Chapitre 13


Complètement paniqué, Havoc tournait en rond dans le petit bureau de Frank en gesticulant comme un beau diable, attitude typique de quelqu'un en proie à une crise d'hystérie.

"Mais qu'est-ce qu'on va faire !! Il FAUT le retrouver !! Je n'ose pas imaginer tout ce qu'on lui fait subir en ce moment-même !!"

"La FERME !!"

Havoc finit par se taire, et tourna un regard désespéré vers Frank, assis sur sa chaise tournante. Le vieil homme avait les yeux fermés, les bras croisés, et la tête légèrement penchée en avant, comme s'il réfléchissait intensément. Au bout de quelques secondes, il releva les yeux et fixa Havoc, qui semblait attendre une solution de sa part.

"Tu as dit avoir reconnu l'homme qui est venu voir Edward."

"Oui, c'était celui qui nous a tiré dessus la dernière fois, le directeur, c'est ça ?"

"Je me demande... est-ce que par hasard, tu ne l'aurais pas également vu autre part ?"

"Ailleurs... ??"

"Oui."

"... euh..." Havoc réfléchit à son tour, et, effectivement, cela lui revint. "L'automobiliste qui m'a renversé... c'était lui !! J'en suis sûr !"

"Bon. C'est bien ce que je pensais..."

"Quoi ?"

"J'avais des doutes, mais après les derniers événements, j'en suis finalement sûr..."

"De QUOI vous parlez !?"

"Le directeur... monsieur Fritz. Je pense qu'il est comme nous."

"... ??"

"Immunisé contre le pouvoir d'Edward. Il peut suivre le temps comme nous, et savoir quand on remonte en arrière."

"Comment... ? Non..."

"C'est confirmé. Au lieu de se soucier de la fuite de gaz, avec les autres directeurs de services, la dernière fois, il est venu directement ici. Il a bien vu que des choses avaient changées, et il en était fâché. Furieux, même... Je pense que c'était contrariant pour lui de nous voir nous occuper d'Edward. Je ne sais pas pourquoi, mais visiblement, il tient à ce qu'il n'ait vraiment aucun contact humain..."

"On s'en fiche de ce qu'il veut !! Est-ce que vous savez où il habite !?"

"Oui. Mais on ne peut pas y aller comme ça. C'est surveillé, chez lui. Et c'est assez loin. Et puis, il y a sûrement des systèmes d'alarmes, des chiens, et il y a même des militaires qui patrouillent. C'est quelqu'un d'important pour le gouvernement. On n'entrera pas si facilement... !"

"Pas facilement... Mais on entrera... !!"

Devant le regard déterminé du grand blond, Frank soupira, et il l'écouta lui exposer son plan, tout en lui fournissant toutes les informations qu'il réclamait...


Edward ouvrit difficilement les yeux, les sangles de cuir mordant sa chair. Il était toujours attaché à la table. Depuis combien de temps... ? Il ne se souvenait plus... Il tourna la tête, pour regarder autour de lui... beaucoup de fioles trônaient sur l'un des établis. Son sang... son corps... l'homme avait fait plus de choses en une journée que tous les scientifiques en quatre ans... Il avait si mal... La nuit avait-elle passée ? Il ne se rappelait pas... Il n'y avait pas de fenêtre, dans cette pièce...

Son corps était lourd, comme cloué à la table dure ; son dos le faisait souffrir, et ses bras, entre les sangles trop serrées et les aiguilles qui s'étaient enfoncées pendant des heures, étaient couverts de bleus qui viraient au violet... Pourquoi cet homme se serait-il soucié d'être délicat dans ses manipulations... ?

Un temps passa, jusqu'à ce qu'Edward entende la porte s'ouvrir. Le pas lourd de Fritz résonna dans la salle, et il vit l'homme se pencher à nouveau sur lui.

"Réveillé ? Tant mieux !"

Il fit le tour de la table, les pans de sa bouse blanche déboutonnée flottant autour de lui, et se tourna vers l'enfant avec un sourire :

"Bon. Inutile de dire qu'avec cette méthode, ça risque de prendre du temps. Il vaudrait vraiment mieux pour nous deux que tu me dises ce que je veux savoir."

