Yo les chatons !
Un jour de publication de retard shameonme, mais cette année la reprise est intensive... L'avantage, c'est que vos n'aurez que 6 petits jours à attendre avant d'avoir le chapitre suivant hé-hé !
Petite précision supplémentaire : évidemment mon "petit coup de gueule" de la semaine dernière ne s'adressait pas au clan des "fidèles revieweuses" (merciiii les filles de me suivre depuis presque 2 ans maintenant)
Miluzine96 : OMG tes comparaisons avec GoT me flattent ;) Le Roi Alcarmir mène ses propres armées à travers le Harad (avec les Oliphants toussa toussa)
mimi70 : concernant Andreth, oui elle n'a que peu vieilli durant son séjour chez les Elfes malgré les nombreuses décennies =)
Hinata des bois : ne t'inquiète pas, j'ai toujours le projet d'une fiction sur Loki sous le coude, reste simplement à savoir quand j'aurais le temps de m'y mettre ;)
MMSSR : et oui, j'ai essayé de ménager l'effet de surprise pour l'arrivée d'Elenna !
Zeriame : Salut et bienvenue par ici ! Contente que cette fiction te plaise, j'espère qu'il en sera de même pour la suite =)
blue sky : Bienvenue à toi aussi et merciii ! Et oui, je laisse parler mon imagination et mon âme d'exploratrice à travers les contrées méconnues de la Terre du Milieu ;)
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La semaine dernière, la gagnante était mimi70 !
question : Je suis un peu à court d'idée concernant une question, mais j'ai ça qui m'est venu en tête : si jamais tu devais changer quelque chose dans la trilogie du Hobbit, qu'est-ce que ce serait, et pourquoi ?
réponse : Je te rassure tout de suite, ta question est très bien trouvée ! Comme beaucoup, j'effacerais complètement le personnage de Tauriel des films. Je dois admettre que j'étais contente aux premiers abord de voir enfin une figure féminine (voir féministe) mise en avant dans une adaptation de Tolkien. Mais pourquoi a-t-il fallu que ce personnage devienne une guimauve sur pattes, et tombe folle d'amour pour un Nain en à peine un regard ? J'aurais préféré voir une femme forte se battant pour ses idéaux, point final. De plus, sans Tauriel, la fin des films n'aurait pas été gâchée par des mièvreries inutiles, avec des dialogues dignes des feux de l'amour. La fin aurait pu respecter celle du roman, bien meilleure selon moi. Voilà =)
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Cette semaine, la gagnante est... blue sky ! (et si tu pouvais nous ramener un peu de ciel bleu en passant, tu serais un amour ! blaguedemerdedumardisoir Herm )
Bonne lecture =)
Chapitre 13 :
Les flammes crépitaient et léchaient la carcassedu gibier qui cuisait à la broche. La chaleur du feu de camp faisait fondre la neige à proximité du foyer, et réchauffait les guerriers assis autour. Les nuits d'hiver étaient rudes dans les Terres Sauvages, et tous étaient contents de ce moment de répit.
Les yeux d'Elenna étaient perdus dans les flammes rougeoyantes qui ondulaient vers le ciel noir. La jeune femme était installée sur un arbre couché, avec une dizaine d'Hommes Sauvages, les autres étaient en train de se reposer sous des tentes de fortunes ou de monter la garde autour du camp.
Cela faisait trois jours qu'ils avaient quitté Fyrmarr et les Champs-aux-Iris, et qu'ils se dirigeaient vers le Sud. Le bataillon était petit, composé seulement d'une trentaine d'hommes. C'était là un souhait d'Elenna. Elle voulait pouvoir se déplacer discrètement et rapidement, et un régiment entier ne serait pour sûr pas passé inaperçu et aurait ralenti leur progression. Néanmoins, le petit groupe de guerriers pouvaient compter sur la présence d'alliés aussi précieux qu'inattendus. En effet, la meute de wargs les suivait depuis la capitale. Tout en regardant le feu, Elenna se souvint de la venue des loups à Fyrmarr une semaine plus tôt...
