Helllllo tout le monde ! Alors comme prévu un chapitre plus long et avec un Sherlock qui est de retour. Ouep et pas qu'un peu…. *sifflote*

Bon j'espère que ce chapitre vous plaira parce que j'ai un peu (beaucoup) galéré à le pondre, enfin surtout dans la tournure, mais vos reviews m'ont vraiment bien motivé à persisté pour vous le livrer dans un temps… Correct ?

Je tente de vous livrer de longs chapitres pour vous permettre de savourer entre chaque attente parce que le temps me manque. Non, mais vraiment pourquoi les journées ne font que 24 h ?

C'est ennuyeux…

Dans tous les cas, merci à toutes celles et ceux qui ont laissé un petit avis et qui me suivent dans cette fiction. C'est vraiment cool ! Je regrette juste qu'il n'y ait pas plus de Sherlolly en VF *pleure* j'espère que sa changera et que plein se lanceront dans l'aventure !

CHAPITRE QUATORZE

3 mois plus tard.

— Puis-ce que je te dis que tu l'as récupéré il y trois jours !

— Molly si je ne retrouve pas ce CD, je pense faire une crise d'hystérie ! s'exclama Mary en décapsulant une bière tandis que je fouillais dans le meuble où se trouvaient toutes ses musiques.

— Tu ne vas pas m'accuser de ton amnésie précoce, ricanai-je en me redressant pour lui faire face.

Elle leva son décapsuleur devant les yeux d'un signe menaçant. Cette fille ne devrait jamais à avoir une chose en acier et tranchante entre les mains.

— Ne te moque pas, tu es la première à perdre tes affaires ! Je me demande comment Tom a fait pour ne pas être victime de cette amnésie.

Je levai les yeux au ciel tandis que Mary me tendait une bière que je lui arrachai des mains.

— Ton sens de l'humour est impayable.

Je me laissai tomber sur son canapé tandis qu'elle haussa des épaules visiblement dépitées.

— Alors comment ça avance entre vous deux ?

— Eh bien pas trop mal. Nous sommes amis.

Ce fut au tour de Mary de hausser ses sourcils d'étonnement.

— Juste ami ?

Le ton malicieux de Mary me fit rire. Elle n'avait jamais su être subtile sur ce genre de sujet. Elle avait toujours cette manière de faire monter sa voix dans les aigus lorsqu'elle était piquée par la curiosité.

— Oui. Je sais que Tom m'apprécie beaucoup. Mais…

— Mais ?

Je bus une gorge de ma bière pour me donner le courage de poursuivre.

— Je ne sais pas… J'ai l'impression qu'il manque quelque chose. C'est un très gentil garçon, je l'apprécie énormément.

— Mais sans plus, compléta mon amie.

— Oui. Enfin pour le moment. Je suis sûre qu'avec le temps mes sentiments pour lui se… développerons, dis-je en avalant une nouvelle gorgée. C'est un bon pote.

— Hum… ça va faire trois mois que vous vous côtoyez. Je pense que si tu avais des sentiments naissant pour lui, tu le saurais un peu.

Elle avait raison. Tom était gentil, mais nous étions amis. Bien qu'il ait tenté à plusieurs reprises de me faire comprendre son envie d'être plus.

Trois mois. Je peux vous dire que je les avais vus passés.

Le premier mois, je l'avais passé à attendre chaque jour le retour de Sherlock et John comme une de ses femmes mariées à un marin qui scrutait l'horizon.

Chaque soir, j'allais frapper à leur porte dans l'espoir que l'un d'eux m'ouvre, mais je tombais toujours sur un silence de mort. Et comme à chaque fois, je redescendais chez moi en sentant l'amertume me nouer la gorge.

J'étais ridicule. Une véritable loque qui préférait ne plus parler sauf lorsque c'était nécessaire. Je n'avais pas vu mes parents non plus.

Inutile de s'infliger une torture supplémentaire, même si je savais parfaitement que ma mère reviendrait en force les prochains mois.

Le second mois, Mary avait décidé de venir me secouer les plumes et me dire qu'elle n'avait reçu que très peu de messages de John qui lui avait demandé de ne rien me dire à propos de leur départ.

Je me souviens l'avoir détesté sur moment, le flagellant de tous les mots possibles. Il fallait que j'évacue tout ce que j'avais accumulé pendant le mois précédent. La conversation s'était finie en pleur. Les miens surtout.

Je me souviens également avoir passé une grande partie de la soirée dans ses bras. Mary m'avait bercé tendrement contre elle, m'assurant qu'elle serait là pour me soutenir et qu'à la première occasion elle irait castrer le détective.

Tom aussi avait été là pour moi.

Malgré l'incident de notre premier rendez-vous, les suivants avaient été agréables et extrêmement divertissants. Nous avions pris l'habitude d'aller au cinéma le vendredi soir. Comme deux amis. Deux vrais amis.

Je ne lui avais rien dit à propos de Sherlock. Je ne pense pas qu'il aurait compris. De plus, cela aurait été gênant pour lui comme pour moi. Surtout pour moi.

J'allais de l'avant. Pour preuve, mes sous-vêtements canard étaient à la benne tout comme ma robe bleue. Selon Mary, il était important que je me débarrasse de tout objet qui pourrait me rappeler Sherlock. D'après elle, c'était une sorte de rituel de deuil.

Le plus douloureux était de ne pas retourner au traiteur chinois où j'avais coutume de commander lorsque je passais la soirée avec lui. Bon sang j'adorais aller à ce traiteur. Sherlock était décidément le mal incarné à tous les niveaux.

Je pense que vous aviez deviné que le troisième mois avait été ce moment où vous faisiez véritablement votre deuil en acceptant la situation. Je préférais ne plus en parler. Comme si ça n'était jamais arrivé.

C'était plus… évident.

J'avais réussi à ne plus aller frapper chez Sherlock, ni même manger chinois, mais je n'arrivais pas à le chasser de mon esprit. Souvent j'avais l'impression qu'il se tenait près de moi lorsque j'étais seule. Toujours vêtu de son immense manteau et de son écharpe sombre. Je ne pouvais pas m'empêcher de l'emmener avec moi, partout où que j'aille.

Mais ça aussi, je le gardais pour moi.

Je vis Mary bondir sur ses pieds et je réalisai que quelqu'un venait de sonner à la porte. Elle s'empressa d'ouvrir cette dernière en gesticulant dans tous les sens tandis que je posais ma bière sur sa table basse pour aller la rejoindre à la porte d'entrée.

— Hey on attendait plus que toi ! s'exclama Mary en se jetant sur le sac que Tom tenait entre ses mains. File-moi tout ça, je vais m'en occuper, installe-toi tranquillement.

Tu parles elle avait le ventre qui criait famine.

Mary posa le sac qui contenait les cartons de pizza sur sa table basse tandis que Tom ôtait son long caban noir. À croire qu'il n'existait pas d'autres manteaux. Il m'adressa un sourire nerveux avant de me faire la bise. Il accrocha son manteau à la porte et alla retrouver Mary dans le salon. Je me contentai de le suivre en trainant les pieds.

