Chapitre 14 :
Renji peinait à se maintenir debout. Il vacillait sans cesse sur ses jambes. Sans Grimmjow, il aurait été incapable de marcher jusqu'à chez lui. D'une main, il tenait encore une bouteille, tandis que l'autre s'était glissée derrière la nuque de l'espada. Celui-ci se sentait étrangement fier, dans son nouveau rôle protecteur, même s'il n'était pas du tout désintéressé. Son bras s'enroulait autour de la taille du shinigami. La force avec laquelle il la serrait était loin d'être nécessaire. Il cherchait en réalité à réduire la distance entre eux autant que possible. Soudain, Renji tira sur sa manche.
- Grimm... Je crois que...
Il n'avait pas besoin d'en dire davantage pour que Grimmjow identifie le problème. Il ricana doucement.
- Tant que tu le fais pas sur moi...
Quelques secondes plus tard, il tenait ses cheveux, pendant que Renji, plié en deux, vidait le contenu de son estomac, juste à l'arrière du pavillon de son capitaine. Grimmjow ne manqua pas de le remarquer, mais il préféra le garder pour lui. La situation l'amusait bien trop et jamais Byakuya ne devinerait qui aurait osé faire ça. En tout cas, il n'accuserait pas Renji. Le rouge finit par se redresser, la face livide.
- ça va mieux ? s'enquit l'espada.
- J'ai connu des jours meilleurs...
Il cracha par terre. Grimmjow attrapa la bouteille qu'ils avaient emportée et la lui tendit. Renji le fixa d'un air goguenard, un sourire aux lèvres.
- Tu cherches à abuser de moi ?
- J'ai pas besoin que tu sois bourré pour ça, répondit le bleuté et son ton arracha un frisson étrange à Renji.
Renji, ivre, ne releva pas. Ce manque tact caractéristique de l'espada finissait peut-être même par lui plaire. Il alla jusqu'à en rire, puis prit une lampée de saké, juste histoire de se rincer la bouche. Lorsqu'ils parvinrent enfin devant ses quartiers, il s'écarta brusquement de Grimmjow. Il planta son regard dans le sien. Une lueur folle y dansait, avivée par l'alcool mais allumée par quelque chose de plus profond et sombre.
- Attrape-moi !
Et, repoussant Grimmjow, il fila à l'intérieur. D'abord, l'arrancar resta immobile, complètement décontenancé par son attitude. Puis il commença à comprendre l'idée qui avait germé dans l'esprit de Renji. Le plan d'un jeu pervers, exactement comme il les aimait. Grimmjow finit par marcher jusqu'au pavillon, sans se presser, d'une démarche lente et assurée. Renji voulait rejouer ce passage terrifiant de sa vie, sa première rencontre avec Grimmjow, sûrement dans l'espoir d'effacer le souvenir du kidnapping et des violences qu'il avait subies. Cette fois-ci, il serait autant acteur que l'espada. Il serait une victime consentante. Quelque part, il espérait peut-être même dominer la situation.
Grimmjow passa sa main sur la porte neuve. Il l'effleura du bout des doigts, plongé dans ses souvenirs. Puis, il se décida à entrer. Il ne prit pas la peine de frapper ; il était ici chez lui. Il enfonça la porte. Les shinigamis pourraient bien la remplacer une fois de plus. Jaggerjack repéra immédiatement Renji, qui lui parut aussi saoul que la première fois. A cette vue, il ne put s'empêcher de sourire. Il se mit à murmurer, accompagné d'une sorte de grondement sourd :
- Renji, Renji, Renji...
J'arrive... Et, tout à coup, il se rua sur lui. Renji se débattit. Il poussa le vice jusqu'à le frapper à la tête avec la bouteille qu'il avait conservée en main. Grimmjow poussa un rugissement rauque. Du sang éclaboussa le comptoir et leurs deux visages, si proches qu'ils pouvaient sentir leur souffle. Le shinigami profita que l'arrancar soit momentanément étourdi pour aller se barricader dans la salle de bain. Exactement comme la première fois, comme lorsqu'il était venu l'enlever.
