Chapitre 14 – Une longue journée de fiançailles

- mention lemon -

Le ciel était à peine voilé sur Poudlard lorsqu'Amalia ajusta ses vêtements face à la cheminée du bureau de Dumbledore. Elle tira encore un peu plus sur sa jupe droite et lissa les plis sur la veste de son tailleur avec le dos de sa main, son agitation rendait Fumseck tout aussi anxieux.

- Calme-toi, la rassura Rogue. Tu es très bien ainsi. Pouvons-nous y aller Albus ? Si nous attendons je crains de ne plus avoir de fiancée d'ici ce soir…

- Si cela se passe mal, non seulement tu n'auras plus de fiancée mais aussi plus de tête ! répliqua Amalia.

- Allons, il n'y a pas de raison pour que le plan ne se déroule pas sans encombre. Vous serez de retour ici demain midi et tout ira pour le mieux.

Dumbledore tenta de les rassurer en leur présentant un pot remplit de poudre de Cheminette.

- Tenez-vous bien dans l'âtre et demandez la cheminée n°3 du Ministère de la Magie à Londres.

Les deux sorciers acquiescèrent, leur expression sérieuse fit sourire le directeur. Le couple était bien habillé pour l'occasion, ils allaient se présenter au bureau des certifications familiales avant de retourner chez Rogue et jouer une scène préparée à l'avance pour convaincre ce voyeur de Queudver, qu'ils étaient sur le point de se marier. Afin de rendre crédible l'ensemble, ils devaient faire enregistrer leurs vœux auprès du Ministère et Dumbledore avait demandé une autorisation particulière afin qu'ils n'aient pas à transplaner.

- Bien, vous êtes prêts ? Allez-y.

Avant qu'Amalia n'ait pu répondre, Rogue la saisit par la taille et prit une poignée de poudre.

- Cheminée n°3 du Ministère de la Magie, Londres ! entonna-t-il d'une voix forte.

Les flammes autour d'eux devinrent vert émeraude et la chaleur s'estompa jusqu'au moment où un vent frais leur balaya le visage. Ils arrivèrent dans l'une des cheminées de l'Atrium. Sur le parquet en bois foncé parfaitement ciré se reflétaient les fenêtres magiques qui permettaient aux fonctionnaires de connaître le temps à l'extérieur puisque tout le bâtiment était en sous-sol. Une grosse pluie de mars s'abattait sur les vitres et détonnait avec le temps clair de l'Écosse. Amalia était toujours tenue par une main sur ses hanches.

- Je sais utiliser de la poudre de Cheminette…

- Ah. Je voulais simplement me montrer galant et avoir encore l'occasion de te serrer contre moi, répondit-il avec un sourire.

- MERCI DE SORTIR DE LA CHEMINÉE POUR PERMETTRE AUX SORCIERS SUIVANTS DE L'EMPRUNTER ! hurla la voix nasillarde d'un mégaphone à leur attention.

- Viens, c'est au niveau 1 que nous devons aller… Et n'oublie pas de porter ton « masque », je ne voudrais pas croiser Arthur et qu'il se demande pourquoi tu as cet air béat en nous voyant ensemble.

- J'ai du mal à cacher le fait que j'apprécie d'être en ta compagnie en dehors de l'école. Mais tu as raison, je mets mon masque tout de suite. La dernière fois c'est Avery qui nous a surpris et je paie aujourd'hui le prix fort.

- Je vais te plaindre… railla la jeune femme en roulant des yeux.

Ils s'avançaient d'un pas rapide vers les ascenseurs au fond du hall, en attendant qu'une cabine s'ouvre, Rogue interrogea à voix haute.

- D'ailleurs au sujet d'Avery, je me suis toujours demandé comment tu t'étais procurée une bague si rapidement. Tu avais un anneau au doigt qui n'y était pas avant.

- Effectivement, j'ai dû faire vite et user d'un sortilège d'Attraction, répondit-elle d'un ton égal.

- Tu as volé quelqu'un ? s'exclama-t-il.

- Bien sûr que non !

- Où dans ce cas ?

Amalia lança un coup d'œil vers la Fontaine de la Fraternité Magique placée au milieu de l'Atrium. Au pied des statues d'or représentant un sorcier, une sorcière, un centaure, un gobelin et un elfe de maison, un bassin remplit de dons brillait sous la lumière artificielle. Des pièces, médailles et autres bijoux jonchaient le carrelage sous l'eau.

- Oh ne me regarde pas de cette façon Severus ! Je l'ai remise à sa place en partant !

