Ce chapitre est dédiée à tous les pauvres personnes seules en ce jour funeste. Au moins vous aurez un chapitre à lire. Et si vous vouliez éviter toute démonstration d'amour, fuyez. Because baby bird is back!


J'allais mourir. Je fermais les yeux et dit adieu au monde. Les pensées se bousculaient dans ma tête à une telle vitesse qu'elles me donnaient mal au crâne. Adieu à mes parents, les vraies, ceux qui m'avaient élevé. Tous mes amis, ceux que j'aimais et qui pendant de longues années m'avaient aimé et soutenu. Je dis adieu aux différents futurs que je m'étais imaginée, ces vies que j'aurai pu mener, ces adultes que j'aurais pu être. Sur mes paupières défilaient des images de jeunes adultes, belles et souriantes. L'une pédopsychiatre discutait avec une petite fille, une autre embrassait tendrement son époux, un bel homme aux yeux verts en amande et aux cheveux noirs, une dernière embrassait son fils sur le front. Puis une vision cauchemardesque vient soudain les remplacer. Elle se tenait au milieu des débris en flamme, un large sourire sur son visage. C'était moi, l'avenirs que je cauchemardais si souvent et me semblais parfois si proche.

Puis soudain je sentis quelque chose frôler mon visage, a une vitesse telle que la chose provoqua un sifflement dans l'air. Alors ma tempe fut libérée du poids de l'arme et je tombais au sol, lâchant un cri de douleur au passage. Je restais un moment au sol sans rien faire, ne sachant pas vraiment ce qui venait de se passer. Mais le bruit des coups de feux, vacarme assourdissant résonnant dans l'immense casino, me donna un puissant coup de fouet. J'ouvris les yeux et me levais. Instinctivement, j'allais me plaquer contre la structure de glace. L'homme qui m'avait porté tout le long du chemin se tenait le poignet en hurlant, un batarang planté au milieu de la main.

Une partie des hommes de mains étaient agenouillés au balcon et tiraient sur les Jokerz en contre-bas. Le pingouin avait disparu, sûrement accompagné par l'autre moitié des combattants. Ils semblaient tous m'avoir oublié, après tout j'étais plus le prétexte que la véritable raison de ce conflit pour le pingouin. Assise, je ramenais mes jambes contre mon torse. Il me fallait trouver rapidement une idée mais, paralysée par la peur, mon cerveau refusait de répondre. Les yeux rivés sur le sol, je vis une sorte de grenade atterrir devant moi, rebondir deux ou trois fois, puis rouler jusqu'au pieds d'un des tireurs. Je hurlais de peur et mis mes mains devant mon visage dans un réflexe idiot censé me sauver la vie.

Mais à la place d'une explosion, la grenade diffusa une épaisse fumée grise. Immédiatement, je fermais les yeux et la bouche mais, trop tard, déjà ma gorge me donnait envie de tousser et commençais même à brûler. Et dans cette obscurité brutale, je sentis une main me saisir le bras et me relever. Complètement focalisée sur la douleur dans ma gorge, je ne pensais même pas à me débattre. Après encore un instant à tousser, je finis par ouvrir mes paupières et observais où je me trouvais avec mes yeux rouges de larmes. Je reconnus immédiatement le couloir que j'avais traversé à l'allée et en me retournant vis l'imposante porte en vitre bloquée par une longue bar métallique. Un peu de fumée s'échappait de sous la porte mais, j'étais déjà en dehors de l'épais nuage que j'apercevais de l'autre côté de la vitre.

« Relève toi rapidement, faut qu'on se tire. »

Je me levais et observais la personne venant de me parler. Un peu plus petit que moi, une armure style super-héros, noir et jaune. Sa capuche rabattue plongeait son visage dans l'ombre, ce qu'un masque vert autour de ses yeux n'arrangerait pas Robin. Pouvant un peu mieux observer son visage que la dernière fois, j'eu un étrange sentiment. Malgré tous ces éléments pour le cacher, son visage me faisait penser à quelqu'un d'autre mais, qui ? Incapable de mettre un nom là-dessus. Un sabre dans la main, il observait de chaque côté du couloir avec précaution. M'appuyant contre le mur, je me relevais. Mes jambes commençaient à se débarrasser du désagréable effet du liquide qu'on m'avait injecté plus tôt et bien qu'encore faible, me permettaient déjà de marcher. Courir allait être plus difficile, surtout avec une balle dans la jambe.