— J'ai été cherché des pizzas. J'ai pensé à en prendre une végétarienne, notifia Tom à l'intention de Mary avec un sourire victorieux.

Mary lâcha un petit cri qui le fit hausser des sourcils.

— Dans le langage de Mary, ça veut dire merci beaucoup, gloussai-je sous le regard amusé de Tom.

— Je marque des points alors ?

— Il faut croire. De toutes les manières, la nourriture vient à bout de Mary systématiquement !

— Hey je t'entends ! s'exclama-t-elle en posant les pizzas sur la petite table basse de son salon. Ah t'entendre, je suis un ventre sur pattes.

— Oh, mais parce que c'est le cas !

— Qu'est-ce que vous avez prévu ce soir ?

— Deux films, asséna Mary en prenant deux jackets de DVD pour les lui.

Tom se pencha en avant en plissant des yeux pour mieux décrypter les titres.

— Charlie et la Chocolaterie et les dents de la mer. C'est assez éclectique comme choix.

— Molly voulait mettre les dents de la mer.

— Ça reflète assez bien mon humeur, marmonnai-je en zigzaguant entre eux pour aller m'installer sur le canapé.

— Tu sais très bien que ce genre de film m'agace au plus haut point surtout.

Je roulai des yeux.

— Mary , insulter un des films les plus vus au monde d'arnaque commercial n'en fera pas un meilleur film.

— Non, mais tu entends ce que tu dis ? On voit les dents du requin plier à la fin tellement les décors sont mal faits.

— Tu ne t'es peut-être pas dit que c'était parce qu'à l'époque on ne réalisait pas de film avec les mêmes effets spéciaux que maintenant ? Et puis la première fois qu'on l'a vue, tu ne voulais plus mettre un pied dans la mer.

— Mesure de précaution.

— Même à la piscine ?

Elle haussa des épaules avant d'aller vers sa télévision pour lancer le film tandis que Tom s'installa à côté de moi. Il n'était jamais gêné devant nos joutes verbales. Il restait sans cesse calme et silencieux.

Je crois qu'il avait compris que Mary c'était 90 % d'eau et 10 % de caféine. Après avoir été cherché quelques bières en plus et de quoi couper la pizza, Mary lança le film.

Comme prévu, Mary dévora la pizza végétarienne sous le regard effaré de Tom. Je lui tapai sur l'épaule en signe de soutien. Le pauvre il ne devait pas voir ça tous les jours. Dieu merci il ne l'avait jamais vue dans un magasin de sucrerie. Une vraie folle furieuse. Elle devenait quasi-incontrôlable.

— ohhh oompa loompa !

— Qu'est-ce qui lui prend ? demanda Tom en se penchant vers moi.

— Mary cri toujours quand elle en voit un. C'est comme une sorte… d'obsession.

— Je vois, souffla-t-il dans un rire.

— Depuis qu'elle a vu ce film elle n'a plus toute sa tête, répliquai-je en faisant tourner mon doigt près de ma tempe.

— J'entends quand tu parles, tu sais ? s'exclama Mary.

— Ne me dis pas que rêvé d'épouser un oompa loompa chaque nuit est normal ?

— Moi au moins mes fantasmes ont le mérite d'être vivant. Molly les siens sorte des dessins animés.

Je roulai des yeux sous le rire franc de Tom.

— Ahah des fantasmes dessinés !

— Oui enfin, c'était il y a très longtemps ! répliquai-je le feu aux joues sous le regard taquin de Tom. C'était la belle et la bête.

— Parce qu'il dansait ?

Etonnée, je bafouilla un :

— Exacte. Comment est-ce que…

— J'ai une sœur, avoua-t-il d'une voix tendre.

— Ah…

— Elle est comme toi un peu, poursuiva-t-il en laissant ses lèvres s'ourlet davantage. Elle adore ce genre de chose.

Mary elle sirotait sa bière en nous observant comme si elle était sur le point de résoudre une énigme tandis que je restais sans voix. Je me tordis les mains nerveusement sous le regard de Tom.

La comparaison avec sa sœur me foutait mal à l'aise et je priais pour que Mary me sorte de ce mauvais pas en changeant la conversation. Dieu merci elle avait la capacité à réussir à comprendre ce genre de chose sans que j'ai à dire le moindre mot.

— Alors Tom le boulot comment ça se passe ?

Il se dévissa le cou pour regarder Mary tandis que je me jetai sur une des parts de pizza. Manger m'évitait souvent de dire des bêtises.

— Plutôt bien. Je suis entrain de développer un programme spécial.

— Quel type de programme ?

— Le genre qui permet de localiser des fichiers rapidement. C'est assez complexe, mais ça me plait.

— Wahou… Et dire que faire un double-clique pour moi c'est une épreuve, lâcha Mary en plaquant le goulot de sa bière sur ses lèvres. Dans tous les cas, je pense que ton cerveau Tom me servirait bien pour mon ordinateur. Je ne comprends rien aux fragmentations et mises à jour de systèmes. Alors si tu pouvais…

— Mary !

— Quoi ? Il est là alors autant que je lui demande service.

Je plissai des yeux.

— J'espère juste que tu ne vas pas me demander de te parler des derniers types de compte développer à la banque pour tes intérêts personnels.

— Bien sûr que non !

— Je regarderais ça Mary, ça ne doit pas être compliqué, assuré Tom avec un sourire sincère.

Le pauvre il ne savait pas dans quoi il s'engageait.

— Tu n'es pas obligé Tom, dis-je.

— Je sais, mais ça me fait plaisir.

Pourquoi était-il si gentil au point que je me mets aussi à sourire ?

Tom avait cette capacité à toujours être gentil avec les autres. Ainsi que de me faire rire dans n'importe quelle circonstance. C'était un rapport très différent que celui que j'avais pu avoir avec Sherlock.

Voila ! J'avais envie de me taper la tête contre les murs. Encore lui dans mon fichu esprit. Aucun moyen qu'il me foute définitivement la paix. Je levai les yeux au ciel tandis que je me mordais furieusement dans ma part de pizza. Je tentais de me concentrer sur le film qui se déroulait sous mes yeux. Mary et Tom parlaient de tant à autres. Moi je me contentais de resté silencieuse, mordant de tant à autre un morceau de pizza, le mâchouillant machinalement.

Elle n'était pas mauvaise du tout, ce qui me permit de prendre cinq grandes parts sans m'en rendre compte.

Note à moi-même : oublier de passer par la case balance les deux prochaines semaines.

Mary se plaignait pendant la diffusion du second film que les scénaristes n'avaient rien compris. Comme à chaque fois qu'elle le visionnait d'ailleurs. Mais mieux valait la laisser faire sinon c'était s'exposer aux foudres de Mary.

Tom semblait avoir compris, car il acquiesça avec conviction lorsque Mary le prenait en témoin.

S'il ne fuyait pas après ce soir, ce type était un héros. Après avoir jeté une bonne partie des chips sur le poste, j'étais parti chercher du rab que je gardais très loin de Mary.

Tom m'avait silencieusement remercié pour cette initiative et nous finissions le film en partageant le bol de chips que j'avais sauvé. Tom me murmurait de tant à autres des remarques amusantes sur Mary qui avait le don de m'arracher quelques rires.

