14. La revanche des fantômes
Lorsque Tony revint à lui, sa tête était lourde, et ses membres engourdis. Lorsqu'il entrouvrit les yeux, une lumière aveuglante lui brula la cornée. Il lui fallut une seconde pour recouvrer totalement la vue, discernant des murs bleu pâle et des appareils en tout genre. Non loin de lui, un électrocardiogramme émettait des « bip » régulier.
Il réalisa qu'il était dans une chambre d'hôpital. Celle ci était meublée d'un fauteuil, d'une chaise, et d'un lit sur lequel il était allongé. Quelqu'un l'avait couvert, et avait glissé un oreiller sois sa tête. Derrière les carreaux d'une fenêtre la nuit était tombée. Il mit un instant à réaliser que quelqu'un caressait sa joue.
Levant les yeux, il trouva Pepper qui, un sourire aux lèvres, semblait fatiguer. Elle était pâle, ses traits étaient tirés, et il lui sembla qu'elle avait pleuré. Posant un baiser sur son front, elle murmura :
-Salut.
- Salut…
-Ça va ?
-Ça va… Un peu dans les vapes.
-C'est normal, tu as perdu beaucoup de sang. Tu as mal ?
-Non.
Saisissant sa main, le génie la porta à ses lèvres et y posa un baiser. Sous un pansement, sa poitrine meurtrie s'éveillait doucement. Il serra sa paume, avant de réaliser qu'elle portait un énorme hématome sur la joue. Grimaçant, il demanda :
-Qu'est ce qui t'es arrivé ?
-Henri.
-Pourquoi tu l'appels Henri ?
-Par ce que c'est son nom.
-Et Lisbeth ? Comment elle va ?
Désignant le fauteuil, la jeune femme murmura un bref « regarde ». Le génie tourna la tête, et trouva sur l'énorme siège sa fille recroquevillée dans une couverture. Ses cheveux roux étaient éparpillés sur son visage, dessinant des touches presque rouge sur ses traits endormis.
Elle ne portait ni bleu, ni égratignure. Elle semblait apaisée. Grimaçant, il releva les yeux sur Pepper, et demanda :
-Elle a extremis, n'est ce pas ?
-Je crois que oui.
Sans prendre le temps de réfléchir, le génie se redressa, arrachant perfusion et ses électrodes. L'électrocardiogramme se mit à faire un raffut de tout les diables, alors que Pepper écarquillait les yeux. Tony n'avait pas prévu que sa poitrine se mette à lui faire si mal, ni que son cœur s'emballe autant.
La douleur le paralysa complétement, le forçant à basculer sur le côté. Pepper le rattrapa, et le rallongea doucement. Ne sachant si il fallait qu'elle rit ou qu'elle hurle, la rousse murmura, ne voulant pas réveiller sa fille :
-Mais tu es dingue ?! Tu pourrais arracher tes points !
-Elle a besoin… d'être soigné…
-Elle a besoin d'un père en bonne santé. Et ce n'est pas en ruinant huit heures de chirurgie que tu le lui donnera. Alors reste tranquille.
-Ce sont les médecins qui l'ont demandé, non ?
-Bien sure que oui.
-Raison de plus pour ne pas leur obéir.
-Yinsen ne t'a jamais dis de te reposer, quand tu étais dans ta grotte ?
-Il n'avait pas à le faire, murmura il, j'avais trop de fièvre pour rester conscient.
-Quel dommage qu'on ait des antibiotiques, ironisa elle.
Elle l'embrassa sur la joue, avant de passer son bras sur épaule, et de le serrer doucement contre elle. Collant sa joue à le sienne, ils restèrent un moment silencieux. Il sembla au génie qu'elle avait eu peur, et cela l'amusa. Il aimait qu'elle s'inquiète pour lui.
Posant un baiser sur sa joue, il demanda :
-Tu t'es fait du souci ?
-Comme si tu ne le savais pas !
-Je vais bien Pep…
-Bien sure. Tu es blanc comme un linge, tu tremble de froid, et tu as la poitrine trouée. Mais à par ça, tu pettes la forme !
-Je sortira d'ici quelques jours.
-Une semaine.
-C'est pareil. Ça fait longtemps que je suis là ?
-Trois jours.
-Vous êtes resté ici trois jours ?
-On n'allait pas t'abandonner.
Avec un sourire entendu, ils se serrèrent l'un contre l'autre. Ils étaient heureux d'être rassemblé. Tony mit un instant à réaliser qu'une télévision était allumée, et diffusait l'image d'une journaliste. Haussant un sourcil, il murmura :
-Monte le son.
