qui avait retrouvé tous ses achats. La jeune femme regarda tout de même autour d'elle pour s'assurer qu'elle n'avait rien laissé et se retourna après vers Len, lui souriant gentiment.

« Alors, comment ça se passe au village ? Tu arrives à t'y faire ? S'enquit-elle tout en commençant à marcher pour rejoindre sa maison partagée avec Luka.

— Oui, les villageois sont vraiment très gentils. » Confia Len en prenant un des sacs de Miku pour lui, aidant ainsi celle-ci à ne pas être trop chargée.

Miku le remercia de son aide et le questionna un peu sur les travails qu'il avait pu trouver jusqu'à lors, et tout en reconnaissant les vieilles personnes dont parlait Len, elle racontait les défauts et les qualités de ces braves personnes. Len découvrit ainsi que Miku connaissait beaucoup de choses sur les habitants de ce village. La jeune femme lui faisait part aussi de quelques anecdotes et ria de bon cœur, amusée par ces histoires qu'elle ressassait.

C'est quand ils arrivèrent devant la maison où elle habitait, que Miku posa la question qui gêna légèrement Len :

« Mais tu courrais après quoi ? Il y a un problème ? » Demanda-t-elle tout en ouvrant la porte.

Len suivit ses pas et entra à son tour dans la maison. Luka semblait être absente puisque le salon était vide et qu'aucun bruit ne venait jusqu'à leurs oreilles. Miku se dirigea vers la cuisine où elle posa son gros sac en papier sur la table et invita Len à faire de même. Les yeux perdus dans le vague et les bras maintenant libres, Len chercha ses mots. Pouvait-il parler de Luki à Miku ? Il ne savait pas.

« J'essayais de rattraper Luki, murmura-t-il faiblement.

— Oh mais pourquoi ? Il a fait quelque chose de mal ? »

La voix fluette de Miku ne cherchait pas à le mettre mal à l'aise, mais cela eut l'effet inverse. Len sentit ses entrailles se contracter et ses joues le picoter légèrement, preuve qu'il était en train de rougir. Lorsqu'il eut assez de courage pour relever les yeux et voir l'expression du visage de Miku, il fut étonné de voir dans les yeux clairs de celle-ci une certaine lueur de contrariété.

« Mais… ce n'est rien d'important. J'avais juste des questions à lui poser, s'emporta-t-il nerveusement.

— Tu te rappelles que c'est lui qui a failli te tuer ? Il t'intéresse ? L'interrogea-t-elle sans tact et une certaine froideur stupéfiante dans sa voix.

— M'intéresser ? Comment ça ? Reprit Len qui ne comprit pas son amie

— Luki n'est pas le genre de personne auquel on peut s'attacher. Il n'hésitera pas à t'exterminer si tu nuis d'une quelconque façon au village. » Déclara Miku lourdement, parlant comme en connaissance de cause.

Len fut surpris par le ton utilisé de la jeune femme et ne put s'empêcher d'étudier soigneusement les traits de son visage. Ces derniers s'étaient considérablement durcis et aucune joie ne se trouvait maintenant dans les yeux de Miku, qui normalement avait toujours au moins un sourire discret d'étiré sur ses lèvres. En ce moment, rien n'existait chez la jeune femme.

« Enfin dis-moi, comment va Kaito ? J'ai cru comprendre qu'il recherchait Meiko pour lui régler son compte, haha ! Renchérit Miku un peu plus joyeuse.

— Il va bien… je crois. »

Fuyant le regard interrogateur que lui jetait Miku, surprise de par sa réponse, Len regarda avec attention le mur à côté de lui. C'était très intéressant ces multiples couleurs sur une même planche de bois. Vraiment. Il entendit tout de même un soupir amusé provenant de Miku qui s'éloigna de lui et ouvrit un tiroir pour en ressortir une petite boîte.

« Raconte-moi tout ça autour d'un verre, d'accord ? »

Bien que loin d'être enthousiasmé de discuter sur un tel sujet de conversation, Len ne trouva aucun moyen de s'extraire de cette situation. Miku était bien trop gentille pour qu'il refuse son invitation et il avait peur qu'ensuite celle-ci irait le répéter à Luka qui lui interdirait de rester une minute de plus dans ce village. Ces deux femmes semblaient être très proches, très liées, l'une à l'autre. S'en prendre à Miku n'était pas sans risque, cela Len l'avait très bien compris et surtout enregistré.