Avec Tom nous étions parfois complices au point que j'en oublis Sherlock. Enfin presque… Il me permettait au moins de moins penser à la douleur qui creusait ma poitrine et qui m'empêchait souvent de dormir.

Lorsque le film s'était fini, j'avais bondi sur mes jambes en m'étirant, grimaçant lorsque j'entendis des craquements. Ça avait vraiment le don de me foutre un sacré coup de vieux. Resté assise près de cinq heures relevait de l'épreuve physique à présent.

— Je crois que je ne peux plus rien avaler, grogna Mary en se levant à son tour tandis que Tom ramassait les cartons vides pour aller les jeter.

— Je suis sûre que tu ne dirais pas non à un gâteau.

Elle ricana.

— S'il y a du chocolat, je me laisserais tenter, mais je crois que je vais plonger dans mon lit pour n'en sortir que dans une dizaine de jours.

— Tu bosses beaucoup en ce moment.

— Ouais, je recherche toujours le local. Ça doit faire le vingtième que j'ai visité. À croire qu'ils se sont tous passé le mot pour mon montré les pires choses.

— Je suis certaine que tu trouveras ton bonheur.

— Tu sais ma proposition tienne toujours.

— Je ne sais pas trop Mary… Je me vois mal reprendre mes études pour faire médecin. Sa demande des années d'études et du temps et… De l'argent.

— Mais tu pourrais le faire. Taylor t'avait encouragé et il était sûr que tu serais prise dans la faculté de Londres.

Je haussai mes épaules en enfilant mon échappé autour de mon cou.

— Tu sais bien que maintenant c'est trop tard.

— Il n'est jamais trop tard, asséna mon amie en plissant des yeux.

— Même s'il n'est pas trop tard, je ne pourrais pas quitter mon poste à la banque comme ça. J'ai trop besoin d'argent Mary.

— Je pourrais t'en prêter, vendre ma voiture.

Je grimaçai.

— C'est adorable, mais Mary… Qui voudraient de ta voiture ? Elle transpire l'insécurité.

— C'est vrai, avoua-t-elle péniblement. Sinon tu pourrais demander à tes parents.

— Non, assénai-je d'un ton sec.

— Mais…

— C'est hors de question. Ils utiliseraient ça pour que je fasse leurs quatre volontés, et je n'ai aucune envie d'enchainer les rendez-vous affligeant avec des types qui le sont tout autant que le type de la dernière fois.

Mary fit la moue en penchant sa tête en signe de désespoir. Mary ressentait toujours cette obligation d'être en empathie avec les autres. Tom lui se contenta de rester silencieux à écouter, mais je savais qu'il relancerait la conversation dans un avenir proche.

— Ne t'en fais pas pour moi, mon travail n'est pas si mal, avouai-je en haussant nonchalamment mes épaules.

Si on en oublie l'ennui chronique qu'il m'inspire.

— En parlant de travail, je crois que je vais rentrer parce que j'ai pas mal de dossiers à traiter.

— Quoi ? Mais demain on est dimanche ! s'insurgea Mary.

Non sans blague…

— Je le sais bien, mais Anderson met la pression à tout le monde en ce moment.

— Ce n'est pas une raison de t'user à la tâche, intervient Tom en s'approchant de moi.

Je lui adressai un sourire, touché qu'il s'inquiète pour moi, mais je ne pouvais m'empêcher de me justifier :

— Je préfère assurer mes arrières, Anderson n'a pas l'air de plaisanter.

Et cela s'était vérifié trois jours après lorsque j'étais retournée à la banque. L'ambiance était si tendue que j'avais l'impression qu'on venait de retrouver un nouveau corps. Betty était en larme au standard tandis qu'elle rangeait entre deux sanglots ses affaires dans un petit carton marron. J'avais tracé ma route silencieusement jusqu'au bureau de Sarah qui avait sursauté lors de mon arrivée.

— Bon sang tu m'as foutu les jetons ! s'exclama-t-elle la main droite plaquée contre sa poitrine.

Tiens pour une fois c'était l'inverse.

— Désolée, dis-je rapidement en posant mon sac sur le siège qui lui faisait face.

— Tu peux ! J'ai cru que c'était…

— Anderson ? complétai-je en passant une main dans mes cheveux.

Sarah opina prudemment en jetant un regard affolée vers la porte de son bureau.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Betty ?

— Anderson a vu qu'elle quittait plutôt pour aller chercher son fils à l'école et il l'a viré.

Je sentis ma mâchoire se décrocher légèrement.

— Il n'a pas cherché à lui laisser une chance de s'expliquer ?

Elle secoua furieusement la tête, faisant voler ses longues boucles d'oreilles autour de son cou moulé dans un petit col rouge.

— Aucune ! Il s'est mis à hurler sur elle comme un malade et elle n'a fait que bégayer, narra-t-elle.

Pauvre Betty, elle avait découvert William mort et maintenant elle était renvoyée. Ce n'était décidément pas son année.

Je croisai mes bras contre ma poitrine en m'appuyant contre le petit bureau blanc bureau de Sarah tandis que cette dernière m'observait silencieusement. J'avais l'impression qu'elle n'osait plus bouger.

Même ses vernis à ongles qui trônaient habituellement fièrement près de ses pots à crayons avaient disparu de la surface de son bureau. La situation devenait alarmante.

— Bon sang il ne manquait plus que ça…

— En plus, il a demandé à Marc de lui apporter tous les dossiers de tous les employés de la boite. Moi je te le dis, ça sent le licenciement toute cette histoire.

— Tu y vas un peu fort ! La banque tourne bien et Anderson n'arrête pas d'avoir des compliments du président, je suis certaine qu'il a une mauvaise passe.

Sarah grimaça en jouant nerveusement avec ses mains.

— Je ne serais pas aussi sereine que toi, Molly. Il m'a demandé de te dire d'aller le voir dès que tu serais arrivé.

Je lâchai un hoquet de surprise en sentant mon sang se glacer. J'imaginais déjà la scène. Moi fixant l'épaisse couche de laque qui recouvrait le crâne d'Anderson, ses hurlements, le renvoie et mes larmes. Bon, le point positif était que je ne mettais aucun mascara donc aucune chance que j'ai d'immenses traces sur le visage. Je sortirais un peu plus dignement que Betty.

Je bombai ma poitrine en sentant quelque chose se tordre dans mon estomac. Le stress sans aucun doute. Je mordis ma lèvre avant de déclarer :

— Eh bien c'est parti.

— Molly… Je t'apprécie beaucoup, tu sais, si tu partais je serais très triste et tes pastilles à la menthe sont délicieuses…

— Euh… Merci, Sarah, je te donnerais la marque des pastilles, marmonnai-je en me dirigeant vers la porte.

À peine avais-je mis un pied en dehors du bureau de Sarah que j'entendis un claquement de doigts puis Anderson passer à vive allure devant moi.

— Hooper, dans mon bureau.

