Chapitre 14 : Le pouvoir de la Compagnie Boinoir

J'abandonnai Jeelius dans un petit village à une heure de marche du sanctuaire de l'Aube Mythique, regrettant de devoir me séparer si tôt de son agréable compagnie. C'était un jeune prêtre et pourtant il semblait avoir une longue expérience de la vie. Il me raconta de passionnantes histoires de personnes qu'il avait rencontrées au cours de ses voyages et j'écoutai avec intérêt ces expériences.

Je lui promis de lui rendre visite au temple de l'Unique une fois que j'aurais un peu de temps pour moi. Puis je me dirigeai vers Bruma. Il était temps que je fasse mon rapport à Martin et à Jauffre.

Je n'arrivai au temple du Maître des nuages qu'au petit matin, alors que le soleil dévoilait à peine les terres gelées autour de Bruma. J'étais frigorifiée, fatiguée et je tenais à peine sur mon cheval. Je ne rêvais que d'une chose, plonger dans un lit et m'y laisser agoniser en paix. Malheureusement, je devais à tout prix voir Martin avant cela. Je laissai Dust aux mains du maître d'écurie, en le prévenant de son caractère impétueux mais cet homme semblait savoir ce qu'il faisait, il arriva à esquiver le coup de morsure du cheval sans effort.

Je pénétrai le temple, tout en me massant l'épaule, encore sensible après la guérison. Je ne fus pas surpris de trouver Martin assis à une table près de l'immense cheminée, englouti par des piles de livres volumineux. Un garde des Lames se tenait près de lui, veillant. Je me trainai jusqu'à lui et m'assis lourdement en face, en poussant un soupir de soulagement.

Plongé qu'il était dans sa lecture, Martin ne prit même pas conscience de ma présence. Je retirai le capuchon que j'avais gardé sur la tête à cause du froid et m'emparai du Mysterium Xarxes que je posai avec force sur la table. Avec un petit sourire, j'observai le futur empereur sursauter et porter un regard interrogateur sur moi.

« − Ash ! Je ne vous ai pas vu entrer !, s'exclama-t-il en délaissant sa lecture avec un sourire bienveillant, tout va bien ?, rajouta-t-il en apercevant mon air fatigué

− Oui, juste éreintée par ces derniers jours.

− Je savais que vous reviendriez, j'ai dit à Jauffre de ne pas s'inquiéter. Vous avez de mauvaises nouvelles c'est ça ?, grimaça-t-il alors que je secouai lentement la tête

− Malheureusement oui. J'ai réussi à m'infiltrer parmi l'Aube Mythique et j'étais à deux doigts de pouvoir récupérer l'Amulette mais Mankar Camoran, le Maître, s'est téléporté avec dans son Paradis avant que j'ai eus le temps de mettre la main dessus. Je suis vraiment désolée…

− Vous avez fait ce que vous pouviez…, dit le jeune empereur déçu

− Mais j'ai rapporté autre chose, fis-je en pointant du menton le livre devant lui

Il se rendit enfin compte de sa présence et un moment passa avant qu'il ne reconnaisse ce que c'était. Il eut un autre sursaut et se redressa brusquement.

− Par les Neufs ! Il faut faire extrêmement attention ! Le seul fait de transporter le Mysterium Xarxes est dangereux !, s'écria-t-il ce qui eut pour conséquence d'alerter les quelques gardes présents dans la salle

Sans y faire attention, Martin se leva, s'empara d'une petite couverture décorée par divers symboles et enveloppa précautionneusement le livre pour ensuite le placer dans un coin, sur une petite table gravée et marmonna plusieurs incantations. Au bout d'une minute, une bulle légèrement opaque enveloppa le livre et Martin poussa un soupir de soulagement. Il revint s'assoir devant moi à la table, alors que je n'avais pas bougé d'un cil depuis son exclamation. Il sembla se rendre compte des quelques gardes qui le fixaient avec étonnement et s'excusa avant de les congédier.