Miku l'invita ensuite à s'asseoir sur le canapé du salon et lui apporta peu de temps après sa tasse de thé, s'asseyant devant lui sur une chaise en paille. La jeune femme posa ensuite sa propre tasse devant elle, sur la petite table basse proposée.

« Luka n'est pas là ? Demanda Len pour essayer de faire dévier la future conversation.

— Non, et elle ne reviendra pas avant ce soir. Elle a des papiers à remplir avec ses conseillers. Alors dis-moi tout, c'est quoi ton problème concernant Kaito ? »

Le plus possible, Len se tarit sur le canapé en cherchant à disparaître du champ de vision de Miku. En fait, la dernière fois qu'il s'était adressé à Kaito revenait au jour où celui-ci était venu le retrouver dans le jardin de l'église, lui annonçant que finalement Luka était d'accord pour qu'il reste ici. Sa mémoire jouant en sa défaveur, Len revit le passage où il se jetait dans les bras de Kaito pour le remercier. Miku étira alors un sourire en apercevant les rougeurs excessives que prenait le visage de Len en ce moment.

« Je trouve que vous allez très bien ensembles. » Souffla Miku dans le but de taquiner Len même si elle le pensait vraiment.

Et la réaction de Len fut des plus exquises ; son visage s'empourpra complètement et il bafouilla plusieurs mots qui n'eurent aucun sens. Il en vint même à cacher son visage par ses mains, gigotant sur le canapé tout en demandant à Miku de bien vouloir arrêter. En ce moment, Len faisait penser à une jeune fille tout fraîchement en couple avec le garçon qu'elle suivait du regard depuis bien longtemps. C'était très amusant et adorable. Mais bien sûr, Miku se doutait que Len n'était pas avec Kaito, sinon elle en aurait entendu parler.

« Ne t'en fais pas, je n'en parlerai à personne. Tu as ma parole ! »

Lentement, Len releva son visage et regarda entre ses doigts le visage rayonnant de Miku. Il sentait son visage le brûler et il souhaiterait s'enterrer quelque part et ne jamais en ressortir. Son esprit lui faisait montrer encore et toujours ce moment où il s'était jeté dans les bras de Kaito sous l'emprise de l'euphorie, tellement il était content qu'enfin Luka accepte sa présence dans ce village. Len avait l'impression que les bras du bleuté l'entouraient encore pour lui rendre cette étreinte improvisée, son dos était comme marqué au feu rouge par les bras du prêtre. Peut-être était-ce stupide de porter tant d'importance à ce moment, peut-être même que pour Kaito ce n'était rien de plus qu'une étreinte banale, mais ça n'avait pas été le cas pour Len. Lorsqu'il eut pris conscience de la situation, de sa proximité avec Kaito, son cœur avait cessé de battre.

Et à ce moment, sa mémoire l'avait projeté quelques jours auparavant. Lorsqu'il avait encaissé le premier refus de Luka qui lui demandait de quitter le village le lendemain ; Kaito l'avait retrouvé dans sa chambre et s'était comporté étrangement. Jamais personne ne l'avait touché comme le bleuté l'avait fait cette nuit-là, après que Lily et Teto soient venues à son secours et l'aient ramené à l'église. Mais est-ce que normalement, dans l'ordre naturel des choses, Kaito n'aurait-il pas dû réserver ces intentions auprès d'une femme ? Len était un garçon, ce n'était pas à en douter. Alors pourquoi ?

Len repensa à tous ces événements qui s'étaient déroulés pendant les dernières semaines alors qu'il fixait Miku à travers ses doigts écartés. Est-ce que Miku avait la réponse à sa question ? De plus, Meiko lui avait révélé un jour que c'était Miku qui les avait découverts, elle et Kaito. La jeune femme aux longs cheveux turquoise devait donc savoir beaucoup de choses sur ces deux-là.

« Tu connais beaucoup Kaito ? » L'interrogea-t-il finalement en reprenant contenance, ses mains se reposant contre ses cuisses.

Miku sembla surprise par sa question puisque ses sourcils se redressèrent, mais un sourire reprit possession du coin de ses lèvres et elle apporta une de ses jambes contre sa fine poitrine. Elle déposa ensuite sa joue droite sur son genou et enlaça sa cheville avec ses mains dorénavant liées.

