JOYEUX NOËL!
Chapitre de circonstance...
Chapitre 14: Vive le vent, vive le vent, vive le vent d'hiver...ou pas
Lorsque Will ouvrit ses volets ce matin-là, la neige avait recouvert Erebor durant la nuit, tapissant les rues, les maisons et les files de véhicules d'une épaisse ouate moelleuse et immaculées. Des stalactites pendaient sur le rebord des toits et murmuraient doucement avec le léger vent froid qui continuait de charrier les quelques derniers flocons tardifs, faisant tourbillonner le dessus de la couche cotonneuse qui recouvrait la route.
Will n'avait jamais vu autant de neige d'un seul coup. Ou peut-être une fois. Mais elle ne s'en rappelait que parce que Grand-mère avait glissé sur le pas de la porte, sur une plaque gelée, et s'était explosé un coude. Réparé en cinq petites minutes, mais aux yeux d'une gamine de cinq ans, c'était très impressionnant de voir le bras de son aïeule plié dans le mauvais sens.
Elle se rappelait du froid, et du craquement des os se remettant en place, du chocolat chaud servit ensuite par Prim, et du feu ronflant dans la cheminée.
Le Grand Hiver, avait été qualifié l'évènement par toutes les vieilles personne un peu traditionnelles que comptait encore la Comté à cet époque-là. Il y avait...quoi, quinze? Vingt ans?
Le Grand Hiver, qui n'était peut-être pas si grand que ça, mais qui, pour le pays gorgé de soleil et de verdure qu'était la Comté, représentait l'évènement du siècle. Et il s'en était trouvé pour dire que c'était la Dame Yavanna qui punissait ses fidèles, et en particulier les jeunes, de leur manque croissante de foi. Un raisonnement qui s'effondrait comme un château de cartes quand on voyait que la Jeunesse était la catégorie de population qui avait le plus apprécié cette providentielle colère des Vala. Bonshommes de neiges, fortins gelés et batailles endiablées avaient alors envahis les rues désertées par la circulation, entièrement paralysée par une situation inhabituelle auquelle nul n'était préparé, du fait d'hivers ordinairement doux et pluvieux.
C'était l'hiver où Prim s'était fiancée avec Drogo après des années à se tourner autour.
C'était aussi l'hiver où Will s'était retrouvée orpheline du jour au lendemain. Elle ne s'en rappelait pas. Peut-être ne voulait-elle pas s'en rappeler. Cela valait-il mieux. Le Brandevin avait gelé, et les gens en avaient tout naturellement fait une patinoire. Bungo et Belladonna parmis d'autres. Sauf que toute surface soumise à des acrobaties et à des passages répétés a son point de craquement. Et que les Loups-Garous ne nageaient pas.
C'était tellement stupide.
On ne pouvait donc pas dire que l'hiver était une période que Will appréciait particulièrement. À l'inverse de Frodon, qui dès qu'il avait mis le pieds hors de la maison pour se rendre au collège, s'était retrouvé embarqué dans une féroce bataille de boule de neiges avec Tilda.
Erebor était certainement bien accoutumé à ce genre de situations, de par le climat plutôt rude de la région, mais la jeune femme ne l'était pas. Hors de question de prendre la voiture pour se rendre au travail. Elle n'avait prévu ni chaîne ni pneus spéciaux, et n'avait absolument pas le courage d'en installer. Elle allait donc devoir y aller à pied et prier pour ne pas se transformer en Olaf à mi-chemin.
De sa fenêtre sur laquelle elle était accoudée, bien en sûreté derrière les vitres, ses doigts serrés sur sa tasse de chocolat qui diffusait une chaleur bienfaisante dans ses membres engourdis, elle pouvait voir Bard déneiger à la pelle le devant de son portail. L'homme leva la tête et lui fit un grand signe de la main auquel elle répondit avec plaisir. Il était courageux, lui. Pas comme elle.
Will sirota sa boisson lentement, jusqu'à en avoir des moustaches de mousse brune qu'elle essuya avec soin, avant d'enfiler sa panoplie complète, parka, bonnet, écharpe, gants et bottes fourrées, d'attraper son sac et de se préparer mentalement à son expédition. Oh, ça allait être absolument génial. Perte de temps et brûlage inutile d'énergie. Elle s'en réjouissait d'avance.