− Pardonnez-moi, reprit-il à mon encontre, vous avez eu raison de l'apporter.

− Ce livre nous permettra-t-il d'atteindre l'Amulette ?, l'interrogeai-je après avoir récupérée de cette brusque irruption.

− Je ne sais pas, peut être…, hésita-t-il en portant sur regard sur l'objet concerné, le secret concernant l'ouverture d'un portail à destination du paradis de Camoran est dans ces pages à mon avis. Mais je vais avoir besoin de temps. S'intéresser de trop près à de noirs secrets, où même de se contenter de les lire peut s'avérer très dangereux.

− Vous semblez en savoir quelque chose, laissai-je échapper

− Oui… Mais ce genre de chose ne concerne que moi.

Je baissai le regard avec malaise.

− Oui vous avez raison, ce ne sont pas mes affaires.

− C'est oublié. Vous avez bien fait Ash, vos actions nous ont permis de nous rapprocher de l'Amulette.

− J'aurais aimé pouvoir vous la ramener.

− Chaque chose en son temps, me sourit-il, mais vous semblez épuisée, allez-donc vous reposer.

− Mais Jauffre…

− Jauffre pourra attendre, j'irais lui parler.

Je poussai un soupir et répondis à son sourire.

− Je vous verrai demain dans ce cas.

− Plutôt ce soir, la journée vient à peine de commencer, rit doucement le futur empereur »

Je pris congé sans tarder. Je me dirigeai vers le dortoir et retirai mon armure avant de me plonger sous la couverture, je dormais avant même que ma tête ne touche l'oreiller.

Je me réveillai difficilement plusieurs heures après, encore engluée dans le sommeil. Je me levai laborieusement et jurai tout bas alors que de multiples douleurs s'éveillaient dans tout mon corps. J'effectuai quelques assouplissements et inspectai ma blessure à l'épaule. Il ne restait plus qu'une longue et fine cicatrice, encore une énième blessure de guerre. Je pris le temps de me débarbouiller pour enlever toute la saleté accumulée par le voyage et inspectai mon matériel. J'allais bientôt devoir changer mon armure de cuir, elle tombait presque en lambeau après tout ce temps.

Un peu plus réveillée, je rejoignis la table du réfectoire. L'ambiance était plutôt pesante, l'inquiétude se lisait clairement sur le visage des Lames. Soudain l'un d'entre eux m'interpella.

« − Ash ! Ca alors, ça faisait un bail !

Je me retournai et sentis mon visage se fendre d'un sourire chaleureux.

− Baurus ! Comment vas-tu ?

Le garde m'invita à m'assoir devant lui et plaça une assiette pleine d'appétissant mets sous mon nez.

− Je suis content de te revoir Ash, j'ai entendu pas mal de rumeurs sur ton compte.

− Glorieuses j'espère.

− Ha ta réputation est de plus en plus élogieuse, tu n'as pas de soucis à te faire !, rit le garde

− Comment va la vie au temple ?

Je le laissai me raconter son retour parmi les Lames pendant que je dévorais le contenu de mon assiette. Il avait été accueilli en héros parmi les siens pour ses faits d'armes à propos de l'Aube Mythique, remplaçant celui ou l'empereur n'avait pas survécu sous sa garde. Il avait repris l'entraînement et menait une vie relativement calme aux côtés de Martin pendant ces recherches sur l'Oblivion.

− Gardien de la Guilde des Guerriers ?, s'étonna-t-il soudainement alors qu'il aperçut mon écusson

− Je devais acquérir de l'expérience et gagner ma pitance, la Guilde était un bon moyen de départ.

− Tu m'impressionnes toujours autant Ash.

J'acceptai le compliment d'un signe de tête, flatté qu'un guerrier comme lui reconnaisse ma progression. Baurus se tortilla les mains, son regard baissé. J'attendis patiemment qu'il dise ce qu'il avait à me dévoiler.