Pepper, saisissant la télécommande, augmenta le volume. La jeune femme se dota soudain de la parole, et déclara :
-Revenons à présent sur l'agression qui a eu lieu à Stark Industrie, il y a quelques jours. D'après nos sources, Anthony Stark irait bien mais serait toujours inconscient…
-Assez précis comme renseignements, murmura le génie.
-C'est moi qui leur ai parlé, avoua Pepper. Je préfère qu'ils disent la vérité plutôt que de raconter des bobards…
-Sage décision.
-… Mais aujourd'hui, une nouvelle information nous a toute fois été communiquée, car étant d'une importance capitale. Je serais ravie de vous en faire part, mais je laisse place à Henri Modoc, expert en bactériologie.
Le duo écarquilla les yeux, alors que l'image changeait. Henri Modoc apparut, dans un costume sombre et élégant, qui faisait ressortir ses yeux vert. Il s'approcha du micro, et se racla la gorge.
Horrifiés, les deux écoutèrent l'homme déclarer :
-Mesdames, messieurs, je ne me suis pas retrouvé devant vous depuis longtemps. Seize ans à vrai dire. Je suis conscient qu'il y a seize ans, j'ai eu le mauvais rôle. J'ai eu peur, comme vous l'avez eu vous aussi. Aujourd'hui, vous pensez certainement encore que j'ai le mauvais rôle, mais ce n'est pas le cas. Pour ceux qui s'en souvienne, il y a seize ans Anthony Stark assurait que le virus extremis avait disparu, et tous l'ont crus. Mais il a mentit. Je suis en position de l'assurer grâce à une expérience récente. Quelqu'un porte encore ce virus, qui pourtant a été bannis par la loi. Et cette personne, n'est autre que sa fille Elisabeth Maria Stark.
-C'est impossible, murmura Pepper.
-Alors je suis navré de vous annoncer qu'Iron man, votre héros, n'est autre qu'un homme normal. Un homme qui ment, pour protéger ceux qu'il aime. Pourtant, le gouvernement a fermé les yeux sur cela. Si sa propre fille peut vivre avec ce virus alors, mesdames et messieurs, je crois que nous n'avons plus à avoir confiance en Tony Stark.
Pepper éteignit la télévision, coupant la journaliste qui avait réapparut. Serrant le génie contre elle, elle s'étonna qu'il ne tremble plus. Il avait tourné la tête, et ne la regardait pas. Suivant son regard, elle vit qu'il regardait Lisbeth qui, blottit dans les bras du sommeil, semblait radieuse comme la lune.
Ses lèvres trembla, lorsqu'il murmura :
-Ils vont la tuer…
-Ne dis pas ça.
-… ils vont vouloir que je lui enlève.
-Tu n'es pas en état pour l'instant. Tu dois te reposer.
-Pepper, elle est jeune. Elle a vécue toute sa vie avec ce virus. Si on le lui retire…
-Tony, Tony, l'apaisa elle. Tout va bien. Ecoute moi : elle l'a attrapé quand elle était dans mon ventre. Elle s'est développé avec, elle a grandit avec. Si on le lui retire, je te promet que tout ira bien. Son corps mettra peut être un peu de temps à s'habituer à ce changement, mais tout ira bien. On survivra. Notre famille survivra.
-J'espère que tu as raison. J'aimerai tellement que tu ais raison…
Sa voix s'était mise à trembler. De froid, ou d'émotion, Pepper n'en était pas sure. Elle posa un baiser sur sa joue, et murmura :
-Calme toi. Ça va aller.
-Pep, il va falloir que je la soigne…
-Eh ! S'exclama elle posant un doigt sur sa bouche, l'empêchant de continuer. Tu vas m'écouter, d'accord ?
Le génie ne semblait pas décider. Sans s'en soucier, la rousse retira son doigts de ses lèvres, et posa sur lui un regard à la fois décidé et perplexe. Elle déclara, sur un ton aussi autoritaire que si elle lui avait donné un ordre :
-Tony, tu n'es pas en état de travailler. Tu n'es même qu'en état de te reposer…
-Pep…
-Non ! Je n'ai pas fini ! Tu n'as pas fais un saut en armure, ni ne t'ai battu contre un terroriste : tu as reçu cinq balles dans la poitrine. Ce géant t'a cassé six côtes. Il faut que tu reprennes des forces, et que tu te reposes. Alors tu vas te détendre, te rendormir, et me laisser gérer ça.
-Je ne peux pas vous laissez seule face à ça…
-On sera toujours ensemble. Essaye de ne pas y penser, même si ça paraît impossible. Fais moi confiance.