« Je lui ai souvent parlé quand il arrivait tout juste dans le village ; ça remonte à plusieurs année de ça… je sais plus vraiment quand exactement. Mais ce qui est sûr, c'est que vous vous ressembliez beaucoup ! Il était aussi timide que toi et rougissait facilement, j'aimais bien le taquiner avec ça. En revanche, il était plus abrupt et fonçait facilement tête baissée, ils se sont beaucoup combattus avec Luki.

— Vraiment ? S'exclama Len très surpris par cette révélation.

— Oui ! Et aussi, il était très fier et se vexait très rapidement. Pourtant, il faisait toujours tout pour s'améliorer et être le plus fort, n'hésitant pas à dépasser ses limites pour cela. Malheureusement, ce trait de caractère est resté en lui… »

Len repensa alors au fait qu'il voyait toujours très rarement Kaito entrer dans la cuisine de l'église et manger quelque chose. Lorsque le bleuté ne tenait pas les messes ou ne s'occupait pas des problèmes des croyants, il s'enfermait dans sa chambre. Cependant, il arrivait quand même à des moments que Kaito sorte dans le jardin et s'amuse un peu avec les orphelins qui lui attrapaient les jambes et se pendaient à ses bras pour profiter de leur Père qu'ils ne voyaient pas souvent.

« Mais tu sais Len… Malgré ce qu'il peut dire ou faire paraître, Kaito n'est pas heureux. Quand je les ai découverts, dans la forêt qui borde le village, ils étaient à moitié morts avec Meiko. Leurs vêtements étaient déchirés et leurs pieds en sang, ils seraient mort la nuit-même si je n'étais pas sortie me balader. Pourtant… »

A ce moment crucial de la conversation, Miku s'interrompit et regarda pendant un long instant le mur à sa gauche. Len fut témoin du changement qui était en train de se produire sur le visage de son amie. Ses sourcils s'étaient froncés et ses yeux s'étaient vus attaqués par un voile lumineux qui semblait être le début de larmes. Le jeune homme remarqua aussi que l'emprise des mains liées de Miku se resserra autour de sa cheville, rapprochant ainsi sa cuisse contre sa poitrine. Elle devait se souvenir de choses déplaisantes.

« Pourtant à ce moment-là, alors qu'ils rampaient au sol pour continuer d'avancer, le regard de Kaito était terrifiant. »

Miku sembla être prise de frissons puisqu'elle passa ses mains sur ses épaules et agita un moment sa tête, comme pour extraire de sa mémoire ce moment précis.

« Terrifiant ? » La reprit néanmoins Len qui voulait en savoir davantage.

Cela l'étonnait, jamais il n'avait vu un quelconque regard terrifiant de la part du bleuté. Certes, ses yeux ne montraient aucune joie apparente ni de la colère ou de la folie, mais ils n'avaient rien d'inquiétants. Pour seule réponse, Miku hocha faiblement son visage avant de remettre sa jambe repliée au sol et saisir entre ses mains sa tasse de thé. Elle n'en but pourtant aucune goutte, laissant la fumée lui monter au visage et la chaleur du récipient enflammer ses mains gelées.

La jeune femme avait l'impression d'être de retour dans cette forêt, durant cette nuit glaciale où chaque brise de vent venait la réfrigérer jusqu'à la moelle. Ses oreilles lui faisaient entendre les crépitements des branches qu'ont broient avec un poids supérieur à ces dernières, des marmonnements humains arrivant par derrière et l'ambiance autour d'elle s'alourdir considérablement. Si elle ne s'était pas mise à crier et avait ainsi avait fait venir immédiatement Luka, c'était que voir apparaître deux jeunes adultes à moitié mort lui avait coupé le souffle.

« En fait… dès que Kaito m'a vue cette nuit-là, et malgré son état, il s'est redressé alors que Meiko gisait au sol. Il n'avait pas d'épée ni une quelconque autre arme, mais ses yeux suffisaient à me transpercer comme une épée aurait pu le faire. Quand il s'est approché de moi, j'ai cru qu'il allait me tuer. »

La difficulté qu'avait Miku à partager cette histoire qui était sienne, ne laissa pas Len indifférent. Le blondinet se maudit même d'être trop curieux, mais le récit de la jeune femme l'intéressait plus qu'il ne l'aurait envisagé. Miku parlait bien de Kaito ? Ce Kaito qui l'avait couvert et protégé des soldats de ce village lors de son arrivée ? Qui était ensuite allé demander à la dirigeante du village un endroit d'asile pour lui, et qui en plus l'avait défendu et soutenu ? Len avait dû mal à assembler le récit de Miku sur le Kaito du passé à celui de maintenant. Cependant, le fait que Kaito sache maîtriser une épée et surtout éviter des coups avec une immense facilité renforçaient malheureusement la partie de Miku. Un prêtre qui sache combattre n'était pas normal en soit.

