Épilogue
Ransa no Moribito
Le soir, on célébra la naissance de l'œuf.
« Hé Balsa, dit Chagum. Tu crois que le Nahji a déjà emmené l'œuf jusqu'à la mer ?
- Hum ?
- Je suis curieux de savoir à quel moment il deviendra l'Esprit aquatique.
- Qui sait ? Mais s'il ne commence pas bientôt à expirer des nuages, la récolte d'automne sera dévastée.
- Tu as raison.
- Alors Maître, que croyez-vous que Ralunga mange habituellement ? Je ne pense pas qu'il puisse rester une centaine d'années sans manger.
- Bien sûr que non, dit Grand-Mère en caressant son Usanezumi.
- C'est tout de même un être vivant. Je suis sûre qu'il consomme naturellement d'autres choses et que le Nyunga Ro Chaga est une friandise spéciale qu'il s'octroie tous les siècles.
- Je vois. Bien qu'il soit appelé le Dévoreur d'œuf, je suppose qu'en fait, il ne parvient pas vraiment à le manger.
- Y avait-il des œufs placés à l'intérieur d'autres êtres vivants également ?
- Hmmm, oui. Un ourson. Je l'ai vu se faire dévorer par Ralunga.
- Oh, je vois. »
Il finit rapidement son bol et alla rejoindre les soldats pour leur parler. Maman lâcha sa lance alors que je déposai la mienne et me collai contre elle. Le lendemain, Niisan refusait de monter sur le palanquin alors que Papa lui disait que les serviteurs semblaient gênés. Je marchais en tête avec Grand-Mère.
« Tu es blessé. Ce ne serait pas correct de ma part d'aller sur le palanquin.
- Ta sollicitude me touche, mais...
- Laisse-le tranquille, sourit Maman. Ça convient parfaitement à Chagum de cette manière.
- Exactement. De plus, nous serons bientôt au Kousenkyou. »
Après quelques heures, on arriva par le pont. Tous les serviteurs s'inclinèrent, formant un chemin pour Niisan.
« Balsa...
- Pourquoi ne commences-tu pas par aller voir ta mère afin de lui montrer que tu vas bien ?
- D'accord ! »
Il courut à travers le pont, oubliant les gens agenouillés.
« J'ai également fait préparer le gîte pour vous au Palais, nous renseigna Shuga. Allez sans crainte vous reposer, nous vous préviendrons.
- J'attends cela avec impatience, dit Grand-Mère. J'ai l'intention de pleinement en profiter.
- Nous tiendrons vos lances à disposition. »
Maman leur donna la sienne, mais je refusais de me séparer de la mienne. C'était mon chouchou, mon trésor. Finalement, je cédai et la donnai à contrecœur. Le soir, on alla dans la source chaude royale. Les servantes me trouvèrent mignonne et prirent plaisir à attacher mes cheveux en deux chignons alors que Maman se les fit attacher en un seul, même chose pour Grand-Mère, avant de nous faire enfiler une robe de bain blanche. Je m'amusai à nager dedans avec grand plaisir. Grand-Mère s'étira.
« Excellentes sources, n'est-ce pas ? (elle regarda Maman) Qu'y a-t-il ?
- Hein ?
- Tu fais une tête tellement sérieuse.
- Ce n'est rien. Il s'avère finalement que tout est terminé. (elle se leva et regarda le paysage)
- Tu vas faire quoi, maintenant ?
- Qui sait ? Je n'ai pas la tête à y réfléchir maintenant.
- Vas-tu partir pour un autre voyage ?
- Je n'ai pas encore réfléchi à cela non plus.
- Il y a des rumeurs comme quoi Tanda aurait reçu une demande en mariage.
- Pardon ?
- Une vieille connaissance m'a embêtée avec ça, aux sources chaudes auxquelles je me suis rendue cet hiver. Sa fille a vu Tanda infuser quelques remèdes pour son grand-père et est tombée amoureuse de lui. Elle me ressemble et elle est plutôt pas mal. Une fille facile à vivre, quoi. »
Elle ne dit rien. Je me redressai dans l'eau.
« Maman est à Papa ! Personne d'autre ne marie Papa ! fis-je.
- Tu es jeune, tu ne peux pas comprendre, se moqua Grand-Mère.
- Maman est enceinte, lançai-je rapidement.