L'homme souffla en secouant la tête, il conduit sa promise dans l'ascenseur qui venait d'arriver face à eux. Le niveau 1 était tout aussi étrange que le 7 où ils s'étaient rendus pour leur présentation du prototype l'an dernier, la différence résidait dans la couleur des carreaux. Au lieu d'être d'un vert foncé, ils étaient jaune pâle. Sur les murs des affichettes promouvaient les mariages entre sorciers de même rang et la vie de famille. De petits fauteuils rembourrés étaient alignés quatre à quatre et séparés par des portes matelassées, un comptoir avec une sorcière à lunettes les attendaient dès leur sortie de l'ascenseur.

- Bonjour Madame, osa la visiteuse pour attirer l'attention de la secrétaire.

- Oui ? répondit-elle sans relever la tête.

-… Hum, je suis Amalia Richards et voici mon fiancé, Severus Rogue. Nous avons rendez-vous à 9h30 pour retirer les papiers en vue de notre mariage.

La sorcière sortit un support en bois sur lequel était épinglé un formulaire aux cases parfaitement tracées à la plume.

- Remplissez ceci et attendez que l'on vous appelle.

- … Bien, merci.

Elle se retourna vers Rogue qui arborait une expression contrariée à cause du comportement de la femme, Amalia avait la certitude qu'elle n'était pas forcée. Ils s'installèrent sur les fauteuils tout près face à un poster vantant les familles nombreuses. Des enfants roux courraient autour d'un arbre, la ressemblance avec les Weasley était frappante. Ils débutèrent la lecture de la fiche de renseignements. Les informations concernaient leurs choix de régime matrimonial, contrat de mariage éventuellement, s'il y avait des enfants d'une première union… Un passage surpris Amalia, on lui demandait quel nom elle souhaiterait garder une fois mariée.

- Quelque chose ne va pas ?

- Je n'avais pas réfléchi à cet aspect…

- Quoi ? Ton nom ? Tu n'es pas encore obligée de choisir maintenant et si tu veux garder Richards, je pourrais comprendre, tes parents n'ont pas eu d'autre enfant.

- A vrai dire, ce n'est pas ce qui me dérange. C'est plutôt le fait que nous travaillons à Poudlard. Et… C'est bête mais… Il y aura deux professeurs Rogue, les élèves seront peut-être perdus, conclut-elle en rougissant.

Prononcer ces mots à voix haute lui procurait une sensation curieuse entre le ravissement et la fierté de partager son patronyme avec l'homme assit à côté d'elle. Il lui saisit les mains et proposa :

- Tu peux aussi prendre les deux : Rogue-Richards.

- Cela sonne plutôt bien, admit-elle sans relever les yeux de leurs mains jointes.

- Tu te souviens de ce que je t'avais dit pour le prototype de notre livre ?

Lentement, il approcha son visage du sien.

- Au sujet de la couverture ?

Il hocha la tête.

- Que d'ici sa publication il est possible que je perde mon nom de jeune fille, répondit-elle en souriant. Je crois que le pire dans cette histoire, c'est que tu faisais une boutade sans savoir que ça allait se réaliser par ta faute… Tu avais imaginé que je deviendrais « Madame Karkaroff-Richards » !

- Je confirme que cela sonne beaucoup moins bien ! répliqua le sorcier avec une mine de dégoût.

Une porte s'ouvrit à la volée et un fonctionnaire les invita à entrer dans le bureau. L'entretien dura plus d'une heure et ils purent repartir avec la liasse de documents à remplir et à retourner au Ministère une fois le mariage acté ou à défaut, les fiançailles rompues. Une fois dans le couloir, Amalia reprit la parole.

- Bien, maintenant que les démarches sont faites, il va falloir que l'on aille chez toi…

- Oui. Nerveuse ?

- Un peu. Quelle excuse vas-tu inventer pour justifier notre visite là-bas, en pleine année scolaire ?

- Tu m'as donné une idée avec ton chapardage dans la fontaine. Nous allons récupérer la bague de fiançailles de ma mère.

- Ah ?

- Elle est modeste et j'espère conjurer le mauvais sort qui a entaché l'union de mes parents.

- Ta mère serait d'accord ?

- Je pense. Alors, qu'en dis-tu ?

- … Que je vais avoir du mal à utiliser la poudre de Cheminette avec tous ces papiers dans mes mains… murmura-t-elle avec un regard malicieux.

- Heureusement que je suis toujours galant.

oOo

L'impasse du Tisseur dormait dans un silence lourd, la pluie tombait fort dehors et les vitres branlantes de la cuisine vibraient sous les rafales de vent. Ils étaient arrivés dans le minuscule salon qui faisait penser à une cellule capitonnée. Rogue débarrassa Amalia de sa cape et jeta la sienne avec sur le porte-manteau dans l'entrée.

