14 : La chasse

« Elle est partie Dean. Et elle n'est jamais revenue ! »

Cela lui avait pris près de trente ans mais Dean se considérait désormais comme le meilleur chasseur du monde... à part peut être Sam. Si son frère n'avait pas pu retrouver Charlie, il le ferait. Il s'attela à la tâche avec toute la détermination qu'il put en mettant de coté ses doutes et ses interrogations.

Dans sa tête une méchante petite voix, assez semblable à celle de Sam s'amusait à lui rappeler pourquoi il devrait renoncer à la chercher.

« Elle est partie à cause de toi... »

Je veux la retrouver pour m'excuser...

Il dégagea le grand tableau en liège de la bibliothèque du Bunker, et y épingla au centre une photo de Charlie. Il n'en possédait qu'une, celle de sa carte d'employée des Industries Richard Roman. Il se rendit compte qu'il avait peu de photographies des gens qu'il aimait, elles prenaient de la place, elles représentaient des souvenirs souvent douloureux. Dean n'était pas du genre à conserver de photographies.

Il observa le visage un long moment en se mordillant les lèvres.

« Qui es tu, Charlie Bradbury... »

Sur une feuille il jeta au hasard tout ce qu'il savait de Charlie. Qu'elle avait un tatouage de la princesse Leia, fait au Comic Con, qu'elle aimait la mauvaise pop synthétique, les spaghettis et qu'elle était sa définition personnelle du féminisme. Qu'elle était rousse, un mètre soixante dix environ, qu'elle aimait la science fiction et avait peur de sortir seule depuis l'épisode de la goule. Il avait du lui faire sacrément peur pour qu'elle s'enfuie comme ça ...

Hormis le tatouage qui était peut être un mensonge, rien de tout cela ne pouvait être masqué/déguisé ou changé... rien d'utile en somme. Charlie Bradbury n'était même pas son vrai nom...

« Elle ne voudrait pas te revoir... »

Elle en a parfaitement le droit

Il tenta vainement de la localiser par tout les moyens possible. Elle avait simplement disparu comme si elle n'avait jamais existé. Novembre déroulait ses rubans froids tandis que Dean cherchait son amie sans la trouver. Parfois, Sam tentait de l'intéresser à autre chose, lui proposait une chasse mais Dean déclinait.

« Quelqu'un d'autre fera le boulot. » décréta-t-il. Sam ne l'avait jamais entendu dire une chose pareille. Il ne lui proposa plus rien, se contentant de partir seul ou avec Castiel pendant plusieurs jours. Ils revenaient couvert de fluides que Dean aurait préféré ne pas pouvoir identifier.

Aucun des trois n'aborda le sujet mais chacun savait pourquoi Dean avait tant besoin de retrouver Charlie.

La cherchait lui évitait de penser au flacon contenant une moitié de son âme que Castiel n'avait toujours pas ouvert, il trônait encore sur la table de chevet de l'ange.

La chercher repoussait la confrontation inévitable avec Sam. Le cadet n'avait rien dit, il n'avait pas murmuré le moindre reproche, et pour être honnête, il n'avait même pas l'air fâché. Sam était devenu bon à cacher ses émotions, tellement bon que Dean le revoyait parfois à l'époque où il n'avait plus d'âme. Mais il connaissait son frère, et il savait que tout ce qu'il gardait en lui sortirait tôt ou tard. Sans doute tôt. Et que ce serait douloureux.

Si seulement il arrivait à trouver Charlie, s'excuser, la ramener avant que son frère lui crache à la figure tout ce qu'il pensait de lui...

Et surtout, surtout, la chercher évitait à Dean de se poser des questions sur lui même. Il n'avait pas envie de s'interroger sur sa relation avec Castiel, cela impliquerait des réponses qui lui faisaient peur. Il ne voulait pas non plus s'interroger sur l'homme qu'il était devenu, portant en lui une moitié d'âme, sans doute pas assez bonne pour faire de lui un humain à part entière. Et il était déjà juste bon à faire peur à ses amis.