− Je n'ai jamais eu l'occasion de te remercier pour ton aide, à la Cité Impériale. Sans toi, je n'aurais jamais réussi à revenir ici. Combien de temps comptes-tu rester parmi nous ?

Je réfléchis un moment. Il s'était écoulé trois jours depuis mon départ de la guilde, je pouvais bien rester un peu, histoire de récupérer de ma mission au sanctuaire de l'Aube Mythique.

− Encore deux ou trois jours je dirais.

Son visage s'illumina et il s'exclama tout réjoui :

− Maintenant que nous avons un peu de temps, je me suis dit que le moment était bien choisi pour te montrer quelques trucs que j'ai appris au fil des ans, en combattant avec les Lames.

− J'en serais ravie, acquiesçai-je avec excitation

− Parfait, rejoins moi dans la salle d'entrainement dans ce cas, je t'y attendrais.

− Je dois d'abord passer voir Jauffre mais très bien, à tout à l'heure.

Réjouie par la perspective de ce nouvel apprentissage, je quittai la salle pour retrouver le chef des Lames.

Je le rencontrai dans la grande salle, aux côtés de Martin. Les deux semblaient être en train d'argumenter vigoureusement. Je m'approchai, perplexe.

− Quelque chose ne va pas ?, les interrompis-je

Aussitôt, ils cessèrent leur échange et portèrent leur attention sur moi. Jauffre portait toujours son impressionnante armure aux armoiries des Lames et son visage était crispé par le mécontentement. Martin quant à lui croisa les bras sur sa robe bleue foncé, ses yeux clairs lançant des éclairs.

− Ash, content de voir que vous êtes enfin revenue, grommela Jauffre

− Il y a un problème ?, insistai-je

− Jauffre ici présent pense que la Mysterium Xarxes est trop dangereux pour être gardé ici, répondit sèchement le jeune prêtre

− Et à raison, il ne devrait pas être conservé ici, il met en péril votre sécurité !, haussa de ton le chef des Lames

− Allons, calmez-vous, fis-je d'une voix neutre, personne ne sait que j'ai pris le Mysterium Xarxes avec moi quand j'ai quitté le sanctuaire de l'Aube Mythique. Et l'ennemi sait déjà ou se trouve Martin. Le livre est notre seul moyen de retrouver l'Amulette. Pourquoi donc argumenter sur ce fait ?

Les deux me fixèrent un instant, absorbant ce que je venais de leur dire.

− Vous avez raison, soupira finalement Jauffre, faites ce que vous pouvez pour trouver un moyen de trouver l'Amulette, fit-il ensuite à l'encontre de Martin

− Très bien, je vous tiendrais au courant.

Martin nous salua d'un signe de tête et s'éloigna jusqu'à la table près de la cheminée pour reprendre son étude. Jauffre semblait avoir vieilli prématurément depuis la dernière fois que je l'eusse vu.

− Vos exploits ne passent pas inaperçus, reprit-il après un court silence, Martin m'a déjà tout raconté sur ce que vous avez fait au sanctuaire de l'Aube Mythique.

− Je n'ai fait que mon devoir…

− Continuez comme ça et vous irez loin.

Nous nous replongeâmes dans le silence encore une fois. Jauffre porta son regard sur Martin et poussa un autre soupir.

− Le futur empereur porte beaucoup de responsabilité sur ses épaules, c'était bien trop soudain et il a du mal à s'ajuster. Pourtant je sais qu'il fera un exceptionnel empereur.

− Je n'en doute pas, acquiesçai-je en portant moi aussi mon regard sur le jeune prêtre

− Nous n'avons plus qu'à attendre qu'il découvre un moyen de parvenir au paradis de Camoran… En attendant je n'ai pas de missions à vous donner. Mes gardes surveillent attentivement les déplacements de l'Aube Mythique et les autres tentent de contenir l'invasion des daedra.

− J'ai encore quelques affaires à régler ailleurs mais une fois que j'aurais terminé, je viendrais m'installer au temple, lui assurai-je

− Parfait, dans ce cas vous pouvez disposer. »

Je quittai Jauffre pour rejoindre Baurus, curieuse de voir ce qu'allait me proposer le garde.