- Puis-je te proposer du thé ?

- Volontiers, répondit timidement la jeune femme.

La pièce n'avait pas changé depuis sa première venue. Les murs étaient entièrement couverts de livres en vieux cuir noir ou marron. Face à la cheminée allumée, un fauteuil délabré et un guéridon permettaient au propriétaire du lieu de s'adonner à sa passion pour la lecture. La poussière s'amoncelait partout dans la maison sauf sur les étagères des bibliothèques certainement parce que les livres étaient souvent manipulés. Rien n'avait bougé mais Amalia était tendue car elle savait qu'une chose n'était pas sa place dans ce décor et attendait, cachée derrière l'une de ces bibliothèques. Elle défit nerveusement le haut de son tailleur et déposa la veste sur le canapé élimé. Elle avait un corset en dessous et souffrait de la chaleur que provoquait le feu de cheminée.

- Tu peux enlever plus si tu le souhaites… susura une voix grave à son oreille.

- Severus, ce ne serait pas sérieux ! répliqua-t-elle d'un ton faussement outré.

Il fit le tour du canapé et vint s'asseoir à côté.

- Tu permets ? Il y a une chose que je meurs d'envie de faire depuis que nous sommes partis de Poudlard…

Le sorcier l'embrassa du bout des lèvres, attendant qu'elle lui rende son baiser, ce qu'elle fit en ouvrant un peu plus la bouche pour faire se rencontrer leurs langues. Il ne fallut que quelques instants pour que la passion dominée dans les couloirs du collège s'exprime dans leurs gestes. Rogue la fit basculer en arrière et s'allongeant sur elle, passant une main le long de sa cuisse jusqu'à rencontrer…

- … Hum, un porte-jarretelles… Qu'est-ce que tu me réserves encore comme surprise ? gémit-il en plongeant dans son cou.

- Approche, je vais te le dire…

Elle se plaqua contre son visage pour chuchoter.

- Arrête de me chauffer ainsi. J'ai envie de toi Severus, tout mon corps te réclame et c'est mal.

- Je ne vois pas pourquoi. Nous avons le droit de nous découvrir mutuellement tant que l'on se tient à ce qui avait été décidé au départ et que l'on reste habillé…

- Tu es en train de me peloter sous les yeux de cette immonde vermine ! pesta-t-elle entre ses dents.

Le bruit d'un objet lourd tombant au sol interrompit cet échange, les amoureux furent obligés d'ignorer ce manque de discrétion de la part de Queudver mais au moins ils étaient certains que le Mangemort répéterait tout à son maître.

- Tu as raison, je n'aurais pas dû… énonça Rogue assez fort pour que l'espion entende. Nous sommes venus pour récupérer la bague de ma mère et je vais de ce pas la chercher à L'ÉTAGE !

Des pas précipités accompagnèrent la fin de la phrase, Queudver était décidément bien ridicule dans son rôle.

- Je t'attends ici, mon Prince, lança la jeune femme en réajustant sa jupe avec un sourire.

Pendant ce temps, elle contempla l'amoncellement de livres puis examina l'état de la tapisserie. S'il devait habiter ensemble, sa demeure square Grimmaurd serait plus agréable mais nécessiterait un sortilège d'Agrandissement pour loger leurs deux collections d'ouvrages. Absorbée par un petit herbier, Amalia sursauta quand elle sentit des bras l'enserrer.

- Désolé, je ne voulais pas te faire peur.

Il déposa un baiser sur sa nuque.

- Ce n'est rien, je me suis permise de regarder ton impressionnante bibliothèque.

- Tu as bien fait. Tends-moi ta main droite s'il te plaît…

Il enfila sur son annulaire un anneau fin et argenté, simple et patiné.

- Pas trop déçue ?

- Pas le moins du monde, je suis honorée de le porter.

Son fiancé soupira dans son cou et la serra un peu plus fort.

- Tu ne m'avais pas promis un thé ? lança-t-elle, consciente que Queudver devait toujours écouter la conversation.

- Ah… Je l'avais oublié ! J'espère que tu l'aimes bien infusé.

Ils restèrent dans le salon jusqu'à l'heure du déjeuner, discutant de l'endroit où ils pourraient vivre pendant les vacances d'été en faisant semblant d'ignorer à voix haute, que leur vie à deux ne serait pas un long voyage de noces en toute innocence. De cela, ils devraient s'en occuper prochainement… Cette mascarade fut ponctuée par les rires d'Amalia, de caresses et de banalités.