La jeune femme verrouilla la porte de la maison et commença son périple par manquer de faire connaissance avec le sol gelé en glissant sur les marches du perron, se rattrapant in-extremis au rebord de la fenêtre de la cuisine.
Et bien. Voilà qui promettait.
Tant bien que mal, elle se fraya un chemin jusqu'au trottoir, s'enfonçant dans la neige jusqu'au chevilles, laissant échapper une bordée de jurons salvateurs chaque fois qu'elle perdait son équilibre et que les légères bourrasques froides giflaient sa peau sensible.
La Louve, elle, regrettait simplement de ne pouvoir laisser sortir sa fourrure, et pour une fois, Will était d'accord avec elle. Elle aurait chaud, au moins. Même au pattes. Elle avait du cuir corné sur les coussinets, après tout. Là, elle avait juste l'impression de ressembler au bibendum Michelin avec toutes ses épaisseurs, et de se mouvoir avec la grâce et l'élégance d'un manchot sur la banquise. Ce ne devait pas être beau à voir, et d'ailleurs, Bard, appuyé sur sa pelle à neige, observait ses frustrants efforts d'un air goguenard qu'il essayait vainement de dissimuler derrière son cache-col, et qui en disait long. Mais il se gardait de faire le moindre commentaire. Il était bien trop gentil, bien trop poli pour cela, et son infortunée voisine lui en savait gré.
- Vous n'avez pas l'habitude d'avoir un temps comme ça, n'est-ce pas? s'enquit-il nonchalamment lorsqu'elle réussit enfin à traverser la rue.
Will glissa sur une plaque de glace et s'appuya sur le capot enneigé d'une voiture pour se stabiliser, enfouissant ses mains jusqu'au poignet. Immédiatement, le froid et l'humidité s'infiltrèrent à travers ses gants, et elle se rejeta en arrière avec un juron.
- Pourquoi? C'est normal, ici? se plaignit-elle.
Avant de se morigéner pour la stupidité de la question. Évidemment que c'était normal. On était en Montagne, pour l'amour de Mahal.
Bard laissa échapper un bref éclat de rire.
- Nous ne sommes que début décembre, s'esclaffa-t-il. Attendez un peu qu'on soit en janvier...
Misère.
Enfin. Au moins, ça mettait Frodon de bonne humeur.
- Et encore, poursuivit-il, nous sommes sur le versant de la Montagne le moins exposé, et je vous assure que ceux qui sont de l'autre côté en ce moment donneraient cher pour être à notre place.
- Qu'est-ce que ça doit être, alors, marmonna Will.
- J'habitais à Dale, avant de m'engager dans la police. C'est dans la plaine. En hiver, ils ont un vent du diable.
Dale était la ville la plus proche, un centre renommé pour tour ce qui concernait les technologies informatiques et les compagnies d'assurances. Will n'y était encore jamais allée, mais il allait sans doute falloir qu'elle aille y faire un tour, ne serait que parce que la banlieue de la cité donnait directement sur le Long-Lac qui emplissait la vallée en contrebas, et que le quartier de Laketown était, en été une station balnéaire renommée pour la beauté du panorama. Peut-être pas autant que Dol-Amroth, et sans doute plus froid, mais il y avait au moins l'avantage de la courte distance.
Bard se frotta le front. Son bonnet avait laissé une marque rougeâtre en travers, rendue luisante par la sueur de l'effort qu'il était en train d'accomplir.
- Vous allez traverser la moitié de la ville comme ça? s'inquiéta-t-il.
Will haussa les épaules.
- Il va bien falloir, confirma-t-elle, désabusée. Je vous appelle quand j'y suis pour vous dire combien de temps j'ai mis?
Ce n'était même pas drôle.
Will s'engagea courageusement sur son chemin de croix, avant de faire volte-face après quelques pas.
- Bard, est-ce que vous pourriez me rendre un service?
- Bien sûr, acquiesça-t-il, serviable. De quoi s'agit-il?
Elle ne savait pas trop comment aborder le sujet, à vrai dire.
- Je...sors la nuit du vingt-neuf, grimaça-t-elle. Je me demandais si vous pouviez prendre Freddie chez vous. Je pense que je me sentirait mieux s'il ne restait pas seul.
Au cas où elle ne survivrait pas à cette fichue soirée.
