Par pitié allez lire et commenter Seul le Chaos est Infini de Soleil Breton (l'auteure de Lanceur d'alerte), elle le mérite vraiment.
Je tiens à dire que je n'ai rien contre les lyonnaises.
Je vous rappelle vite fait l'ordre des wagons, juste pour info :
Wanda et Pietro – Salle d'entraînement – wagon d'équipement – Clint – Darcy – Natasha –Etable – Thor – Cuisine – Bruce – Steve – Loki – Phil –Fury –Stock de charbon – Locomotive.
Playlist : Le Vent de l'Hiver – Raphaël
Forest – Twenty One Pilots
Freedom – Anthony Hamilton ft Elayna Boynton (Django Unchained)
Rasputin - Boney M
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When the leader of the bad guys sang,
Something soft and soaked in pain,
I heard the echo from his secret hideaway (…)
I know my soul's freezing,
Hell is hot for a reason.
So please… set me free
The Judge – Twenty One Pilots
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Alors que le doux rythme des roues sur le rail sonnait comme le battement d'un cœur filant à travers les plaines enneigées, Steve pratiquait son russe avec Pietro qui faisait une immense omelette aux herbes, champignons et échalotes (sans lardons pour Darcy). Pendant ce temps Wanda améliorait son anglais en se faisant compter l'Inde auprès de Bruce, lâchant des commentaires enjoués à la description des tramways bondés de peaux hâlées dans des vêtements colorés, des gratte-ciel disparaissant dans la fumée des usines textiles et des poules agitant leurs ailes au sommet des carrioles.
-Est-ce que vous y retournerez ? s'enquit-elle avec les yeux brillants.
-Je n'en sais vraiment rien, avoua Bruce.
-Pour l'instant on a juste l'Europe en vue, lui répondit Steve en passant le persil à Pietro.
-C'est comment l'Europe ? demanda-t-elle en battant des pieds.
-C'est Darcy qui t'en parlera le mieux, dit le docteur après avoir échangé un regard avec le soldat américain. Phil et Fury la connaissent bien mais ne sont pas des modèles de bavardage, et Clint un peu mais il te dira qu'il ne voyait rien à part ses missions.
-Elle devrait bientôt revenir de sa corvée charbon, lui révéla Steve. Profites-en pour lui demander. Elle vous aime bien.
Leur petite sorcière sourit (mais qui ne les aimait pas de toute façon) et la porte du wagon coulissa.
-Hey, lança l'italienne.
Elle avait une clope éteinte entre ses lèvres ainsi que sa chemise rembourrée à carreaux boutonnée jusqu'au col, et en darcien ça voulait dire qu'elle était déprimée, ou inquiète, ou les deux.
-Cinquante dollars que Loki et Tony ont baisé, asséna-t-elle en se laissant tomber sur une chaise.
Steve cracha son café sous la surprise, et toussa si longtemps que Pietro finit lui donner des petits coups dans le dos. Mais avec l'enthousiasme qu'il avait mis dedans il avait activé sa super-vitesse alors il faillit lui faire vomir deux ou trois organes avec ses tapotements.
-Tenu, fit Bruce quand le militaire fut hors de danger.
-Avec tes sous je vais m'acheter deux bouteilles de la meilleure vodka histoire de crever d'un coma éthylique avant d'arriver à Samara, débita-t-elle d'un ton morne.
-Qu'est-ce qui te tracasse, demanda le médecin.
-J'en sais rien. C'est cette ville, je la sens pas.
-Dis Darcy, s'enquit Wanda, tu peux me parler de l'Europe ?
-Sûr chérie, qu'est-ce que tu veux savoir.
La porte de l'arrière coulissa à son tour alors que Wanda demandait si les Français se lavaient aussi peu qu'on disait, et Clint la referma derrière lui.
-Hey, est-ce que par hasard vous le sentiriez pas mal, Samara ?