- Bon, si nous allions au Chemin de Traverse maintenant ? J'ai peur que si nous attendons trop, il ne nous soit pas possible d'ouvrir un compte commun aujourd'hui. Je crois que les gobelins ne font pas ce genre de démarches après 14h, déclara Amalia à voix haute.

- Tu as raison, de toute façon nous n'avons plus rien à faire ici.

Les sorciers ramassèrent leurs effets et s'engouffrèrent dans la cheminée pour rejoindre le Chaudron Baveur, laissant leur espion seul dans la sinistre maison.

oOo

Il y avait peu de monde pour un samedi, leur entrée fut cependant remarquée.

- Une table pour deux à l'abri des regards s'il vous plaît, réclama Rogue dont le visage s'était une fois de plus paré d'une expression impérieuse.

Tom, le patron chauve et édenté, les amena sous la mezzanine conduisant aux chambres. Il leur débarrassa une petite table pour y poser des couverts dont la propreté restait à démontrer. L'endroit était si exigu que leurs genoux se touchaient, ce qui n'était pas pour leur déplaire. Après avoir passé commande, ils purent discuter loin des curieux qui les fixaient depuis leur arrivée.

- A quoi penses-tu Severus ? Tu as une expression étrange…

- Oh pardon ! Ce n'est rien…

- Je ne peux pas pénétrer ton esprit pour avoir la réponse à ma question alors que tu as la possibilité de me sonder à loisir. Pourrais-tu me répondre s'il te plaît ? demanda-t-elle un sourcil levé.

- … C'est embarrassant.

- Je t'écoute, insista-t-elle d'une voix douce.

Amalia promena sa jambe contre celle de son soupirant pour l'encourager.

- Je repensais… à tout à l'heure... sur le canapé... J'ai été surpris de rencontrer un...

- Porte-jarretelles ?

- Oui... admit-il en baisant les yeux, une bouffée de chaleur transforma son teint d'habitude fade en un rouge pivoine.

- Ah… Il faut bien que je retienne mes bas. Et ?

- Comment « et » ?

- Je n'en porte pas au collège car j'ai des jupes longues mais cela peut changer si cela te plaît… susurra-t-elle d'un ton suave.

- Je suis déjà assez perturbé de savoir que là, en ce moment, tu en portes un !

Le sorcier ne savait plus comment cacher son état.

- Si j'avais su, je te l'aurais montré bien plus tôt...

Elle le fixait, les bras croisés, se mordant les lèvres pour ne pas rire.

- Je crois qu'il serait plus sage que j'aille ailleurs cette nuit.

- Dans la chambre d'ami ?

- Non, dans une autre maison…

- On a enfin l'occasion de dormir ensemble et tu veux la rater ? s'étonna la jeune femme, ennuyée par la proposition.

- Je n'arriverai pas à me retenir de te toucher. Tout à l'heure j'en avais même oublié Queudver…

Tom apporta les plats et repartit d'un pas claudicant après leur avoir souhaité un bon appétit.

- Bon, nous verrons cela tout à l'heure. Que veux-tu faire cet après-midi ?

Amalia tentait d'employer une voix posée et détendue alors qu'un feu la consumait, son pied se baladait toujours le long de la jambe de Rogue.

- Je ne sais pas trop… Je viens rarement sur Londres.

- On peut aussi rentrer à Poudlard. Ainsi, il n'y aura pas de problème de chambre… dit innocemment le professeur, elle triturait avec sa fourchette le contenu de son assiette.

- Non ! s'exclama-t-il. Pour une fois que l'on peut être seuls…

- Je ne te comprends pas. Tu veux que l'on soit seuls mais pas ensemble ?

- Amalia, essaie de me comprendre ! J'ai des envies et… et je n'arrive plus à me les sortir de la tête ! J'imagine ce que je n'ai pas encore vu, la moindre chose que tu me dévoiles éveille en moi un désir indomptable qui…

L'homme ne la regardait plus dans les yeux, il agitait les mains et semblait chercher sur la table une antisèche pour le sortir de son embarras. Elle posa sa main sur la sienne, d'une voix douce la jeune femme tenta de l'apaiser.

- Severus, j'éprouve aussi des envies qui chassent de nombreuses heures de sommeil. J'ai très souvent failli te rejoindre dans ton lit quitte à perdre mon emploi… Ne crois pas être le seul à être tenté.

Il l'observa d'un air perdu, les yeux écarquillés et les joues roses.