Ces deux jours furent intensifs. J'appris de multiples techniques qui améliorèrent mes attaques et mes parades. Baurus était un professeur patient et efficace, j'appréciais vraiment ces joutes avec lui.

Seulement, je dus me rendre à l'évidence, il fallait que je rentre à la Guilde malgré le confort du temple. J'allais donc saluer mon professeur de ces derniers jours puis Jauffre et enfin Martin inlassablement plongé dans ses livres. Et enfin je bondis sur Dust et rentrais à Chorrol.

Je sus dès que je posai un pied dans le Guilde qu'Oreyn avait transmis le message à Vilena. Une ambiance lourde et pesante planait sur l'ensemble du bâtiment. Les quelques camarades que je croisais en allant poser mes affaires dans mon coin avaient un air lugubre sur le visage. Je n'entendais pas le moindre éclat de rire ou d'exclamation vigoureuse, il pesait un silence religieux au sein de la Guilde. Je rencontrai Sten le Moche dans le couloir menant jusqu'au bureau d'Oreyn.

« − Sten ! Il se passe quoi au juste ?, l'interpellai-je

− Ah Ash, ça fait un moment qu'on t'as pas vu, tu dois pas être au courant…, me fit-il de son habituel air bourru, Viranus et sept de nos membres ont été enterré aujourd'hui. Vilena est anéantie.

− Je ne savais pas qu'on les enterrait aujourd'hui même, je serais rentrée plus tôt, avouai-je piteusement

− Et tu étais passé où au juste ? Je me souviens pas que t'ais pris un contrat ?

J'évitai soigneusement son regard en continuant lentement ma route jusqu'à l'étage.

− Affaire personnelle…, éludai-je, je te vois plus tard Sten, ajoutai-je en m'éclipsant aussitôt sans qu'il ait le temps de rajouter quelque chose.

J'arrivai au bureau de l'elfe noir pour y découvrir qu'il n'y était pas, ni aucune de ses affaires habituellement soigneusement rangées sur le bureau. Interloquée, je redescendis d'un étage et tombai sur Azzan, la mine sinistre, occupé à lire distraitement un parchemin. Il leva la tête à mon approche et m'adressa un sourire sans joie.

− Ash… Vous tombez mal, commença-t-il tristement

− J'en ai eu l'impression. Où est Oreyn ?

− Et bien, j'ai quelques mauvaises nouvelles pour vous… Oreyn a parlé de votre dernière mission à Vilena. Elle n'a pas bien pris la nouvelle. Oreyn a été banni.

− Quoi ?, m'exclamai-je abasourdi, mais…

− Laissez-moi terminer. Je suis désolé mais je dois vous rétrograder au rang de Défenseur.

Je refermai la bouche, le souffle coupé. Je m'étais douté que Vilena avait mal prise la mort de son fils mais elle avait réagi en excès. Voyant mon air choqué, Azzan tenta de me réconforter.

− Tout ira bien cependant, si vous vous investissez autant que vous l'avez fait jusqu'à présent, vous réussirez rapidement à regagner vos échelons perdus.

− Et la Compagnie Boinoir ?, repris-je après un instant de silence.

Les yeux foncés du gardien étincelèrent de colère.

− Nous n'avons pas les moyens de les accuser de cette attaque ni de les relier à Azani Coeurnoir

− Mais pourquoi ? Quelles preuves peuvent être plus marquantes que nos morts et les cadavres des leurs retrouvés à côté ?, m'écriai-je furieusement

− Comment voulez-vous prouver que ce ne sont pas nos guerriers qui ont déclaré la bataille, répondit froidement Azzan

− Mais enfin, ils ont assassiné les notre !

Le rougegard poussa un soupir et la tristesse remplaça la colère sur son visage.