Alors qu'il s'approchait, Darcy lui tendit sa paume et l'espion tapa dedans en prenant ça pour un oui.
-Natasha le pense aussi, fit le déserteur avant de dire à l'adolescent qui lui avait tendu un bout d'omelette que ça manquait de sel.
-Et je commence à me faire convaincre par vous tous, dit pour sa part le médecin ayant à peine eu le temps de commencer un sudoku.
-J'ai rencontré une poignée de Français mais ils avaient tous une hygiène irréprochable, à part cette lyonnaise qui sentait de la, enfin tu vois ce que je veux dire, éluda l'italienne à la jeune sorcière avant de proposer, puisqu'on est plein à avoir un mauvais pressentiment, ça vous dit qu'on s'arrête pour la nuit ? Histoire d'avoir une bonne gueule de bois quand on arrive et du coup c'est pas trop grave.
-On vient de repartir d'Ufa, protesta faiblement Steve.
-On s'y est arrêtés à peine trois heures, argumenta Darcy. Détends-toi, on est quoi, le deux, trois mars ?
-Cinq, rectifia l'américain.
-On sera sans problème à Saint-Pet' pour le 21 avril mec. Allez, ça va être marrant, je le sens vraiment mal, et Nat' a acheté une balalaïka tout à l'heure. Je veux entendre ça avant de mourir.
-C'est à ce point-là, ton mauvais pressentiment ? s'enquit le docteur qui avait tiqué à la dernière phrase.
-Ouais, avoua-t-elle faiblement.
Que Darcy abandonne toute sa bravade mit fin à la discussion et même Steve accepta d'un hochement de tête. Alors l'italienne murmura un « scuzi bella, torno subito» à la petite sorcière pour dire qu'elle revenait et partit en toucher deux mots à son père-presque-adoptif.
Le régime politique du train était à mi-chemin entre une dictature et une démocratie, soit un milk-shake composé de la sauvagerie de l'un et du principe de l'autre, que l'on pourrait résumer en « c'est celui qui peut tenir le plus de couteaux qui décide ». Natasha, Darcy, Clint, Steve, Bruce, Thor, Tony lorsqu'il réapparut de l'endroit-où-il-faisait-on-savait-bien-quoi-avec-on-savait-bien-qui, puis Loki de l'exact même emplacement, composaient seize mains, Phil, Fury n'en étaient que deux paires tandis que les jumeaux étaient beaucoup trop reconnaissants pour tenir quelques couteaux que ce soit donc s'abstenaient (mais Pietro se rangeait généralement auprès de Clint ou Bruce, et Wanda, Loki ou Darcy, alors ça accéléra la décision).
Alors, quand le soleil froid se coucha sur les forêts glacées et éclaboussa de couleurs le ciel tel un étudiant en art finissant en vitesse son projet de fin d'année avec beaucoup trop de café dans le sang, le frein s'enclencha.
Tony sauta dans la neige quand ils furent arrêtés, et alla chercher du bois sec en dessinant des nuages avec son souffle, dans cette démarche alanguie et tranquille que lui faisait l'endorphine.
On alluma les lanternes, et on en disposa quelques unes entre les rails, la première à cinq cent mètres, dans le cas où un train se risquerait sur la même voie ferrée désaffectée, et qu'il ait le temps de ralentir avant d'emboutir la roulotte des jumeaux.
Aidé par des signes complexes des mains de Loki et quelques morceaux de charbon, le feu de camp avait bien pris, et ils s'étaient assis en cercle autour sur des rondins ou des sièges pliants, selon ceux qui avaient eu le courage d'aller s'en chercher un dans le wagon de stockage. Natasha avait fait sa russe frigide et sans cœur quelques instants puis avait enfin été chercher sa balalaïka, et les notes avaient jailli dans le silence de la nuit. Pietro et Wanda, pour qui l'occasion d'écouter de la musique était bien trop rare, s'étaient levés et avaient commencé à se laisser porter par le rythme fluctuant et extatique de l'instrument. Les mains de Wanda traversaient l'air dans des mouvements délicats, tandis que le bruit doux des flocons piétinés appuyait la mélodie de Natasha, qui semblait venir d'entre ses côtes vu son sourire.
