Réécriture 07/06/2015


Chapitre 13

Harry déglutit en observant l'étrange comportement de sa mère et Severus. Tous trois étaient assis à la table de la cuisine, mais aucun mot n'avait encore été prononcé, mis à part un « Stupefix » de la part de son mentor en direction de son père. L'homme reposait désormais quelques mètres plus loin et ne bougeait pas d'un poil.

Severus se tenait bien droit sur sa chaise, les yeux lançant des éclairs et les mains crispées sur le bord de la table. Sa mère, face à lui, se tortillait légèrement en essayant désespérément d'éviter son regard. Elle finit par abandonner et se leva, mal à l'aise. Elle commença à sortir des verres, en cassa plusieurs dans le processus, puis les posa sur la table sans que Severus ne daigne faire quoique ce soit.

« Donc, vous êtes l'ancien Directeur d'Harry, c'est bien ça ? », balbutia-t-elle finalement en lui servant de l'eau d'une main tremblante.

La moitié de ce qu'elle avait versé manqua le verre. Harry fit signe à sa mère de s'asseoir alors qu'il allait chercher une serviette pour réparer les dégâts.

« C'est exact. », se contenta de répondre Severus sans lâcher sa mère des yeux.

« Je…Croyez-bien que je suis ravie de votre présence ici…Mais pourquoi êtes-vous là, au juste ? J'ai appris que vous étiez devenu Ministre de l'Education, y a-t-il un quelconque rapport ? », demanda-t-elle, la voix enrouée.

« Non. », lâcha Severus sans plus d'explications.

Sa mère prit une profonde inspiration alors qu'Harry s'asseyait de nouveau à côté d'elle.

« S'il vous plaît…Je voudrais juste savoir ce que vous nous voulez ! », s'écria-t-elle, des larmes dans la voix. « Pourquoi avez-vous agressé mon mari ? Que comptez-vous nous faire ? »

« Calme-toi, maman », intervint Harry d'une voix calme. « Severus ne vient pas nous faire du mal », renchérit-il, bien qu'il commence à nourrir des doutes au vu du regard de l'homme. Peut-être était-il devenu fou de douleur ? « Que viens-tu faire ici, Severus ? »

Son mentor tourna son regard noir vers lui, et Harry tressaillit en remarquant à quel point il était vide. Il était évident que l'homme n'allait pas bien. Le deuil de Stella semblait l'avoir presque brisé, et Harry vit à quel point il était proche du gouffre.

Il sentit ses battements de cœur s'accélérer, appréhendant la réponse de l'homme.

« J'ai pensé que le premier jour des vacances était une excellente date pour une réunion de famille. », répondit-il en souriant étrangement. « Qu'en penses-tu, Antigone ? »

Sa mère semblait prête à s'évanouir sous le choc. Son visage devint terriblement pâle, et elle se mit à trembler de manière incontrôlable. Harry voyait pratiquement la panique envahir son cerveau alors qu'elle se mettait à se tordre nerveusement les mains.

« Severus », lâcha Harry, une note d'avertissement dans la voix. « Ce n'est pas le bon moment. On devrait attendre encore un peu avant de… »

« Attendre ? », hurla l'homme en se levant subitement, faisant sursauter ses deux compagnons. « J'ai attendu vingt-deux ans ! Ne penses-tu pas que c'est assez, Harry ? »

« Severus, s'il te plaît, calme-toi. », murmura le jeune sorcier d'une voix douce.

Son mentor secoua la tête en faisant les cent pas dans la cuisine.

« Non, non je ne vais pas me calmer ! », cria-t-il. « Cette petite salope nous a caché la vérité pendant tellement longtemps…Ne ressens-tu pas la même colère que moi, Harry ? De savoir que si nous n'avions pas tout découvert par nous-mêmes, jamais nous n'aurions été mis au courant ? A cause de cette femme ! », dit-il en pointant sa mère blanchâtre du doigt. « Une seule personne ne devrait pas avoir le droit de décider du destin des gens qui l'entourent ! Bordel ! », s'énerva-t-il en jetant son verre sur le mur de la cuisine. « Nous avions le droit de savoir ! »

« J'en suis conscient, figure-toi ! », répondit Harry en se levant à son tour pour se placer face à l'homme. « Mais on aurait pu faire ça autrement, attendre que mon père soit absent… »

« Parce-que tu crois que l'occasion se serait présentée de nouveau dans peu de temps ? », s'écria le Ministre. « Crois-moi, c'était le seul moment possible. J'ai bien observé leur routine, et je peux t'assurer qu'ils ne sont jamais chez eux. Ils vivent presqu'au Département des Mystères. J'ai trouvé plus simple de les coincer ici que là-bas », ironisa-t-il.

Sa mère émit un petit bruit depuis la chaise d'où elle n'avait pas encore bougé, et les deux hommes tournèrent la tête pour la regarder. Elle avait du mal à respirer, et haletait difficilement en tenant sa poitrine de sa main droite. Harry se précipita près d'elle, paniqué, alors que Severus restait planté là et la regardait se débattre pour absorber de l'oxygène.

Harry se demanda si l'homme serait capable de laisser sa mère mourir si elle s'asphyxiait, là, maintenant. Il semblait tellement furieux, et désespéré, que le jeune garçon ne serait pas grandement étonné si c'était le cas. Une lueur dans le regard de l'homme criait vengeance pour son bébé, et même si Harry ne connaissait rien à l'instinct paternel, il était persuadé que la menace était à prendre très au sérieux.