- Eh... Quoi ? se surprit-elle avant de regarder Maman de ces regards incrédule. Depuis quand ?!
- Un mois juste, avoua Maman en posant une main sur son ventre et dont les servantes poussèrent des exclamations de joie, ce qui la fit sourire.
- ... Je vois.
- Je croyais que vous alliez vous en rendre compte par vous-même.
- Je ne vois pas tout... Tanda en est donc le père ?
- Oui.
- Je suppose que Tanda va refuser la demande, alors.
- Il est mieux, fis-je avec moue boudeuse. »
On sortit de la source avant de se faire enfiler un kimono rose accompagné d'un Haori rouge vin, sorte de manteau kimono. Puis on alla retrouver Papa.
« Bon sang... soupira-t-il en voyant l'énorme banquet sous ses yeux. Je ne vais jamais pouvoir manger tout ça. Je suppose que je vais commencer par ce qui va pourrir le plus vite.
- T'es bête ou quoi ? le remit à sa place Grand-Mère. Pas la peine de faire ton rapiat. Mange ce que tu as envie de manger.
- Maître, vous n'auriez pas un peu trop bu ?
- Oh, la ferme ! J'ai l'intention d'assécher entièrement le Palais ! (elle s'assit, vida la cruche) Hé ! Encore du vin !
- Eh bien... (Papa prit ses baguettes) En tout cas, je comprends pourquoi un bol de riz lui paraissait si nouveau, si c'est ce qu'il avait l'habitude de manger. Tu ne crois pas, Balsa ? (Il regarda Maman)
- Si je suppose.
- ... Ne t'inquiète pas ! Tu vas pouvoir revoir Chagum. Ce ne pouvait pas être la dernière fois que nous le voyions. Je suis sûr que Chagum veut te voir aussi.
- ... Tu as raison. »
Je m'assis à ses côtés. Maman avait le regard lointain et semblait être perdue dans ses pensées. Je regardai l'énorme banquet de nourriture : quel gâchis en même temps. On ne pourra jamais manger tout ça. Ça me décevait un peu parce que les gens du Palais était égoïste et se foutait des gens qui mouraient de faim dans l'empire. Maman et moi allions partager le même appartement royal pour une nuit.
« C'est énorme ! m'écriai-je en venant me rouler dans l'énorme futon en riant.
- C'est vrai, moi-même je me suis demandée ce que c'était la première fois. Pourtant, les gens de la haute noblesse dorment dans des lits comme ceux-ci chaque nuit.
- C'est le paradis !
- Oui, presque, sourit-elle. »
On se coucha sur l'énorme futon et je collai fortement Maman, comme d'habitude.
« Est-ce qu'on va revoir Niisan ?
- Je l'espère...
- Hai. Bonne nuit.
- Bonne nuit. »
Je me mis en petite boule et en profitai pour poser ma main sur le ventre de Maman. Même si le bébé n'était pas assez gros pour sentir ses coups, j'allais être sa grande sœur, sa protectrice. Maman sourit.
« Maman ?
- Oui ?
- Ça te chatouille pas ?
- Non, on finit par s'y habituer. Après tout, il me reste encore neuf mois, alors aussi bien s'habituer.
- Il y a juste moi et Papa qui ont le droit d'y toucher pas vrai ?
- Tout à fait. »
Je souris. Je crois que j'allai devenir possessive envers sa bedaine... Vers le milieu de la nuit, Maman bougea et se redressa lentement en murmurant. J'ouvris les yeux et la suivis du regard. La porte s'ouvrit sur une belle dame : c'était bien la Seconde Impératrice, la maman de Niisan. Aussitôt je sautai hors du futon et imitai Maman en m'agenouillant.
« Redressez-vous. Je voulais vous remercier du plus profond de mon âme d'avoir si bien pris soin de mon fils, nous dit-elle.
- Tu peux lever les yeux mon ange. Il ne va rien t'arriver.
- Je ne vais pas perdre la vue ? m'enquis-je, encore un peu effrayée de lever les yeux.
- Promis. »
J'osai lever les yeux vers elle, alors.
« J'ai donc bien fait de te confier mon fils, Balsa-San. Ainsi, je ne savais pas du tout que vous aviez une enfant.