- Je te propose d'aller chez moi, nous pourrons nous mettre à l'aise et parler de tout ceci. Il y a d'ailleurs beaucoup de choses que nous devons mettre au point tant que nous sommes seuls.

- Gringotts était donc bien une excuse pour sortir de chez moi ?

- Un compte joint, c'est tellement classique… Admets que Queudver aura des tas de choses plausibles à raconter, son maître sera fier de lui !

- Tu deviens douée dans le mensonge… remarqua Rogue en portant son verre à ses lèvres.

- Un bon mensonge doit se baser sur des éléments de vérité et dans ce cas précis, je peux avancer que je n'ai pas besoin de me forcer pour t'embrasser…

Elle réussit à arracher un sourire en coin à son amant.

- De quoi as-tu parlé avec Queudver à l'étage ?

- Nous n'avons pas vraiment eu le temps d'échanger. Je l'ai houspillé à cause du bruit qu'il faisait et l'ai menacé pour donner le change.

- Tu penses que nous avons réussi ?

- J'ai été moi-même très convaincu par ta prestation… sourit-il.

- Ton masque Severus, ton masque ! râla-t-elle en riant.

oOo

Ils terminèrent leur repas et passèrent rapidement chez l'Apothicaire du Chemin de Traverse avant de transplaner jusqu'au perron du 24, square Grimmaurd. Les serpents de la poignée reconnurent leur maîtresse et glissèrent sur leur base en argent pour la laisser entrer.

- Tu t'es enfin décidée à placer un sortilège d'Illusion sur ton pas de porte ? découvrit Rogue avec étonnement.

- Oui. Ma voisine passait ses journées à la fenêtre. On ne nous voit pas arriver mais les scellés de la maison ne permettent toujours pas de faire de la magie en dehors du grenier.

- Quand comptes-tu les ôter ?

Ils s'étaient débarrasser de leurs capes sous les regards curieux des personnages en photo de l'entrée, l'air était chargé de poussière et entrèrent dans le salon assombrit par la pluie.

- Je ne sais pas, le temps venu… Amalia s'assit sur l'accoudoir du canapé. Cela te dérange ?

- Absolument pas, j'ai grandi « à la mode Moldue » ne l'oublie pas. Chez moi aussi, on nettoyait la vaisselle à la main…

Il s'approcha de la jeune femme et caressa lentement ses épaules dénudées avant de se pencher vers son visage.

- Je t'en parle uniquement dans un souci de protection magique.

Elle ne l'écoutait que d'une oreille, ses mains remontèrent jusqu'à son cou.

- Severus, embrasse-moi.

- Pas question, nous devons d'abord parler et le souvenir du regard de ton père ne me permettra pas à lui seul de me retenir, répondit-t-il, résolu à ne pas se laisser tenter.

- Tu en as autant envie que moi… roucoula Amalia d'une voix de miel, elle passa ses lèvres sur les siennes sans pour autant l'embrasser.

- Arrête, ce n'est pas sérieux et puis…

- Oui ?

Elle humait son odeur épicée de pomme et de cannelle.

- Pitié, aide-moi… supplia-t-il, le front posé contre le sien et les yeux fermés, une expression torturée démontrait la force qu'il mettait en œuvre pour se contenir.

- Embrasse-moi d'abord et je verrai ce que je peux faire.

- Amalia… Tu ne m'aides pas là...

Le contact de ses lèvres était aussi savoureux qu'une pêche, lui procurant une sensation électrisante difficile à repousser. Face à elle, il était désarmé.

- Juste un petit baiser alors et après je te laisse tranquille, promit la jeune femme dans un soupir.

Le sorcier ouvrit les paupières, scrutant le visage souriant face au sien et après une longue hésitation, s'approcha pour l'embrasser. Amalia émit un son proche du ronronnement quand leurs lèvres se frôlèrent une première fois. Rassuré par l'aspect chaste de cet échange, il osa une seconde pression afin de savourer quelques secondes de plus le goût sucré qui se répandait sur sa langue. Enfin, la troisième fois, il entrouvrit la bouche et se retrouva pris au piège.

D'un mouvement rapide, il passa une main derrière la tête de la jeune femme pour appuyer son visage contre le sien et la faire basculer doucement en arrière. Ils étaient à nouveau l'un sur l'autre à s'enlacer, les mains de Rogue glissant sous la jupe d'Amalia sans que celle-ci n'essaye de le retenir. Elle gémissait sous les baisers, incapable d'arrêter ce qu'ils venaient d'entreprendre. Soudain, un raclement de gorge les fit bondir.

- Papa !?

- Mr. Richards ! s'exclama le professeur, rouge de honte comme un collégien se faisant surprendre par le père de sa petite amie.