- Racà !
La voix de la jeune femme résonna dans les bois. Le warg pencha légèrement la tête sur le côté et jappa en signe de reconnaissance. Elenna n'en croyait pas ses yeux. Le warg était vivant, et il était revenu ! Un rire cristallin s'échappa d'entre ses lèvres alors que l'adrénaline quittait son corps, remplacée par le soulagement.
Le warg leva alors la tête et poussa un hurlement sonore. C'est alors que les autres loups sortirent un à un des broussailles et s'avancèrent tout autour d'Elenna. La jeune femme en compta quinze et elle resta sur ses gardes. Elle constata qu'ils obéissaient à Racà. Il était devenu leur chef. Face à elle, le warg fauve s'inclina, rapidement imités pour tous les autres. Elenna comprit. Ils lui vouaient fidélité.
La jeune femme resta près d'une heure en compagnie des loups, cachée de la vue de tous par les arbres de la forêt, ne sachant pas quoi faire. Autour d'Elenna, les wargs attendaient docilement. Certains s'étaient allongés, croisant leurs pattes sous leurs museaux, d'autres se disputaient un lièvre fraichement chassé, d'autres encore guettaient l'horizon. Racà était resté près de la jeune femme, et celle-ci lui caressait le flanc, d'abord avec hésitation puis plus franchement.
Le soleil poursuivait sa course, et à présent il commençait à descendre derrière les hauteurs des Monts Brumeux. Il fallait qu'Elenna prenne une décision. Elle ne pouvait pas éternellement restée dans cette forêt. Prenant son courage à deux mains, elle se leva et se tourna vers les loups.
- Racà, tu vas venir avec moi, dit-elle alors d'une voix claire. Vous autres, vous restez ici.
Elenna ne sut dire si les wargs l'avaient comprise, mais lorsqu'elle s'avança vers l'orée de la forêt, le chef de la meute la suivit. Tous deux s'avancèrent jusqu'à la dernière rangée d'arbres et s'arrêtèrent un instant pour contempler la ville qui s'étendait en contrebas de la colline. Debout côte à côte, le visage de la jeune femme n'arrivait qu'au garrot du loup.
Après quelques dernières hésitations, Elenna commença à descendre les pentes enneigées de la colline. Ses bottes s'enfonçaient dans la poudreuse et il en était de même pour les pattes du warg. Tous deux arrivèrent bientôt à proximité des premiers campements de soldats. A mesure qu'ils approchaient, Elenna put entendre le silence se faire parmi les Hommes Sauvages qui se trouvaient là. Nombre d'entre eux vinrent aux limites du campement et contemplèrent l'arrivée de la jeune femme et du loup. Elenna aperçut certains d'entre eux bander des arcs dans la direction de Racà. Elle s'arrêta alors à quelques mètres des premières tentes et le warg l'imita.
Un des hommes finit par se détacher du groupe qui leur faisait face et s'approcha lentement. Il resta malgré tout à bonne distance du loup et s'adressa à la jeune femme.
- Dame Elenna, dit-il en s'inclinant sans perdre la bête des yeux. Êtes-vous en danger ? - Il n'y a aucun danger ici, si ce n'est vos flèches pointées dans ma direction. Allez quérir le Roi.
L'homme acquiesça et repartit vers le campement alors que toujours plus de soldats arrivaient, intrigués par le spectacle étrange qu'offraient Elenna et le loup. La jeune femme serra les dents et attendit.
Son frère finit par apparaître d'entre les tentes. Les hommes s'écartèrent en s'inclinant, et Wulf s'avança sans crainte vers Elenna. Ses yeux balayèrent un instant le warg fauve mais se plantèrent rapidement dans ceux de la jeune femme. Il ne semblait y avoir aucune peur ni aucune suspicion dans son regard, contrairement à ceux des autres soldats. C'était cette confiance indéfectible qui les unissait depuis leur naissance qu'Elenna appréciait le plus dans leur relation de jumeaux. Elle n'eut besoin que peu de mots pour se faire comprendre par Wulf.