Alors qu'ils se passaient des gobelets de vodka qui augmentaient le nombre d'éclats de rire, Pietro prit la main de sa sœur et ils virevoltèrent tous les deux, dans des cris de joie aux accents sokoviens. Thor ébouriffa les cheveux de son frère à ça avant de se permettre un commentaire dans leur langue. Le magicien lui mit un petit coup de poing dans le bras mais ne retira pas sa main de son épaule, et ne dit rien non plus quand la jambe de Tony se mit contre la sienne en un geste inconscient lors de sa discussion avec Steve.
Après une courte discussion avec Darcy, Phil se leva, et revint peu après avec un violon et un archet. Il se posta après de Natasha, et accompagna sa mélodie de notes étirées qui se perdaient dans la forêt enneigée près de la voie. Pietro se déchaina juste après ça, mais ayant accepté de boire un verre cul sec quand Natasha avait ouvert sa bouteille de vodka, eut rapidement les jambes coupées, et dut laisser sa sœur parce qu'il vacillait, Clint le rattrapant en catastrophe avant qu'il ne s'écroule dans la poudreuse.
Puis Wanda, sans doute inspirée par les étincelles rouges que crachaient les branches mortes en éclatant, fit sortir sa magie pour la laisser s'enrouler autour de sa taille et s'envoler en l'air avant d'exploser dans une gerbe d'énergie scintillante. Les cris impressionnés et admiratifs se multiplièrent, et la petite sorcière laissa les minces filets autonomes et écarlates virevolter autour d'elle. Elle planta son regard dans celui de Loki, qui s'appuya sur son frère pour se relever et la rejoindre près du feu. Il passa son pull par-dessus ses épaules et l'envoya au visage de Tony, mais celui-ci l'intercepta, puisqu'il avait arrêté de soutirer à Steve des informations sur Hydra pour manger le tueur norvégien des yeux.
Celui-ci détendit ses épaules et ferma les yeux pour laisser s'échapper l'énergie souple, tournoyante et vert émeraude de ses doigts. La magie s'entortilla, comme ravie de sa liberté, et alla jouer avec celle de Wanda, à tourner autour d'eux alors qu'ils se laissaient entraîner par la langueur du violon et la balalaïka endiablée de Natasha.
Tony n'arrivait pas vraiment à détacher son regard du duo se tenant par les mains avant que l'adolescente ne passe sous le bras tendu du magicien dans une pirouette élégante avant qu'il ne la soulève par la taille pour faire exploser au dessus d'eux une rose mi-jade mi-rubis. Les ombres que les flammes et les deux magies posaient sur les creux des muscles lui faisaient douter de l'exclusivité qu'avait la vodka dans la douce chaleur qu'il ressentait. Sa troisième étreinte avec le magicien était si récente qu'il pouvait toujours sentir une langue sur ses lèvres et des mains sur sa peau, et il mentirait s'il disait vouloir faire quoique ce soit d'autre que recommencer.
Le violon fatigua rapidement la jeune voleuse, et elle alla rejoindre son jumeau. Loki, sans doute lui aussi déridé par l'alcool courant dans ses veines, tendit ses mains vers les flammes, et le feu de camp se modela avec souplesse et beauté pour dessiner deux oiseaux qui s'envolèrent, vinrent frôler les assassins rassemblés dans des cris et insultes rieuses puis se posèrent docilement dans les paumes de Loki pour redevenir des flammes.