Ils reboutonnèrent à la hâte leurs tenues et s'assirent bien droit sur le canapé, face au portrait de Livius qui les observait, une expression amusée illuminait son regard.

- Je suis désolée Papa, je t'ai appelé sans le vouloir…

- Tu penses à ton père quand tu m'embrasses ? gronda Rogue.

- Non, bien sûr que non ! J'ai dû y songer un quart de seconde quand tu m'as parlé de lui en arrivant ! se justifia-t-elle, aussi embarrassée par cette visite que son compagnon.

- J'ai interrompu quelque chose ? coupa le vieux sorcier.

- Papa !

- Tu as peut-être quelque chose à m'annoncer ?

- Hum… Oui.

- Je vais vous laisser je crois… marmonna Rogue en quittant le salon sans lever les yeux vers Livius.

- Je t'écoute ma fille, qu'as-tu à me dire ?

- Papa, je sors avec Severus depuis quelques mois et… Comment dire ? Cela a beaucoup intéressé Voldemort.

- Le Seigneur des Ténèbres a su que vous vous fréquentiez et veut qu'il exerce une pression sur toi pour que tu les rejoignes ?

- En effet.

La sorcière parlait sans oser regarder son père, elle fixait ses poings posés sur ses genoux.

- Plutôt ingénieux, il met en place une stratégie au lieu de te contraindre directement. C'est certainement qu'il n'a pas encore retrouvé tous ses pouvoirs ou qu'il craint quelque chose. Sois prudente. Moins il aura confiance, plus il réclamera de preuves. Si tu fais semblant de les avoir rejoint, il te faudra être persuasive.

- Je le sais… Et ce n'est pas un « si », il n'est pas question que je devienne Mangemort même si c'est pour sauver ma vie !

- Amalia, tu as peur ? demanda le père avec un air soucieux.

- … Oui Papa.

- Et tu l'aimes ?

- … Oui, Papa…

Elle rougit en admettant pour la première fois à voix haute ses sentiments.

- Si tu es sincère, ce combat vaut la peine d'être mené. Je suis bien placé pour en témoigner.

La jeune femme avait toujours les yeux baissés, Livius se sentit obligé de rassurer son enfant.

- Depuis la première fois où je vous ai vu ensemble dans ce salon, je savais que ce jour arriverait.

Amalia releva enfin le menton, une expression interloquée lui faisait froncer les sourcils.

- J'ai déjà rencontré Severus lorsque j'étais Mangemort, il venait d'arriver dans nos rangs. Il me semble qu'il terminait ses études et cherchait encore un sens à donner à sa vie. Malefoy et ses comparses l'avaient initié à nos pratiques et le Seigneur des Ténèbres était ravi de trouver un jeune homme aussi talentueux pour grossir ses rangs. Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est produit après sa chute mais Albus a pris la défense de Severus et s'est porté garant pour lui. Quoiqu'il en soit, je l'ai toujours trouvé intéressant bien que solitaire. J'ai vu en lui des qualités que j'avais au même âge…

- Donc, tu ne t'opposes pas à cette relation ?

- Comment le pourrais-je ? rit le portrait.

Il reprit pourtant son sérieux habituel.

- Mon Astre, je ne veux que ton bonheur. Si tu penses le trouver avec cet homme, alors vas-y.

- Merci…

- Une dernière chose. C'est une jolie bague. Tu devrais la regarder de plus près…

Et son visage s'effaça pour laisser la place au portrait d'Amalia. Interloquée, elle leva son annulaire au niveau de ses yeux et admira le bijou : il était si simple, qu'est-ce que son père voulait dire ? Le craquement du plancher de l'étage la sortit de ses réflexions, la jeune femme alla y rejoindre son invité qui l'attendait dans sa chambre, accoudé à la fenêtre. En l'entendant arriver, il se retourna.

- Hum, tu as fini ?

- Oui.

- Et ton père n'était pas trop en colère ? s'inquiéta Rogue.

- Non… sourit-elle tout en l'enlaçant. Mais je crois que je vais aller prendre une douche bien froide pour me calmer parce que lorsque je te vois, j'ai envie de continuer ce que nous avons commencé…

Elle accompagna sa phrase d'un baiser furtif posé sur la joue du sorcier, s'enferma dans la salle de bain et en sortit quelques minutes plus tard vêtue de son peignoir. Ses longs cheveux mouillés se tordaient dans de belles arabesques sous le poids de l'eau et à chaque mouvement, le vêtement s'entrouvrait.

- Severus, quelque chose ne va pas ?