« Vous êtes robin ? »

Il hocha seulement la tête. A notre droite, une femme en costard se précipitait sur nous, une matraque dans la main. Robin l'accueillit d'un coup de sabre qui trancha son arme en deux. Puis, il enchaîna avec plusieurs coups de poings dans le ventre avant de l'achever en le frappant dans la gorge avec le manche de son sabre. Elle commençait à peine à tomber, qu'il se tournait déjà vers moi en courant. Il m'attrapa alors fermement le poignet et commença à courir tout en me tirant. Je fis quelques pas en suivant son rythme mais rapidement, une douleur atroce me traversa la jambe, cette foutue jambe qui m'empêchait de courir depuis que je m'étais faite tirer dessus. Je dus alors me rattraper contre le mur. Les effets du liquide aggravaient encore mon état.

«Ils m'ont injecté quelque chose.

-Ils t'ont interrogé ?

-Oui. Enfin commencé, avant qu'Harley n'intervienne.

-De la S22, comme un immobilisateur rapide. Pour éviter que la victime de se débatte au début mais, disparait rapidement pour qu'elle récente la douleur de la torture. »

Je frissonnais en pensant à ce qu'ils souhaitaient me faire. Heureusement, Harley était arrivée jusqu'à temps. Pour une fois, j'étais vraiment heureuse de la voir. L'air irrité, Damian finit par ralentir et marcher quelques pas devant moi en alerte. La dernière fois que je l'avais vu, il m'avait juré de garder un œil sur moi au cas ou je ferais une connerie. Il n'avait pas du bien me surveiller pour me perdre aussi facilement et prendre autant de temps à me retrouver. Je ravalais ma salive et gardais ma colère pour moi, il essayait quand même de me sauver.

« Merci.

-Pourquoi ?

-Etre là. »

Il détourna le visage et sembla troublé. Qu'avais-je bien pu dire pour le mettre dans cet état.

« De rien »

Il plaça soudain son bras en travers de mon torse pour m'empêcher d'avancer. A notre droite, une porte. Il sortit un petit gadget de sa ceinture. Sur l'écran, j'apercevais un plan de ce qui devait être le bâtiment où nous nous trouvions, à droite était indiqué un escalier. Prudemment, il ouvrit la porte et hocha la tête. C'était le bon endroit et complètement vide. Jackpot. Nous nous précipitâmes dans la cage d'escalier et Robin bloqua la porte avec une sorte d'épais cadenas. Il me fit signe de descendre.

« Il faut rejoindre Harley »

Je me bloquais soudain, incapable de faire le moindre mouvement. Qu'est-ce que je croyais, qu'il m'enlèverait et m'aiderait à retrouver mes parents de l'autre côté du pays ? Alors pourquoi je serais les mains ? Non, je n'arrivais pas à me faire à l'idée que j'allais devoir encore retourner avec Harley.

« Hey Lucy, désolé. »

Il me regardait, j'aurais aimé que ses yeux ne soient pas cachés par ce tissu blanc, pouvoir connaitre ses émotions. Il se tenait debout, semblant de pas trop savoir comment se mettre. Alors, il m'attrapa la main.

« J'ai cherché des idées pour te sortir de cette situation mais… »

Il s'arrêta, sembla chercher ses mots et reprit.

« On n'a pas le temps, je te le dirais plus tard. »

Robin tourna la tête brusquement et descendit les marches. Je n'étais pas idiote et sentis bien qu'il y avait anguille sous roche mais, ce n'était pas le moment de rentrer dans un conflit et encore moins avec la personne en train de me sauver les miches. De toute manière il avait raison, nous devions nous dépêcher et nous, enfin me mettre à l'abris. Lui devait sûrement être dans son milieu naturel en plein combat. Pas ma tasse de thé personnellement. Je me précipitais à sa suite et dévalais les marches alors que, de l'autre côté de la porte, résonnaient des pas de course et des cris. Complètement déserte à l'exception de nous deux et séparé du reste du bâtiment par d'épaisses portes coupes feu, la cage d'escalier semblait à l'extérieur de l'agitation. Un peu de silence, enfin.

Un étage, Robin ne tourna même pas la tête vers la porte, ça ne devait pas être là. Deux étages, il s'arrêta et me fit signe de me mettre derrière lui. Il ouvrit doucement la porte et des bruits de balles résonnèrent soudain dans le couloir. Il referma illico. On n'allait peut-être pas sortir tout de suite. Mais quelques secondes après, le bruit de la porte qu'on tentait d'enfoncer résonna aussi un étage plus loin. Il fallait choisir entre descendre ou forcer le passage. Robin réouvrit très légèrement la porte et tenta d'apercevoir ce qui se passait par l'entrebâillement de la porte. Je me penchais aussi mais, ne vit qu'un minuscule bout de couloir, pas très utile pour le moment. Je n'osais pas vraiment m'imposer mais l'accélération des coups contre la porte plus haut jouait toujours un peu plus sur le battement de mon cœur. Je me mordais les lèvres et tentais de stopper les tremblements de mon corps. Un peu de courage Lucy, bon sang.