Tony resta silencieux, posant sur la jeune femme un regard étincelant à la fois de fièvre et d'inquiétude. Se laissant aller contre ses oreillers, il regarda Pepper remonter la couverture sur sa poitrine, avant de poser un baiser sur ses lèvres.
Frottant l'aile de son nez à la sienne, elle souffla, d'une voix à la fois dure et rassurante, emplie d'une certitude inébranlable :
-Rendors toi. Pour l'instant, nous sommes en sécurité, Lisbeth et moi. C'est toi qui a besoin d'être protégé. Tu es malade Tony, et c'est à cause de nous que tu l'es. Alors laisse nous te protéger, pour une fois. D'accord ?
-Iron man protégé par les deux femmes de sa vie…
-D'accord ? Répétât elle.
-D'accord, mademoiselle Potts. Embrasse moi.
La rousse s'exécuta, avant de se lever, un sourire aux lèvres. Elle se dirigea vers Lisbeth, vérifia qu'elle dormait encore, puis alla chercher une chaise vers la porte d'entrée. Elle la posa près de lui et, prenant place, saisit sa main.
Un sourire amusé éclaira ses lèvres, lorsqu'elle dévora du regards ses trais fatigués et son visage pâle. Elle ne pouvait ignorer que c'était en partie de sa faute. Serrant doucement sa paume, elle murmura :
-Je suis là, et je resterai là tant que tu n'iras pas mieux. Tu l'as fais quand Lisbeth est née, alors c'est à mon tour maintenant. Tout ira bien.
-Je t'aime.
-Moi aussi. Allez, dors bien.
-Toi aussi.
Il plongea dans les bras de Morphée une minute plus tard. Une fois que sa respiration fut devenue régulière, elle put enfin pousser un soupir, et se baisser jusqu'à son sac à main qui dormait sur le sol. Elle y fouilla un moment, avant d'en sortir son téléphone.
Y pianotant un instant, elle ne fut pas surprise de trouver cinquante appels en absence. Un seul message avait été laissé, et elle l'écouta comme on reçoit une gifle. La voix du président résonnait, comme un avertissement ultime :
« Mademoiselle Potts, par respect d'un décret signé il y a seize ans, je vous demande de traiter au plus vite votre fille contre le virus EXTREMIS. En cas de non respect de cette demande, je serai contraint de vous attaquer en justice pour crime contre la nation. »
Elle resta silencieuse un instant, avant d'éteindre son téléphone, et de le remettre dans son sac. Tout était allé si vite depuis trois jours, qu'elle n'avait pas eu le temps de se retrouver seule. A présent qu'elle pouvait penser, sans s'inquiéter pour Tony, elle réalisa à quel point elle était fatiguée. Mais aussi que les différents souvenirs liés à Extremis revenaient dans sa tête, hurlant tel d'abominables monstres difformes. La chose dont elle avait le plus peur, qui l'avait contrainte à prendre autant de traitement qu'un bovin atteint de vache folle, avait vécu dans le corps de sa fille pendant seize ans. Elle n'avait pas réussi à porter un bébé normal, mais seulement à lui donner une maladie mortelle.
Poussant un nouveau soupir, elle serra la main du génie, et ferma les yeux. Bientôt un doux sommeil la prit, l'entrainant loin de cet hôpital et d'extremis. Mais surtout d'Henri Modoc.
-Maman…
Pepper, sortant vaguement de son rêve où Happy couchait avec Natasha, elle mit un instant à réaliser que sa mâchoire lui faisait mal. Portant sa main à sa joue, elle devina qu'elle devait avoir une sacrée marque. Où avait elle donc dormi ?
-Maman. Réveille toi.
Ouvrant les yeux, la jeune femme réalisa qu'elle se trouvait dans une chambre aux murs bleus, où un électrocardiogramme résonnait. Elle mit un instant à se souvenir qu'elle était à l'hôpital, et que son amoureux était blessé. Une seconde plus tard, elle parvint à se souvenir qu'il s'était réveillé au milieux de la nuit.
Levant les yeux, elle trouva sa famille qui, mal coiffée et courbaturée, s'étirait en baillant. Posant sur sa mère un regard bleu de fatigue, elle demanda :
-Bien dormi ?
-Ça va. Et toi ?
-Génial. Comment il va ?
Elle avait levé les yeux sur son père, et s'approchait doucement de lui. Son visage froissé était pâle, mais d'une élégance lumineuse, poétique, presque légendaire. En la voyant, personne n'aurait put croire qu'elle était malade. Posant une main sur la sienne, elle jeta un regard à l'électrocardiogramme, avant que Pepper n'avoue :
-Ça va. Il s'est réveillé.