- Nous avons de nouveaux alliés, dit-elle simplement.
Son frère se contenta d'acquiescer. Il connaissait l'histoire de sa sœur, elle lui avait raconté son périple pour revenir jusqu'à Fyrmarr et sa rencontre avec le loup. Wulf se tourna alors vers le campement et fit signe aux soldats de baisser leurs armes.
Comprenant qu'il était le bienvenu, Racà pencha sa tête en arrière, ouvrit sa gueule, et laissa échapper un hurlement sonore. Aussitôt, les wargs de sa meute sortirent d'entre les bois et rejoignirent les Hommes Sauvages...
A présent, les loups étaient allongés autour du camp, un peu plus loin dans la pénombre. Soudain l'un d'eux se dressa sur ses pattes. Ses yeux plongèrent vers l'orée de la Forêt Noire alors que ses oreilles se plaquèrent en arrière, comme s'il était à l'affut. Elenna et la dizaine de guerriers assis avec elle ne manquèrent pas une miette de la scène. Un homme surgit alors d'entre les bosquets et se dirigea vers le feu de camp. C'était l'un des soldats qui montait la garde.
- Quelqu'un traverse la plaine, dit-il vivement en arrivant près d'Elenna. - Surement un éclaireur des Rohirrim, répondit la jeune femme en se levant d'un bond.
Elle saisit son épée qui trônait sur le tronc à côté d'elle et la rangea dans son fourreau tout en donnant des directives :
- Konrad, prépare la défense du camp. Je pars devant.
D'un discret sifflement, elle appela Racà. Le warg arriva aussitôt, et les autres loups ne tardèrent pas à les rejoindre. Le chef de la meute s'inclina docilement, et Elenna se hissa sur son dos. Elle serra ses cuisses autour du loup et enroula ses mains dans les poils épais de son cou. Elle plaqua ensuite son corps contre celui bouillant du warg, et ce dernier s'élança à toute allure vers la plaine. C'était une drôle de sensation de monter une pareille bête, bien différente de celle que de monter un cheval. La jeune femme ressentait tous les mouvements de Racà, tous ses muscles puissants qui se contractaient les uns après les autres, et la chaleur qui se diffusait dans son corps sous son épaisse fourrure.
La meute arriva rapidement autour de l'étranger. Racà dut grogner afin de pouvoir passer entre la barrière menaçante que formaient les loups. Elenna s'attendait à voir un Rohirrim, aussi elle fut surprise en découvrant l'étranger. Sous ses yeux se recroquevillait une silhouette dont le visage était dissimulé par le capuchon de sa cape. L'étranger était vêtu de vert et de brun à la manière des Hommes de l'Est. Malgré tout, il y avait dans sa posture et ses manières quelque chose d'elfique. Mais Elenna savait que ce n'était pas un Elfe, car ces derniers ne quittaient plus la Forêt Noire et ne se baladaient plus sur les plaines depuis bien longtemps. Autour de l'étranger, les wargs grognaient et montraient leurs crocs, se rapprochant toujours plus.
- Assez ! Ordonna alors Elenna d'une voix sévère et les wargs s'arrêtèrent aussitôt. Vous êtes sur les terres des Hommes Sauvages, poursuivit-elle à l'encontre de l'étranger. Qui êtes-vous pour les parcourir sans autorisation ?
Un bruissement de feuilles fut sursauter Elenna. Son regard quitta l'étranger et plongea vers l'obscurité de la Forêt Noire qui se trouvait à quelques dizaines de mètres. Sans perdre une seconde, elle dégaina son épée, s'attendant à être attaquée par quelques alliés de l'étranger. Mais rien ne se produisit et le silence redevint roi. En voyant les silhouettes sinistres des arbres, la jeune femme réprima un frisson. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, cette forêt maudite l'avait toujours effrayée. Ses yeux balayèrent ensuite les plaines vers le Sud, car encore plus que les bois, Elenna craignait une embuscade de la part des Rohirrim. Son impatience grandit, alors que face à elle, l'étranger demeurait muet.