Cela lui évitait aussi de penser aux souvenirs qui lui revenaient. Il n'en avait parlé ni à Castiel ni à Sam. Il s'était attendu à des flashes, ou à se réveiller un matin en pleine possession de ses souvenirs. Mais c'était différent, tout lui revenait peu à peu comme un fourmillement incessant à l'arrière de sa tête qu'il ne pouvait pas gratter. C'était exactement la même sensation que quand le sang afflue dans un membre engourdi. Pas réellement douloureux, juste, agaçant et désagréable. On voudrait bouger pour que ça s'arrête mais chaque mouvement est insupportable. C'était exactement comme ça qu'il se sentait à chaque instant qu'il passait non concentré sur une tache quelconque. Alors il se concentrait.

« Tu crois qu'elle va apprécier que tu la traques comme un serial killer ? »

Non, elle va détester ça...

Tout se détraqua une semaine avant Thanksgiving au moment où Dean eut une illumination. Il se leva de la chaise où il était assis depuis des heures, s'avança, comme hypnotisé vers le tableau désormais couvert d'informations sur Charlie et d'hypothèses. Il bougea quelques post it, recouvrit quelques feuilles, ratura, réécrit et, satisfait se pencha sur l'ordinateur de Sam pour chercher un nom. A New York.

Puis un second, un troisième...

Il sourit. Finalement peut être la connaissait il un peu mieux qu'il ne le pensait...

Il entra en trombe dans la cuisine un papier à la main. Sam et Castiel cuisinaient avec la synchronisation de deux personnes ayant longtemps travaillé ensemble.

« Je sais ou elle est ! » clama-t-il. Castiel se retourna vers lui les yeux brillants mais Sam ne bougea pas, continuant à éplucher des carottes sans prêter attention à son frère.

« Elle est à New York ! Elle a utilisé différents alias pour tout, mais ils renvoient tous à la même adresse ! »

« Et alors ? » la voix de Sam était glacée.

-Et alors... Alors... je sais pas elle sera peut être là pour Thanksgiving

-Ça m'étonnerait qu''elle veuille passer Thanksgiving avec nous grogna son frère.

Ce n'était pas bon, pas bon du tout et Dean recula instinctivement d'un pas quand Sam se retourna après avoir délicatement posé son couteau sur le plan de travail.

« Elle a peur de toi Dean, c'est pour ça qu'elle est partie alors qu'elle n'avait pas quitté le bunker depuis des mois! Et tu crois quoi? Qu'un sourire de toi et tout rentrera dans l'ordre? »

-J'essaye de nettoyer mon bordel Sammy ! Je fais ce que je peux.

-Je m'appelle Sam. Et tu n'aurais pas à nettoyer si tu t'étais conduit comme un être humain et si tu nous avais fait confiance ne serait ce qu'une fois dans ta vie !

Castiel les regardait tour à tour, incapable de savoir s'il devait intervenir ou non.

« Ce... Ce serait bien si... elle était avec nous pour Thanksgiving » hasarda-t-il

Sam lui jeta un regard agacé qui le fit se sentir très petit et très gauche.

« Je ne vois pas pourquoi je fêterais Thanksgiving ! Je ne vois pas de quoi je pourrais être reconnaissant.»

« SAM ! » cria Dean en faisant un pas en avant, menaçant.

« Quoi ? Bien sur tu peux être reconnaissant Dean, tu as toujours eut des anges qui veillaient sur toi! Maman te le disait toujours, et maintenant tu as Castiel... Et moi qu'est ce que j'ai? A part toi?» son ton était douloureux, il retenait à peine ses larmes. « Je n'avais qu'elle Dean ! A part toi je n'avais qu'elle! Et maintenant je n'ai plus personne! Alors non , je ne vois pas de quoi je pourrais être reconnaissant cette année!»

Ni Dean ni Castiel ne trouvèrent quoi répondre et ils se retinrent à grand peine de se rapprocher pour puiser l'un en l'autre la force de soutenir le regard furieux et désespéré de Sam.