C'était décidé, ce type était une purge. Je serrai les dents pour le suivre comme un bon petit chien. Finalement s'il me virait, j'aurais le plaisir de retourner son bureau comme une folle furieuse. Ce serait comme une sorte d'indemnité. Parfois, j'avais l'impression qu'il était vraiment convaincu de ce que disaient les prospectus qu'on donnait aux clients. Son costume, on dirait une panoplie. Lorsque je le regardais, j'avais la fâcheuse tendance à croire que notre monde ait salement dérapé pour que ce genre de type puisse avoir des responsabilités.

— Asseyez-vous, Molly.

Il se posa dans son fauteuil comme un Airbus avec deux réacteurs en panne. Il plissa les yeux pour déchiffrer son écran d'ordinateur. Il avait horreur de porter des lunettes. On n'était que mardi, le premier jour de notre semaine, et il allait déjà me mettre la pression avec les « objectifs » ou bien me virer.

— C'est bien vous qui gérez le compte de Mme Ward ?

Évidemment, pignouf, c'est écrit sur sa fiche client.

— Oui monsieur, c'est bien moi.

— La semaine dernière, elle était à deux doigts de signer son assurance auto et habitation avec nous. Elle voulait aussi ouvrir un compte d'épargne pour sa fille. Et puis, tout à coup, plus rien. Vous l'avez reçue en rendez-vous, n'est-ce pas ?

Bon sang a croire qu'il me convoquait pour même motif.

— Oui monsieur, jeudi dernier.

— Alors pourquoi ne lui avez-vous pas fait signer les papiers ?

— Elle m'a demandé conseil…

— Tant mieux, c'est très positif. On est là pour conseiller.

— Elle était prête à prendre tout ça parce que vous lui avez accordé une facilité de caisse en échange.

— C'est vrai. Avec elle, j'ai conclu un accord gagnant-gagnant. C'est aussi notre métier.

Non, mais, regardez-le avec son air de vainqueur, sa petite cravate et son gel dans les cheveux. Espèce d'abruti ! Si seulement je pouvais le faire s'étouffer avec, je suis sûr que Tom ou bien Mary m'aiderait à faire disparaitre le corps.

— Vous m'avez entendu, mademoiselle Hooper ?

— Bien sûr, monsieur.

Tu parles sa rentrais par une oreille et ça ressort par l'autre.

— Alors expliquez-moi.

— Je n'ai pas eu le cœur de lui forcer la main. J'aurais eu l'impression d'abuser de sa confiance…

Comme toi de ta laque à cheveux, idiot.

— Mais vous vous croyez où ? On n'est pas chez les Petits Frères des pauvres ! Dans ce monde, il n'existe qu'une seule règle : manger ou être mangé. Alors, quand il s'agit de faire signer un honnête contrat à des clients que l'on a la gentillesse d'aider par ailleurs, je ne vois pas en quoi il s'agit de leur forcer la main ! Il faut que vous compreniez la philosophie de ce métier, sinon vous passerez votre vie à l'accueil étant donné qu'un poste vient de se libérer.

Il ressemblait à un pitbull avec un doctorat d'escroquerie. Puis soudain, son rictus de haine s'était effacé et il avait dégainé un sourire comme quand on s'électrocute. Sur un ton radouci, il a ajouté :

— Bon, je ne m'acharne pas. Vous avez l'air assez fragilisée comme ça depuis quelque temps. Je laisse passer pour cette fois, mais le prochain coup je serai obligé de vous coller un malus.

Moi, ça aurait plutôt été ma main dans ta tronche.

Sur ce je me levai rapidement en le saluant dans un murmure pour m'échapper de son bureau comme si le diable me courait après.

La gorge nouée, je tirai nerveusement sur mes mains en longeant les murs sous les regards des employés. J'avais une sacrée envie de hurler : « je ne suis pas viré ! » Après tout, ce n'était qu'un petit rappel qu'il avait l'habitude de me servir.

Rien d'autre ne changea de d'habitude et la journée se déroula dans une lenteur habituelle. Sarah était venue déjeuner avec moi comme chaque jour depuis trois mois, tandis que l'après-midi, je croulais sous les dossiers.

Lorsque je sortis de la bouche de métro qui m'amenait près de Baker Streer, j'entendis la sonnerie de mon portable retentir. Rapidement je décrochai pour entendre une voix affoler :

— J'ai besoin du porte-manteau !

Je plaçai ma main près du combiné pour chuchoter :

— Le poisson-vole là nuit.

— Pardon ?

— Je rigole, qui est au téléphone ? soufflai-je en enfouissant ma main de libre dans la poche de mon manteau.

— C'est ta mère !

— Oh ! Que me vaut le plaisir de ton appel ?

Noter bien que ma demande était purement ironique.

— J'ai besoin du porte-manteau ! répéta-t-elle d'une voix agacée.

Mes sourcils se rapprochèrent rapidement tandis que je trainais les pieds jusqu'au coin de Baker street.

— Quelle porte-manteau ?

— Le porte-manteau que je t'ai offert à Noël dernier !

Cette chose affreuse était dissimulée au fin fond de la cave de madame Hudson qui m'avait valu un tour de rein lorsque j'avais voulu le déplacer.

— Je m'en souviens, mais pourquoi est-ce ?

— Ce portemanteau est un cadeau des parents de Mary et comme ils viennent la semaine prochaine, j'en ai besoin.

— Tu m'as offert un cadeau que tu ne voulais pas ? Je trouve ça…

— Est-ce que tu peux me l'apporter ?

Je traversai la rue pour aller jusqu'à la porte de mon immeuble.

— Je suppose que si je refuse, tu ne me laisseras pas en paix, soupirais-je tandis que mes talons me faisaient souffrir le martyre.

— Exactement.

Une nouvelle fois, je lâchai un soupire de lassitude avant de déclarer :

— Très bien je te le rapporterais enfin si tu viens me chercher en voiture parce que je me vois mal transporter cette chose qui fait dix tonnes dans le métro puis dans le train.

— J'enverrais Maria venir te chercher, répliqua-t-elle pour ne pas me laisser une chance de me défiler.

— Bien… Autre chose ?

— Tu es invité pour cette soirée, asséna-t-elle avec un sourire dans la voix.

— Merci, mais je serais occupée, dis-je en cherchant ma chef de boite aux lettres.

— Tu ne sais même pas quel jour ce sera.

— Très bien ce sera quel jour ?

— Vendredi prochain.

— Ah ! Je serais prise.

— À faire quoi ?

J'ouvris ma boite aux lettres en m'emparant des courriers qui s'y trouvaient pour la refermer.

— Je te demande pardon ?

— Qu'est-ce qui t'occupera tant pour ne pas venir à cette soirée ?

— Mère, tu sais parfaitement que je n'aime pas Morse et Charlotte.

— Mais ce sont les parents de ta meilleure amie, et de bons amis à nous, s'exclama-t-elle en laissant sa voix grimper dans les aigus.

— Ils me détestent, dis-je en fermant sèchement la petite porte de ma boite pour ponctuer mon rejet.

— Mais non voyons ! Tu te fais des idées.

— Bon écoute, je ne pourrais pas venir, c'est dommage, mais c'est comme ça. Alors je vais te laisser à moins que tu n'aies autre chose à dire ?