« En bas, ordonna le justicier. »

Je me précipitais à nouveau dans les escaliers quand un grésillement se fit entendre dans mon dos. Me tournant vers Robin, je le vis porter la main à son oreille.

« Robin. Où en es-tu ?

-Je ramène l'otage en sécurité, comme prévu. On a juste un léger contretemps mais, je gère.

-Dépêche-toi. Ça dégénère un peu de mon côté. Bonne chance avec ta petite amie. »

Avec un second grésillement, la communication se coupa. Robin me regarda un instant avant de continuer à descendre. Je rougis, qu'est-ce qu'il voulait dire par « petite amie ». Une amie de petite taille ou une petite amie ? Et puis si je devais devenir la petite amie de quelqu'un ce serait celle de… Personne ! Je n'avais aucune envie de me mettre en couple avec qui que ce soit. Pourquoi mon esprit ne cessait de me renvoyer l'image de Damian ses fins cheveux bruns en bataille, ses yeux verts en forme d'amande, son demi-sourire quand il était fier de lui… Je ne voulais pas sortir avec lui, nous étions seulement ami. Je n'avais même pas à me justifier ! Tout cela à cause d'une blague d'un homme dans une oreillette. D'ailleurs qui était cet homme au juste ? Batman ? Et bien Batman était peut-être le meilleur super-héros de la cité mais, avec un sens de l'humour plus que douteux.

L'étage inférieur était le dernier, notre seule solution de sortie se trouvait donc dans ces couloirs. A notre plus grande chance, ils étaient déserts. Les hommes devaient être occupés dans les étages supérieurs, champ libre pour nous. Robin sortit à nouveau son écran GPS et vérifia les plans de cet étage. Nous déambulâmes dans les couloirs à la recherche d'une ouverture vers un coin sûr. Les mûrs me rappelaient ceux que j'apercevais depuis l'ouverture dans la porte de ma cellule. Ce n'était sûrement pas loin de là où l'on m'avait enfermé. Robin s'arrêta soudain au milieu du couloir et leva les yeux. Une ouverture menait vers les conduits d'aérations.

« Il faut monter, ça donne sur l'extérieur. »

Je hochais la tête. J'avais déjà vu les gens le faire dans des films d'actions et ça ne me semblais pas trop difficile. Le justicier sortir son grappin et, en tirant, arracha la plaque qui bloquait l'entrée du conduit. Pour monter ce fut une autre histoire. Nous étions tous les deux trop petit pour atteindre le plafond. Il proposa d'abord de me faire la courte échelle mais, après plusieurs essaies, il fallut se rendre à l'évidence que même comme cela nous étions toujours trop petits. Robin fit la moue puis réfléchit. Alors il ressortit son grappin et accrocha le bout dans le conduit. Il me tendit l'autre extrémité et me conseilla de bien m'accrocher. La corde me tira jusqu'en haut. Je lâchais une main après l'autre le gadget pour m'agripper au conduit d'aération et me hissais à l'intérieur. Ce n'était pas bien difficile comparé à un enchaînement aux barres parallèles. Le grappin redescendit doucement et ce fut au tour de Robin de se laisser hisser. Arrivé en haut, il me désigna d'arriver droit devant d'un signe de menton. Les conduits étaient si étroits qu'il fallait avancer à quatre pattes, presque en rampant. Nous continuâmes ainsi un instant avant de remarquer une énorme tâche de lumière provenant d'au-dessus de nous.

Je m'avançais et levais les yeux pour découvrir un tuyau perpendiculaire au notre montant très haut, sûrement les deux ou trois étages que nous venions de descendre. En tout cas ça donnait sur l'extérieur. Si l'espace était étroit, je pouvais au moins me relever. Je me tournais vers Robin et lui demandais s'il fallait grimper. Il hocha la tête à l'affirmative, ne restait plus qu'à grimper là-haut. Ça ne devait pas être si dure que ça, sauf si ma jambe décidait d'autre chose. Je mis un bras et une jambe de chaque côté et commençais à me hisser à la force de mes membres. Au bout de quelques instant, ma jambe devient extrêmement douloureuse mais, Damian montant juste en dessous, je ne pouvais pas abandonner. Arrivée en haut, je dégageais la plaque d'un simple coup de poings et me hissais à l'extérieur, atterrissant en pleins milieu d'une rue déserte. Les coups de feu résonnaient au loin tandis que derrière nous se dressait l'immense casino à l'allure luxueuse. Robin atterrit derrière moi. Il observa de chaque côté et choisit de prendre vers la gauche. Tous les bâtiments alentours étaient cloisonnés, sûrement effrayés que la bataille alentour puisse dégénérer. La ville semblait abandonnée, morte, à l'exception du vacarme des armes. Quelle ironie que les pas de la faucheuse soient seules traces d'une présence de vie. Nous remontâmes le long de la rue et tournèrent pour longer les murs du bâtiment. La nuit tombait à peine sur la ville, appuyant encore la froideur de l'endroit. Bientôt, j'aperçus les flamboyant néons annonçant l'entrée du casino. Le calme de la rue m'étonna, ne devrions-nous pas trouver plusieurs unités de polices armes chargées, prêtes à intervenir au moindre homme dehors.