N'y tenant plus, Tony se leva, et le magicien lui sourit comme jamais personne ne l'avait fait. Le feu dans les mains de Loki grandit, et quand le norvégien fit mine d'avancer vers lui, l'espion esquiva d'un geste souple alors qu'il laissait les notes de la balalaïka murmurer la danse à son oreille. Il se retrouva dos à dos, et esquiva à nouveau les flammes qui tentaient l'étreinte mortelle, faisant voler un peu de poudreuse vers Clint qui s'épousseta en l'insultant. Mais il n'y avait que le désir vert des yeux de Loki et le doré sinueux et brûlant au creux des paumes. Leur danse mortelle, hors du monde et surtout terriblement tendancieuse fit passer cinquante dollars des mains d'un indien à celles d'une italienne, qui reprit une gorgée de vodka pour fêter ça mais fit Steve demander à Fury s'il pensait qu'ils étaient ensemble et leur chef lui répondre d'aller s'acheter des yeux.
Tony immobilisa finalement les mains de Loki, et ils s'échangèrent un regard avant d'aller se rasseoir, de la manière aussi innocente qu'ils purent mais Pietro ruina tout en lançant :
-Du coup, la règle numéro six, c'est pas obligé ?
Tony lui balança son gobelet dans la tête sous les ricanements des autres, et se leva en soupirant qu'il allait chercher du bois. Il partit vers la forêt, et on lança quelques remarques graveleuses à Loki, mais celui-ci se contenta de remuer la vodka dans son gobelet avec un sourire en coin. Quand la troupe eut cessé de le regarder, il disparut dans un bruissement vert caché par le crépitement des flammes, et on remarqua son absence bien deux minutes plus tard.
Quand il l'eut rejoint, l'espion se perdit dans l'étreinte et se laissa adosser à un arbre, caressant la peau dont il connaissait déjà la moindre parcelle tant il avait mis du soin dans sa découverte. Il en avait eu trop besoin et trop envie pour traiter le magicien comme une passade, et de toute façon il était beaucoup trop fasciné par la magie et les fantômes accrochés à ses os pour ça. Il y avait aussi le frisson qui agitait les mains de Loki juste avant de le toucher, et tout ça le faisait traiter leur aventure avec la même précaution que lorsqu'il avait dû récupérer ce bouddha indonésien en jade précieux à des trafiquants d'art.
Ils revinrent après ils n'auraient su dire combien de temps (comme si Tony avait réussi à garder suffisamment de cerveau pour ça, avec ce que Loki lui avait fait). Les rires s'étaient apaisés car quelqu'un chantait, et on pouvait distinguer Wanda qui avait ses bras autour des épaules de son frère.
-Le bois, souffla soudain l'espion alors qu'ils s'approchaient, on a oublié le bois.
-Ce feu est magique, Tony.
-Ouais, mais si j'en ai pas, c'est écrire noir sur blanc que je suis allé dans la forêt juste parce j'avais envie de toi.
-Parce que c'est faux ? s'amusa l'autre.
L'espion soupira, et lui pinça les fesses avant de rejoindre le petit cercle assis dans la neige fondue car irradiée par la chaleur des flammes.
Et là, il se décrocha un peu la mâchoire, parce que c'était Fury qui chantait, une vieille chanson soul qui disait qu'il cherchait la liberté et que ça allait sans doute lui coûter tout ce qu'il avait. Sa voix basse et rauque laissait courir une sensation à la fois paisible et électrique, et ils s'assirent en silence pour écouter.
La rancune et la tension était perceptible jusque que dans Clint frappant sa chaise en rythme, avec sûrement les visages de ses enfants dansant devant ses yeux. Mais Natasha avait le regard perdu dans les flammes tout en tapant le dos de son instrument tandis que Darcy songeait à Maria et à cette impression tenace qu'elle allait mourir à Samara.
Mais la chanson se termina, on remarqua le retour de l'américain et du magicien, les railleries reprirent mais Loki claqua des doigts et le feu de camp doubla de volume alors on préféra raconter des parcelles de vie à la place, tout en continuant d'arroser tout ça de bonne vodka :
-Bon, continua Clint, et alors, le type, j'lui ai dit « ah ouais ? Pisque t'es si fort, tire dans la casserole, là » et le mec comme un con il m'a écouté, et le temps qu'il s'applique à viser il avait déjà les tripes à l'air.