Je l'entendis grommeler.

— Non. Je te laisse vaquer à tes occupations. Mais pense à mon invitation.

Je raccrochai furieusement avant de jeter mon cellulaire dans mon sac pour ne plus avoir à répondre. Je fis défiler les enveloppes devant mon regard pour constater qu'il n'y avait que des factures.

Génial.

J'allais certainement devoir faire des heures supplémentaires au vu des augmentations de ses dernières. Je soupirai le laissant ma tête aller en arrière, clôturant mes paupières. Je grimaçai en sentant ma douleur à la nuque de la soirée remplissage de dossier de la veille ressurgir.

La prochaine fois, je prévois un coussin pour ne plus me taper de courbatures. Un bon bain chaud sera le bienvenu. Juste un escalier me séparait de mon bonheur.

Je tentai de dénouer mes muscles en rangeant les enveloppes dans mon sac tandis que j'entendis le bruit de la porte du hall d'entrée s'ouvrir.

Puis des pas marteler le sol. Je n'y prêtai pas attention et je me dirigeai vers les escaliers qui me mèneraient vers mon lit.

— Je vois qu'en trois mois tu portes toujours cet affreux foulard. Le vert ne te va pas. Tu devrais cesser d'en mettre.

À cet instant, je sentis tous mes membres se figer un à un tandis que mon sang cessait de circuler dans mes veines. J'étais entrain de rêver. C'était impossible autrement.

Ma mâchoire se décrocha lentement alors que je fis volte-face pour découvrir l'homme qui m'avait fait devenir une véritable loque en se barrant du jour au lendemain, planté là devant moi. Sa silhouette se détachait de la lumière de néon du hall d'entrée.

Il n'avait pas changé. Il portait toujours son immense manteau sombre dans lequel il se dissimulait et son écharpe bleue marine, négligemment noué autour de son cou, le camouflant.

Il était éblouissant… Comme toujours. Cette idée me fit pincer des lèvres de fureur.

Je me contentais de le fixer alors qu'il affichait un sourire mielleux. Que croyait-il ? Que j'allais lui tomber dans les bras ? Que j'allais papillonner des yeux dans l'espoir qu'il m'adresse une nouvelle fois la parole ?

Autant crevé !

Il fallait que je parte. Je sentais le regard de Sherlock et de John me brûler littéralement, mais je concentrais pour ne pas partir à vive allure. J'étais chez moi aussi et ce n'est pas parce qu'il était revenu que j'allais fuir dès qu'il serait dans les parages. J'étais bien au-dessus de ça, même si mes jambes tremblaient sous mon poids.

— Tu devrais cesser de porter ses tailleurs. Ils ne te vont pas non plus.

Je soupirai un bon coup tandis que la colère grimpa d'un cran. Finalement, je n'allais pas partir. Pas comme ça. Ma main se transforma en poing sur la rampe de l'escalier.

— Bonjour, Molly, fit John visiblement mal à l'aise alors qu'il fit un pas vers moi.

Je le jaugeai du regard avant de lui offrir un signe de la tête.

— Tu as l'air d'aller bien, continua-t-il tandis que Sherlock lâcha un petit rire narquois qui eut le don de me faire grogner.

Quel connard !

— Bien ? répétai-je avec un sourire crispé. Tu trouves que je vais bien ?

La colère transperçait ma voix ce qui eut le don de faire reculer d'un pas John qui semblait devenir livide au point qu'il se mit à balbutier.

— Eh bien… je… Enfin…

— John, tu es toujours autant mauvais à l'observation, ricana le détective. Molly n'est pas contente, mais cela lui passera.

C'était trop. D'un pas déterminé, je me plantai devant Sherlock. Ma main partie dans les airs avec une rapidité que je n'aurais jamais crue possible. Lorsque la paume de ma main heurta la joue de Sherlock, je sentis une sensation de bien-être m'envahir.

C'était le bruit de la claque qui m'avait fait réaliser ce que je venais de faire. Mais sans pouvoir m'en empêcher, une deuxième claque partie sous le regard effaré de John. Finalement il me restait un semblant de coordination.

Je vis Sherlock remuer son visage, surement déstabilisé par mon accueil. Ma main était tremblante tandis que mon envie de lui arracher les yeux me titillait de plus en plus. Je le détestais. Je voulais qu'il reparte aussi vite qu'il était arrivé. Étrangement je ne ressentais aucune douleur dans ma main. Juste une pulsation étrange sous l'effet de la gifle.

Pour mieux me contrôler, je tirai sur le pan de ma veste de costume vers le bas, en levant fièrement le menton.

— Apparemment, John n'est pas le plus mauvais en matière d'observation, assénai-je en tournant les talons pour grimper les marches jusqu'à mon appartement.

J'étais plutôt fière de moi, mais je n'avais pas prévu qu'il me suivrait et qu'il arrive à se saisir de mon poignet au second étage. Je tentai de résister en ignorant sa poigne, mais avec une force incroyable, il me fit faire volte-face. Je heurtai sa poitrine, mais je m'en éloignai le plus loin possible quasi immédiatement alors que je sentais la chaleur de son corps m'atteindre.

Je refusais de ressentir la moindre chose positive à son retour. Ça aurait été trop facile, trop évident.

— Lâche-moi immédiatement ! éructai-je en tentant de faire de grand geste tandis qu'il crispa furieusement la mâchoire.

— Je n'ai pas apprécié ta petite scène stupide.

— Et moi que tu disparaisses du jour au lendemain.

Étonné par ma réplique, il fronça ses sourcils en tirant mon poignet vers lui. Instinctivement, je tentai de résister, mais sa poigne était beaucoup trop forte. Stupide féminité. Je pouvais sans mal prétendre au titre du plus grand cliché connu. Je n'aimais pas être une petite chose sans aucune force, ça avait le don de mettre mes nerfs en pelote. Si Mary décidait d'aller essayer la musculation, je la suivrais à coup sûr pour éviter de réitérer ce genre de chose.

— Molly cesse tes enfantillages. Il n'y a aucune raison de te mettre dans des états pareils. Tu devrais te réjouir de mon retour.

Avait-il un record du type le plus prétentieux et je-m'en-foutisme à battre ?

— Je fais des enfantillages ?! Moi ! C'est la meilleure ! Mais tu as raison, pour quoi me mettre dans des états pareils ? En plus tu as fais une de tes entrées foireuses. Je suis déçue que tu n'es pas remonté ton col en arrivant pour te donner un genre de connard arrogant qui te caractérise tant.

— Molly…

— Non ! Fiche moi là paix, crachai-je en faisant un geste rapide pour qu'il relâche son étreinte. Ne t'approche pas de moi, fiche-moi la paix. Si tu as besoin de me parler, cela ne concernera que l'enquête et uniquement l'enquête. La seule personne à qui je parlerais sera John. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'ai un horrible portemanteau à retrouver.

Sans lui laisser le temps de répliquer, je m'empressai de grimper jusqu'à mon appartement, cette fois-ci, sans qu'aucune main ne me stoppe dans mon élan.

