Epilogue
Jack et moi recevons pleins de regards étranges et curieux lorsque nous entrons dans la base. Je me dis que c'est parce que Jack avait trois ans hier. Je me dis que c'est parce que je reste la plupart des nuits à la base. Je me dis que c'est à cause du Chihuahua que Jack m'a ordonné, d'un ton ne souffrant pas la contestation, de porter car il refusait d'admettre que c'était le sien.
Je veux dire, ils ne nous regardent pas fixement parce que Jack et moi arrivons ensemble ce matin. Ils ne nous regardent pas fixement parce que quelqu'un a vu ce dernier baiser auquel Jack n'a pu résister dans le 4x4. Ils ne nous regardent pas fixement parce que Jack et moi rayonnons visiblement de bonheur. Ils ne peuvent pas le savoir. N'est-ce pas ?
Nous prenons nos places habituelles à la table de briefing, l'un à côté de l'autre. Daniel et Janet sont déjà là. Ils semblent tous les deux particulièrement fâchés – sans aucun doute à cause de ma petite disparition. Daniel a encore plus de crème anti-brûlure étalée sur son visage, ce qui ne me rend que plus heureuse de m'être fait la belle la nuit dernière. Je tire mon siège plus près de celui de Jack, sachant qu'il me protégera – ou du moins acceptera le blâme. Je pose Thor sur la table, espérant que son adorable face détournera un peu de la colère. Au moins la présence de Thor détournera l'attention de moi.
Daniel mord à l'appât et j'ai un sourire en coin. « Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Jack garde un visage impassible, bien que je ne sache pas comment il y arrive. « Daniel, c'est un chien. »
Daniel paraît perplexe, comme s'il avait peur de la réponse exacte. « Pourquoi est-il ici ? »
Jack me jette un coup d'œil et sourit, mais le sourire est parti quand il regarde à nouveau Daniel. « Il y a une petite dispute concernant sa garde qui a besoin d'être résolue. »
Je ne peux résister et je suis assez certaine que c'était le but de son commentaire. « Il n'y a aucune dispute concernant la garde. Il est à vous. »
« C'est vous qui l'avez acheté. »
« Parce que vous faisiez une crise de colère. »
« J'en aurai une autre si vous essayez de m'obliger à garder ce rat. »
Daniel s'en mêle, s'amusant probablement grandement de notre échange. « Je pensais que c'était un chien. »
Le Général Hammond entre, prenant sa place au haut bout de la table et, je ne sais comment, sans remarquer le chien. Non pas que Thor se remarque tellement au milieu des mugs et des livres, et surtout sur une telle surface. Il est de la même couleur et plutôt petit. Le regard de Hammond se fixe immédiatement sur Jack. « Heureux que vous soyez à nouveau vous-même, Colonel. »
« Oui, monsieur, moi aussi. » Jack ne donne aucune indication qu'il se rappelle de quoi que ce soit, nous sauvant tous les deux de l'embarras. « Je ne peux qu'espérer avoir posé moins de problème que Carter. »
Sa tentative pour m'embarrasser tombe à plat. Voyez-vous, après hier, je suis une vieille pro à être humiliée publiquement. La plaisanterie ne me fait même pas rougir.
Le général force un sourire crispé. « C'est discutable. Vous avez peut-être causé moins de problèmes, mais vous avez aussi provoqué plus de maux de tête. »
Jack continue de jouer les idiots, malgré mes tentatives répétées à le faire taire en lui donnant des coups de pieds sous la table. « Des maux de tête, mon général ? »
Hammond sourit et je crois qu'il met une grande fierté à mortifier Jack. « Vous pleuriez continuellement après le major chaque fois qu'elle était hors de votre vue. »
Apparemment Jack n'est pas immunisé à l'humiliation car ses joues deviennent rouge vif. J'ai un grand sourire, mais j'essaie de le réprimer. Il n'y a aucune utilité à attirer l'attention sur moi. Jack baisse la tête, abandonnant tout autre argument.
Hammond sourit et regarde les papiers dans ses mains. « Les choses importantes en premier. Est-ce que quelqu'un aimerait me dire pourquoi il y a un chien ici ? »
« C'est le sien. » Ma main montre immédiatement Jack.
Autant pour sa loyauté. Jack me montre du doigt en réponse.