- Allons dépêchez-vous de vous faire connaître, ces plaines sont dangereuses ! Dit-elle à l'étranger tout en brandissant son épée dans sa direction.
La silhouette ôta alors son capuchon, et Elenna découvrit avec étonnement qu'il s'agissait d'une jeune femme. Ses cheveux cuivrés encadraient son visage dont les traits fins et délicats laissaient transparaître une certaine jeunesse. Les yeux sombres d'Elenna croisèrent alors ceux limpides et perçants de la jeune femme. Il y avait dans son regard une certaine maturité et une certaine sagesse.
- Je me nomme Andtreh, murmura alors l'étrangère. Je viens de la cité de Dale et je me rends en Lothlorien.
Les sourcils d'Elenna se froncèrent d'un air suspicieux, mais elle finit par ranger son épée dans son fourreau. Si cela avait était un Rohirrim, elle l'aurait tué sans hésitation. Mais cette étrangère cachait quelques secrets, elle en était sure...
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Quelques jours après la fête qui avait enflammée Pelargir en l'honneur de la victoire des corsaires d'Umbar, des hommes se présentèrent à nouveau sur le pont du Valima avec pour requête qu'Ëari les accompagne. Cette fois, il ne s'agissait pas de simples soldats, mais des hommes de la garde royale du prince Carnistir. Et cette fois, le capitaine du navire ne put contester leur légitimité et Ëari dut partir, escorté par la garde.
A mesure qu'il marchait vers le palais seigneurial, l'angoisse naissait au fond du cœur de jeune corsaire. Elle se diffusait dans ses veines et nouait sa gorge. Que Carnistir le convoque ne pouvait signifier qu'une mauvaise nouvelle pour lui... Alors qu'Ëari et les gardes parcouraient les rues sinueuses et ombragées de la cité portuaire, les yeux clairs du jeune homme cherchèrent une échappatoire. Malheureusement, la bonne étoile qui l'avait guidé pendant la bataille semblait à présent l'avoir abandonné.
Le petit groupe finit par arriver sur la place principale. L'endroit était désert, abandonné par la population qui craignait le courroux de Carnistir. Le corps de l'ancien seigneur avait rejoint celui de ces conseillers, pendu à l'un des nombreux gibets, et servait d'exemple pour lutter contre toute tentative de rébellion. La chaleur avait accéléré la décomposition des corps. L'odeur qui s'en dégageait était nauséabonde, et lorsqu'Ëari passa à côté des gibets afin de rejoindre le palais, il dut cesser de respirer.
Escorté de part et d'autre par les gardes, Ëari arriva devant le palais. Il fut une fois de plus impressionné par la blancheur du marbre qui le recouvrait ainsi que par le savant découpage des colonnes, des ogives et des décors dentelés. Pourtant, le jeune homme savait que cette architecture immaculée était loin d'égaler celle de la capitale du Gondor. Minas Tirith était connue de tous en Terre du Milieu, et la beauté de la Cité Blanche était contée par nombre de voyageurs jusque sur les lointaines terres du Harad.
Les portes du palais s'ouvrirent sans un grincement, et à peine Ëari les eut franchies que la fraicheur intérieure l'entoura, le faisant frissonner. Il fut escorté à travers un escalier décoré d'une fresque jusqu'à une vaste salle dont la magnificence laissa le jeune homme sans voix. Les rayons du soleil pénétraient par de hautes fenêtres et se reflétaient sur les plafonds en voûtains dorés, et baignaient la salle d'une lumière chaleureuse. Les murs étaient ornés de tapisseries tissées savamment, mais la plupart d'entre elles avaient été décrochées par les Haradrim.
Mais Ëari n'eut guère le temps de prolonger sa contemplation des lieux. Au centre de la pièce étaient dressées des tables sur une estrade autour desquelles étaient installés les généraux de l'armée d'Umbar. Carnisitir siégeait au centre, et ses yeux sombres étaient braqués sur Ëari. Ce dernier s'inclina et salua les dirigeants.