Trois jours étaient passés depuis le retour de Sherlock. Trois jours que je me retenais d'aller frapper à son appartement. Quatre jours que je trainais plus que nécessaire dans le hall de l'immeuble dans l'espoir de le croiser. Comme vous pouvez le constater, j'avais rapidement oublié le couple du « je ne veux plus te voir. »

Je me décevais moi-même de ne pas être aussi combative. J'étais dans un plus mauvais état que je ne l'aurais pensé. Je coupais lentement les tomates en soupirant. Même lorsque je cuisinais, je n'arrivais pas à le sortir de mon cerveau.

Malgré tout mon orgueil me permettait de garder encore un peu de dignité et de ne pas me précipiter à son appartement pour tambouriner comme une folle.

Mary m'avait appelé pour m'annoncer la nouvelle et m'avait félicité pour la gifle que je lui avais assénée. J'avais également du la faire renoncer à venir lui dire ses quatre vérités, lui expliquant que cela me mettrait dans une position inconfortable. Dieu merci elle m'avait écouté pour une fois.

J'étais donc là, dans ma cuisine à découper depuis près de trente minutes des fruits et à faire la vaisselle pour me calmer.

Les lèvres pincées je fis glisser les morceaux de tomates dans un bol pour nettoyer la petite planche à découper sur laquelle était dessiné des petits chats aux grands yeux brillant. En parlant de chat, Pito m'observait au loin depuis le canapé, le regard rempli de reproche. À croire qu'il s'était ligué contre moi depuis le retour du détective. Pito m'esquivait dès que je l'approchais pour lui gratter le haut du crâne et il laissait ses Boulle de poils trainé sur mon lit. Un vrai complot. Je frottai la surface de la planche avant de la mettre à s'égoutter tandis que j'entendis les soudains miaulements de Pito.

— Tu devrais changer tes serrures, n'importe qui peut entrer ici, déclara un ténor que je ne connaissait que trop bien tandis que je fis volte fais le souffle haletant.

— Putain Sherlock tu m'as foutue la frousse ! Qu'est-ce que tu fiches ici ? Je t'ai dit que je ne voulais plus te voir, éructai-je en posant une main sur ma poitrine heureuse de ne pas avoir un couteau entre les mains.

— Sauf si cela concerne l'enquête. Je dois aller voir Lestrade et John est avec Mary. J'ai besoin de quelqu'un pour réfléchir ce soir, lâcha-t-il d'une traite en laissant son regard se perdre au-dessus de ma tête.

— Je ne peux pas ce soir, dis-je en serrant ma mâchoire sous la colère.

— Pourquoi ?

— Tom m'a invité à dîner.

Je le vis froncer des sourcils tandis que la contrariété transpirait dans voix.

— Tom ?

Il se foutait de moi ?

— C'est le garçon que tu as essayé de mettre mal à l'aise quand je dinais avec lui.

— Je n'ai pas souvenir.

Comme c'est étonnant.

— Sherlock rentre chez toi.

Bien entendu, il n'écouta rien de ce que je lui demandais. Il fit un pas vers moi.

— Accompagne-moi ce soir.

— Je ne peux pas, articulai-je m'emparant d'un chiffon pour m'essayer les mains.

— Tu préfères faire passer ton plaisir, au lieu de m'aider à savoir pourquoi William est mort.

— Arrête ça tout de suite ! ordonnai-je d'un ton sec.

— Je pensais que tu étais mieux que ça Molly.

Il tourna des talons en se dirigeant vers la sortie. Mordant ma lèvre, je me maudissais d'être aussi stupide.

— Sherlock attend !

Je me précipitai vers lui pour attraper sa manche avant qu'il ne disparaisse. Sans rien dire, il se stoppa et jeta un regard vers ma main. Je sentis mon cœur rater un battement et j'ôtai ma main comme si je venais de me brûler tandis que mes jambes semblaient s'apparenter à du coton. Mon estomac se retournait, mes mains menaçaient d'être tremblantes. Je ne voulais pas qu'il parte malgré le faite que je le haïssais.

— Où est-ce que tu étais parti ?

— Je ne peux pas te le dire.

Pour changer…

— D'accord. Alors, pourquoi être parti sans prévenir ? Tentai-je en essayant de conserver un ton neutre.

— C'était urgent et je n'avais pas le temps pour ce genre de détail.

Il avait dit ça d'un ton dédaigneux et je sentis la colère monter en moi une nouvelle fois.

— Tu appelles ça un détail ! Tu aurais pu me dire que tu partais par texto. Au moins. Est-ce que tu as inconscience que j'étais morte d'inquiétude ?

Il balaya mes propos d'un geste de la main.

— Tu n'avais pas à l'être.

Glissant une main dans mes cheveux, je les agrippai en espérant garder mon calme. « Tu n'avais pas à l'être ». Cette phrase avait suffi à me rendre mal. Très mal. Un coup de poing aurait eu le même effet.

— Tu as raison. Pourquoi aurais-je donc du m'inquiéter ? Tu te débrouilles parfaitement tout seul. Personne ne doit s'inquiéter pour le grand Sherlock Holmes.

— Pourquoi le prends-tu comme ça Molly ?

— Parce que ça fait trois mois que j'étais morte de trouille pour toi. Je me demandais ce qui t'était arrivé. J'ai appelé Lestrade pour savoir si tu l'avais contacté il m'a dit que non. J'avais peur pour toi. Peur qu'on s'en soit prit à toi.

— Il ne m'est rien arrivé.

— Bon sang, mais je le vois bien !

— Tu devrais être soulagé non ?

— Ce n'est pas la question.

Exaspérée, je tournai les talons avant de faire demi-tour, frustré de n'avoir nulle part ailleurs où me replier, pour revenir où je me tenais avant.

— Quand tu es parti, est-ce que John a contacté Mary ?

Il prit un petit temps de réflexion avant de déclarer d'une voix neutre :

— Oui.

— Et toi sa ne t'es pas venue a l'esprit de faire pareil ?

— Je travaillais.

— C'est ça ton excuse ? Tu travaillais. Parfait, alors tout est réglé.

— Molly, ne le prends pas mal.

— Mais je ne le prends pas mal ! Si je le prenais mal, je te dirais que je me moque éperdument de ce que tu as fait. Oh attends ! Je m'en moque éperdument.

— Tu es blessée.

— Bien vue.

— je ne voulais pas te blesser.

— Eh bien c'est loupé.

Il fit un pas vers moi pour prendre mon visage entre ses mains. Figée, je le laissai faire et je fus confronté à une vague de détresse qui transperçait dans son regard. Bon sang ça sortait d'où ça ? Les bras le long du corps, je restais le souffle coupé pantelante. S'il ne tenait pas mon visage, je me serais effondrée sur le sol.

— Je ne voulais pas te blesser. Ce n'était pas le but. Je suis désolé si je t'ai rendu triste. Je n'y peux rien. Je ne suis pas du genre à dire où je vais lorsque je suis en enquête…

Il était désolé. C'était la première fois que je l'entendais dire qu'il était désolé. Ceci eut le don de me déstabiliser. Déglutissant avec peine, je portai une main à une des siennes pour glisser la capturer et la serrer. Toute la haine et l'amertume que j'avais nourries à son égard depuis trois mois disparurent en quelques secondes.