Tony hurla de rire à l'anecdote. On aurait cru une scène d'OSS117, comme quoi même les vrais espions devaient faire face à des adversaires ridicules.
Puis il se rendit compte qu'il était tout seul à rire à part Clint, car Steve les considérait comme des brutes sans cœur, Pietro et Wanda étaient totalement choqués, Loki n'écoutait plus depuis un moment, Phil avait son éternel sourire sans âme, Darcy et Thor ronflaient l'un sur l'autre, Fury ne s'était accordé qu'un rictus tandis que Natasha avait déjà entendu l'histoire cinq fois et réaccordait son instrument.
Mouais. L'irlandais et lui devraient probablement arrêter la vodka.
Puis Thor sembla se réveiller, et beugla :
-Qui danse autour du feu avec moi ?
-M-m-m-oi ! bégaya Darcy en se redressant par la même occasion.
A les voir s'éclater dans la neige fondue, la russe commençant docilement une mélodie tsigane, l'espion américain ne se posa plus la question de ce qu'il faisait là, au contraire. Il ferma les yeux un instant pour savourer les rires et les notes de la balalaïka, puis soudain son dos fut glacé.
-T'endors pas, Tony, lui murmura Loki qui lui ayant glissé de la neige dans la nuque.
Ce type le rendait accro. Et il ne savait toujours pas ce qu'il avait fait pour se retrouver dans ce train. Pour lui qui était un espion plutôt talentueux avant de se prendre une balle dans l'épaule dans une gare en Chine, c'était extrêmement frustrant.
-Il était important comment, murmura-t-il en s'adossant au norvégien, le type que t'as tué.
Loki entrouvrit les lèvres, puis détourna le regard.
-Je n'ai pas envie d'en parler.
-Ah dommage, parce que si tu me l'avais dit…
Il leva subitement sa main qui avait ramassé une poignée de neige et l'éclata sur le visage de Loki.
-…j'aurais pas fait ça, ponctua-t-il.
D'un air très digne, le magicien commença à retirer la poudreuse de ses joues, tout en lançant :
-Ah oui, tu veux jouer. Très bien. Ne viens pas pleurer.
D'un mouvement vif, il vint appuyer sur un bleu qu'il lui avait fait sur les hanches quelques heures auparavant. Tony jappa de douleur, et avec en plus ses réflexes totalement couchés sous la table par l'alcool de patate, ne put rien faire pour empêcher qu'ils roulent dans la neige. Loki eut un grand sourire quand l'espion fut à sa merci, qui en représailles glissa ses mains glacées sur sa peau.
Fury contempla sa troupe d'âmes perdues, s'embrassant, endormies ou ricanant, et s'enquit auprès de son bras droit :
-Comment allons-nous faire tomber Hydra avec ça, Phil.
-Au talent, directeur, s'amusa son agent avant de lever son gobelet à la vengeance et aux étoiles. Au talent.
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Chine, Xinjiang, Préfecture d'Urumqi, bureau de monsieur Fu
Deux millions de yuan et le mariage de sa fille unique prévu depuis des années. Tout ceci n'avait pris qu'une nuit. Hors de lui ne commençait même pas à décrire comment se sentait monsieur Fu depuis un mois. Dans son bureau, à sa villa sur une colline d'Urumqi, il se massait les tempes tandis que sa fille Yue insistait pour ravoir avec lui la même conversation pour la quatorzième fois.
« Si elle n'avait pas été là j'aurais trouvé un autre moyen de faire capoter ce mariage, asséna à nouveau sa fille, avec beaucoup trop d'indiscipline dans son corps mince. Tu dois arrêter de la chercher.
-Jeune fille, lança le haut fonctionnaire en s'efforçant de se calmer, tu avais promis de faire ce qui serait le mieux pour notre famille.