- C'est secret. Rare sont les gens à le savoir, avoua-t-elle. »
Je les écoutai parler quelques minutes. Maman avait tenu sa promesse et la Seconde Impératrice lui dit qu'elle la payerait pour la remercier de ses services et d'avoir ramené Chagum sain et sauf. Et qu'il était aussi plus mature. Elles parlèrent un moment et la Seconde Impératrice s'en fut, visiblement heureuse.
Le lendemain, Maman eut ses principales nausées dues à sa grossesse et après avoir déjeuné, on se rendit sur la place du Palais.
« Mais combien de temps vont-ils nous faire attendre ? maugréa Grand-Mère. »
Six des huit guerriers montaient la garde. Je me tenais entre Maman et Grand-Mère. Shuga arriva enfin, suivis des trois Impératrices, du Mikado en personne et de Niisan. Ils avaient des filets noirs au-dessus des yeux.
« Balsa, c'est... allait dire Papa.
- Oui.
- D'après eux, "l'habit fait le moine", dit Grand-Mère.
- Maître...
- Quoi ? Ce n'est pas comme s'ils pouvaient nous entendre d'où nous sommes.
- À la lumière des excellents services rendus à Son Altesse, le Prince Héritier, fils du Paradis... Sa Majesté, l'Empereur, va maintenant accorder une récompense. »
Maman ne cessait d'observer Niisan, même lorsqu'elle prit son offre. Torogai refusa d'aller chercher sa récompense et demanda à Papa d'y aller pour elle. Et comme toute surprise, j'avais y compris une récompense. Maman le prit à ma place. Nous marchions pour sortir de la cour impériale.
« J'aurai préféré avoir la chance de parler à Chagum une dernière fois plutôt que de recevoir un truc comme ça, avoua Papa.
- Je prendrai ta récompense un de ces jours, alors, décida Grand-Mère.
- C'est pas vrai... soupira-t-il. »
Alors qu'on se dirigeait vers la sortie du Palais, dans la cour avant, deux gardes (Mon et Jin) nous arrêta.
« Arrêtez. Les gens du peuple ne sont pas autorisés à passer par ces portes.
- Prenez le chemin à votre gauche.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? se renseigna Grand-Mère.
- Vous devez passer par ce chemin.
- Hé, c'est... allait sortir Papa.
- Allez, dit le chef d'un autre ton de voix, plus doux.
- Faisons ce qu'ils disent, déclara Maman. »
On passa la porte lorsqu'on vit Niisan arriver avec nos deux lances, Shuga tenant la mienne. Ma lance, mon trésor, mon bébé !
« Chagum, dit-elle.
- (Il se crispa et se mit à pleurer avant de courir vers elle) Balsa ! (il l'enlaça et mit sa tête direct sur sa poitrine, inconsciemment) Je… Je ne veux pas être le Prince héritier ! Je… je veux rester avec toi, Balsa ! Je ne veux pas que nous soyons séparés ! Je veux continuer à voyager avec toi, Alika-Imouto et Papa ! »
Je sursautai : c'était la seconde fois que je l'entendais m'appeler "Imouto", en somme, petite sœur. Maman ne réagit pas sur le coup et lui caressa lentement les cheveux alors qu'il sanglotait à chaudes larmes avant de s'agenouiller, de lâcher sa récompense au sol et de l'étreindre fortement. Il calma instantanément ses pleurs. Je vous le dis, les câlins de Maman sont magiques !
« Chagum. Vas-tu t'enfuir avec moi ? demanda-t-elle en l'observant. »
Il eut un moment de silence et elle reprit du même coup sa lance.
« Eh bien ? Tu veux que j'agite un peu les choses et tu veux que je te fasse une démonstration de mes capacités de combats ? »
Niisan nous regarda, Grand-Mère hocha la tête, même chose pour Papa. Je me contentai de sourire. Maman continuait de le regarder. Il soupira et inspira profondément.
« Ce n'est pas la peine. Réserves-toi pour d'autres enfants. Comme le petit frère ou la petite sœur d'Alika ! s'amusa-t-il en me jetant un regard complice.
- C'est parfait, rit Grand-Mère. Je crois que tu comprends certaines choses mieux que les grandes personnes. »
On rit de bon cœur alors que Shuga me redonna ma lance en s'inclinant.
« Je vais rentrer maintenant, annonça Niisan.