Elle la sentait mal, cette histoire. Pas de sang, et pas de sexe, avait promis Durinson, mais elle n'avait pas confiance en lui. C'était peut-être un rôle figuratif, mais normalement tenu soit par l'épouse, soit par une escort-girl. Et elle n'était, à sa connaissance, aucune des deux. Ce qui ne l'empêchait pas d'avoir la désagréable impression d'être considérée comme telle.
Et la logistique, parlons-en, de la logistique.
Caser Frodon, ne pas abuser des chocolats pendant les fêtes histoire de pouvoir s'enfiler dans une hypothétique robe de soirée qu'elle allait devoir dégotter Mahal seul savait où, en espérant ne pas avoir l'air d'une saucisse du Harad une fois attifée, prendre rendez-vous chez le coiffeur pour tenter de faire quelque chose de la petite dizaine de centimètre de cheveux indisciplinés qui lui poussaient sur le crâne...
Ça faisait beaucoup de préparatifs, et on ne pouvait pas dire qu'elle y mettait beaucoup de bonne volonté non plus.
Bard sourit d'un air entendu.
- Ah, s'enquit-il. Rendez-vous romantique?
- En quelque sorte, répondit-elle, mi-figue mi-raisin.
Ce n'était pas romantique du tout. À peine un contrat. Mais peut-être était-ce une façon de draguer normale pour un Vampire.
- Sigrid et Bain reviennent pour les fêtes, dit l'homme. Mais je suis sûr que je pourrais lui trouver de la place quelque part.
Il laissa passer quelques instants.
- Et Tilda sera ravie, ajouta-t-il après réflexion.
Pour un peu, Will lui aurait sauté au cou. Brave, précieux voisin. Il y en avait peu, des comme ça.
Les cousins Sackville-Baggins, qui avaient vécu dans la rue adjacente lorsque Will résidait encore à Hobbiton, ne pouvaient en aucun cas, par exemple, être rangés dans cette catégorie de personnes. Plutôt dans celles des emmerdeurs aux grandes oreilles qui n'aimaient rien tant que pointer leur nez au dessus de la haie pour observer avec jalousie les biens et attitudes de leur prochain. La jeune femme, elle n'avait aucune honte de l'avouer, tirait une certaine satisfaction perverse du savoir que Gandalf avait fait en sorte que cette vieille bique de Lobelia se soit vue interdire par la loi de poser ses vilaines pattes sur Bag-End, bien qu'elle s'en fut languie toute sa vie, se rongeant les ongles de dépit et se contentant, à défaut, de s'en emparer à l'emporte-pièce.
Il y avait eu un vieux conflit entre elle et Grand-mère, qui s'était étendu à Belladona et Primula, puis à Willow, et sans doute à Frodon s'il était resté suffisamment longtemps dans la Comté, à propos de cuillères d'argent disparaissant après chacune de ses visites, une par une. Will elle-même avait put confirmer le fait.
Un jour elle récupérerait son argenterie. Parole d'honneur.
Mais elle ne pouvait pas encore retourner dans la Comté. Pas tant que le meurtre de la Meute restait une affaire classée, et que l'ombre de ses responsables planait au dessus d'elle et de Frodon telle une épée de Damoclès, prête à s'abattre à tout moment.
Enfin.
Ça ne durerait pas éternellement. Si?
- Merci, Bard, déclara-t-elle en souriant largement. Vous me sauvez la vie.
Ou celle de Frodon, en tout cas.
- Oh, ce n'est rien, vraiment.
Si Will avait bien appris un truc sur le policier en quelques semaines de voisinage, c'est qu'il avait un véritable complexe d'infériorité et d'auto-dépréciation, dont elle espérait bien le guérir un jour. Ça ne lui rendait pas justice. Cet homme était une perle.
Une perle bien impuissante, cependant, lorsqu'il s'agissait de l'aider à se rendre au travail. La voiture de Bard était aussi coincée que celle de Will. Sa situation était, dans un certain sens, bien pire, puisque le verrou de son garage avait gelé pendant la nuit, et qu'il se trouvait dans l'incapacité totale de ne serait-ce que sortir son véhicule. Will se résigna donc à son périple et s'y attela courageusement, maudissant tour à tour la bise, le verglas, la neige et tous ceux qui trouvaient le moyen de s'amuser dans les rues.