« Nous sommes seules ? Je me demandais à haute voix »

Il hocha la tête.

« Il y a un moment que la police n'intervient plus dans ses quartiers. »

Ce fut encore quelques pas et nous arrivâmes à l'entrée. Deux videurs, costards noirs et oreillettes, gisaient au sol. L'un avait une balle en pleins crâne et l'autre, le crâne sûrement enfoncé contre le mur, y avait laissé une longue trace sanglante. Je ravalais ma salive, fermais les yeux et les dépassaient.

« Lucy. Je vais devoir te laisser là. Glisse-toi à l'intérieur, Harley te retrouvera rapidement. Si tu restes dans le couloir extérieur tu seras en sécurité. Avec tous les Jokerz, je dois trouver une autre entrée.

-Merci pour tout. De m'avoir sauvé. Vous êtes vraiment un héros. »

Il eut à nouveau cette expression troublée et détourna le regard. Puis fouillant dans sa ceinture, il en tira une enveloppe pliée en deux qu'il me tendit d'une main.

« J'ai fait quelques recherches sur tes parents, je me suis dit que tu pourrais vouloir le lire. Mais lit là quand tu seras au calme. »

J'attrapais timidement l'enveloppe et la plaquais à deux mains contre mon corps. C'était ici la réponse à de nombreuses questions qui alourdissaient mon esprit. L'occasion d'enfin me rassurer. Ou faire mon deuil. Quel que soit la réponse, mon esprit serait au clair. Robin avait un œil sur moi et sûrement Batman aussi. Bien sûr, que le pingouin puisse me kidnapper et me retenir prisonnière montraient les limites de leurs pouvoirs mais, cela me rassurait tout de même un peu. Qu'il sache mon histoire soulagea aussi mon cœur, peut-être que cela lui leur permettrait de me voir autrement que comme la fille du Joker et d'Harley, monstre héritière de leurs tares, condamnée à rejouer le même spectacle. Etait-ce enfin une sortie que j'apercevais au loin, un moyen d'enfin échapper à l'emprise d'Harley et sa folie. Un regain d'espoir me traversa. L'autre s'était tut, des alliés semblaient se tenir à mes côtés. Une larme, de joie pour une fois, coula.

« Merci pour tout. »

Je me penchais et déposais un baiser sur la joue de Robin. L'espace n'était heureusement pas couvert par son masque. Ça dura un instant. Surprise par mon propre geste, je me reculais et souris timidement. Qu'est ce qui venait de me passer par la tête, il allait sûrement me détester.

« A plus tard Lucy »

Il leva le bras et tira son grappin pour disparaitre dans les airs. Mais l'espace d'un instant, avant qu'il ne quitte ma vue, je le vis sourire. Cette image s'implanta dans mon esprit alors que j'entrais dans le casino. Le vacarme des coups de feu était encore plus assourdissant une fois à l'intérieur. Je pris un couloir à ma droite qui entourait la salle. De grandes ouvertures dans le mur donnaient sur l'intérieur du casino ou de nombreux hommes de mains continuaient de se battre, que ce soit au pistolet ou à la simple arme de poings. Soudain je l'aperçus, entourée de six personnes en costard. Son costume était déchiré à de nombreux endroits, révélant des coups et coupures sur son corps, son maquillage avait aussi dégouliné le long de son visage. Pauvre Harley. Elle me faisait de la peine tout de même, blessée de partout comme elle l'était. Je l'observais se débattre, assommant un à un chaque opposant d'un coup bien placé avec son immense marteau. Quand tous reposèrent au sol, j'osais enfin m'avancer hors de l'ombre.

« Harley ! »

Elle leva la tête et se tourna vers moi. Immédiatement ses yeux se brouillèrent de larmes. Elle courut vers moi et s'agenouilla pour me prendre dans ses bras. Elle glissa sa main droite dans mes cheveux et sa main gauche autour de mes épaules, venant resserrer notre étreinte. Sa tête enfoncée contre ma nuque, je sentais ses larmes rouler contre ma peau. Elle tremblait, secouée par ses sanglots. Avec une passion maternelle, la blonde plantait des baisers contre ma joue.

« Tu es vivante, tu es là et tu es vivante. Il va me le payer. Je te le jure, il va me le payer. »