- Ainsi donc te voilà, Ëari petit-fils d'Ermir, dit alors le prince d'une voix froide. Approche.
Le jeune corsaire sentait la menace sous-jacente au ton de la voix de Carnistir. Il déglutit et s'avança près de la tablée. C'était la première fois qu'il se retrouvait directement face à son frère.
- Tes exploits lors de la bataille précèdent ta venue, poursuivit Carnistir. Nous tous ici sommes témoins de ton courage.
Les six généraux assis de part et d'autre du prince acquiescèrent. Ëari ne parvenait pas à se détendre. Cette reconnaissance publique de la part du prince cachait quelque chose, il en était sûr.
- Cependant, prends garde. Le plus courageux des hommes peut-être percé d'une seule flèche...
Carnistir laissa sa phrase en suspens. Des sueurs froides naquirent à la racine des cheveux d'Ëari et coulèrent dans son dos. Le jeune homme réprima un frisson. Malgré tout, il ne se déroba pas et soutint le regard du prince. Ce dernier enfouit soudain ses mains sous la table. Le corps d'Ëari se tendit, prêt à réagir. Il s'attendait à voir surgir une arme, mais contre toute attente, Carnistir se contenta de sortir une bourse. Il la déposa sur la table et les pièces qu'elles contenaient tintèrent bruyamment.
- Voici ta récompense, afin de saluer ton action, indiqua le prince en désignant les pièces d'or.
Ëari s'approcha de la table, méfiant. Un fin sourire étirait les lèvres de Carnistir. Lorsqu'il attrapa la bourse, ses yeux clairs rencontrèrent les pupilles sombres du prince. Il y lut une animosité viscérale à son égard, loin du sourire de façade que Carnistir affichait.
- Tu peux disposer, annonça alors le prince sans le quitter des yeux.
Ëari n'en croyait pas ses oreilles. Leur conversation s'achevait-elle vraiment ainsi, sans qu'il n'y ait de menaces ou de sanctions ? Après quelques secondes d'hésitation, il s'inclina à nouveau et quitta la salle.
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La meute ne tarda pas à rejoindre le camp des Hommes Sauvages dissimulé derrière quelques bosquets épineux. Les guerriers virent arriver une étrange compagnie. Elenna avait ligotée l'étrangère et l'avait chargée sur le dos d'un des wargs avant d'elle-même remonter sur Racà. Les yeux des hommes s'écarquillèrent en découvrant la prisonnière. Quelques-uns d'entre eux sifflèrent et d'autres lui firent des signes vulgaires, mais la jeune femme les ignora.
Elenna posa le pied à terre, et après avoir caressé le flanc de Racà, elle alla faire descendre l'étrangère sous les regards amusés des guerriers. La guerrière la mena ensuite sous sa tente. Ce n'était pas l'une des belles tentes de Fyrrmar faites d'empiècement de cuir, de broderies et de dorures. Il s'agissait d'un simple abri de voyage, modeste et minimaliste, qui servait à protéger ses occupants des intempéries et de la fraicheur de la nuit. L'intérieur se composait d'un foyer central, d'une paillasse recouverte de fourrures et d'une malle de voyage.
Elenna fit assoir l'étrangère près du pilier central avant de lui faire face. Elle la détailla alors des pieds à la tête. Toutes deux avaient l'air d'avoir le même âge, et pourtant elles n'avaient rien en commun. Les traits du visage de la prisonnière étaient doux et d'eux émanait une certaine innocence, alors que le visage d'Elenna était marqué par la gravité. Ses cheveux étaient coiffés étrangement. Et ses yeux étaient aussi clairs et bleus qu'un ciel d'été, alors que ceux d'Elenna étaient sombres et orageux. Pourtant, l'étrangère dissimulait une maturité sans égale, Elenna pouvait le sentir.
- Vous dites vous appeler Andtreh.
L'étrangère acquiesça silencieusement.
- Et venir de Dale, poursuivit Elenna. Mais vous mentez. A moins que mes yeux ne soient abusés par quelques sorcelleries, les tresses que vous arborez sont elfiques.