« Je la ramènerai Sam... »

Le cadet eut un reniflement méprisant. « Bien sur... Dean Winchester sauve toujours la situation... et si pour une fois tu apprenais à ne pas détruire tout ce que tu touches pour commencer ? »

Dean ne répondit pas. Il avait une boule dans la gorge et serrait convulsivement les poings.

« C'est ce que je pensais... »

Sam quitta la cuisine, ils l'entendirent claquer la porte du Bunker.

Quand Dean se mit en route le lendemain matin, son frère n'était pas revenu et il ne répondait toujours pas à son portable.

La route jusqu'à New York fut longue et pénible.

ùù*ù*ù*ù*ù*ùù*ù

Il n'avait jamais été aussi nerveux. Il lui était arrivé d'avoir peur, d'appréhender des choses mais rarement cette nervosité qui l'empêchait de sonner à la porte comme s'il était en retard à son tout premier rendez vous. Dans sa tête la méchante petite voix qui ressemblait à celle de Sam continuait de l'informer qu'elle ne voudrait pas le voir, qu'il n'était plus son ami.

Il toqua à la porte.

Une petite blonde répondit. Elle avait de grands yeux bleus et portait un chandail gris, un jean et de grosses chaussettes.

« Heu... je cherche... » Il ignorait quel nom annoncer, il ne s'était pas attendu à ce que quelqu'un d'autre lui ouvre la porte.

« Janice, ça doit être pour toi ! » cria-t-elle en lâchant la porte. Elle fit un clin d'œil à Dean et s'effaça tandis que Charlie, ou plutôt Janice prenait sa place. Elle était toujours rousse, n'avait pas changé d'apparence et Dean l'avait déjà vu porter ce T Shirt Green Lantern.

« Dégage. » grogna-t-elle en s'appuyant contre la porte.

« Je suis venu m'excuser. »

-Je n'ai pas l'intention de te pardonner, maintenant dégage de chez moi. Elle tenta de refermer mais il glissa son pied pour bloquer la porte.

-Écoute au moins ce que j'ai à te dire !

-Non ! Va-t-en d'ici ! VA-T-EN cria t-elle.

Elle avait crié assez fort pour que la petite blonde revienne en trombe, armée d'une spatule pleine de sauce qu'elle n'avait pas songé à lâcher.

« Qu'est ce qu'il se passe ? »

« Rien... Monsieur allait ...Partir. » répondit Charlie un peu calmée. Mais Dean refusa de retirer son pied. « Je te l'ai demandé gentiment , Dean... Ne me force pas à te faire du mal ! » prévint Charlie. Sa voix tremblait, elle était très pâle mais elle lui faisait face et Dean eut la soudaine envie de la prendre dans ses bras, de la féliciter et de lui promettre qu'elle n'aurait plus jamais à faire ça. Mais les mots restèrent coincés dans sa gorge, il parvint à peine à prendre appui sur son pied avant pour tenter d'entrer.

Charlie lâcha la porte et recula d'un pas. « Si tu y tiens... » marmonna-t-elle.

Dean fit un pas dans l'appartement et d'un coup, nausées, migraines, douleurs l'assaillirent si fort qu'il recula de quelque pas en gémissant, replié sur lui même. Charlie souriait.

« Qu'est ce qu'il se passe ? Demanda encore la petite blonde

« Rien... Monsieur va partir maintenant, il n'est pas le bienvenu ici. » répondit tranquillement Charlie en refermant la porte sur Dean qui se retenait à grand peine de vomir sur son paillasson. Les symptômes diminuèrent quand il recula de quelques pas dans le couloir, puis disparurent quand il sortit de l'immeuble.

Il remonta dans l'Impala et appela Castiel.

« Alors ? »

« Alors au moins une d'entre nous sait comment se protéger... Elle a mis un sort de répulsion sur son appartement... Apparemment dirigé contre moi. » grogna Dean.

A l'autre bout de la ligne il entendit l'ange étouffer un petit rire.