− Je comprends ce que vous ressentez Ash mais nous ne pouvons rien faire…

Je me mis à arpenter furieusement l'espace devant son bureau et il fallut plusieurs minutes avant que je ne retrouve mon calme. Finalement, je soupirai à mon tour. Azzan resta silencieux pendant que je retrouvai mon sang-froid mais finit par demander :

− Souhaitez-vous un contrat ?

− Oui, et quelque chose de violent si possible, fis-je avec rage »

Je passais les deux semaines suivantes à me battre férocement, mettant en pratique tout mon savoir du combat pour terrasser mes adversaires un par un. Je prenais contrat sur contrat, ignorant les conseils d'Azzan de ralentir la cadence. Toute ma frustration et ma colère, je l'exprimais dans ma volonté de me battre. Il m'arrivait de provoquer involontairement les mercenaires de la Compagnie Boinoir, juste pour avoir le plaisir de leur mettre une raclée.

Oreyn ne réapparut plus à la Guilde et resta sourd à toutes mes tentatives de contact. Il s'enferma chez lui et ne sortait que très tard, caché par la nuit. Je ne croisais pas non plus Vilena, elle aussi recluse dans son bureau. Les contrats se faisaient malheureusement de plus en plus rares et je me retrouvai affublée de tâches bien inférieures à mon rang. Mais je les effectuais tout de même, ne serait-ce que pour passer le temps et ne pas tomber dans la morosité.

Mon armure ne survécut pas au mauvais traitement que je lui infligeais. Je décidais donc d'investir dans une nouvelle, avec les économies que j'avais durement mises de côté au court de mes nombreux contrats. Je mis deux jours à dénicher la perle rare. Une magnifique armure elfique, aussi légère que solide, idéal pour mon style de combat. Elle était légèrement dorée, gravée si finement qu'on aurait dit du dessin. J'étais vraiment fière de cette trouvaille. J'avais déjà aperçus des soldats porter ce genre de protection dans mon pays natal et j'avais toujours admirée le travail de nos forgerons.

Et puis des jours après le renvoi d'Oreyn et celui suivant ma promotion eu rang de Champion grâce à mon acharnement, je reçus des nouvelles de l'elfe noir. Je tournai en rond, n'ayant plus de contrat à me mettre sous la dent lorsqu'Azzan m'avertit discrètement qu'Oreyn me demandait. Sans attendre, je le rejoignis chez lui, dans sa cabane au fin fond de Chorrol, à la tombée de la nuit.

Je l'y trouvai fébrile, amaigri et le regard flamboyant. Il vérifia que je n'étais pas suivie avant de me faire rentrer précipitamment. Il ne dit rien et me fit signe de m'assoir devant la cheminée. Il m'inspecta ensuite de la tête au pied et un éclair traversa son regard sans que j'ai l'occasion de découvrir s'il s'agissait de colère, de mépris ou de jalousie.

« − Champion hein ?, grommela-t-il de son habituel air dédaigneux, je doute que vous valiez ce titre mais on va faire comme si.

− Et un 'Bonjour Ash, comment allez vous après tout ce temps ? Bien et vous ?' c'est trop demandé peut être ?, me moquai-je, si vous m'avez fait venir jusqu'ici pour m'insulter, je peux tout aussi bien repartir dès maintenant, rajoutai-je froidement en faisant mine de me lever

− Restez-là, grinça l'elfe noir, j'ai une mission pour vous.

− Vous ne faites plus parti de la Guilde, vous n'avez plus l'autorité pour me donner des ordres, répondis-je sèchement

Je n'allais plus me laisser insulter comment avant. J'étais Champion de la Guilde des Guerriers, du même rang que lui, même s'il n'était plus techniquement un membre de la Guilde. S'il voulait jouer au jeu du plus méprisant, il était tombé sur la mauvaise personne.

− Quand vous aurez fini, je pourrais peut être vous expliquer le motif de ma convocation, s'écria furieusement Oreyn

Nous nous fusillâmes du regard pendant un instant.