Le rouge monta aux joues de la fameuse Andreth. Les flammes du foyer avaient réchauffé Elenna, et cette dernière retira sa cape et son col de fourrure. Elle entendit alors l'étrangère murmurer. L'étonnement d'Andtreh était palpable et ses yeux étaient braqués vers le cou d'Elenna.
- Qu'avez-vous dit ? Demanda cette dernière soudain suspicieuse. - Le Nauglamir... répéta plus fortement la prisonnière.
Elenna comprit alors qu'Andreth désignait son collier. La pierre de ce dernier commença à briller, mais la prisonnière n'en parut pas troublée. Elle le regardait comme si elle savait de quoi il s'agissait. Le trouble s'installa entre les deux jeunes femmes. Elenna s'apprêtait à répondre lorsqu'un froissement de tissu troubla leur conversation. La jeune femme se retourna et constata qu'un pan de la tente s'écartait pour laisser apparaître Konrad. Celui-ci resta dans l'embrasure et s'inclina légèrement.
- Un crébain est arrivé, annonça-t-il alors.
Elenna lança un regard suspicieux à la prisonnière, puis après une légère hésitation, elle suivit Konrad à l'extérieur de la tente. Tous deux marchèrent jusqu'au feu de camp près duquel s'était posé l'oiseau. Sans perdre de temps, Elenna défit le message accroché à sa patte et le lut silencieusement. Ses yeux quittèrent ensuite le papier et balayèrent l'assemblée qui se trouvait autour du feu.
- Les Haradrim ont pris Pelargir il y a deux jours.
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Lorsqu'Ëari fut de retour sur le port de Pelargir, il repéra à quelques dizaines de mètres une foule attroupée sur le pont du Valima. Le jeune homme ne sut dire pourquoi, mais un mauvais pressentiment l'envahit. Il accéléra le pas et arriva rapidement au pied du navire. Des premiers murmures lui parvinrent alors qu'il montait sur le pied.
- C'est arrivé d'un coup, comme si la foudre l'avait frappé... - … On ne peut plus rien faire pour lui...
Ëari dû se frayer un chemin entre les hommes d'équipage avant d'enfin parvenir au premier rang. Là, son cœur manqua un battement. Au beau milieu du pont était allongé le capitaine, immobile et livide. Ces yeux étaient rivés vers le ciel, mais ils ne brillaient plus. De la salive coulait de sa bouche et s'étalait sur le pont. Deux corsaires étaient agenouillés autour de lui, tentant de faire leur possible pour l'aider, mais il était trop tard. L'homme était mort. Sous le choc, Ëari sentit ses jambes se dérober. Il s'éloigna du cadavre et s'accrocha au bastingage, tentant de retrouver ses esprits. Il ferma les yeux et inhala l'air marin. Cela ne pouvait être l'œuvre du hasard.
Dès qu'il en fut capable, le jeune homme se rua vers la cabine du capitaine. Une fois à l'intérieur, il repéra bien vite la cruche de vin et le godet posé sur le bureau du capitaine. Des gouttes du liquide sombres parsemaient les cartes de navigation qui étaient déroulées. La porte de la cabine s'ouvrit à nouveau et Tahar apparut dans l'embrasure. Ëari s'approcha du bureau, méfiant, sous les yeux de son ami. Il porta le verre à son nez et détecta, entre les arômes du vin, une légère odeur herbacée.
- Du poison ! S'exclama le jeune homme en repoussant vivement le verre.
- Un groupe de Gondoriens a apporté de nouveaux tonneaux de vin durant ton absence ! Indiqua alors Tahar.
- Ce ne sont pas les Gondoriens, répliqua alors Ëari d'un air pensif.
Les pensées fusaient dans son esprit. Il n'avait pas été convoqué par Carnistir pour avoir une récompense... Le prince l'avait volontairement éloigné du navire pendant qu'il tuait le capitaine. Là était donc sa menace à l'égard d'Ëari...
Fin du chapitre.