« Ce n'est pas drôle cas ! »

« Pardon... tu vas faire quoi alors ? Tu rentres ? »

-Non. Je vais attendre qu'elle sorte. Elle ne peut pas passer sa vie enfermée !Des nouvelles de Sam ?

-Il est rentré il y a deux heures, s'est enfermé dans sa chambre. Je lui ai fait un sandwich mais il n'en a pas voulut.

Dean sourit malgré lui. Il avait l'impression d'être le tuteur d'un adolescent particulièrement rebelle quand il entendait Castiel parler de Sam.

« Oh... Il m'a dit qu'il y a un cadeau pour Charlie de sa part dans la boite à gant de la voiture. »

Ça... Dean pouvait compter sur Sammy pour faire délivrer ses messages même sans lui adresser un mot .

Dean attendit mais Charlie ne sortit pas ce jour là, ni les suivants. On lui livrait ses courses et manifestement elle n'avait pas envie de sortir pour mettons faire du jogging.

La seule personne qui entrait et sortait régulièrement de son immeuble c'était la petite blonde que Dean soupçonnait d'être sa petite amie. Il avait sérieusement envisagé de la kidnapper et de s'en servir comme argument pour obliger Charlie à sortir de sa retraite. Il avait appelé Castiel en suivant la blonde du regard.

« Tu n'es pas cet homme là Dean. »

-Si je le suis. Ça ne m'arrêterait pas tu le sais.

-Peut être, mais est ce que ça en vaut la peine ?

-Tu me demandes si Charlie en vaut la peine ?

Il y eut un petit silence au bout du fil et puis : « Tu ne fais pas ça pour Charlie. Je le sais et tu le sais. »

Dean aurait voulut protester et nier, mais l'ange avait raison. Si ça n'avait été que pour Charlie, il lui aurait envoyé une lettre et aurait attendu en priant qu'elle daigne lui pardonner. Parce qu'elle lui manquait. Son amie lui manquait... et ça faisait trois jours qu'il se gelait le cul dans sa voiture à attendre qu'elle sorte dans le vain espoir qu'elle lui sourirait et lui dirait que tout était pardonné.

« Arrête de répéter les mêmes erreurs. » dit encore Castiel « C'est en te comportant comme ça que tu l'as faite fuir... ce n'est pas ainsi qu'elle reviendra. »

Alors, Dean fit ce qu'il aurait du faire dès le départ. Il conduisit jusqu'à un café à quelques rues de là, acheta dans une supérette du papier et un stylo (le genre de choses que Sam avait toujours dans son sac et lui pas). Il écrivit. Il n'était pas doué pour ça et manquait franchement de pratique. Il fit beaucoup de brouillons avec beaucoup de ratures avant d'arriver finalement à une lettre d'un peu moins d'une page qu'il finit par rayer à grands traits rageurs.

Et merde … pensa-t-il.

Il prit une nouvelle feuille de papier et écrivit : «Je suis désolé».

C'était vrai, c'était la seule vérité qu'il lui importait que Charlie sache. Mais ce n'était pas encore bon...

Il écrivit en dessous «Je te demande pardon.»

C'était nul, et lamentable. Mais il se sentait nul et lamentable et n'avait pas besoin de six pages pour le faire savoir.

Il appela encore Castiel.

«Je n'aurais pas du venir hein...»

« Non. » répondit l'ange.

«Pourquoi tu me l'as pas dit ? »

« Je suppose... qu'il y a des choses qu'on doit apprendre tout seul, tu n'es pas d'accord ? »

Dean hocha la tête même si Castiel ne pouvait pas le voir. Avant de partir, il déposa sa lettre et le petit paquet de Sam dans la boite aux lettre de Charlie.

ùù**ù*ù*ù*ù*ù*

Charlie s'était menti à elle même en se faisant croire qu'elle n'avait pas peur de Dean. Il avait eut l'air désolé quand il avait toqué à sa porte quelques jours avant, mais il avait quand même tenté d'en forcer l'entrée. La fille qu'elle voyait régulièrement lui avait demandé s'il s'agissait d'un ex petit ami.

« Non... juste un ex ami. »

-Il a l'air plutôt accroché.