« Ce qui m'a hautement surprise en revanche c'est lorsque j'allais m'enfuir car je ne désirais pas mourir, il m'a attrapé la main et m'a demandé de les aider. Et s'il ne s'était pas évanoui, je pense même qu'il m'aurait supplié d'au moins sauver Meiko… »

Tout à coup, Miku se redressa et étira un sourire qui se voulut réconfortant. Seulement, Len était bien trop plongé dans ses pensées pour le remarquer. Il essayait de s'imaginer le Kaito d'aujourd'hui avec un regard terrifiant, comme le lui avait décrit Miku, mais il n'y arrivait pas. En fait, c'était simple, à chaque fois qu'il essayait d'imaginer le Kaito du passé, les moments passés avec celui d'aujourd'hui l'en empêchait. Len revoyait le Kaito souriant, même s'il se forçait parfois, et voyait le bleuté toujours entouré d'enfants ou d'adultes venus lui demander de l'aide.

Et puis même… il n'y arrivait pas ! Ce n'était pas possible !

« Mais tu sais Len, Kaito a des circonstances ! De ce que je sais et qu'il a bien voulu me dire, leur village natal a été attaqué par le pays de l'Est. Ils ont tout perdu à ce moment-là. C'est normal que Kaito ait été si méfiant lorsqu'il m'a vue, il a dû me prendre pour une méchante avant de s'apercevoir que je ne l'étais pas. Et tu vois, il ne m'a rien fait ! Je suis toujours là ! » Tenta-t-elle de le rassurer en voyant sa mine effondrée, frappant avec énergie contre sa minuscule poitrine.

Face au visage rayonnant de la jeune femme, Len étira un léger sourire qui satisfit Miku qui sourit davantage. Miku avait raison ; Kaito avait ses raisons pour s'être comporté de la sorte les années précédentes et il ne devait pas se focaliser sur le Kaito d'avant mais celui d'aujourd'hui. Dans ce village, il avait des amis sur qui s'appuyer et des personnes qui comptaient sur lui. Le bleuté n'avait donc plus de raisons de s'en faire, une nouvelle famille s'était formée ici.

« Enfin dis-moi plutôt, c'est Kaito qui t'intéresse ? » S'enquit Miku avec un large sourire d'étiré sur ses lèvres.

Sursautant suite à la question posée sans détour, Len se recula le plus possible dans le canapé alors que Miku avait fait claquer ses mains contre la table basse et se rapprochait dangereusement de lui. L'un de ses genoux était même venu se poser sur le meuble qu'elle était en ce moment même en train de grimper pour y être rapidement à quatre pattes.

Len aurait été prêt à pousser un cri pour solliciter Miku d'arrêter son manège, mais une tierce personne vint à son secours et le jeune homme sentit les battements de son cœur se calmer. Ses yeux croisèrent ceux d'un bleu clair de Luka qui était entrée sans se faire remarquer. Sa main droite s'enfouit dans la longue chevelure de Miku qui avait poussé un cri de surprise lorsqu'une chose non identifiée la poussa à rencontrer la table basse avec son visage.

« Que Len soit intéressé ou non par Kaito ne te regarde absolument pas Miku, souffla Luka d'un ton autoritaire.

— Mais ! Je fais ce que je veux d'abord ! T'es pas ma mère, rétorqua la turquoise en se débattant mais en vain.

— Heureusement d'ailleurs ! Quelle plaie ce serait d'avoir une fille pareille. »

Le ton de Luka s'adoucit et on pouvait y déceler un certain amusement. Elle se décala ensuite pour permettre à Miku de se rasseoir correctement et refaire sa coiffure, détachant ses deux couettes hautes et permettant ainsi à Len de la voir les cheveux complètement détachés. Quelques mèches turquoise descendaient élégamment des épaules de Miku et venaient chatouiller ses chevilles grâce à leur longueur surprenante. Avec agilité et grâce, Miku se refit ses couettes habituelles.

« En plus, qu'est-ce que tu fais ici ? Tu devais pas être absente jusqu'à ce soir ? Grommela Miku après avoir fini de se recoiffer.

— Je ne fais que passer prendre des documents dont on a besoin pour continuer. Tout se passe bien pour toi, Len ? Lui demanda ensuite gentiment Luka en se tournant vers lui.