Elle le trouva assit sur le lit à la fixer la bouche ouverte.

- Si tu permets, je vais faire pareil…

Il referma précipitamment la porte de la salle de bain et fit couler l'eau glacée sur sa tête, dans l'espoir de garder le semblant de raison qui lui restait. Quand il sortit à son tour, Amalia était allongée sur son lit et lisait avec attention un carnet de voyage.

- Hum… Je pensais faire apparaître mes affaires qui sont en bas mais j'avais oublié que chez toi, ce n'était pas possible…

Le spectacle qui s'offrait à la jeune femme valait le détour, Rogue était dans l'encadrement de la porte, sa peau encore humide, une simple serviette nouée autour de ses hanches. Bien que de carrure osseuse, il était un peu musclé, les épaules développées et de grandes mains. Son torse était marqué de cicatrices blanches par endroit et un duvet noir partait de son nombril pour se perdre vers son aine dont Amalia ne percevait rien à cause de cette maudite serviette. Le sorcier était voûté, mal à l'aise et se tenait l'avant-bras pour cacher la marque des Ténèbres.

- Là, je regrette d'avoir laissé les scellés parce que sans baguette, j'aurais pu t'enlever ce que tu portes… déclara-t-elle en se redressant.

Le teint écarlate, il allait descendre lorsqu'elle le rattrapa.

- Attends, ne pars pas. Je n'aime pas l'idée de te faire fuir…

Il fit volte-face, complètement désemparé.

- Ne crois pas que cela vienne de toi. J'ai l'impression que tu attends quelque chose or nous étions d'accord pour patienter. Sauf que tu m'envoies des signaux contraires et que j'ai envie d'y répondre… En plus j'ai honte de mon corps, j'ai peur de te décevoir et… et…

Si Amalia avait su que ses taquineries le travaillaient autant, elle se serait abstenue.

- Severus, tu es de loin ce que je peux rêver de mieux chez un homme. J'ai très envie de toi, encore plus maintenant que je t'ai vu presque nu...

Elle le prit dans ses bras et posa sa tête sur son torse. Rogue la contempla dans la pénombre du couloir, ses grands yeux verts l'hypnotisaient et sa chaleur diffusait une agréable sensation dans tout son être. Ses paroles étaient sincères et ses lèvres paraissaient plus tentantes qu'elles ne l'avaient jamais été.

- Amalia… souffla-t-il en se penchant vers elle, poussant son visage jusqu'à ce que son dos rencontre le mur.

- Tu me fais confiance ? demanda-t-elle entre deux baisers.

Il acquiesça du menton.

- Suis-moi…

Elle l'entraîna vers le lit sur lequel elle s'assit et le plaça entre ses jambes, embrassant avec douceur son ventre, ses mains sur les hanches de son amant. La jeune femme avait une furieuse envie d'empoigner ses fesses mais elle se retint de crainte de l'effrayer, effleurant sa peau avec ses lèvres.

- Je ne pense pas que cela soit une très bonne idée… gémit-il lorsqu'elle défie le nœud du tissu.

- N'aie pas peur, je t'empêcherai d'aller trop loin…

Étrangement, les paroles scabreuses d'Adrian lui revinrent en mémoire mais il les chassa presque aussitôt qu'il se trouva face à Amalia, la serviette à ses pieds, son membre dressé à quelques centimètres de sa bouche. La sorcière s'allongea sur le lit et ouvrit délicatement son peignoir, dévoilant sa poitrine. Les aréoles sombres se détachaient de sa peau laiteuse, il avait tout le loisir d'admirer ce corps qui lui appartiendrait bientôt.

- Alors Severus, tu as perdu ta langue ? lança-t-elle avec un regard mutin.

Mais il était pétrifié, debout, nu devant elle sans savoir ce qu'il devait faire ni ce qu'il souhaitait vraiment.

- Que t'arrive-t-il ? Se sont mes seins qui t'ont fait peur ? Ce n'est pas la première fois que tu les vois pourtant... Tu les as même touché... Où est le sorcier qui m'a si impérieusement plaquée contre une bibliothèque de l'école ?

L'évocation de sa perte de contrôle en début d'année lui fit monter le sang au visage, il s'était comporté comme un rustre et ne se le pardonnait toujours pas. Pris au dépourvu, la seule réaction qui lui traversa l'esprit consista à se cacher sous les couvertures comme un enfant. La sorcière souffla et laissa sa tête retomber sur son oreiller.

- Severus ? questionna-t-elle.

- J'ai honte…

- De quoi ? Ce que je viens de voir est très encourageant pour la suite…

Amalia retint un gloussement de gourmandise.