-C'est un principe chez lui. Il n'abandonne jamais.

C'est en disant cela qu'elle s'était rendue compte que c'était une des choses qu'elle admirait le plus chez Dean. Sa pugnacité. Mais cela tournait au harcèlement et la nuit, dans ses cauchemars elle entendait encore sa voix lui susurrer des menaces à l'oreille. Elle se réveillait tremblante, en pleurs, et levait doucement les rideaux pour voir l'Impala toujours garée dans la rue.

Un matin, elle ne fut plus là, elle le soupçonna de s'être garé ailleurs pour lui faire croire qu'il était parti. Elle ne sortit que pour récupérer son courrier.

Entre les factures et les publicités il y avait une lettre sans adresse ni timbre simplement estampillée « Charlie » et un petit paquet.

Elle attendit d'être revenue dans la sécurité de son appartement pour examiner l'enveloppe. Elle n'était pas lourde, ne devait pas contenir plus d'une page. Elle décida de la déchirer, de la brûler et de ne plus jamais avoir affaire aux Winchester.

Mais elle ne le fit pas. L'enveloppe resta à la narguer deux jours durant sur la desserte de l'entrée avec son petit paquet avant qu'elle ne l'ouvre.

« Je suis désolé.

Je te demande pardon »

Il n'avait pas écrit « Je m'excuse » , il avait écrit « je te demande pardon » . Charlie regarda la lettre assez longtemps pour l'avoir lue un million de fois, s'imprégnant des mots, les imaginant dits par Dean. Elle finit par ouvrir le paquet, un petit objet blanc opalescent en tomba. Elle ne connaissait pas la pierre mais elle était jolie et apaisante, elle avait l'allure de l'instant où l'eau et le lait se mélangent plus transparente à l'extérieur, plus laiteuse à l'intérieur. Elle la retourna en tout sens avant de comprendre et un éclat de rire lui échappa.

Sam lui avait offert un élan.

La petite sculpture plate était fraîche dans sa main,jolie et apaisante. Et un cadeau totalement désintéressé qui indiquait juste que Sam avait pensé à elle.

Elle referma la main dessus, mis la lettre dans son sac et tenta de ne plus y penser.

C'était la veille de Thanksgiving.

ùù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*

Aucun des trois n'avait prononcé un mot de la journée. Castiel s'était essayé à faire cuire une dinde, par principe, parce que c'était Thanksgiving. Sam n'avait pas quitté sa chambre, Dean avait passé la journée devant la télévision à boire bière sur bière et il devait commencer à être un petit peu saoul.

Castiel se sentait triste et seul alors qu'ils auraient du être heureux, tous ensemble. Il imaginait son premier Thanksgiving en tant qu'humain un peu différemment.

Il sortit la dinde du four la piqua pour vérifier qu'elle était cuite. Il savait qu'ils ne la mangeraient pas, en tout cas pas ce soir... L'odeur de la viande le plongeait dans une rêverie douce. Il aimait beaucoup cette capacité des humains à rêver. C'était une sensation de flottement agréable et il s'y plongea tout entier. Dans son songe éveillé, ils étaient quatre au Bunker. Charlie aurait fait de la purée de patate douce en frappant Dean avec le presse purée à chaque fois qu'il aurait tenté d'y goûter. Sam aurait demandé à Castiel de lui raconter les vraies origines de Thanksgiving « parce qu'on ne peut pas faire confiance aux livre d'histoire ! ».

Ils auraient dîné ensemble, tassés autour de la table de la cuisine, au chaud tout les quatre. Ils auraient parlé de ce nid de vampires qui sillonnait le Nevada depuis quelques mois et que les chasseurs locaux n'arrivaient pas à localiser. Ils auraient sans doute planifié d'y aller, de régler l'affaire et de revenir pour Noël. Charlie aurait porté un pull d'une couleur jurant avec ses cheveux et Dean aurait mis du piment dans le verre de Sam.