« Severus ! Viens m'aider ! », cria-t-il en direction de son mentor.

Ce dernier ne bougea pas.

« S'il te plaît ! Elle s'étouffe ! », le supplia-t-il avec ardeur.

Même s'il était lui aussi en colère contre sa mère pour tout ce qu'elle avait caché, et tout ce qu'elle n'avait pas fait, comme le protéger, il ne pouvait pas sciemment la regarder mourir sans rien faire.

Et manifestement, Severus non plus car il finit par s'agenouiller près de sa chaise et commença à examiner son état. Harry soupira de soulagement. Il avait toujours su que son mentor était un homme bon. Et il en avait la confirmation devant ses yeux. Même en étant hors de lui, il ne pouvait pas s'empêcher de sauver sa mère. Son instinct de gentleman avait pris le dessus.

Le jeune garçon se surprit à sourire à cette pensée.

« Chut, ca va aller », chuchota-t-il à son ex petite-amie. « Respire doucement, calmement, tout va très bien, prends une inspiration après l'autre, oui c'est bien, comme ça…Continue…Un, deux, trois…Tout va bien se passer… »

Petit à petit, le pouls de sa mère ralentit à un rythme normal alors que sa respiration redevenait régulière.

Lorsqu'il fut clair qu'elle allait mieux, Severus se recula de plusieurs pas et l'observa sans rien dire. Harry aurait voulu pouvoir lire dans son esprit pour savoir ce qu'il pensait à cet instant précis.

De son côté, sa mère but son verre d'eau d'une traite avant de dire d'une voix faible :

« Depuis combien de temps savez-vous ? »

Harry plongea ses yeux argent dans ceux de sa mère, avant de répondre d'une voix neutre :

« Je le soupçonne depuis ma cinquième année mais on sait réellement qui tu es depuis mars dernier. »

« Co-Comment ? »

« Polynectar », déclara simplement Severus.

Sa mère le fixa d'un regard vide.

« J'ai bu un peu de Polynectar contenant quelques-uns de tes cheveux », précisa-t-il devant l'incompréhension de sa mère. « Et là, surprise ! Je me transforme en brune aux yeux bruns au lieu de blonde aux yeux bleus ! »

Sa mère prit sa tête entre ses mains et s'avachit sur sa chaise.

« Cela ne devait pas arriver, par Merlin, ils m'avaient promis que jamais personne ne serait au courant… »

« Qui ? », s'exclama Severus.

« Ils avaient promis… »

« Antigone ! », cria Severus, faisant sursauter sa mère. « De qui parles-tu ? »

« Je…Je… Que savez-vous ? », demanda-t-elle finalement en relevant la tête.

Severus se rapprocha d'elle et mit ses lèvres contre son oreille. Harry, qui était tout près, parvint tout de même à entendre ce qu'il lui disait.

« Assez pour savoir que tu es une vraie ordure. »

Sa mère pâlit et des larmes lui montèrent aux yeux.

« Vous ne comprenez pas ! J'étais obligée ! », se défendit-elle avec désespoir. « Je ne pouvais pas les laisser te faire du mal, Harry, mon bébé, je ne pouvais pas les laisser t'enlever… »

Harry fronça les sourcils aux paroles de sa mère, totalement perdu.

« De quoi parles-tu, maman ? »

Lorsqu'elle entendit sa question, sa mère se figea.

« Vous n'êtes donc pas au courant de tout. », murmura-t-elle pour elle-même.

« C'est justement pour cela que nous sommes ici », renchérit Severus d'une voix froide. « Pour savoir enfin toute la vérité, depuis le début ! Depuis Stella ! »

En entendant le prénom de sa fille défunte, sa mère eut un spasme de douleur presque physique et s'accrocha au bras de son ex-amant.

« Oh, Severus, je suis désolée », balbutia-t-elle. « S j'avais su tout ce qui se passerait ensuite, je t'aurais parlé d'elle, je te le promets… »

« J'avais le droit de savoir ! », hurla-t-il en se dégageant violemment. « Tu n'avais pas le droit de décider pour moi ! »

« Je sais. Je sais. Mais tu étais un futur Mangemort, et moi une future sorcière de la Lumière, je ne savais pas quoi faire, j'étais totalement perdue, et j'étais seule… »

Dans les yeux de Severus brillait une lueur de douleur et de nostalgie qui fit de la peine à Harry. Le jeune garçon observait l'échange des deux adultes sans intervenir, sentant que ce moment n'appartenait qu'à eux.

« J'aurais été là. Je ne t'aurais jamais abandonnée… Merde, Antigone, nous étions meilleurs amis depuis deux ans ! Tu connaissais ma peur de l'abandon, tu savais que je prendrais mes responsabilités à cœur. Je t'avais parlé de mon père, et de ce qu'il me faisait. Du fait que je voulais absolument être différent de lui…J'aurais été un bon père. », murmura-t-il avec un sanglot.

Harry sentit son cœur se serrer en entendant la déclaration de son mentor. Ainsi, c'était de cela dont voulait parler Severus lorsqu'il lui avait dit voilà deux ans qu'il voulait l'aider car il lui faisait penser à un jeune homme qu'il avait connu ? Il parlait en fait de lui-même ! Etrangement, leurs deux vies semblaient tout à fait similaires. Elevés dans des foyers violents, avec des mères passives, une scolarité de paria à Serpentard car de sang-mêlé, une effrayante peur de l'abandon et une envie de fonder sa propre famille…

On aurait dit que Dieu s'était amusé à créer deux vies presque pareilles et à les mettre en contact pour observer leur relation. C'était vraiment étrange.