-Quoi ?! Mais… Hurla elle éberluée, Pourquoi tu ne m'as pas réveillé ?! Maman ! Je voulais le voir. Je voulais lui parler…
-Il va bien, Lisbeth. En revanche, il faut que je te parle.
Elle refusait d'attendre davantage pour lui parler d'extremis. La jeune fille, tirant le fauteuil à elle, s'y laissa tomber, avant de darder sur elle un regard interrogateur. Elle ressemblait à Tony lorsqu'il se posait une question –dont seule elle possédait la réponse-.
Prenant son courage à deux mains, elle se racla la gorge, et murmura :
-Lisbeth, depuis l'accident, on n'a pas beaucoup parlé.
-Ah si… Tu as trouvé le moyen de me faire huit fois la morale sur mes notes de littératures.
-Je ne voulais pas parler de ça, mais de ce qui s'est passé dans le bureau.
Il y eu un long silence. Le regard interrogateur de Lisbeth s'était mué en un trou noir effrayant, où des pensées en tout genre venaient se fracasser pour mourir, occis par la peur. Déglutissant avec peine, elle sortit un tourne vis de sa poche et se mit à le tripoter mécaniquement, le passant d'une main à l'autre avec souplesse.
Cela l'avait toujours détendu. Prenant une grande inspiration, elle déclara :
-Je t'écoute.
-Tu n'as pas dus comprendre grand chose, et je le comprends. C'est de ma faute. Je ne t'ai peut être pas tout raconter sur ton passé.
-Tu as oublié de me parler de cet Henri Modoc, par exemple. Mais si tu le permet, je vais te devancer : c'était un employé de Stark Industrie il y a seize ans. Il a perdu son bras à cause d'une dose d'acide fluoroantimonique. Il ne nourrissait qu'une seule passion : extremis. Dont, si je ne m'abuse, les symptômes sont assez insolites. Combustion spontanée, accès de rage, cicatrisation casi instantanée, force incroyable et température interne incroyablement élevée. Le jour de ma naissance, il a fait courir une rumeur comme quoi extremis se serait répandu de façon épidémique sur les Etats-Unis, te forçant à aller me mettre au monde chez parrain. Il a ensuite disparu, jusqu'à ce fameux soir, à la Toure.
Pepper resta muette un instant. Comment sa fille pouvait elle savoir tout cela ? Ils avaient toujours tout fait pour qu'elle ignore l'existence de Modoc, et qu'extremis ne soit qu'un vague sujet sans intérêt. Alors comment pouvait elle en savoir autant ?
Haussant les épaules, la lycéenne avoua :
-Il fallait bien que je m'occupe, pendant trois jours.
-Tu as eu toutes ces informations toute seule ?
-Bon, peut être que tante Natasha y est pour beaucoup. Je lui ai demandé de m'envoyer par mail le dossier « extremis » du SHIELD. Je n'ai pas mis plus d'une heure à le lire. Seulement, quelque chose me trouble un peu…
Se redressant, elle cessa de jouet avec son tourne vis, et posa sur sa mère un regard pétillant de curiosité et de peur. Elle avait beau tout faire pour l'étouffer, celle ci revenait à la frontière de ses paupières, encore et encore, comme pour s'échapper de ses yeux.
Elle reprit :
-… si mes calculs sont exact –ce qui est toujours le cas-, j'existais quand tu as eu extremis. Donc, j'ai dus attraper ce machin in utero. C'est marrant, ajouta elle, on dit toujours aux femmes enceintes « ne buvez pas », « ne fumez pas » ou « ne prenez pas tel ou tel médicament », mais ils ne disent jamais rien sur les maladies mortelles. Et en plus tu as dut avaler une quantité incroyable de médicament. Tu m'étonnes que je sois née aussi petite… Enfin, bref, ce n'est pas là que je voulais en venir…
-Où voulais tu en venir ?
-Quand on est petit, on rêve d'être l'un des quatre fantastiques : la femme invisible, l'homme élastique, la torche humaine, ou l'homme de pierre. Mais les gens ne savent pas ce que c'est que de voir ses bras prendre feu, ni de bruler tout ce que l'on touche. Ils s'imaginent que c'est génial, qu'on a des super pouvoirs, et qu'on peut en user comme bon nous semble, mais ce n'est pas vrai.
Son ton était aussi dur et froid que de la glace. Pepper se demanda si, en colère, elle ressemblait à cela. Si oui, elle ferait un effort pour paraitre moins imposante. Devant elle, dressée sur son siège comme une lionne sur un rocher, scrutant la savane, Lisbeth aurait pus lui faire peur. Mais elle s'était jurée de ne jamais avoir peur d'elle, le jour où elle était venue au monde.