C'était comme cela que ça aurait du se passer. Pas chacun dans son coin à ruminer en évitant d'adresser la parole aux autres. Parce que tout ce qui sortirait de leurs bouches, ce soir ce serait des insultes et non des actions de grâce.

Il abandonna son plat et se dirigea vers le salon où Dean toujours vautré, terminait son pack de six.

Il ne lui fit pas remarquer qu'il buvait trop. Le chasseur le savait et le faisait délibérément. Plus tard cette nuit là, ils se coucheraient ensemble et Dean agripperait sa main avant de s'endormir. Il dormait mal désormais, avec ou sans Castiel. Mais les cauchemars étaient juste désagréables, pas violents comme avant. Comme s'il s'y était habitué et les acceptait.

« Je peux ? » demanda l'ange en désignant la place à coté de Dean.

Celui ci hocha la tête et Castiel s'assit sur le canapé, pas aussi proche de Dean qu'il l'aurait voulut.

« Est ce qu'on va en parler ? » demanda Dean les yeux fixés sur la télé où passait une émission de divertissement.

-De quoi ?

-De ta Grâce.

Ils n'avaient pas abordé le sujet depuis qu'ils étaient revenus au Bunker mais Castiel y avait pensé. Avait retourné le problème en tout sens, en avait examiné chaque possibilité. Ce n'était pas une décision qu'il voulait ni ne pouvait prendre seul.

« Peut on attendre demain pour en parler ? »

« Pourquoi on en parle pas maintenant ? »

« Parce que c'est important et que tu as trop bu ! »

Dean lui lança un regard agacé et termina sa bière.

« Demain alors. »

Castiel hocha la tête.

« Demain. »

Quelques instants plus tard il sentit les doigts de Dean ramper entre les coussins pour s'emmêler aux siens tandis qu'un vieux film commençait.

« C'est un Thanksgiving pourri hein ? » constata le chasseur.

Castiel pencha la tête sur le coté en signe d'assentiment.

« Je suis quand même reconnaissant d'être là avec toi. » dit il.

Dean sourit et passa un bras autour de ses épaules pour l'attirer contre lui, puis finit par s'allonger sur le canapé en serrant l'ange dans ses bras comme une peluche.

« Je suis reconnaissant que tu sois là aussi. » murmura le chasseur.

Ils s'endormirent avant que le film ne soit finit, une des mains de Dean fermement serrée autour de celle de Castiel.

ùù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*ùù*ùù*ùù*

Il n'y avait pas de chasse, pas de raison pour qu'il quitte son lit. Pas vraiment de raison non plus pour qu'il réponde à son téléphone. Dans un demi sommeil qui avait plus à voir avec l'ennui que la fatigue, Sam tendit le bras vers l'engin qui bipait sur la table de nuit.

« Allo ? » grogna-t-il d'une voix rauque

« Sam ? »

D'un coup il fut réveillé et assis dans son lit.

« Charlie ? Charlie... Tu es où ? Tu vas bien ? Comment... »

« Je vais bien , Sam. Et... Et toi ? »

Il ne sut pas trop quoi répondre... Allait il bien ? Non. C'était Thanksgiving et il n'allait pas bien. Il avait vécu des Thanksgiving plus amusants à exorciser des démons.

« Heu... Je crois... » mentit il.

Il l'entendit rire au bout du fil.

« Tu mens mal. »

« Charlie tu es où ? Dean n'a pas voulut me le dire... »

« Il a bien fait. Dis lui que j'ai reçu sa lettre et … ton cadeau aussi. »

Sam sourit.

« Il t'a plut ? »

« Beaucoup. »

Ils partagèrent un silence un peu gêné.

« Reviens Charlie... Tu nous manques à tous. »

« Pas encore. Je voulais juste appeler, te souhaiter un joyeux Thanksgiving. »

Sam hocha la tête.

« Joyeux Thanksgiving Charlie. »

Quand il raccrocha, Sam souriait. Elle n'avait pas dit «Non» elle avait dit « Pas encore.»

Il n'avait toujours aucune raison de sortir du lit, mais cette fois ci il s'enfonça sous les couvertures avec un sourire.