« Je sais », approuva sa mère en se levant pour faire face à Severus. « J'en suis maintenant consciente. Tu aurais bien mieux joué ton rôle de père avec Stella que Johnny avec Harry. Je suis désolée. »

Il y eut un petit silence, avant que son mentor ne reprenne la parole.

« Elle est morte d'un putain de cancer moldu », murmura-t-il avec difficulté. « As-tu au moins eu la chance de la revoir avant ? »

« Non », articula sa mère. « Non. Les Matheson, le couple qui l'a adoptée, m'ont appelée quelques jours après son décès. Je n'ai même pas pu aller à l'enterrement. Je m'en souviens comme si c'était hier. Je venais de commencer ma septième année à Poudlard lorsqu'on m'a appris la nouvelle… »

« Et tu es devenue Mangemort. », affirma Severus d'une voix calme.

Sa mère sursauta et écarquilla les yeux.

« Mais comment avez-vous pu apprendre une chose pareille ? », demanda-t-elle d'un air incrédule. « Personne mis à part Johnny, moi et son père n'était censé être au courant ! »

Severus lui fit un sourire sans joie.

« L'année dernière, tu es passée près de la mort après l'une de tes séances de torture avec le Seigneur des Ténèbres, et par respect pour Harry, j'ai décidé de te ramener à Poudlard. Comme tu le sais peut-être, j'avais mis en place des sorts pour révéler les Glamours. Ce fut ta perte »

« Mais mon apparence était censée résister à ce type de sort ! », s'écria-t-elle.

« Ton apparence, oui. Tu es restée Elizabeth White. Mais ta Marque des Ténèbres, par contre… Je suis sûr que même après que tu ais ingéré le Nectar d'Ame, la Marque est restée, n'est-ce-pas ? »

« Oui… », balbutia sa mère, les yeux grands ouverts.

« Et tu as donc décidé de la cacher par un simple Glamour. »

Elle acquiesça, toujours sans comprendre.

« Tout aurait très bien pu se passer si tu n'étais pas allée à Poudlard. Les sorts l'ont fait réapparaître sur ton bras gauche. Harry et moi l'avons vue alors que nous te soignions. », déclara Severus.

« Mais je n'ai aucun souvenir de tout ça ! »

Harry décida qu'il était temps pour lui d'intervenir et s'avança d'un pas.

« Tu es restée inconsciente durant tout le processus », la renseigna-t-il calmement.

« Oh par Merlin.. », répéta-t-elle en s'appuyant contre la table de la cuisine, ses jambes ne supportant manifestement plus son poids.

« Vas-tu enfin nous expliquer, maintenant ? », demanda Severus d'un ton tranchant.

La déclaration de son mentor sembla sortir sa mère de sa transe car elle prit une profonde inspiration et commença son histoire.

« Après la mort de Stella, j'étais effondrée », commença-t-elle en allant se placer devant la fenêtre. « J'ai fait tous les mauvais choix qu'il était possible de faire, je me suis plongée dans la magie noire. Je n'étais plus la même. », déclara-t-elle. « Je détestais mes parents, car c'étaient eux qui m'avaient forcée à la placer dans une famille adoptive, et j'en voulais au monde entier pour la perte de mon bébé, la chair de ma chair, le sang de mon sang. Alors j'ai sombré dans les études. J'étais déjà une prodige des runes anciennes, mais j'ai appris encore plus, encore et encore, pour m'empêcher de sombrer ou de tomber dans la folie et aller tuer mes parents. »

Elle fit une petite pause, puis se retourna pour leur faire face. Harry et Severus s'étaient tous deux rejoints et se tenaient au milieu de la pièce, suspendus à ses lèvres. Le cœur battant, ils attendaient avec impatience l'explication qu'ils cherchaient depuis si longtemps.

« Lorsque je suis sortie de Poudlard, mes parents m'ont reniée. Ils avaient appris par l'intermédiaire de mon jumeau James ma lente descente aux enfers, et ne voulaient plus entendre parler de moi. Savoir que mes parents m'avaient abandonnée comme une vieille chaussette alors que j'étais celle qui avait des raisons de leur en vouloir m'a mise hors de moi. », révéla-t-elle avec gravité. « J'ai erré durant quelques semaines dans de vieilles maisons abandonnées, planifiant ma vengeance, prévoyant la torture dont j'allais me faire le plaisir de pratiquer sur eux… »

L'atmosphère dans la pièce se fit encore plus pesante. Le récit était noir, sombre, et relatait véritablement l'histoire d'une jeune fille pétillante qui s'était transformée petit à petit en monstre sans foi ni loi. Ou tout simplement, c'était l'histoire d'une enfant dont l'amour qu'elle portait à ses parents s'était changé en une haine insurmontable.

Harry remarqua qu'il tremblait sous l'émotion.

« Et puis, ils sont venus me chercher. », lâcha-t-elle en se rapprochant lentement d'eux.

« Qui ? », demanda Harry, captivé.

« Les Mangemorts. A l'époque, comme tu le sais peut-être Harry, les Miliciens n'existaient pas. Tous les adeptes du Seigneur des Ténèbres étaient appelés des Mangemorts. », ajouta-t-elle à son encontre. « Ils m'ont emmenée de force, et m'ont gardée quelques jours enfermée dans une prison dorée. J'avais une jolie chambre, une salle de bain spacieuse, des produits de beauté… », lista-t-elle. « Tout ce dont j'avais besoin. Je ne comprenais pas vraiment leurs motivations, mais après tous ces jours à errer dans la rue, j'étais heureuse de pouvoir profiter d'un tel confort. »

Harry vit sa mère tressaillir alors que tous ses souvenirs remontaient en masse. Il sentit Severus gigoter à côté de lui, impatient de connaître la suite.