Teal'c, qui a été silencieux jusqu'à cet instant, se penche en avant, inspectant minutieusement Thor. Thor, pathétique, effrayé qu'il est, regarde Teal'c et lèche son nez. Teal'c continue de le regarder fixement. « Quel est le nom de cette créature ? »
Jack et moi nous nous regardons et haussons les épaules. Thor est terrifié par nous deux et aucun de nous ne désire réellement clamer sa propriété, aussi ce serait peut-être pour le mieux que Thor et Teal'c s'entendent. Je souris à Teal'c. « Cette créature a été appelée Thor. »
Teal'c se redresse immédiatement, faisant un signe de tête révérencieux à Thor. « Je vois que votre technologie sur le clonage doit encore être résolue. »
Jack doit le corriger car je suis trop occupée à rire au fait que Jack est maintenant le seul de nous quatre qui n'a pas fait l'effort de converser avec un chien. « Teal'c, elle l'a nommé d'après Thor, mais ce n'est pas Thor. »
Teal'c acquiesce avant de se pencher à nouveau pour inspecter Thor. « Est-ce que cette créature est un chien ou un rat ? »
Le Général Hammond s'éclaircit la gorge. « C'est un chien, Teal'c. Et si quelqu'un ne le réclame pas immédiatement, le chien va être envoyé à la fourrière. »
Jack et moi répondons à l'unisson. « Pas ça. »
Teal'c se tourne vers Daniel. « Est-ce que la fourrière n'est pas un lieu défavorable pour un chien ? » Daniel grimace et jette un regard noir à Jack et à moi. Teal'c et Daniel sont tous les deux mécontents de notre irresponsabilité. Teal'c tend la main, soulevant le minuscule chien dans une de ses énormes mains. « Cette créature m'appartient, Général Hammond. Je prendrai soin de lui. »
La réunion dégénère à partir de là, malgré les meilleurs efforts du général pour nous garder concentrés. Janet a très peu à dire – je suis quasiment certaine qu'elle n'est là que pour nous laisser savoir qu'elle est fâchée. Teal'c profite de chaque pause dans la discussion pour se renseigner sur ce que l'entretien de Thor nécessitera. Daniel est obnubilé par l'idée de découvrir pourquoi les effets de la drogue ont duré tellement plus longtemps sur moi. Jack et moi suggérons diverses raisons pour lui faire changer de sujet. Nous le mettons sur le compte de nos tailles respectives, les différences dans notre métabolisme, la quantité de substance, même le nombre d'années que la substance devait effacer.
Mais Daniel n'est pas détourné de son obsession et finalement, Hammond se souvient qu'il n'a jamais découvert qui était à blâmer pour ceci.
Bien que nous n'avions pas discuté de cela, Jack me lance un discret coup d'œil qui laisse savoir qu'il est pleinement conscient du comment cela est arrivé. Mais étant le gentleman qu'il est, il en prend la responsabilité. « Il y a eu un petit mélange avec ma sauce piquante. Les flacons se ressemblaient. »
Le général nous regarde tous les deux fixement pendant un bon moment et je jure qu'il y a une étincelle dans ses yeux qui révèle qu'il a remarqué cet éclat de bonheur que Jack et moi arborons. Mais il acquiesce, acceptant l'explication, n'insistant pas.
Janet, qui a passé tout ce temps les bras croisés sur sa poitrine en nous regardant furieusement, se fait soudain entendre. « Comment diable avez-vous pu être si distrait que vous ayez fait une telle erreur, Colonel ? » Ses mots paraissent innocents, mais Jack et moi savons qu'ils ne le sont pas.
Il se tourne vers moi, la panique clairement écrite sur son visage. « En fait, c'est Carter qui s'est embrouillée. »
J'en suis bouche bée de surprise. Je n'arrive pas à croire qu'il m'ait balancée. En un geste qui ne me ressemble absolument pas, je le frappe violemment sur le bras.
C'est la première fois que j'ai osé faire quelque chose de si peu professionnel en public durant toutes les années que je l'aie connu. Ses lèvres s'incurvent en un soupçon de sourire et il lève un sourcil en me regardant. « Mais oui, Carter, à quoi diable pouviez-vous donc penser pour être si distraite ? »
Tous les yeux dans la pièce se tournent vers moi.
Je le sens revenir à nouveau et je réalise à nouveau que je ne serais jamais immunisée contre l'embarras.
Fin