Edward ouvrit sa bouche sèche, et articula difficilement :

"... je... sais pas..."

Fritz sourit et secoua la tête.

"Edward... Edo, Edo... cette réponse ne me plaît pas... !"

Le garçon prit une inspiration qui le fit trembler de tout son corps.

Fritz entreprit alors de déplacer la table, jusqu'à un établi ; encastré dans le mur, un scanner, qu'il amena autour de la tête blonde. Edward prit peur. Il n'avait jamais vu ce genre d'appareil...

Fritz ne se contenta pas seulement de placer Edward dans l'appareil ; il utilisa également des électrodes qu'il plaça sur la tête du garçon, ainsi que sur sa poitrine. Edward tremblait, bien qu'il essayât de s'en empêcher, sans succès.

Puis l'homme s'éloigna, et mit la machine en route.

Le petit corps se cambra furieusement, plus de surprise que de douleur, quand le choc électrique le parcourut de part en part. La douleur arriva par la suite...


La nuit était noire quand deux silhouettes se déplaçant furtivement, arrivèrent à hauteur du domaine du directeur. Elles s'arrêtèrent près de la clôture électrifiée, et s'accroupirent, surveillant les environs.

"Et maintenant ?"

Havoc posa son sac noir à terre, et en sortit une pince ; celle-ci était gainée d'une matière isolante, et il put délicatement couper les fils sans prendre de risques. Après avoir découpé une ouverture suffisamment large dans le grillage, ils se faufilèrent précautionneusement dans le domaine. Plus loin, se dressait la maison de Fritz ; avec les lumières extérieures, ils virent les silhouettes des soldats qui patrouillaient, accompagnés de chiens. Ils y en avaient quatre de visibles, et probablement d'autres sur les côtés et derrière la maison.

"Alors ? On peut le faire ?"

Frank, vêtu pour l'occasion d'un ensemble pull, pantalon et bottes noirs, tout comme Havoc, s'inquiétait on-ne-peut plus sur la suite des opérations. Pénétrer dans ce bâtiment relevait de l'exploit, et même s'il n'était plus tout jeune, il espérait quand même vivre encore un peu...

Havoc fit un signe, et ils s'approchèrent silencieusement, jusqu'au petit local électrique situé un peu à l'écart de la maison. Il n'était pas sans surveillance, mais il n'y avait qu'un seul homme, et son chien, postés devant la porte close.

Havoc se débarrasse rapidement des deux. À l'aide d'une matraque et d'un morceau de viande bourré de somnifères... Simple et irréaliste, mais ça marche dans tous les films, alors...

Le blond crocheta la porte, et accéda au local ; les compteurs qui géraient l'alimentation en électricité de toute la maison étaient devant lui, à sa merci. Il les éteignit tous d'un coup de pince bien placé.


Quand la machine s'arrêta brusquement, Fritz sursauta, d'abord surpris, puis furieux, et Edward cessa de trembler dans un long gémissement, les larmes dévalant ses joues, ses cris résonnant encore dans la salle froide. L'homme ne prêta aucune attention à la respiration anormalement saccadée du petit, et s'élança hors de la pièce, chercher le responsable de cette mauvaise plaisanterie. Ses pas rageurs s'éloignèrent petit à petit, et Edward retrouva à peu près son souffle, les larmes coulant toujours...


Dehors, Havoc et Frank se trouvaient près de l'entrée arrière, à présent déserte puisque pratiquement tous les soldats et chiens s'étaient précipités, sur ordre du patron, vers le local. Ils s'avancèrent silencieusement, et pénétrèrent dans la maison sans autre obstacle. Ils n'entendirent rien à l'intérieur, signe manifeste qu'il n'y avait personne d'autre que Fritz qui vivait ici.

Ils fouillèrent rapidement les quelques pièces du rez-de chaussée, et tombèrent finalement sur la seule salle encore éclairée, par les lumières vertes de secours, qui se trouvait être... le laboratoire de Fritz.


1 302 mots. Espérant réussir à finir. Il faut que je boucle ça rapidement...