− Que voulez-vous ?, repris-je lentement

− Il ne s'agit évidemment pas d'une mission officielle. En fait, il est probable que vous subissiez le même traitement que moi si Vilena l'apprenait. Et comme vous me l'avez si gentiment fait remarquer, je suis renvoyé. Cela ne veut pas dire que j'en ai terminé pour autant. Je vais vaincre la Compagnie Boinoir et j'ai besoin de votre aide pour y parvenir.

Il avait besoin de mon aide, il n'avait pas ordonné, c'était déjà un premier pas. Je le laissai poursuivre, avide de découvrir ce qu'il avait en tête.

− J'ai besoin d'autres informations pour les vaincre. D'après mes sources, ils essaient de prendre de l'ampleur et ils ont monté leur camp dans la grotte de Brumeclair. Je veux que vous y alliez et que vous attrapiez Ajum-Kajin l'un de leur leader. Amenez-le-moi, j'aimerais… lui parler.

Il avait prononcé cette dernière phrase avec un sourire carnassier qui me provoqua un frisson désagréable le long du dos. Je m'agitai sur mon siège.

− Comment puis-je capturer leur leader en plein milieu de leur camp ?, lui demandai-je perplexe

− Foncez dans le tas, infiltrez vous, qu'est ce que j'en sais ?

− Alors en gros, vous me demandez de me jeter dans la gueule du loup ?, m'exclamai-je abasourdie

− Vous êtes Champion non ? Vous êtes bien capable de vous en sortir comme une grande !

− Et pourquoi vous ne pouvez pas venir ?, l'accusai-je avec désapprobation

− Parce que je suis surveillé ! Le moindre de mes faits et gestes !, s'écria rageusement Oreyn en se mettant à parcourir furieusement la cabane à grandes enjambées, chaque fois que je sors, ils sont là à m'attendre !

− Qui ?

− La Compagnie Boinoir.

− Comment le savez-vous ?, l'interrogeai-je de plus en plus perdue

− Car ce sont d'anciens membres de la Guilde, répondit sombrement l'elfe noir en plongeant son regard rouge dans le feu, j'ai demandé à quelques connaissances de les occuper le temps que je puisse vous parler.

− Je ne me serais pas attendu à un coup de la sorte !, m'exclamai-je choquée

− Et moi donc… Assez discuté, allez me chercher ce lézard, il est temps de mettre fin à la Compagnie Boinoir

− Très bien je vous le ramène »

Je me levai sans rien rajouter et sortis sans un regard en arrière.

Mon départ passa inaperçu encore une fois. Les membres étaient bien trop enfoncés dans leur morosité pour vraiment s'inquiéter de mon départ. Je prévins seulement Azzan sans lui préciser où je partais mais il semblait avoir fait le lien avec ma rencontre avec Oreyn.

Je quittai la Guilde au petit jour après avoir polie mon armure. Je voyageai de longues heures, sous une pluie battante, trempée avant même d'avoir pu enfourcher Dust. Ce ne fut que lorsque j'aperçus l'entrée de la grotte que je pris le temps de réfléchir à ce que j'allais bien pouvoir faire pour mettre la main sur Ajum-Kajin. Je délaissai Dust à l'écart pour ensuite m'approcher furtivement de l'entrée. Camouflée parmi les hautes herbes, aussi immobile qu'une bête sauvage prête à attaquer, j'attendais ainsi plusieurs heures dans le froid et la pluie. Je me devais de prendre connaissance des forces de l'ennemi.

Je perdis le compte de mercenaires de la Compagnie Boinoir qui entraient et sortaient de la grotte au bout d'une vingtaine d'entre eux. Tenter de pénétrer par la force était hors de propos, une mission suicide. Je me repassai le problème une multitude de fois dans mon esprit, calculant chacune de mes possibilités avec soin. Puis la solution se présenta d'elle-même sans que j'y réfléchisse plus longtemps. Je m'éloignai de quelques mètres de l'entrée de la grotte et me dissimulai derrière un grand arbre feuillu. Patiente, j'attendis le moment propice pour décocher ma flèche dans le buisson à quelques mètres de ma position. Ma proie se retourna d'un coup, la main posée sur son épée. J'émis un faible grondement du fond de la gorge, pour l'appâter. Toujours sur ses gardes, le mercenaire en armure noir, le visage entièrement casqué de telle sorte à ce qu'on ne pouvait pas le reconnaître, s'approcha lentement de ma position.