Il ferma la porte. Ses amis avaient remis son logement à neuf ; ils le regretteraient sans doute. Grimmjow et lui risquaient fort de tout mettre sens dessus dessous avec leur petit jeu. Pour l'heure, c'était la dernière de ses préoccupations. Il poussa tous les meubles devant la porte et se recroquevilla sur lui-même, dans l'attente insoutenable du moment où, une fois de plus, la bête défoncerait le barrage. Il tremblait, mais pas de peur. Cette fois-ci, il s'agissait d'excitation, d'une formidable montée de bonne adrénaline. Déjà, il entendait le fauve grogner d'impatience de l'autre côté. Des griffes crissèrent contre le bois neuf. A ce son strident, Renji frissonna encore.
- Prêt ou pas... j'arrive...
J'vais te dévorer... Son poing traversa la porte et il entra. Il n'aurait pas utilisé un cero aujourd'hui ; il tenait à préserver ce qui se terrait dans la salle de bain. Dès qu'il posa un pied dans la pièce, il dut esquiver une volée d'objets. Il attrapa une paire de ciseaux entre ses doigts. Il eut un petit sourire ; les ciseaux avaient une certaine signification pour eux désormais. C'était comme une piqûre de rappel et il sentit la douleur de sa cicatrice se raviver.
- ça, c'était méchant, ricana Grimmjow en agitant les ciseaux sous le nez de Renji, plaqué dos au mur.
Renji se contenta d'affronter son regard en silence. Quelques secondes, minutes, passèrent, dans le silence le plus complet. Aucun d'eux n'esquissait un geste, jusqu'à ce que Renji ne s'assoie par terre. Grimmjow déposa les ciseaux et se baissa à sa hauteur. Renji lui souriait.
- J'croyais que tu voyais plus voir la bête ? Et là... tu l'invites chez toi...
- Elle me dérange pas... si je la contrôle, répliqua le rouge, dont le fin sourire s'accrut.
Grimmjow glissa sa main griffue derrière sa nuque et ravit sa bouche. Renji rompit le baiser. Il le repoussa doucement. Il désirait quelque chose, avant qu'ils ne "passent aux choses sérieuses". Il n'avait qu'à parler ; Grimmjow semblait pendu à ses lèvres. Il murmura :
- Je veux une preuve...
L'espada fronça les sourcils, le regarda sans comprendre, jusqu'à ce que Renji reprenne :
- Une preuve que je t'ai survécu...
Puis il se pencha. Ses lèvres frôlèrent la joue de l'arrancar jusqu'à sa tempe. Elles se fendirent en un sourire et chuchotèrent à son oreille :
- Dévore-moi...
Un frisson remonta l'échine de l'espada. Non, il n'aurait jamais cru que son souhait le plus sadique se réalise. Il demanda juste :
- Où ?
Renji lui montra sa hanche droite. L'espada le contempla une seconde, puis écarta d'un geste assez brutal de la main ses cuisses pour se glisser entre. Il s'apprêtait à relever le tee-shirt de Renji, mais celui-ci l'enleva directement. Les griffes de l'espada glissèrent sur le flanc offert. Il pouvait sentir les veines palpiter sous la peau parcourue de fines cicatrices et de tatouages. Son propre sang se mit à bouillir. Maintenant, il en avait autant envie que Renji, si ce n'était davantage. Il s'en léchait les babines et il n'était pas que question de "faim". L'acte paraissait aussi symbolique pour lui. C'était comme une sorte de communion. Une union dans le sang et la chair. Je vais me repaître de toi... Il regarda son shinigami. Trésor, on est tellement malades. Complètement dingues. Une main un peu faiblarde caressa son visage.
- Vas-y.
- Tu es sûr ?
Il savait que le Renji sobre n'aurait jamais souhaité ça, mais ça ne l'arrêterait pas. Il ne lui avait posé la question que pour se donner un semblant de bonne conscience. Le shinigami acquiesça. Il respirait profondément ; il se préparait. Grimmjow approcha sa bouche. Il valait mieux le faire vite, même si lui aurait préféré prendre tout son temps, sentir ses canines s'enfoncer centimètre après centimètre. Ses crocs transpercèrent le derme et commencèrent à plonger dans la chair. Il dut se faire violence pour ne pas aller plus loin. Une main de Renji parcourait sa chevelure humide ; il mordait l'autre pour ne pas crier.
- C'est bon, Red... C'est fini...
Et il l'embrassa sur-le-champ, comme s'il pourrait ainsi diminuer sa souffrance. Il déchira ensuite un pan de son haut et le noua autour de la plaie. Renji réclama de l'alcool. Boire l'insensibiliserait un peu. Finalement, ils burent tous les deux.