— Sherlock, je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose, avouai-je alors que son pouce se mit à caresser la peau de ma joue lentement.

— Il ne m'arrivera rien Molly.

Sans pouvoir m'en empêcher, je frottai mon visage contre sa main en remarquant qu'il était incroyablement proche de moi.

— Je dérange ?

La voix de Tom fut comme un électrochoc et je reculai précipitamment alors que mes rougeurs étaient toujours présentes.

— Pas du tout. Sherlock est de retour, balbutiai-je en montrant le détective du doigt tandis que Tom pénétra dans le salon.

— Je vois sa. Ça va ?

Les deux hommes se jaugèrent comme s'ils allaient se sauter à la gorge. Mon regard alla de Tom à Sherlock.

— Hum hum… Molly, je te dis ça vingt heures ce soir.

— Je n'ai pas dit oui, assénai-je exaspérée.

— Je t'attendrais dans le hall de l'immeuble.

Est-ce qu'il entendait au moins ce que je disais ?

— Je dois y aller, je dois relire le bilan d'autopsie. Au revoir Tim.

— Tom.

Sherlock disparut en quelques secondes, faisant voler son caban comme s'il s'agissait d'une cape de magicien. Le silence qui suivit son départ annonçait l'orage que j'allais devoir affronter. Tom se contentait de fixer la porte d'entrée que venait d'emprunter le détective avant de dire :

— Comme ça il est de retour.

— Je ne savais pas qu'il allait venir, m'empressai-je de dire en me frottant nerveusement le bras.

Tom laissa glisser son regard vers moi. Regard dans lequel je pus lire du reproche.

— Pourquoi est-il toujours avec toi ? C'est comme s'il gravit autour de toi.

— Il avait besoin d'aide.

— Oh oui bien sûr ! Il a besoin d'aide, d'une aide professionnelle, je suppose, grogna-t-il en croisant ses bras contre ça poitrine.

— Écoute Tom, je t'apprécie énormément, mais Sherlock est… un ami. Un ami important pour moi. Il avait besoin d'aide dans sa réflexion.

— Je ne l'aime pas du tout, et lui non plus ne m'aime pas.

— Sherlock n'aime pas grand monde.

— Toi, il t'aime.

— C'est mon ami. Enfin… Je pense que je peux le considérer comme un ami, même si je lui en veux d'être partie.

— Il t'a manqué.

— Tom…

— Tu pensais souvent à lui. Tu dis souvent son nom quand tu dors.

Mes yeux s'écarquillèrent tandis que Tom fit un pas vers moi pour poser ses mains sur mes épaules.

— Il fait partie de ta vie.

— Oui. Il en fait partie.

— Il va te faire du mal. Il t'en a déjà fait.

— Tu n'as pas à t'inquiéter.

— Je dois…

Le téléphone de Tom sonna. Il regarda son écran.

— Je dois y aller, mais…

— Mais ?

— Pourquoi est-ce que tu le défends ?

— Je ne le défends pas… Bon peut être un peu, mais Sherlock a le conflit dans le sang. Il est même en conflit permanent avec son frère. Je sais que d'expérience, lui dire non est juste mettre de l'huile sur le feu.

— Donc je dois laisser couler ? Ignorer totalement ses commentaires.

— Oui.

— Incroyable ! Tu ne veux donc pas voir la vérité en face ?

Ébahi par son comportement, je me rapprochai de Tom en sentant ma poitrine devenir étroite.

— Mais de quoi est-ce que tu parles ?

— Tu l'aimes.

— Non ! Bon sang, c'est un ami.

— Tu embrasses tes amis ? demanda-t-il en colère avant de passer une main dans ses cheveux.

— Ce… Ce n'est pas ce que tu crois…

— Je sais que ce n'est pas ce que je crois… Je dois y aller.

— Tom !

— J'ai du boulot ce soir.

— Tu ne peux pas me dire ça et partir comme ça. Tu ne peux pas toujours me faire sentir coupable, me mettre au pied du mur.

— Qu'est-ce qu'i dire Molly ? Ce Sherlock passe toujours en premier même si tu t'évertues à le nier. Il n'y a aucun besoin de développer ce fait. Maintenant je vais y aller, on fera notre soirée demain et on pourra discuter. Mais sache que je ne le laisserais pas te faire du mal.

— Tom…

Il se pencha pour m'embrasser sur la joue avant de tourner les talons pour partir et me laisser seule avec mon désarroi.

Les choses ne pouvaient pas être pire et je me rendis compte à quel point la colère de Tom était justifiée. Pourtant ceci ne m'avait pas empêché de retrouver Sherlock. Il se trouvait au pied des escaliers, les mains dans le dos, droit comme un « i », m'observant d'un œil critique. J'avais enfilé un jean et un pull bleu avec une grosse écharpe en laine autour de mon cou. Lorsque je dévalai les dernières marches, Sherlock déclara d'une voix hautaine

— Ravi de voir que tu es à l'heure.

— J'avais le choix ? ironisai-je en croisant mes bras contre ma poitrine.

— Tim t'a laissé sortir ?

— C'est Tom et non il ne m'a pas laissé sortir comme tu dis parce que Tom me fait confiance vois-tu.

— Il travaille ce soir.

— Tu suis son planning ? sifflai-je mal à l'aise qu'il puisse croire que je me suis échappée pour le retrouver.

— Tu as l'air gêné.

— Pourquoi le serais-je ?

— Y a un souci au paradis ?

— Tu es devenu expert en relation amoureuse ? l'attaquai-je en descendant les escaliers de l'immeuble.

Je le vis tiquer, car il l'observa du coin de l'œil avant de dire.

— Je sais observer Molly.

— C'est vrai, tu as la science infuse, je me demande pourquoi on ta pas encore téléphoner pour dénoué les plus grands mystères de l'univers.

— Tu es vexée. Donc Tom refuse que tu sortes sans chaperon, lâcha-t-il en commençant à marcher vers là sorti.

— Arrête de faire ça.

— Faire quoi ?

— Sous entendre que Tom serait furieux s'il savait que je suis avec toi.

— Ce serait le cas ?

M'arrêtant au pied des escaliers je lui jetai un regard noir.

— Écoute, avec Tom en ce moment ce n'est pas évident, c'est vrai. Et tout ça à cause de toi !

— À cause de moi ?

— Oui de toi. De toi et de ta saleté de personnalité horripilante. Tu es invivable avec tout le monde et moi comme une idiote je te défends alors que tu me traites mal.

Il ne dit rien. J'avais l'impression qu'il venait de beuger. Alors qu'il me fixait, une expression perdue graver sur le visage je secouai la tête. Discuter avec lui ne servait à rien. Il se contenterait d'utilisé sa verve ou bien de se déconnecter pour aller dans son palais des esprits. Je le dépassai dans les escaliers.

— Bon allons-y.

— Tu couches avec lui ? demanda-t-il soudainement.

Cette phrase eut le don de me figer sur place. Lentement, je tournai les talons pour lui faire face.

— Je te demande pardon ?

— Est-ce que tu couches avec lui ?