« Jusqu'à ce qu'il vienne. », dit-elle d'une voix lointaine.

« Le Seigneur des Ténèbres ? », devina Severus en regardant sa mère dans les yeux.

« Oui. Je me souviens parfaitement de notre première rencontre. C'était déjà un homme remarquablement brillant et charismatique. Il m'a parfaitement manipulée, s'est servi de mon envie de vengeance pour me rallier à sa cause. Il m'a marquée d'une Marque noire et argent, et je me rappelle encore à quel point j'étais fière de faire partie de ses plus proches partisans… », raconta-t-elle en riant jaune. « Il disait qu'il avait besoin de moi pour un projet très spécial. Qu'il avait appris pour mes compétences remarquables en runes anciennes et pour mon esprit brillant… »

Harry sentit son sang bouillir dans ses veines alors qu'il réalisait ce que sa mère venait de dire. Bon sang ! C'était elle qui avait créé ce putain de système pour repérer les Sangs-de-Bourbe dès la naissance et pouvoir leur retirer leur magie au besoin ! Depuis le début, elle avait été l'innovatrice de tout cela ! Mais alors, pourquoi faisait-elle semblant de ne pas réussir à trouver la solution dans l'équipe de recherche ?

Severus, à côté de lui, semblait totalement estomaqué.

« Oui, vous avez bien compris », dit-elle avec amertume. « Le projet sur lequel je fais semblant de plancher depuis seize ans avec mon équipe de recherche, c'est moi qui l'ai conçu. Je suis restée enfermée des mois entiers dans la bibliothèque du QG, concentrée sur la demande du Seigneur des Ténèbres. Je voulais le rendre fier, comme je n'avais pas réussi à le faire avec mes parents. Je voulais être admirée, avoir son respect. Je suppose que comme tout le monde, j'étais un peu amoureuse de lui. »

Severus poussa un drôle de grognement à côté de lui. Surpris, Harry le regarda et remarqua qu'une lueur hostile brillait dans son regard. Le jeune sorcier le fixa un moment, abasourdi. L'homme n'était tout de même pas jaloux? C'était impossible qu'il soit toujours amoureux de sa mère après autant d'années.

N'est-ce-pas ?

« Bien entendu, le Seigneur des Ténèbres n'avait pas souvent le temps avec son emploi du temps surchargé de me rencontrer en personne pour discuter de l'avancée de mes recherches, aussi avait-il confié la tâche à quelqu'un d'autre, l'un de ses plus proches disciples », déclara-t-elle en baissant le volume de sa voix. « Le plus jeune membre de son cercle intérieur. »

Harry fit rapidement quelques calculs dans sa tête. A l'époque, le cercle des Mangemorts n'était pas le même qu'aujourd'hui. Les membres de ce temps-là avaient pour la plupart « pris leur retraite » désormais, et passé le flambeau à leurs fils. Il ne connaissait à ce jour qu'un seul membre qui pouvait être aussi jeune que le laissait entendre sa mère…

« Lucius Malfoy », lâcha-t-elle après un moment de suspense.

Harry sursauta en entendant le nom du père de son meilleur ami. Etrangement, il avait l'impression que la suite de l'histoire n'allait pas lui plaire…

« Il avait quelques années de plus que moi, mais nous étions sensiblement du même âge. Il avait été également chargé par le Maître de me surveiller, car j'étais considéré comme un élément « dangereux ». Comprenez par-là que je venais d'une famille de la Lumière et que j'étais en plus la filleule de leur plus grand ennemi, Albus Dumbledore… »

Sa mère se plongea dans ses pensées, semblant rassembler tout son courage pour continuer. De la sueur perlait de son front, et ses mains avaient l'air moites. Elle bougeait souvent d'un pied à l'autre et ne pouvait pas s'empêcher de se déplacer dans la pièce tout en parlant, comme si rester en place la stressait encore plus.

« Je pense que j'ai subi ce que l'on appelle un « syndrome de Stockholm ». », soupira-t-elle. « Je.. Je suis tombée amoureuse de lui. »

Le regard de Severus se fit noir alors qu'Harry sentait sa bouche s'ouvrir sous le choc. Sa mère, en amour avec le père de Draco ? Etait-ce une blague de mauvais goût ? Et puis, quel était l'intérêt de leur dire cela, au juste ? Elle aurait pu le garder secret, c'était après tout assez personnel et Severus et lui ne lui en demandaient pas autant. Juste la vérité.

A moins qu'elle n'ait décidé de vider son sac une bonne fois pour toutes ? Elle portait tout de même ces lourds secrets depuis plus de dix-sept ans maintenant, même pour elle, qui semblait en détenir un certain nombre, cela commençait à faire un long moment…

« Au bout de quelques temps, nous…enfin nous avons fait l'amour. Régulièrement. », précisa-t-elle, le visage rouge pivoine.

Harry était à deux doigts de s'évanouir de choc et de gêne. Sa mère et Lucius Malfoy avaient couché ensemble ? Oh par Merlin !

Severus, de son côté, semblait au bord de l'asphyxie. Découvrir dans la même journée que sa mère avait été amoureuse de Lord Voldemort et de son meilleur ami, Lucius Malfoy, semblait être un peu trop pour lui. Harry pouvait le comprendre, lui-même n'en revenait toujours pas.