Elle parvint au musée avec une heure et demie de retard, frigorifiée, trempée et transie, de mauvaise humeur, et une potentielle engelure en train de se former au bout du nez, que son écharpe recouvrait mal. Tauriel, la bonne âme, était certes déjà en train de faire visiter le département de l'art religieux, mais lui avait laissé, bien en évidence sur son bureau, au milieu d'une série de colliers de perles colorés encore encroûtés de terre, une tasse de café fumante, ce qui lui remonta un peu le moral.
Ça, et le petit radiateur électrique que Dwalïn, bourru et taiseux comme à son habitude, descendit dans la bibliothèque en milieu de matinée, et qui répandait une bianfaisante chaleur. Pour un peu, elle l'aurait embrassé, tout grincheux et effrayant qu'il puisse être.
Et pendant ce temps, Boromir, assis en face d'elle sur une caisse, parcourait du regard un énorme ouvrage sur la civilisation gondorienne, dont Will tournait obligemment les pages lorsqu'il lui faisait signe qu'il avait fini sa lecture. Son incapacité de se servir physiquement de ses mains était compensé par son insensibilité aux changements de température, et c'était une des rares situations où la jeune femme se surprenait à l'envier plus qu'à le plaindre.
Elle ne lui disait pas, bien sûr. Il ne l'aurait pas très bien pris, le pauvre.
- Tu sais, déclara-t-elle au bout d'un moment, j'ai pensé à un truc.
Boromir leva un sourcil, mais son attention resta focalisé sur l'enluminure ornant le coin gauche de la page qu'il était en train de lire. Will ne put obtenir de lui qu'un marmonnement vaguement intéressé.
- Je ne vois pas pourquoi je me fatigue à étudier des tessons de poteries crasseux alors que j'ai un vrai Khazâd sous la main, poursuivit-elle.
- Mauvaise idée, commenta platement le fantôme.
- Quoi? rétorqua-t-elle. Il est mort, Boromir. Archéologiquement parlant, c'est un vestige organique, et j'ai le droit de l'étudier.
Le spectre croisa ses bras devant lui, clairement pas convaincu par ses arguments.
- Si tu veux mon avis, c'est surtout lui qui va étudier ton groupe sanguin.
- Comme si j'allais le laisser faire, marmonna Will.
Boromir lui fit de mauvaise grâce signe de tourner sa page, et elle obtempéra.
- Il était là, Boromir, insista-t-elle. C'est un témoin oculaire, le dernier Seigneur de Guerre du clan de Durïn. Il sait pourquoi leur modèle de société s'est brusquement effondré.
Le fantôme soupira.
- Tu sais quoi, Will? dit-il. Je pense que tu as trop regardé Entretien avec un Vampire.
La jeune femme haussa les épaules.
- Tu es désespérant, conclut-elle en reportant son attention sur les perles colorées, un bijou de femme taillé dans des gemmes de moindre valeur.
Leur quantité indiquait la provenance d'une échoppe ou tout du moins, d'un étal, abandonné tel quel pour une raison inconnue. Une raison à laquelle Thorin Durinson avait forcément une explication à fournir. Et qu'elle était prête à tout et à n'importe quoi pour obtenir.
Bon, d'accord.
Peut-être pas à n'importe quoi.
Se faire vider de son sang ne faisait, par exemple, absolument pas partie de ses plans. Elle dansait métaphoriquement sur la corde raide, en ce moment. C'était un jeu dangereux, qu'elle était en train de jouer, excitant, certes, mais dangereux. Certainement un héritage de ses origines du côté maternel. Le clan Took n'était pas particulièrement connu pour sa grande sagesse, plutôt pour son intrépidité, et plus Will s'enfonçait dans le marasme dans lequel Erebor l'avait forcée à sauter à pied joints, plus elle se rendait compte que ce qui lui permettait de surnager était ses instincts de Took et non son côté cartésien et procrastinateur caractéristique des Baggins.
Une vieille légende familiale proclamait que l'un des ancêtre Took, lorsque la famille était encore humaine, bien avant que la Malédiction ne s'éveille, avait épousé une fée, ces créatures volatiles et éphémères. Sans y accorder trop de foi, Will ne pouvait être sûre que ce n'était pas une des causes de l'irrespectabilité de sa famille maternelle, trop agitée pour le reste de la Comté. Ça, et quelques autres particularités, comme la manie des voyages qui avait pris son grand-père et sa mère dans leur jeunesse, et qu'avaient réprouvé sa grand-mère, une respectable Chubb, et son père, un non moins respectable Baggins.