— Oui… »

Sa voix trahissant encore légèrement son malaise, Luka fronça des sourcils et se retourna prestement vers Miku pour l'interroger du regard. Celle-ci lui sourit jusqu'aux oreilles avant de lui tirer la langue d'une manière enfantine, mais tellement adorable.

« Je lui ai raconté ma rencontre avec Kaito, héhé !

— Saleté. »

Et ni une ni deux, Luka ébouriffa à nouveau les cheveux de Miku avec cette fois-ci ses deux mains. La jeune fille fit alors se renverser sa chaise en paille après son bond pour échapper à la rosée et alla se réfugier dans la cuisine derrière l'immense table rectangulaire. Le rire de Miku sonnait dans la petite maison comme une douce mélodie.

« Enfin fais attention Len, cette idiote exagère toujours un peu ses histoires, révéla Luka en retournant à ses côtés.

— Eh ! Traite-moi de menteuse aussi pendant que t'y es, s'écria Miku en revenant face à la rosée pour lui faire face.

— Je n'ai pas dit que tu étais une menteuse, mais ne va pas mettre dans la tête de Len des faits erronés. »

Les mains de Len se resserrèrent contre son pantalon alors que les deux femmes se disputaient sous ses yeux. Dans son esprit, il voyait la silhouette de Kaito devant un village en feu. Il voyait bien la scène ; un endroit ravagé par la guerre, les cris d'agonie des personnes qui vont bientôt mourir, l'odeur du sang et des craquements d'os qui ne cessent de revenir à la charge quand on ne les attend pas… Len avait assisté à plusieurs après-guerre et vu plusieurs champs recouvert de cadavres, à un tel point qu'on ne distinguait plus la verdure de l'herbe sous leurs pieds. Le sang des cadavres la souillant.

Kaito avait-il pleuré suite à la destruction de son village ? Len frissonna à cette simple idée.

« Enfin ne te préoccupe pas de ça Len. Si tu veux savoir la vérité, adresse-toi directement à Kaito, proposa Luka suavement.

— Oh oui tiens ! Et en plus, le festival du village a lieu demain soir. Ce sera une bonne occasion pour vous retrouver tous les deux ! S'enthousiasma Miku tout à coup loin d'être énervée ou encore contrariée.

— Miku, soupira Luka suite à la remarque de cette dernière.

— Bah quoi ? D'une ça fera sortir Kaito de son église et puis comme ça pourront se rapprocher et… »

Mais avant que Miku n'ait pu terminer sa phrase, la main de Luka recouvrit complètement son visage pour la réduire au silence. Len les observa incrédule, ne sachant pas vraiment quoi penser. Il comprit cependant par le regard jeté de la part de Luka sur sa personne, qu'il était temps de partir. Le jeune homme se redressa donc et salua rapidement les deux femmes avant de s'éclipser.

De retour à l'extérieur, la civilisation commença à rassurer Len. Au moins, il ne manquait pas de mourir d'un coup perdu par ces deux-là et puis maintenant il était libéré des questions gênantes de Miku. Pourquoi celle-ci s'intéressait à ça, en fait ? D'abord Luki et maintenant Kaito… à quoi cela avait à voir ? Et puis demain soir se déroulait le festival du village… devait-il inviter Kaito ? Mais ne devrait-il pas plutôt y aller avec une fille ? En plus, il n'avait même pas de kimono. Tout était dans son pays natal.

D'ailleurs, comment se portait Rin ? Depuis son court passage dans son pays natal, Len n'avait plus eu de nouvelles. Travaillait-elle toujours à la boulangerie ? S'en sortait-elle ?

C'est la gorge serrée et pleins de questions en tête que Len retourna dans l'église pour se reposer un peu et surtout être tranquille. Pourtant dès qu'il eut passé les portes d'entrées il vit sa main être attrapée par celle plus petite de Yuki qui le tirait maintenant vers l'avant. La course de la jeune fille entraînait celle de Len qui fut alors obligé de la suivre, lui demandant toutefois où elle l'emmenait sans avoir de réponses correctes de sa part.

« C'est une surprise ! » S'amusait-elle à répondre.