Sa mère déglutit devant leurs visages consternés.

« J-j'étais jeune ! », tenta-t-elle de se défendre en se mordant la lèvre. « Et Lucius était plutôt séduisant, et comme c'était également le seul jeune homme que je voyais tous les jours, eh bien j'imagine que ça a joué un rôle. »

« Lucius n'était-il pas déjà marié à l'époque ? », cingla Severus, crispé.

« Si », répondit sa mère, ce qui provoqua un hoquet de surprise à Harry. « Sa femme était même enceinte. »

Alors ça, c'était la totale ! Le Ministre de la Magie, entre autre père de son meilleur ami, avait trompé sa femme alors qu'elle attendait Draco avec sa mère ! C'était totalement…Il ne savait même pas trouver de mot pour dire à quel point il trouvait cela affligeant. Et sa mère savait tout à fait qu'il était marié à l'époque, et cela ne l'avait pas plus perturbée que ça !

Voilà qui était inquiétant. Si l'infidélité ne la choquait même pas, où allait le monde ?

« Et tu n'as même pas honte de le dire. », constata Severus avec un certain dédain dans la voix.

Alors qu'il n'aurait pas pensé cela possible, Harry vit sa mère rougir encore plus sous la critique de son ex petit-ami.

« Nous étions jeunes ! », répéta-t-elle. « Et puis, j'aurais bien aimé t'y voir, toi, enfermé dans une pièce durant des mois sans personne à qui parler mis à part une femme séduisante qui te faisait les yeux doux tous les jours en t'effleurant la main ! Aurais-tu tenu ? »

Severus ne répondit pas mais renifla de mépris.

« Tu n'en es même pas sûr ! », rétorqua sa mère d'un ton triomphant. « Alors ne m'accuse pas sur des choses que tu n'as aucun droit de juger. J'ai fait mes choix, à l'époque, et je les assume. Je ne regrette rien, surtout le merveilleux cadeau que cela m'a apporté », murmura-t-elle en tournant son regard vers Harry.

Le jeune sorcier sentit son sang se glacer d'effroi alors que toute couleur quittait son visage. Que voulait-elle dire par là ? Elle ne pouvait pas parler de sa relation avec Lucius Malfoy, n'est-ce-pas ?, tenta de se convaincre Harry.

Peut-être était-ce un clin d'œil à son mariage avec son père ? C'était probablement une façon subtile de lui dire qu'elle ne regrettait pas d'avoir épousé un tel mauvais gars car il lui avait permis d'avoir Harry. Cela ne pouvait pas en être autrement.

C'était juste son imagination qui lui jouait des tours.

Severus passait apparemment par les mêmes questions que lui car il haussa un sourcil et pinça les lèvres, intrigué.

« Que veux-tu dire par là ? », demanda-t-il à sa mère.

Cette dernière poussa un profond soupir et passa sa main derrière son cou, n'ayant manifestement pas envie de se lancer.

« Je veux dire qu'au bout de quelques mois de relation avec Lucius, j'ai commencé à avoir des nausées », lâcha-t-elle finalement en regardant son fils dans les yeux. « Je ne supportais plus la nourriture que l'on me donnait et je pleurais beaucoup plus vite qu'avant. »

Oh non, pensa Harry, effaré. Non, non, non, non ...

« Pendant un certain temps », poursuivit sa mère en ne détournant pas un instant les yeux, « J'ai cru que je commençais à déprimer. L'enfermement aurait rendu n'importe qui marteau au bout du fil. Et puis, je me suis rendue compte que je prenais du poids et du ventre. Alors, l'évidence m'a sauté aux yeux. »

Ce n'était pas possible…

« J'étais tombée enceinte de Lucius. », révéla-t-elle finalement en s'approchant d'Harry.

« NON ! », hurla-t-il en reculant à mesure qu'elle avançait. « Non ! Tu mens ! »

« Je suis désolée, mon chéri, tellement désolée de te l'avoir caché durant tout ce temps », sanglota-t-elle. « Mais je ne pouvais pas te le dire, tu comprends, c'était une question de vie ou de mort ! »

Son père était Lucius Malfoy. Son père était Lucius Malfoy. Son père était Lucius Malfoy.

Harry n'arrivait toujours pas à se réconcilier avec cette information. Sa mère venait-elle vraiment de lui sortir une telle énormité ? Prétendait-elle réellement qu'il était le fils du Ministre de la Magie ? Le fils de deux sang-purs, et non de deux sang-mêlés ? Le descendant de deux grandes familles sorcières, l'une du côté de la Lumière et l'autre du côté des Ténèbres ?

Impossible. Il imaginait tout à fait les réunions de famille que cela aurait pu donner. D'un côté, les sorciers blancs, et de l'autre, les sorciers noirs, discutant joyeusement avec des sourires hypocrites autour d'une bonne grosse dinde bien cuite, alors que le lendemain, ils se seraient entretués sur un champ de bataille. Risible. Absolument et totalement risible.

Il ne lui ressemblait même pas ! Il l'aurait bien remarqué, s'il partageait certaines des caractéristiques de Lucius Malfoy, tout de même ! Bien sûr, les gens pourraient arguer que ce serait de lui qu'il tiendrait ses magnifiques yeux couleur argent, et ses traits aristocratiques, et ses pommettes hautes, et ses cheveux très lisses, et sa démarche gracieuse…Mais il n'était pas blond, que diable ! Tous les Malfoy avaient été blonds depuis des générations !