Elle poussa un léger soupir :
-J'ai vu ce que j'ai fais là bas, maman. J'ai sentis la colère affluer en moi, et mes membres se mettre à bruler. J'étais consciente de frapper quand je frappais, et de bruler quand je brulais. J'ai même pris du plaisir à mettre Charles hors d'état de nuire. Et je ne peux pas assumer ça. Je ne peux pas rester comme ça…
-Lisbeth, qu'est ce que tu veux dire ?
-… Je veux dire que petite, je ne voulais pas être la torche humaine je voulais être Iron man. Et je sais que je ne peux pas être l'un et l'autre. Je sais qu'avoir extremis est interdit par la loi, alors je vais faire en sorte qu'on me l'enlève. Ça à marcher sur toi, alors pourquoi pas sur moi ? Je ne veux pas faire cramer le lycée, la maison, ou même Kyle pour une raison x ou y.
Son ton n'avait plus rien d'agressif. Au contraire, il y vibrait un échos suppliant. Pepper saisit sa main, et la serra doucement. Elle se força à sourire, et murmura :
-C'est sage ce que tu dis là, ma puce, mais peut être que c'est à moi de décider ce qu'il faut faire. Si tu vas aujourd'hui voir le meilleur médecin de cet hôpital, il pourra demander au SHIELD de lui envoyer un échantillon du médicament. Il pourrait te l'administrer dans la journée. Mais la personne qui le ferait le mieux est ton père. Alors je te propose quelque chose, ma belle : tu vas attendre quelques jours, le temps qu'il récupère un peu. J'ai eu ce virus, je sais ce que ça fait : on ne comprend pas ce qui nous arrive, on a peur, et on pense que personne au monde ne peut nous aider. Que ce traitement, c'est un peu comme… un rêve. Je sais que quelques jours, c'est long, mais c'est le mieux à faire, crois moi.
Lisbeth fit lentement « oui » de la tête, et saisit la main de sa mère. Elle la serra avec une force considérable, comme si cela allait lui permettre de lutter contre le virus. Elle finit par murmurer :
-Je ne veux pas qu'il le fasse…
-Quoi ?
-Papa, je ne veux pas qu'il le fasse. Il est blessé, il a besoin de s'occuper de lui, pas de moi. Alors je veux bien attendre qu'il aille un peu mieux, mais je ne le laisserai pas me guérir.
-Lisbeth…
-Non, je ne marchanderai pas.
Son ton était brusque, sec, indiscutable. Se redressant, elle poussa un léger soupir avant de pincer les lèvres. Elle le faisait toujours quand quelque chose la dérangeait, et ce depuis sa naissance. Pepper se souvenait l'avoir vu le faire lorsqu'elle avait vu Happy pour la première fois.
Une voix railleuse murmura :
-C'est… comme tu veux.
Levant les yeux, le duo trouva Tony qui, allongé sur son lit, avait entrouvert les paupières. Il sembla à Pepper qu'il avait retrouvé quelques couleurs. Lisbeth se leva d'un bond, et fit le tour du lit. Saisissant la main de son père, elle jeta un coup d'œil à ses constantes, avant de murmurer :
-Papa…
-Comment ça va ma puce ?
-C'est toi me demande ça ? C'est quoi cette blague ? Je vais chercher un médecin !
Sans attendre, elle lâcha sa main et s'en fut en courant. Dés qu'elle eut disparu, Pepper poussa un long soupir. Elle ne savait pas si elle était heureuse que Lisbeth l'ait aussi bien prit, ou qu'elle s'inquiète davantage. Elle était déjà transie de peur à l'idée que sa fille ait extremis.
-Tu lui as dis ? Demanda Tony.
-Oui.
-Elle a l'air de bien… l'avoir pris.
-C'est le cas. Elle s'en remettra, tu penses ?
-Je me suis remit de l'implantation d'un générateur, et toi d'une multitude d'aventure en tout genre. Alors un virus mortel… C'est trois fois rien.
-Notre bébé a un virus mortel… Murmura elle songeuse.
-Ça va aller. Je te le promet.
La rousse enfouit son visage dans ses mains. Extremis était un de ces vieux fantômes qu'on range dans des armoires, pour ne plus avoir ni à les voir, ni à les entendre. Et en moins de trois jours, deux fantômes étaient revenus de leur passé. L'un tenait leur fille en otage, et l'autre désirait attraper son ravisseur.
Sauf que dans ce cas, le ravisseur était moins dangereux que celui qui voulait l'attraper.