A la vue de la porte fracturée, Ichigo pensa aussitôt qu'une bagarre avait dû éclater entre son ami et Jaggerjack, pour une raison ou pour une autre. Les deux hommes étaient connus pour avoir un tempérament bagarreur et impulsif. Il courut à l'intérieur. Comme il s'y attendait, un ouragan semblait être passé dans le pavillon. Certains meubles étaient renversés. Ce fut alors qu'il remarqua des taches de sang sur le sol. Il les suivit, ce qui le mena jusque devant la salle de bain. Le sang d'Ichigo se glaça dans ses veines, à la vue d'une flaque écarlate. Persuadé cette fois-ci qu'un événement grave s'était produit, il courut dans la chambre en appelant à perdre haleine.
- Renji !
Il buta sur des cadavres de bouteille, manqua même de tomber et se rattrapa de justesse à une commode. Dans le lit, au fond de la salle, Grimmjow dormait paisiblement. Les couvertures avaient été déplacées, comme si quelqu'un s'était levé. A l'endroit où l'autre personne s'était étendue, les draps étaient trempés de sang. Ichigo bondit sur Grimmjow et lui flanqua un coup de poing. Il l'empoigna à la gorge.
- Enfoiré ! Qu'est-ce que t'as fait de Renji ? Où il est ?
L'espada peina énormément à sortir de sa torpeur. Il promena un regard hagard à la ronde, cherchant à comprendre où était passé Renji et surtout ce que faisait Kurosaki ici. Puis il ressentit cette douleur à la mâchoire et vit le poing brandi d'Ichigo, en sang. Et il comprit. Son premier réflexe fut de projeter Kurosaki contre le mur. Il se leva ensuite péniblement du lit et passa un pantalon par-dessus son boxer. Ichigo le fixait, d'un regard furibond, attendant toujours une réponse. Grimmjow poussa un soupir à fendre l'âme.
- Putain ! J'en sais rien ! Il était couché là et... Tu fous quoi chez nous ?
- De un, t'es pas chez toi ici ! De deux, je crois qu'on avait rendez-vous tous ensemble pour mettre les choses au clair !
Il s'interrompit une seconde, pour reprendre sa respiration.
- Maintenant, t'as intérêt à me dire ce qui s'est passé ici ! C'est quoi tout ce sang ?
Grimmjow bâilla comme si de rien n'était, ce qui acheva d'inquiéter Ichigo.
- C'est rien... Juste encore une idée bizarre de Renji. Il va bien.
Il s'étira et sortit tranquillement de la chambre, en poussant Ichigo au passage. Dans le salon, ils tombèrent nez-à-nez avec Renji.
- Ren ! Heureusement t'es là ! s'écria Ichigo, soulagé. Tu vas bien ?
Renji hocha la tête. Il savait exactement à quoi le roux faisait référence.
- Je me suis... blessé, répondit-il on ne peut plus évasivement. Beaucoup de sang, mais rien de grave. J'étais sorti m'acheter des pansements.
- Viens avec moi. Je vais t'accompagner à la division 4... débuta Ichigo, avec empressement.
Renji refusa tout aussi promptement.
- Tu voulais parler il me semble, pas jouer les nounous, ajouta-t-il en s'asseyant sur le sofa.
Grimmjow émit un ricanement moqueur et alla prendre place près de lui. Il posa sa main sur sa cuisse. Ichigo trouva la façon qu'il avait de la presser particulièrement irritante. Mais il préféra se taire. Renji lui offrit de prendre une chaise, mais il refusa. Il s'accouda au comptoir.
- Allez, je suis tout ouïe. Je veux entendre toute l'histoire depuis le début.
Une ombre voila instantanément le visage de Renji, qui détourna les yeux. Ichigo en déduisit aussitôt à quel point il avait honte.
- Vas-y Grimm. Moi, j'y arriverai pas, finit par admettre Abarai.
La pression sur sa cuisse s'accrut.
- Je lui raconte tout ?... Vraiment tout ? acheva Grimmjow, avec un irrépressible sourire en coin.
Renji lui décocha un regard noir.
- L'important. Certains détails ne sont pas nécessaires. Comment tu peux plaisanter là-dessus !