Mais aucun Malfoy n'avait jamais pris le risque d'épouser une brune, lui susurra une voix mesquine.

Harry secoua la tête. Non. C'était beaucoup trop gros. Cela ne pouvait pas être réel. Peut-être était-il plongé dans un rêve éveillé, ou même dans un rêve tout court dont il se réveillerait dans quelques minutes ?

Bordel. De toutes les personnes qui auraient pu être son père, il avait fallu que ce soit Lucius Malfoy. L'un des plus proches conseillers du Seigneur des Ténèbres, le Ministre de la Magie, l'un des hommes les plus riches du pays, le père de son meilleur ami, putain de merde !

C'est seulement à cet instant qu'Harry réalisa. Draco était son demi-frère ! Voilà pourquoi ils avaient été attirés autant l'un vers l'autre depuis leur première rencontre, voilà pourquoi quelque chose lui semblait toujours familier dans les yeux gris de son ami. Ils avaient les mêmes, et ils n'avaient jamais trouvé cela étrange !

Mais quels cons ils étaient. Il fallait aussi leur accorder qu'aucun d'entre eux n'aurait jamais osé imaginer une telle chose. Qui serait assez cinglé pour faire d'aussi étranges théories, après tout ! Ca paraissait encore absurde, même alors que sa mère venait de lui assurer que c'était vrai.

Il n'était pas réellement Harry Parker, mais Harry Malfoy. Oh bougre.

S'il s'attendait à cela lorsqu'il s'était levé le matin-même ! Tremblant et secoué, le jeune garçon se laissa tomber au pied de la table et mit sa tête sur ses genoux. Il était maudit. Toutes sortes de choses étranges semblaient toujours lui arriver en permanence. Bizarrement, la plupart avaient un lien avec sa mère. Cette femme ne cesserait donc jamais de l'étonner, et pas dans le bon sens !

Et puis, autant mettre les choses au clair tout de suite, combien bordel de merde avait-il de demi-frères et demi-sœurs, au juste ? Stella, Draco… Qui d'autre ? Theodore Nott ?

Harry faillit vomir lorsque l'idée lui traversa l'esprit. Accroupis à côté de lui se trouvaient sa mère et Severus, arborant tous les deux un visage inquiet. Leurs bouches bougeaient mais Harry n'entendait pas ce qu'ils disaient, comme si on leur avait coupé le son. Il était comme éloigné du monde réel, plongé dans un autre univers.

Allait-il bientôt se réveiller dans son lit à Poudlard ? Rigoler un bon coup en racontant son rêve à Draco, pendant que le blond se moquerait de lui en arguant que c'était sa volonté sous-jacente d'être né sang-pur qui ressortait. Il lui répondrait d'aller voir ailleurs s'il y était, puis tous deux oublieraient l'épisode avant d'aller déjeuner dans joie et la bonne humeur.

Mais Harry eut beau attendre, il ne se passa rien et il dût bien admettre qu'il était dans la réalité. Et qu'il allait devoir accepter ce fait, car il n'y pouvait rien de toute façon : il était le fils de Lucius Malfoy.

Et merde.

« Harry ? Harry ? S'il te plait Harry, réponds! », le secoua Severus, l'air paniqué.

« Oh mon Dieu, tout est de ma faute, je n'aurais pas dû lui dire comme ça, j'aurais dû me taire… »,se lamentait sa mère, les larmes dévalant ses joues comme de l'eau d'une fontaine.

« Tais-toi Antigone, tu vas le stresser encore plus ! », rugit son mentor en direction de la femme.

« C'est bon Sev', laisse tomber », murmura Harry en relevant doucement la tête. « Il me fallait juste un moment pour…pour me faire à l'idée, je suppose. »

Sa mère éclata en sanglots bruyants.

« Oh, mon chéri, pardonne moi s'il te plaît, je suis tellement, tellement désolée… »

Harry la foudroya du regard en se relevant doucement tout en essayant d'ignorer le vertige qui le prenait. Lorsqu'il fut debout, il sentit la nausée l'envahir et se précipita aux toilettes pour y rendre la totalité de son estomac sous les yeux effarés des deux adultes qui le suivirent au pas de course.

«Harry! »

« Ca va », répondit celui-ci en se rinçant la bouche. « Juste le choc, ça va passer. »

Severus vint d'un pas ferme vers lui et l'emmena au salon où il le fit asseoir sur le canapé.

« Je pense qu'on va faire une pause », dit-il en direction de sa mère qui acquiesça d'un signe de tête.

« Non ! », cria Harry. « Je veux savoir… »

« Il faut que tu te reposes, tu as eu beaucoup trop d'émotions d'un coup mon cœur », répliqua sa mère avec raison.

« Non. S'il te plaît maman, continue. », supplia-t-il en faisant ses plus jolis yeux de chien battu.

« Allonge-toi quelques temps, ne t'inquiète pas, mon histoire ne va pas changer du jour au lendemain. »

Bien, pensa Harry. Puisque tenter de faire pitié n'avait pas fonctionné, tentons une autre technique.

« NON ! », répéta-t-il en se relevant d'un coup. « Tu vas fuir, je te connais ! Je veux savoir la suite et je veux la savoir maintenant ! »

« Chéri… »

« Ne crois-tu pas que je mérite enfin de connaître ma mère ? De comprendre tes motivations qui me paraissent encore plus que douteuses ? Veux-tu que je garde une si mauvaise image de toi ? », demanda-t-il en croisant les bras comme un enfant boudeur.