Il croyait que Tom et moi… Oh et puis merde ça lui ferait les pieds.

— Mais ça n'a rien à voir avec notre conversation, éludai-je tandis que sa mâchoire se contracta.

— Répond à la question.

— Non ! Parce que ça ne te regarde pas.

— Vous êtes ensemble ? demanda-t-il en serrant ses dents.

— De nous deux, ce n'est pas moi le détective.

— Répond Molly.

— Pourquoi tu voudrais savoir ? Tu ne te souviens même pas de son prénom, m'exclamai-je en tapant du pied.

— Sachant que tu l'abrites dans ton appartement, je dois connaitre tes fréquentations au nom de l'enquête.

Elle avait bon dos l'enquête !

Je croisai mes bras contre ma poitrine, prête à ne rien lâcher. S'il avait été plus observateur il aurait remarqué qu'il ne vivait pas avec moi, mais qu'il dormait de tant à autre à la maison lorsque nous organisions une soirée.

— Tu n'as qu'a appeler Lestrade et m'embarquer, au poste pour que je te le dise.

— Dis-le-moi Molly ! explosa-t-il en s'emparant de mes épaules pour me rapprocher de lui.

Son contact fut comme un coup de poing qui me bloqua le souffle. Je pouvais sentir la chaleur de ses mains à travers le tissu de mon pull. Ses doigts s'enfonçaient légèrement dans ma peau et je sentis un frisson de plaisir parcourir mon échine. Frisson qui me traversa une nouvelle fois lorsque je découvris le regard ardent de Sherlock. Ses lèvres habituellement charnues étaient maintenant pincées, signent qu'il contenait sa colère.

— Pourquoi ça t'intéresse tant ? demandai-je en levant le menton fièrement.

— C'est pour l'enquête.

— Tu mens, assénai-je en plissant des yeux.

— Ce type est louche Molly, fit-il en reculant d'un pas.

— Tom ? demandai-je en laissant transpirer l'étonnement de ma voix. Il ne ferait pas de mal à une mouche.

— Je ne lui fais pas confiance et je…

— Tu quoi ?

— Je… Hum…

Il glissa une main dans ses cheveux sans finir sa phrase. J'avais l'impression de faire trois pas en arrière avec Sherlock. Je mourrais d'envie de lui dire que Tom et moi n'étions qu'amis, mais une partie de moi jubilais à l'idée qu'il puisse s'imaginer que je sois avec Tom.

— Bon, maintenant allons rejoindre Lestrade. J'aimerais ne pas me coucher trop tard.

Alors que j'allais ouvrir la porte, Sherlock me devança en l'ouvrant avant de s'effacer élégamment devant moi pour me laisser passer.

Mais à quoi est-ce qu'il jouait ? Bloquée, ma main suspendue dans les airs, je reculai d'un pas avant de lui jeter un regard effaré.

— Sherlock qu'est-ce que tu fais ?

Il se tendit légèrement avant de m'observer de toute sa hauteur.

— Je t'ouvre la porte.

— Merci j'avais remarqué… Je veux dire… pourquoi ?

— Eh bien… (il glissa une main nerveuse dans sa chevelure bouclée avant d'agiter sa main) laisse tomber.

Il esquissa un geste pour sortir, mais je le stoppai rapidement. J'avais l'impression que l'air me manquait. Quelque chose clochait.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

— Rien.

— Sherlock ne fait pas ça.

— Tu n'as pas envie de le savoir.

M'adossant à la porte, je croisai mes bras contre ma poitrine, prête à l'affronté.

— Eh bien moi je pense le contraire alors dis-moi.

— Pourquoi faut-il toujours que tu cherches à tout savoir ?

— C'est assez comique venant d'un détective. Qu'est-ce que c'est que tout ça ? Le rendez-vous chez Lestrade, l'interrogation sur Tom, la porte… Mais qu'est-ce que c'est au juste tout ça, un rencard ?

— Molly, laissons tomber veux-tu ? Une affaire nous attend et tu es la cible.

— Je m'en moque complètement. J'ai envie de savoir pourquoi tu es aussi distant avec moi. Tu agis comme si j'avais la lèpre.

— Tu te fais des idées.

— Vraiment ? Alors pourquoi n'es tu pas sorti une seule fois de chez toi ?

— Je n'avais pas envie d'être dérangé.

— Foutaise !

Il plaqua ses deux mains contre la porte, m'emprisonnant entre cette dernière et son torse. Figée, je me forçai à garder mon regard rivé vers ses yeux et de ne pas descendre sur ses lèvres.

— Si tu tentes de m'intimider, je suis désolée de devoir te dire que ça ne marche pas, dis-je d'une voix tremblante. Ma… Mary m'a donné des cours de self défense et je n'hésiterais pas à m'en servir.

Un sourire en coin fit son apparition ce qui contrastait avec la barre qui se formait entre ses sourcils.

— Je ne comprends pourquoi ça me fait ça.

Je clignai des yeux.

— De quoi est-ce que tu parles ?

Pitié faite que ce ne soit pas une envie de meurtre.

— Ce doit être une réaction biologique. Un besoin hormonal… Je n'aurais pas de l'effacer mes connaissances sur le sujet, il faudrait que John me renseigne.

Ne pouvait-il pas parler de manière plus claire ?

Avec délicatesse, une de ses mains quitta la surface lisse de la porte pour se porter à ma gorge. Me raidissant, je l'observai faire. Sa main frôla lentement ma peau glissant sur ma poitrine jusqu'à atteindre l'emplacement de mon cœur. Il avait la tête baissée me laissant totalement dans l'inconnu. Je ne vis qu'une masse bouclée devant moi.

Totalement pétrifiée, je le laissai faire, patientant de connaitre la suite des évènements. Je pouvais sentir son souffle contre mon épaule dénudée tandis qu'un silence pesant régnait entre nous.

— Ton cœur bat si vite, murmura-t-il. C'est à cause de moi.

Je n'avais pas besoin de confirmer, il lui suffisait de me toucher, de me frôler ou bien même de me regarder pour avoir le cœur prêt à exploser dans ma poitrine.

— C'est agréable.

— Déstabilisant plutôt, croassai-je dans un murmure alors qu'il releva son regard pour l'ancré dans le mien.

J'étais prête à mourir. L'air étonné qui déformait ses traits était un appel charnel auquel je résistais avec difficulté. Tendant la tête, je sentis mes lèvres effleurer les siennes. Elles étaient douces, fraiches. Je rêvais de mordre dedans comme l'autre soir.

Ce souvenir raviva rapidement dans mes reins une chaleur qui m'avait faillit faire perdre toute conscience.

— Cet idiot te fait le même effet ?

— Qu… Qui ?

— Tom.

— Non… Enfin… Je veux dire…

— Tu penses à lui ?

— Eh bien…

— Veux-tu que je recule ?

— Non…

J'étais masochiste.

Une de mes mains s'agrippa tendrement à la naissance de sa chevelure sur sa nuque. Je jouai nerveusement avec, attendant un rejet de sa part, mais rien ne vient.

— Sherlock ? Si… Tu disais quelque chose, ce serait bien.

— Je vais t'embrasser.

Verdict ?