-C'était avant que ce Lifu se révèle un fêtard illettré ! Je peux ne pas écouter ce que je suis, et serrer les dents pour épouser un homme, mais pas cet individu macho infidèle drogué immature acnéique superficiel sale pathétique irresp-
-Tais-toi pour l'amour du ciel ! perdit patience son père. Quoi encore ! s'écria-t-il quand on frappa à la porte.
-Monsieur, lui dit leur majordome en entrant, le maire d'Ufa à l'appareil. Le train que vous recherchiez a fait étape à sa gare hier, et se dirige vers Samara. Les caméras de la ville ont clairement identifié les trois individus sur les vidéos de surveillance de la villa.
-Bien, soupira le préfet.
Voilà qui allait calmer ses nerfs.
-Envoie une expédition punitive en embuscade à Samara, ordonna-t-il. Réduis ce train en cendres.
-Père il n'en est pas question !
-Deux voleurs et la démone qui a perverti ma fille…
-Elle n'était là que pour faire annuler la cérémonie ! cria sa fille hors d'elle. Et eux n'ont braqué que le faux coffre-fort, ce que Lifu dépense en une soirée !
-Hors de ma vue mauvaise engeance ! Considère ça comme ta punition !
Yue sortit d'un pas furieux et claqua la porte, elle marcha un instant dans la villa pour atteindre un endroit sans caméra et s'écria :
-Ti Miming !
Le domestique insolent mais fidèle afficha un grand sourire sous son nez en un instant.
-Oui princesse ?
-Tu as tout entendu ?
-Assurément.
-Fais le nécessaire.
-Début de l'opération « Dîner en ville », annonça joyeusement le jeune musulman.
-Quand trouves-tu le temps de regarder autant de films, soupira Yue en partant contacter son maître d'arts martiaux.
-Il en faut plus que ça pour m'exploiter, vénérable princesse.»
Quand sa maîtresse se retourna pour lui lancer un sourire, il s'inclina bien bas et repartit.
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Tony avait un affreux mal de tête. Et peu importait où il était mais il y avait beaucoup trop de lumière.
En grommelant, il remua dans les couvertures pour cacher correctement son visage au creux d'une épaule. Ah. Beaucoup mieux ainsi, songea-t-il quand le noir se fit devant ses paupières.
Une minute.
Quelle épaule ?
Il se redressa lentement, pour la lumière, la discrétion et cette saloperie de migraine, et cligna des yeux jusqu'à distinguer ce qui l'entourait dans la semi-pénombre.
Ok, arriva-t-il à penser quand il distingua le corps nu de Loki contre le sien. Tant de peau découverte par ce froid de canard le fit frissonner et il chercha le bout de couverture pour la rabattre sur eux.
Bien, bah, même si Clint avait tout oublié de la veille, il n'aurait plus aucun doute quand il se réveillerait seul.
Il remarqua qu'ils étaient toujours immobiles, et ce serait bien qu'il se lève et redémarre le train, parce que ce n'était pas prudent de rester statiques. Ce serait vraiment courageux, raisonnable et altruiste.
Mais il n'avait jamais prétendu être un type bien alors il se contenta de se mettre dos à Loki et de prendre sa main pour la mettre en travers son torse avant de ramener un peu plus la couverture. Voilà, parfait.
Mais il fronça les sourcils, parce que ce faisant il était face à la cage d'Amora, et Thanos était tout près, à agiter son nez devant la tête du boa, qui semblait l'écouter avec attention. Mais se sentant observés, les deux animaux tournèrent la tête, et Tony flippa parce que le lapin blanc darda ses yeux mauvais sur lui, comme s'il venait de les surprendre en train de planifier leur assassinat à tous dans la nuit.
-Euh, Loki ? Looooki, appela-t-il sans quitter des yeux les sales bêtes. Je les trouve vraiment pas nets vos animaux, ça fait deux mois que je suis là mais j'ai vraiment l'impression que c'est des tueurs pires que nous.