Sa mère se décomposa et Harry eut quelques instants des remords pour la faire autant souffrir. Cependant, il se reprit rapidement. C'était à elle de culpabiliser pour toutes ses cachotteries, pas à lui !

Severus, qui était resté silencieux durant tout le débat, se racla la gorge et les fit asseoir tous les deux sur le canapé alors qu'il prenait le fauteuil. Il fit un signe de tête évocateur à sa mère.

« Je pense que le gamin a raison. Tu devrais continuer. C'est maintenant ou jamais, Antigone. »

Harry adressa un sourire reconnaissant à son mentor qui le lui rendit sincèrement pour la première fois depuis son arrivée. Le jeune sorcier sentit le soulagement déferler en vagues dans son organisme. Il y avait encore une chance d'empêcher Severus de sombrer dans la douleur et dans la haine, tout comme sa mère.

Il y avait encore une chance qu'il reste auprès de lui pour toujours.

« Très bien », souffla sa mère en serrant ses mains sur ses genoux. « Je vais le faire. Mais Harry n'a pas intérêt à être malade, Severus, ou je t'en tiendrai personnellement responsable, compris ? », rugit-elle avec fougue.

Severus acquiesça en levant les yeux au ciel alors qu'Harry se surprit à sourire. C'était cette mère qu'il aurait voulu avoir durant son enfance. Cette femme prête à tout pour lui et pour sa santé. Cette femme inquiète et concernée qui le maternait un peu de trop, pour qu'il puisse râler lorsqu'elle l'aurait fait devant Draco.

Pas celle qui se recroquevillait et se taisait face à son père. Ou plutôt son beau-père. Merlin que c'était étrange…

« Lorsque j'ai découvert que j'étais enceinte », reprit finalement sa mère, les yeux dans le vague, « J'ai paniqué. Je venais de finir le projet du Seigneur des Ténèbres, et je devais bientôt lui faire face pour tout lui expliquer plus en détails. Je ne voulais pas devoir lui avouer ma grossesse car je n'étais pas sûre de comment il réagirait. Je pensais qu'il ferait peut-être de mon bébé le parfait petit soldat, ou le retirerait de ma garde pour le placer avec Lucius. Je n'aurais plus jamais eu le droit de le voir, ni même de lui parler. J'avais déjà perdu un bébé, et je savais que je ne survivrais pas si je devais en abandonner un autre. », expliqua-t-elle avec gravité.

Harry et Severus restèrent silencieux mais leurs regards se firent compréhensifs.

« Je ne voulais pas devoir sacrifier mon petit bout de chou au Seigneur des Ténèbres pour qu'il en fasse une arme, alors j'ai décidé de m'enfuir. », lâcha-t-elle en tournant les yeux vers ses auditeurs. « Au départ, j'avais prévu de partir en lui laissant la formule du système que j'étais parvenue à créer, mais j'ai changé d'avis au dernier moment. Après tout, comment aurais-je pu accepter de priver ces pauvres mères moldues de leurs bébés, quand j'allais moi-même en devenir une ? Je trouvais cela inhumain et totalement hypocrite de ma part. Alors j'ai emporté mes recherches avec moi et je suis partie. »

« Aussi simplement que cela ? Tu as un jour décidé de t'enfuir, et tu as juste pris tranquillement la grande porte sans que personne n'y trouve rien à redire ? », railla Harry, perplexe.

Sa mère roula des yeux.

« Bien sûr que non. J'ai profité du moment où les gardes devant ma chambre s'échangeaient habituellement pour y aller. Tu sais, Harry, quand tu vis pendant des mois avec les mêmes gardes, tu apprends à connaître leur routine », lui dit sa mère. « Je savais qu'eux deux étaient de très bons amis et s'éloigneraient donc quelques minutes au fond du couloir pour discuter à l'abri des regards et ne pas gêner les habitants de l'aile. Je me suis donc enfuie de l'autre côté. Je ne dis pas que ça a été simple, mais une mère est capable de beaucoup de choses pour protéger son enfant. »

Harry détourna le regard en entendant sa dernière phrase. Si c'était vrai, alors pourquoi ne l'avait-elle pas défendu face à son mari lorsqu'il le battait ? Pourquoi s'était-elle contentée de fermer les yeux et de partir dans un monde ailleurs lorsqu'il était brûlé, fouetté ou maudit ? Si elle l'aimait autant qu'elle semblait le dire, alors pourquoi était-elle restée avec ce salopard ?

Severus semblait tout aussi sceptique que lui et jaugeait sa mère du regard, comme pour déterminer sa sincérité.

« Je me suis ensuite retrouvée à la rue », continua-t-elle, plongée dans ses souvenirs difficiles. « J'ai erré un certain moment, mais je savais que je ne survivrai pas longtemps en continuant ainsi. J'allais atteindre quatre mois de grossesse, et devrais bientôt manger pour deux. Je peinais à voler assez à manger pour tenir, et c'était l'hiver. J'avais froid et j'étais terrorisée à l'idée que les Mangemorts me retrouvent. Je savais qu'ils me tortureraient pour avoir mon invention, et que je perdrais mon bébé. Je n'avais nulle part où aller. »

« Tu aurais pu venir me voir », lâcha Severus sans réfléchir.

« Bien sûr ! », ricana-t-elle. « Je te rappelle que tu étais l'un d'entre eux. Un Mangemort. Et puis, je ne t'avais déjà pas fait confiance avec Stella, je n'allais pas te faire confiance pour ce bébé-là ! »

Sa réflexion sembla replonger Severus dans ses pensées noires. Harry faillit maudire sa mère pour ces paroles mesquines. La femme sembla se rendre compte de son lapsus car elle se répandit en excuses.