- Tu es magnifique et moi… Je suis maigre, couvert de cicatrices,…

- Je suis bien en chair et j'ai aussi des cicatrices dont une sur l'épaule par ta faute.

Elle passa sa main sur la boursouflure que lui avait laissée l'attaque de l'hydre.

- Ce n'est pas pareil… ronchonna-t-il.

- Sors de là s'il te plaît, sinon je vais devoir m'occuper toute seule… Quel dommage que tu ne regardes même pas… Hum, c'est un vrai plaisir de me toucher… Severus… miaula-t-elle dans un souffle. J'aurais tellement voulu que le professeur de Défense Contre les Forces du Mâââle m'enseigne comment résister aux tentations charnelles !

L'intéressé sortit la tête, les cheveux en vrac et l'air penaud.

- Tu veux participer ? demanda-t-elle avec un sourire complice.

- Je n'en suis pas certain.

- Je ne te force à rien. Si tu préfères que je me rhabille...

- Non ! s'exclama le Serpentard d'un ton emporté. Pardon... Je voulais dire... J'en ai envie sauf que je ne sais pas quoi faire...

- Mets-toi à genoux face à moi et essaye de te détendre un peu, je ne vais pas te manger, en tout cas pas cette fois...

Son teint repartit dans des teintes rouges-rosées mais il s'exécuta lentement, tirant le plus possible de draps pour se cacher. A l'inverse, Amalia s'approcha entièrement nue, la faible lumière de l'extérieur éclairait son corps ondulant vers son amant. Il ne savait plus où poser son regard, les courbes graciles de ses épaules menaient à sa poitrine au grain fin puis à son ventre où un nombril discret siégeait pour terminer sur son bassin qu'il n'osa pas fixer. Elle fit glisser la couverture un tout petit peu pour dégager l'objet de ses désirs et releva les yeux.

- Je peux ?

Une fois encore, il acquiesça d'un mouvement de tête sans prononcer une parole. Alors avec précaution, elle entama sur lui un long va-et-vient jusqu'à la base et revint au sommet sans trop serrer. Rogue avait fermé les yeux et basculé sa tête en arrière, sa respiration s'accéléra et ses hanches se balançaient dans d'infimes mouvements. Des soupirs de contentement s'échappaient de sa gorge à chaque caresse, jamais il n'avait connu le plaisir d'être volontairement touché et désiré. Un liquide perlait sur la main d'Amalia et des tressaillements lui indiquèrent que si elle souhaitait aussi en profiter, le temps était venu. Elle se releva à genoux pour l'embrasser et lui répéta d'avoir confiance avant de prendre place sur lui, les jambes autour de ses hanches. Leurs corps étaient à présent l'un contre l'autre de la façon la plus intime qui soit sans pour autant se mélanger, la chaleur d'Amalia au contact du témoignage vibrant de l'excitation de son amant. En se retenant à l'une de ses épaules d'une main, elle se cambra légèrement en arrière pour entamer des allers-retours avec son bassin[1]. Le sorcier regarda inévitablement vers la rencontre de leurs aines et le spectacle lui arracha un râle.

- Je t'aurais bien proposé de fermer les volets puisque tu es pudique mais tu aurais raté ceci…

Il répondit par un mouvement de tête, transfiguré par une expression d'extase et il ferma à nouveau les yeux pour savourer cet avant-goût de leur vie à deux. Elle guida l'une de ses mains vers sa bouche et goba sans préavis son pouce qu'elle fit rouler sur sa langue. Le réceptacle chaud et humide faisait résonance à ce qui le maintenait plaqué à elle. L'analogie n'était pas difficile à faire avec son membre, il appuya le doigt sur sa langue et souffla :

- Je vais venir…

- Moi aussi… Oh Severus…

L'entendre murmurer son prénom dans la jouissance était de trop, il accélérât le mouvement et se libéra sur leurs ventres presque collés. Après quelques soubresauts et un dernier baiser, il tomba en arrière, épuisé.

[1] C'est la position du cheval à bascule pour les curieux…


Prochain chapitre : Les révélations de l'anneau

Notes : J'espère que ce premier lemon vous plaira et suscitera chez vous des réactions ! (parce que j'ai hâte de les lire)

Pour rappel, j'ai un instagram où j'essaye de poster régulièrement des choses en lien avec la fic mais aussi l'univers HP.

A ce sujet, dans un mois, je serai à Londres… Ne ratez pas ça, mon hébergement est à 2 rues de la House of MinaLima et mon ticket pour le parc déjà pris !

A mardi prochain !