Len se laissa donc emmener, souriant même devant l'attitude de la jeune fille avec qui cela faisait bien un moment qu'il n'avait pas discuté. Ils croisèrent durant leur course ininterrompue plusieurs bonnes sœurs qui saluèrent gaiement Len qui leur répondit en agitant son bras de libre. Leur course les fit dépasser une multitude de chambres et plus ils s'enfonçaient dans l'église et plus Len s'interrogeait sur la destination que prévoyait Yuki. Elle l'emmenait où au juste ?

Finalement, Len se retrouva plongé dans une immense salle dont il n'avait pas connaissance jusqu'à lors. Des tableaux d'anciens prêtres étaient accrochés au mur, un hôtel se trouvait en fond de pièce et une large table semblait avoir été mise au milieu de cette pièce. De nombreux habits colorés se trouvaient positionnés au-dessus et Yuki tira encore un peu sur sa main jusqu'à le mettre devant cette même table et lui permettre de détailler d'un peu plus près ces vêtements traditionnels. Il s'agissait de kimonos.

« Choisis-en un et allons ensembles au festival demain soir ! » S'exclama la petite fille avec un large sourire.

Len ne sut quoi répliquer face à ce sourire, il détourna alors son regard de Yuki pour se concentrer sur les kimonos proposés. Sa main toujours dans celle de Yuki, ils étaient les seuls dans la pièce et aucun bruit dérangeant ne vint couper le fil de la pensée de Len. Les kimonos étaient tous de tailles et de coupes différentes, leur couleur variée de l'un à l'autre et des imprimés fleuries étaient présents sur quelques-uns alors que d'autres étaient simples.

« Oh mais qui voilà ! On se prépare pour le festival demain ? » S'écria une voix amusée.

Tout en se retournant, et entendant derrière lui Yuki pestait faiblement d'être ainsi dérangée dans son moment intime avec le blond, Len découvrit Lily et Teto en train de passer sous les énormes portes pour ainsi les rejoindre. Lily se pencha un instant sur la table, détaillant à son tour les multiples kimonos avant d'en attraper un et le mettre à la hauteur de Len.

« Celui-ci t'irait bien ! »

Le dite celui-ci correspondait à un kimono de couleur rouge sans aucun artifice. Aucune fleur n'était imprimé, ou autre décoration. Il s'agissait là d'un kimono simplement rouge. Len le prit en main, touchant ainsi la matière du vêtement, et Lily lâcha de son côté. Un sourire s'étira sur les lèvres de la jeune femme alors que Teto s'appuyait sur son épaule pour voir le choix de son amie.

« Oh oui, il est très bien lui ! Ça t'ira à ravir Len, j'en suis certaine, appuya-t-elle, convaincue.

— V-Vous croyez ? Bégaya légèrement le jeune homme, les joues légèrement rougies.

— Oui. Ça mettra tes cheveux blonds et tes yeux bleus en valeur, fie-toi à mes capacités de jugement. » Confia Lily sûre d'elle.

Len serra davantage le kimono entre ses mains, essayant de s'imaginer en train de le porter. Il finit par acquiescer et faire sourire les deux bonnes sœurs. Yuki tira ensuite sur son vêtement pour le faire se retourner et lui montrer le kimono qu'il avait décidé de prendre, le trouvant à son tour très joli. Pour la suite des évènements, Lily eut la bonne idée de proposer à Len d'essayer le kimono rouge maintenant et Teto n'avait pas attendu pour saisir les épaules du jeune homme et commencer à le dévêtir contre son gré. Bien évidemment, Len se débattit en poussant des cris d'indignation, ce qui ne tarda pas à ramener encore plus de monde dans cette pièce, dont Kaito.

« Que se passe-t-il ici ? » Demanda-t-il sérieusement.

Immédiatement, Lily et Teto lâchèrent Len tandis que Yuki continua à défendre son ami en criant sur les bonnes sœurs. Quant à Len, celui-ci reprenait son souffle et tenait par ses mains les pans de ses vêtements qu'étaient parvenus à retirer ses deux amies. Ainsi, ses épaules étaient découvertes et son torse était en partie visible aux yeux de tous. Le souffle court et les joues rougies, Len se rhabilla le plus rapidement possible.

« Rien mon Père, on voulait juste que Len essaye son kimono pour le festival, pour voir s'il lui va ! Répondit le plus innocemment possible Lily.

— En plein milieu de la salle ? Reprit le bleuté tout en arrivant à sa hauteur, accompagné par d'autres bonnes sœurs.

— Voyez mon Père… je ne pouvais pas attendre. » Continua la belle blonde.