- Très bien. »
Maman reprit sa récompense et se redressa. On se croisa et de dos, j'entendis Niisan demander :
« Balsa. Appelle-moi "Chagum". Dis, "Au revoir, Chagum", s'il te plait. »
Je la regardai. Elle ferma les yeux, un court instant elle devint triste, puis se reprit et déclara :
« D'accord. Au revoir, Chagum.
- Bye, Niisan, ajoutai-je.
- Merci, Balsa, Tanda, Alika-Imouto, et vous, Chamane Torogai. Au revoir ! »
Dès qu'on fut hors de la cour, je me rendis à l'évidence : je n'avais plus de "Niisan" à partir de maintenant et désormais qu'il n'y était plus, la compétition était terminé. Oui, j'allais avoir Maman pour moi seule... mais ça me faisait un peu étrange tout de même.
On resta près de quatre mois chez Papa, la famille toute réunie. Maman avait enfin décidé d'aller à Kanbal et cette fois-ci, elle avait bien avertit Papa que j'allais l'accompagner jusqu'au bout. J'étais vraiment heureuse ! On est restés quatre mois, le temps que ses nausées se calment et qu'elle aille mieux.
« J'ai besoin d'un peu de temps, dit-elle en cherchant maladroitement ses mots. Je voudrais aller voir la famille et les amis de Jiguro, les informer sur ce qu'a été sa vie, ce qu'il a été pour moi... J'avais toujours refusé de le faire, mais je crois que le moment est venu. J'ai été la garde du corps de Chagum. Je crois que maintenant, je comprends ce qu'a dû être le sentiment de Jiguro vis-à-vis de moi. C'est pour ça que j'ai décidé de retourner à Kanbal pour tout raconter la vérité.
- Je suis content pour toi. Oui, va à Kanbal avec Alika. Mais te déconseille d'emporter ta lance.
- Pourquoi ?
- Parce que des hommes plus beaux que moi, tu en trouveras peut-être, mais tu n'en trouveras aucun pour te faire des points de suture gratuitement ! »
Nous rîmes de bon cœur.
« Sinon, es-tu sûre que ça ira, Balsa ? s'inquiéta-t-il.
- Oui. J'ai déjà voyagé avec Alika dans mon ventre, jusque vers le cinquième mois. Je vais tenir, fais-moi confiance.
- Tu ne pourras pas te battre si tu te fais attaquer.
- Je serai-là, moi ! annonçai-je, le regard remplit de fierté et de confiance absolue.
- Hahaha... toutefois, je me demande.
- Tu doutes de mes capacités, Papa ?
- Non, non...
- Mensonge ! Tu veux que je te prouve mes capacités ?
- Non merci. Je ne doute pas une seconde. Aller ma puce. Es-tu prête ?
- Depuis tout le temps que je l'attendais, ce voyage vers Kanbal, oui !
- D'après mes calculs, le bébé devrait arriver vers le mois de Novembre, fin octobre..., dit Maman.
- Peux-tu essayer de m'avertir en avance, quelques semaines avant sa naissance ?
- Je vais essayer. Prête Alika ?
- Oui ! »
Je pris mon sac, mis ma cape, pris ma lance, mis mon chapeau de jonc et emprisonna sa main dans la mienne avant de sortir pour la grande chaîne des Monts de la Brume Bleue. Les feuilles au-dessus de nos têtes bruissaient sous la pluie. Le Nyunga Ro Im était bien vivant et nous offrait le nécessaire pour une bonne récolte. En route pour Kanbal !
YOUPIIIII !
C'est la fin de ce premier Tome !
Ceci étant dit, le but premier de cette première fanfic de Seirei no Moribito était d'intégrer mon personnage à l'histoire étant donné qu'il y avait peu de personnage et que j'aime mettre les miens dans le contexte. J'espère avoir bien réussi mon objectif et que vous vous êtes habitués à Alika désormais, histoire qu'elle n'ait pas fait "cheveu dans la soupe".
Le prochain tome s'inspirera du Tome 2 de la série Moribito : Gardien des ténèbres (Guardian of Darkness, traduit uniquement en anglais, par Nahoko Uehashi. Je l'ai demandé en cadeau de Noël :3), mais ne suivra pas la trame principale et différera légèrement... So, à vous chers lecteurs, de me laisser vos impressions globaux sur l'ensemble de ma fanfic et si c'était une bonne idée de reprendre les épisodes !