Le magicien marmonna un truc inaudible, et une fois réveillé, parvint à convaincre l'espion que ce n'était rien et de les faire repartir vers Samara. L'américain se rhabilla, mais ne sembla pas très rassuré quand il regarda Thanos et Amora une dernière fois avant de sortir dehors pour aller redémarrer le train.
Loki se passa une main dans les cheveux et utilisa un peu de sa magie pour atténuer son mal de crâne. Puis il s'habilla complètement, se leva et attrapa le lapin par la peau du cou, avant de l'enfermer à double tour sous des couinements énervés.
-Râle, sale traître, aucun moyen que je compatisse à ton sort, avec ce que vous avez fait.
Perturbé par ce qu'avait dit Tony, il sortit à son tour et alla vers la cuisine, sautant juste à temps sur les essieux alors qu'ils repartaient.
-Il a oublié les coups de sifflet, marmonna-t-il. TOUT LE MONDE A BORD ! cria-t-il dans la campagne.
Il scruta un instant le paysage enneigé, mais personne ne courut vers le train, et de toute façon, vu ce qu'ils s'étaient mis la veille, aucun moyen que quelqu'un soit volontairement sorti si tôt dans le froid se soulager.
Il pénétra dans le wagon commun, et fut surpris de voir Darcy faire du thé.
-On repart déjà ? s'enquit-elle.
-C'est pas prudent de rester au même endroit. Déjà debout ?
-Pas dormi, marmonna-t-elle.
Il la rejoignit devant la bouilloire, et sortit du café soluble du placard.
-Dis, tu crois qu'on devrait le dire à Tony ? s'enquit-il à l'italienne en attrapant une tasse.
-De quoi ?
-Que nos animaux n'en sont pas vraiment.
-Oui, je pense, fit-elle. On aurait même dû le faire bien plus tôt. Ҫa se voyait qu'il allait rester même avant que vous fassiez des bébés.
Il leva les yeux au ciel à ça, et lui vola la bouilloire à piles pour verser l'eau chaude sur la poudre industrielle.
-Il commence à deviner ce qu'il en est, l'informa le magicien, même si c'est sans doute un peu trop surnaturel pour lui et qu'il n'a pas encore tout compris.
-De toute façon le plan de Fury est foireux, affirma la mafieuse. Ils ne vont jamais collaborer après qu'on les ait gardés dix mois comme ça. On ferait mieux au contraire de les éliminer avant Saint-Pet. Tu sais le plus rageant ? C'est que j'ai l'impression que je ne vais pas pouvoir tuer Thanos de mes mains.
-Fury a promis qu'il te le laisserait, tempéra Loki en remuant le liquide noir et brûlant.
-C'est pas ça, je sens que Samara…
Le magicien lui ébouriffa les cheveux en lui disant de ne pas s'inquiéter et prit sa tasse pour l'emmener à la locomotive.
-Attends ! dit Darcy.
Il se retourna et renversa un peu de café quand elle l'enlaça soudain de toutes ses forces, savourant de longs instants la chaleur de son corps. Puis, sans rien dire, elle se détacha et fit demi-tour, emportant son thé dans sa roulotte.
-C'était quoi ça ? s'enquit Loki d'un ton curieux.
-Un adieu. Je vais mourir à Samara, affirma la tueuse en série de dix-neuf ans, sans se retourner.
Dans sa roulotte, Fury fut pris d'un pressentiment, et ouvrit la porte de son armoire, celle où il gardait toutes les armes. Sans surprise, elle était entièrement vide à l'exception des siennes, chaque membre du train ayant senti le danger s'insinuer et ayant pris ses précautions. En soupirant parce que sa crainte venait d'être confirmée par l'ensemble de sa troupe, il prit son Glock pour le nettoyer.
Sur la plateforme de la locomotive, Tony contemplait l'horizon, attentif et inquiet, en serrant son flingue dans sa main.