Jaggerjack fit amende honorable en se chargeant de tout expliquer à Ichigo, dont les émotions fluctuèrent entre la surprise et l'horreur, en passant par le dégout et la colère. Il ne pouvait pas rester insensible, ni s'empêcher de compatir à ce qu'avait enduré son ami. Surtout il compatissait à cette peine sur son visage fermé, comme s'il essayait de se soustraire à la réalité. Lorsque le récit toucha à sa fin, Ichigo n'avait en tête qu'une seule et unique question. L'histoire qu'il venait d'entendre était si atroce qu'il en serrait les poings et les mâchoires. Il planta son regard dans celui de Renji, qui l'esquiva.
- Comment peux-tu rester là à ne rien faire ? s'exclama Ichigo. Comment peux-tu seulement supporter sa présence après ce qu'il t'a fait ?! Parle et il est exécuté ce soir ! Voire avant !
Renji prit une légère inspiration et répondit d'une voix très posée :
- J'ai tâché de le comprendre... et je l'ai pardonné.
Puis il ajouta d'un ton plus sec :
- Tu ne peux pas comprendre.
- Non, en effet ! renchérit Ichigo. Qu'il ait aidé Rukia ne change rien à ce qu'il est ! Un salopard qui t'a kidnappé, violé et battu ! Il t'a presque tué ! Il m'a presque tué ! Il a presque tué Rukia ! Tu ne peux juste pas faire abstraction de tout ça !
Jaggerjack lui-même parut mal à l'aise à ce moment précis.
- J'ai promis...
Ichigo, furieux, le coupa net :
- "Promis" ? Tu te fous de moi ? Tu penses effacer ces horreurs avec des promesses, avec des mots ?
- J'ai changé ! rugit Grimmjow, en bondissant sur ses pieds.
- Tu mens ! riposta Kurosaki. Les monstres ne changent pas ! Et tu en es un ! Rien que... tout ce sang ici le prouve !
- Il m'a demandé de le faire !
- Il t'a "demandé de le faire" parce que tu l'as brisé ! T'as pas détruit que son corps ! T'as détruit sa volonté et son esprit !
- Arrêtez !
Renji avait crié si fort qu'ils se turent derechef. Leurs regards braqués sur lui, il reprit d'une voix normale :
- Ne m'obligez pas à hurler. Ma blessure me relance à chaque fois que j'élève la voix.
Il marqua une pause, durant laquelle il garda les yeux baissés, rivés sur ses poings serrés, phalanges blanchies. Il aurait juré que Ichigo et Grimmjow le dévisageaient toujours.
- J'espère que tu te souviens de notre deal ? reprit doucement le rouge, et, avant que le roux ait eu la chance de répondre, il lui rappela le marché : Tu avais dit que si on t'avouait la vérité, tu te tairais.
Il y avait quelque chose de désagréable, presque menaçant, dans sa voix, qui arracha une grimace mécontente à Ichigo.
- Je ne m'attendais pas à ça, se contenta-t-il de dire, pour toute défense. Mais jamais je reviendrai sur ma parole.
Il passa sa main sur sa nuque et la gratta avec nervosité.
- Enfin... par contre, je ne peux pas changer d'avis sur... la situation... et sur lui...
L'espada, clairement visé, eut un sourire narquois, en détournant la tête.
- Je sais ce que t'en penses, trancha Renji, assez sèchement. Je crois être encore libre de ne pas en tenir compte.
- Comme tu voudras... murmura Kurosaki, d'une voix quasi-inaudible.
Il ne croyait pas que quiconque serait capable de changer Grimmjow. Renji avait peut-être réussi à atténuer sa violence naturelle, mais ce petit miracle ne durerait qu'un temps. Il le toisa. L'espada, les bras croisés, tapait du pied. Il était si énervé que ses griffes pressaient en rythme son avant-bras, marquant sa peau de traces rougeâtres. Ces signes n'indiquaient presque rien. Par contre, son regard, lui, en disait long, rempli de colère et de haine, qui n'étaient pas seulement dirigées contre Ichigo.
Après une très longue absence, voilà un petit chapitre (pas de scène très osée du fait du scénario, mais, pour me faire pardonner, ça devrait venir xD). Next et dans cet ordre : sûrement l'un des derniers chapitres de ma fic Assassin's Creed ; chapitre suivant pour ma fic MotochikaxMasamune.
Merci aux lecteurs,
_ Acid Kin
(Nouveau compte : alors, concernant les fics AC et Sengoku Basara, je ne suis pas certain de les reprendre pour le moment. A voir.)