Sa voix ne trahissait aucune hésitation et cela impressionna Len qui observa le profil de Lily. Ses petits yeux bleus fixaient Kaito sans être impressionnée par celui-ci. Elle restait bien droite et les membres relâchés. Tout chez elle respirait la sérénité. On aurait pu gober ses mots si facilement que c'en était inquiétant.

« Enfin, faites moins de bruits je vous prie. Des villageois sont en train de prier juste à côté, on vous entend bien trop, demanda avec autorité Kaito qui commença à s'éloigner pour retourner à ses affaires.

— Bien mon Père, excusez-nous. » S'excusa Lily tout en se penchant vers l'avant, comme était aussi en train de le faire Teto à ses côtés.

Mais alors que Kaito allait disparaître par les portes par lesquelles il était entré, Len le regardant s'éloigner sans dire un mot, le jeune homme reçut un coup de coude dans l'estomac. Sursautant alors, son regard se dirigea vers Lily toujours restée penchée vers l'avant. Ses yeux essayaient de lui transmettre un message, mais Len ne réussit pas à le saisir, fronçant alors ses sourcils. Comprenant que Len ne voyait pas ce qu'elle essayait de lui faire comprendre, Lily marmonna différentes injures jusqu'à ce que Yuki décide d'intervenir.

Posant brutalement, mais sans violence, ses petites mains contre le dos de Len, elle se mit aussitôt à courir et poussa le blond à avancer s'il ne voulait pas tomber en avant et se faire piétiner par elle. Tout d'abord estomaqué par l'attitude de la jeune fille, Lily et Teto se redressant alors que Kaito allait passer dans l'autre salle, Len se vit être rapproché de force vers le bleuté.

« Monsieur Kaito ! » S'écria la petite Yuki pour empêcher ce dernier de passer de l'autre côté.

Avec un dernier élan et utilisant toutes ses forces pour ce coup, Yuki poussa une dernière fois Len vers l'avant. Kaito se retourna au même moment, prêt à rappeler à la petite fille qu'il ne fallait pas faire de bruit. Mais alors qu'il allait ouvrir la bouche pour commencer à la réprimander, il se vit obligé de rattraper le corps de Len balancé si lâchement vers l'avant. Attrapant l'ancien soldat par les épaules, cela n'empêcha pourtant pas Len de cogner contre le torse de Kaito et de se retrouver collé contre lui.

« Yuki ! On ne balance pas les personnes comme ça, s'écria Kaito qui toutefois ne lâchait pas Len.

— Je suis désolée mon Père, mais c'est une affaire de première ordre. S'excusa l'orpheline tout à fait sérieuse.

— De quoi est-ce que tu parles ?

— Len souhaiterait vous inviter au festival demain soir, mais il ne savait pas comment vous le dire.

— Eh ?! » Réagit finalement le concerné.

Le visage écarlate de Len fit beaucoup rire Lily et Teto qui se trouvaient en face de lui, se moquant sur le fait qu'une gamine de neuf ans parvenait à comprendre des choses non dites alors qu'un jeune homme de dix-huit ans ne comprenait pas, lui. De son côté, Kaito regarda devant lui Len s'agiter par des grands gestes sans dire un mot.

« Arrêtez de vous occuper de mes affaires ! Je peux le faire tout seul, se plaignit-il avec le visage toujours rougi.

— Mais mon pauvre Len, si on t'écoutait tu seras mort sans l'avoir fait ou encore sans être sorti avec quelqu'un, se moqua davantage Teto.

— Et bien que ta timidité soit vraiment adorable, laisse faire les grandes personnes à ce sujet, s'amusa Lily en lui offrant un clin d'œil.

— Je peux me débrouiller tout seul ! Si j'ai envie d'inviter Kaito au festival demain soir, je lui demanderai moi-même et…

— Fais-le. » Souffla le concerné, sur un ton étrangement sérieux.

Len s'arrêta instantanément d'essayer de rattraper la situation étant devenue très embarrassante, se retournant alors pour voir Kaito resté immobile derrière lui. L'air concentré du bleuté le ramena à sa discussion avec Miku.

« Mais tu sais Len… Malgré ce qu'il peut dire ou faire paraître, Kaito n'est pas heureux »

Ce rappel refit imaginer au jeune homme la silhouette enfant de Kaito devant son village ayant pris le feu, les cris d'agonie et de supplications des habitants qui sont en train de brûler. Grâce à sa conversation avec Miku sur le passé du bleuté, Len crut entrapercevoir dans les yeux de Kaito une infime tristesse. Ou en tout cas un vide incommensurable. Et il n'aimait pas ça. Vraiment pas.