Quoi qu'il en soit, il était probable que toute trace de sang de fée charriée dans les veines de la famille Took avait depuis longtemps été noyée par la Lycanthropie. Loups ils étaient, Loups ils resteraient, jusqu'à l'extinction de la lignée. Qui risquait par ailleurs d'arriver un peu avant l'heure, sauf si Will ou Frodon avaient des enfants afin de la perpétrer.
Et les Vampires sont stériles, persifla-t-elle mentalement, espérant une bonne fois pour toute faire taire la Louve, qui se trouvait complètement et malheureusement dépourvue de subtilité, et qui persistait à lui envoyer à intervalles réguliers images suggestives et sous-entendus plus ou moins explicites mettant en scène le Vampire dans des positions à faire rougir un eunuque.
L'effet fut immédiat. Celle-ci se renfrogna, coucha les oreilles en arrière, montra les dents, et si ses pattes mentales avaient eu les doigts un tant soit peu plus longs, nul doute qu'elle lui aurait adressé un magnifique et sincère majeur.
Bah.
De toute façon, Will se voyait très mal enceinte, encore moins avec un enfant. Elle avait vingt-huit ans, une carrière, des problèmes jusque par dessus la tête et un cousin adolescent à gérer, elle n'allait pas rajouter encore un autre facteur à l'équation.
Elle n'avait qu'à être patiente. Frodon dévorait Tilda des yeux, et elle avait tout intérêt à ce que ça marche entre eux, même s'ils étaient sans doute un peu jeunes, parce qu'elle ne tenait pas à se brouiller avec Bard.
Et puis, après tout, Bungo et Belladona s'étaient rencontrés au lycée.
C'était beau, les amours adolescentes. Innocent, jusqu'à ce que ça ne le soit plus. Will avait eu son premier flirt à quatorze ans, son premier petit ami officiel à quinze, et sa première fois à dix-huit. Une erreur, certes, et ça ne s'était pas très bien passé, mais c'était une erreur qu'elle ne parvenait pas à regretter. Campus de Rivendell, soirée de fin de lycée, après les examens. Beaucoup bu, et pas que de l'eau. Lui aussi, d'ailleurs. Un type d'une autre classe, beau gosse sans être exceptionnel, qu'elle connaissait de vue et à peine de nom. Pas vraiment performant, mais c'était sans doute dû à l'alcool. Elle ne l'avait jamais revu et n'avait jamais cherché à le revoir.
Quand elle était rentrée dans la Comté la semaine suivante, Grandmère avait dit qu'elle avait changé, et elle avait raison. Biologiquement parlant, sans doutes. Et mentalement, certainement. Un peu désabusée, aussi. C'était supposé être merveilleux, après tout. Et ça l'était, avait-elle découvert après coup, si on y mettait du coeur et que le partenaire n'était pas complètement incompétent.
Enfin.
Thorin Durinson avait la carrure d'un Schwarzenegger velu, période Conan le Barbare, avec le physique du Prince Charmant, et quelques centaines d'années de pratique derrière lui. D'autant plus que la société Khazâd avait été plutôt portée sur ces choses-là. Il devait donc avoir une certaine expérience bienvenue.
Will grogna et laissa tomber sa tête sur le bureau.
Elle haïssait la Louve, parfois. Cet animal ne pensait à rien, juste à satisfaire ses instincts. Et cette soirée de gala allait être son Enfer personnel.
- Will, tenta de la raisonner Boromir, j'essaie juste de t'éviter une mort atroce. Tu pourrais être un peu plus enthousiasme.
Ah. Il pouvait parler, lui. En comparaison de ce qui lui était arrivé, elle préférait encore être vidée de son sang par un Vampire.
- Qu'est-ce qui pourrait être plus atroce que de se faire flinguer dans les poubelles d'un musée, je me le demande, marmonna-t-elle.
Un peu trop fort, peut-être.
Quelque chose se brisa sur le sol derrière elle. Boromir leva le nez au son, et son expression se décomposa.
Will se retourna.
Tauriel se tenait sur le pas de la porte, le visage pâle et crispé, les restes de sa tasse de café fracassés à ses pieds.
- Qui, demanda-t-elle d'une voix blanche, s'est fait flinguer dans les poubelles du musée?
reviews?