« Continue », se contenta de dire son mentor d'un ton froid.

« Mais… »

« J'ai dit : continue », répéta-t-il sans bouger d'un pouce.

« Très bien », soupira-t-elle. « J'ai donc repensé à mon ex-prétendant, Johnny Parker, dont j'avais entendu au QG qu'il avait intégré le Département des Mystères en tant que Langue-de-Plomb. Le Seigneur des Ténèbres s'était beaucoup intéressé à lui au cours des derniers mois. Réputé brillant, maître en runes anciennes, il aurait fait un excellent partenaire de travail. », ajouta-t-elle en citant les propos du Lord. « Cependant, je savais qu'il n'avait aucune loyauté envers le Seigneur car sa mère avait été torturée jusqu'à la folie par des Mangemorts quelques semaines auparavant. J'ai alors décidé d'aller le voir, en pensant lui demander son aide pour me refaire une nouvelle vie sous une autre identité. »

C'était là qu'intervenait le Département des Mystères !, comprit Harry, captivé par le récit aux multiples rebondissements.

« Mais tout ne s'est pas passé comme tu l'espérais, n'est-ce-pas ? », demanda le jeune sorcier.

« Non », répondit sa mère en soupirant. « Je l'ai attendu un certain temps à l'entrée du Ministère, et l'ai interpellé pour lui proposer d'aller boire un café quelque part. Il a accepté. Cependant, dès que j'ai commencé à lui expliquer mon problème, je me suis rendue compte qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas chez lui. Plus tard, j'ai su que la torture de sa mère juste devant ses yeux l'avait anéanti. Il était devenu un homme brisé et malsain. », raconta-t-elle en grimaçant.

Harry se tendit. Ainsi, son père était aussi fou parce qu'il avait assisté à la souffrance de sa mère lorsqu'il était plus jeune ? Avait-il réellement perdu son esprit lors de cet évènement, comme sa mère le prétendait ? C'était tout de même assez incroyable, comme histoire.

Le jeune garçon pensa avec ironie qu'un auteur aurait pu faire un livre sur la vie de sa mère. Il voyait déjà le titre : « Longue descente aux enfers »….

« Je lui ai demandé son aide pour me créer une nouvelle identité. Il m'a répondu qu'il ne pouvait pas faire ça tout seul, qu'il avait besoin de l'ensemble de son équipe. Equipe dirigée par son père. Il m'a alors proposé un marché : soit j'acceptais de l'épouser et toutes mes traces seraient couvertes, me permettant d'échapper aux Mangemorts, soit il allait me dénoncer. Je n'avais en fait aucun choix. J'ai décidé d'accepter », se rappela sa mère avec tristesse.

« Et il t'a aidée à maquiller ta mort. », dit Severus, impassible.

« Oui », acquiesça-t-elle. « Le Département a fait croire à un incendie et ils ont fait la potion du Nectar d'Ame pour moi. Ils ont assassiné cette pauvre moldue et…et ils m'ont obligée à la démembrer », raconta-t-elle avec dégoût. « Peu après, j'étais devenue quelqu'un d'autre. Mais Johnny m'a alors prévenue : si je le quittais, ou racontais la vérité à quiconque, il irait directement me dénoncer aux autorités. Il m'a seulement autorisée à t'en parler, à toi Harry, mais je ne le voulais pas car je savais quel était son but. Dès l'instant où je t'aurais tout avoué, tu aurais toi aussi été obligé de lui obéir, sous peine d'être dénoncé. Tu aurais été un esclave pour lui, et je voulais absolument te préserver de cela. »

« Tu n'as fait que nous faire passer d'un enfer à un autre », renchérit Harry.

« Je sais », répondit sa mère avec tristesse. « Mais lorsque je m'en suis rendue compte, il était trop tard pour revenir en arrière. »

« Cela n'explique toujours pas pourquoi tu es entrée au Département des Mystères à ton tour, puis intégré l'équipe de recherche du Lord », lui fit remarquer Severus avec perspicacité.

« Le Seigneur des Ténèbres a approché Johnny et lui a demandé ses services. Nous avons accepté car cela nous permettait de continuer d'interagir avec l'homme et en apprendre plus sur ses plans ou ses possibles doutes sur la véracité de ma mort, mais surtout car je ne voulais pas voir ce système monstrueux être mis en place. Je ne l'avais pas fui pour rien »

Il y eut un long silence suite à la dernière déclaration de sa mère.

On y était, pensa Harry. Il savait tout à présent. Et le moins qu'il puisse dire, c'était qu'il ne s'attendait pas à quelque chose d'aussi énorme.

Bien sûr, il savait que sa mère fuyait quelqu'un et avait changé d'identité.

Bien sûr, il savait que sa mère et son présumé-père étaient des Langues-de-Plomb dirigeant l'équipe de recherche de Voldemort.

Bien sûr, il savait que sa mère était tombée enceinte jeune, avait déprimé, puis rejoint les Mangemorts.

Mais ça. Ça, c'était bien plus que tout ce qu'il avait un jour pu imaginer. C'était une histoire tellement absurde par sa complexité qu'Harry y croyait. Tout était bien trop ficelé pour n'être qu'un énième mensonge.

Cette fois-ci, sa mère avait dit la vérité.

« Bien. Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? », demanda finalement Severus.

Le silence lui servit d'unique réponse.