« Je… est-ce que venir avec moi au festival demain soir t'intéresserait ? Murmura-t-il peu sûr de lui, n'ayant pas l'habitude d'inviter quelqu'un à sortir.

— Non. »

Et sans un mot de plus, Kaito se tourna pour retourner à ses affaires et voir si des villageois n'avaient pas besoin de lui pour confesser leurs péchés. Abasourdit par la réponse formulée par le bleuté, les deux bonnes sœurs d'ailleurs râlant contre leur supérieur, Len se mit à courir pour rattraper Kaito et attraper le pan de sa robe de prêtre. Tout d'abord surpris que le jeune homme s'entête, Kaito n'eut malheureusement pas le temps de répliquer quoique ce soit que Len le devança avec cette fois-ci plus d'assurance dans sa voix.

« Sortir te ferait le plus grand bien ! C'était quand la dernière fois que tu es allé à l'extérieur pour prendre l'air et te balader ? Personne ne viendra demain soir dans l'église, tout le monde sera à l'extérieur à s'amuser et prendre du bon temps. Toi aussi tu peux t'autoriser un peu de temps pour toi, Kaito. »

A cette dernière phrase, les traits du visage du bleuté se radoucirent. Prendre du temps pour lui ? C'était impossible. Cela lui avait été retiré dès la destruction de son village. Toutefois, Kaito fut davantage surprit lorsqu'il remarqua le visage de Len devenir davantage sérieux après que lui ait étiré un léger sourire moqueur. Len semblait l'avoir remarqué en vue de son emprise sur sa manche qui s'était renforcée.

« Et si je n'aime pas sortir, tout simplement ? Reprit Kaito.

— Euh… je… »

Que Len perde ses mots à un tel moment fit davantage sourire Kaito. Il allait pour définitivement partir lorsque la voix de Len recouvrit à nouveau la salle.

« Ça me ferait très plaisir d'y aller avec toi ! »

Derrière son dos, Len put sentir le sourire moqueur de Lily et le petit ricanement ravi de Teto, mais il essaya de passer au-dessus. Les sœurs aux côtés du bleuté bavardaient entre elles, s'interrogeant les unes avec les autres sur le sens de sa phrase alors que Kaito tenait entre sa main la poignée de la porte, toujours tourné vers celle-ci.

Un silence s'installa dans la pièce où tout le monde attendait la réponse finale de Kaito qui n'arrivait pas. En réalité, le prêtre ne cessait de s'interroger sur l'attitude de Len. C'était quoi cette assurance tout d'un coup ? Déjà la dernière fois, quand il l'avait appelé par son prénom, cela l'avait fait vibrer. C'était étrange pour lui que Len l'appelle, lui qui avait mis tant de temps à le tutoyer et l'appeler par son nom.

Kaito finit par soupirer avant de répondre quoique ce soit. Il termina par ouvrir la porte et passer de l'autre côté sans dire quelque chose, laissant Len troublé par son attitude. Len commença par ailleurs à contracter ses poings et regarder ailleurs, honteux. Kaito ne voulait pas passer de bons moments à ses côtés et cela lui faisait mal au cœur, surtout que plusieurs témoins se trouvaient à ses côtés. Tout le monde avait vu Kaito refuser son invitation.

« Lorsque le dernier villageois quittera l'église demain, nous pourrons y aller. »

Instantanément, Len releva son visage pour voir Kaito s'éloigner et rejoindre une femme qui s'était levée de sa place et semblait l'avoir attendu. Un magnifique sourire envahit le visage de Len qui fit partager sa joie à Kaito par une splendide confirmation enjouée. Il était tellement content. Ayant aussi le sourire aux lèvres par l'engouement soudain du blond, Kaito finit par fermer les portes derrière lui et alla à l'encontre de cette femme qui demandait ses services de prêtre.

Sans plus tarder, Lily et Teto se jetèrent sur Len et le félicitèrent. Yuki fit de même en attrapant une de ses jambes et riant en compagnie de Len dont les joues formidablement rougies montraient sa joie et sa bonne humeur. Seulement, dans un coin de la pièce depuis l'entrée de Kaito, seule Haku ne souriait pas face à cette scène. Elle était même en train de fusiller du regard cet ancien soldat qui osait s'immiscer dans leur quotidien et changer le court des choses.

Elle n'aimait vraiment pas ça.