Je lui bondis dessus alors qu'il me tournait le dos. Le poussant de toutes mes forces, je le fis tomber face contre terre grâce à sa lourde armure. Sans lui laisser le temps de réaliser ce qui lui arrivait je lui retirai son casque et le frappai à l'arrière du crâne. L'ennemi tomba dans l'inconscience sans qu'il ait pu émettre le moindre son. Surveillant les alentours, je trainai son corps auprès de Dust. L'étalon me fixait avec curiosité pendant que je me débarrassai de mon armure et que j'enfilai celle de l'elfe des bois que je venais de terrasser. Elle était légèrement trop grande pour moi mais j'avais bien jaugé sa taille. Je mis ensuite son casque sur ma tête, grimaçant à cause de l'odeur de sueur qui collait au métal noir. Je m'inspectai dans une flaque d'eau sur le sol, j'étais méconnaissable dans cette tenue. J'attachai ensuite solidement l'elfe des bois et après un instant de réflexion, le tirai à couvert de la pluie, sous un buisson aux larges branches.

J'étais fin prête pour m'infiltrer parmi mes ennemis. Je rejoignis comme si de rien n'était l'entrée de la grotte et y pénétrai. Deux gardes portèrent leurs regards sur moi, me détaillant minutieusement. Je les saluai d'un petit signe de tête et m'avançai de façon nonchalante. Je tentai de camoufler la nervosité qui me parcourait, je sentais mon cœur battre vigoureusement dans ma poitrine et j'eus presque peur que ces deux gardes ne l'entendent. Je supportais à peine ce casque sur la tête, qui m'empêchait de voir mon environnement autre qu'à travers cette fente en croix. Comment pouvait-on se battre avec aussi peu de visibilité ?

Je m'enfonçai dans la grotte, saluant les membres que je rencontrais comme si je les connaissais. Certains bavardaient dans un coin à la lumière de la torche, d'autres patrouillaient et d'autres encore s'entrainaient. L'ambiance semblait détendue, loin d'être conviviale cependant.

Je ralentis jusqu'à m'arrêter dans un couloir inoccupé. J'avais réussi à pénétrer dans la grotte avec succès mais le problème était que je n'avais pas la moindre idée d'où je pourrais trouver cet argonien. Une main se posa soudainement sur mon épaule et je retins difficilement un sursaut. Me retournant, je me retrouvai face à face avec Maglir, cet infâme rat.

« − Hey toi, le nouveau, j'ai besoin de toi pour porter ces caisses jusqu'à Ajum-Kajin, grommela-t-il en me montrant les dites caisses dans un renfoncement de la grotte »

Ravalant difficilement ma colère, j'acquiesçai sans rien dire et me chargeai de l'une d'entre elle. Je suivis cet énergumène qui me répugnait plus profondément dans la grotte. Nous croisâmes des dizaines de mercenaires et je m'étonnai de leur nombre grandissant. Ils étaient bien plus que je le pensais. L'elfe des bois finit par s'arrêter sur une des salles les plus reculées et m'indiqua l'endroit ou je devais poser mon fardeau. Sans même me jeter un regard ni même me remercier, il s'éloigna ensuite de moi et disparut dans une autre salle. L'argonien a qui était destiné ces caisses s'approcha. Il était habillé somptueusement, d'une longue robe brodé d'or et des bijoux extravagants emprisonnaient son cou reptilien. Il avait des écailles luisantes, variant du rouge au bleu au gré de la lumière.

Sans faire attention à ma présence, il ouvrit l'une des caisses et en inspecta son contenu. Je décidai de passer à l'action. Je me plaçai dans son dos puis l'agrippai par le cou. Il arrêta de gigoter dès l'instant ou il aperçut la lame du poignard que je venais de lui placer sous la gorge.

« − Qu'est ce que vous fait ?, souffla-t-il alors que je lui serrai douloureusement la nuque

− Vous allez faire gentiment ce que je vous dis ou alors je vous égorge comme un gobelin sur le champ.

− Qu'est ce que vous voulez ?

Je sentais son corps trembler contre le mien, je respirais la peur qui émanait de lui. Comment un être avec aussi peu de courage avait-il pu devenir un leader d'une compagnie de mercenaire, je me le demandais…

− Vous allez m'accompagner hors de cette grotte sans résister. Si jamais vous osez ne serait-ce que faire un pas de travers je vous tue. Si vous tentez d'appeler à l'aide, je vous tue. Et si tentez de vous enfuir, je vous tuerai sans la moindre hésitation. Maintenant je vais vous laisser marcher devant mais sachez que le poignard que je tiens plaqué contre votre gorge est imbibé d'un poison qui vous fera souffrir le martyr avant de lentement vous faire agoniser s'il entre en contact avec votre sang. Compris ?, grognai-je avec hargne

− Oui, oui…

Je desserrai lentement mon étreinte pour ensuite le lâcher complètement. Il me lança un regard terrifié en s'écartant de moi. Je pointai la direction de la sortie avec mon arme et le forçai à avancer sur ses jambes flageolantes. Je lui avais menti en lui disant que j'avais empoisonné la lame. Je n'aimais pas cette pratique, il était si facile de se blesser avec sa propre arme sans le faire exprès et de mourir avant d'avoir pu boire un antidote. C'était aussi une technique lâche que je ne m'abaisserai pas à employer. Mais quand il s'agissait de soumettre un ennemi, un petit mensonge était toujours d'une grande aide.

J'avais peur que la terreur de l'argonien n'alerte ces sous-fifres mais ceux-ci ne relevèrent pas. Je guidai l'ennemi vers la sortie, ombre menaçante dans son dos. Plusieurs fois cependant, je dus le rappeler à l'ordre en le piquant avec ma lame, le sentant près à ouvrir la bouche pour appeler à l'aide. Ce fut plus aisé que je ne pensais. La peur était un allié et un ennemi, je n'avais encore jamais tenté ce genre de tactique et la facilité avec laquelle elle fonctionna me perturba. Nous sortîmes finalement de la grotte et je poussai l'argonien jusqu'à Dust. Terrorisé, il me fit face.

− Qu'allez vous faire de moi ?, baragouina-t-il piteusement

− Je ne vais pas vous tuez. Tournez-vous !

Au bord de la panique, il fit cependant ce que je lui demandais. Je lui assenai un coup violent à l'arrière du crâne et l'observai s'écrouler comme une masse au sol. Je soupirai de soulagement en retirant le masque qui me couvrait le visage et respirai avec joie l'air gorgée de l'odeur de l'herbe mouillée. Je retirai ensuite l'armure de la Compagnie Boinoir et la jetai au sol, à côté de l'elfe des bois à qui elle appartenait puis j'enfilai la mienne avec plaisir, savourant la légèreté du matériau.

Dust renâcla un moment lorsque je tentai de faire tenir le corps de l'argonien sur sa croupe, lui ayant au préalable attachées les mains dans le dos. Je dus batailler un moment mais le cheval finit par accepter la charge supplémentaire. Je repartis aussitôt pour Chorrol, ma mission accomplie.

Plus on se rapproche de la fin, plus c'est dur de poster des nouveaux chapitres… M'enfin, faut bien qu'elle se termine un jour.

L'avantage c'est que tout ça me donne vraiment envie d'écrire la suite. Au diable cours et autres projets, je sens que je ne vais pas tarder à me replonger dans Oblivion. Ce jeu sera ma perte !