Voici ENFIN le tant attendu chapitre, la discussion entre notre italien et son ancien chef mais aussi le plus difficile à écrire à ce stade de l'histoire.
C'est la première fois que je modifie un chapitre plusieurs fois avant de le publier. Généralement, il me suffit d'une seule rédaction pour être satisfaite du résultat. Mais là, je dois dire que ce chapitre m'a donné bien du fil à retordre. Tant à dire mais aussi laisser un peu de choses sous entendues pour plus tard n'a pas été un exercice facile à faire.
Il est aussi celui qui sera certainement le plus long que j'écrirais dans cette fic tellement il y a à dire, tant du point de vue des interlocuteurs que de l'histoire et je n'ai pas voulu le scinder en deux afin que vous ayez le point de vue des deux protagonistes. Avant de parvenir aux dialogues, une petite intrusion dans les pensées des deux hommes semblait toutefois nécessaire pour juger de leur état d'esprit avant la confrontation.
Lisez attentivement ce chapitre, il vous permettra sans aucun doute de réagir dans un sens ou dans un autre et de me faire part de votre avis (sans pour autant que cela change un tant soit peu l'histoire, il est malgré tout toujours intéressant de savoir ce que vous auriez pu ajouter, préciser ou enlever). J'ai passé plus de temps à écrire, peaufiner et modifier ce chapitre que tous les autres réunis et j'espère que le résultat est à la hauteur de ce que vous pouviez en attendre.
Donc, à vos coms et soyez explicites dans vos remarques. Merci.
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Chapitre 13 : Confrontation
Les deux journées qui venaient de s'écouler avait grandement permis au groupe de renouer en partie les liens qui les avaient unis durant des années. Il restait cependant le plus grand défi à concrétiser, celui qui consistait à faire parler deux hommes qui, en général, n'exprimaient pas leurs sentiments personnels et surtout n'en débattaient pas en public. La difficulté majeure serait sans doute de parvenir à le faire sans que l'entrevue ne dégénère en règlement de compte et pour ce faire, Gibbs comptait beaucoup sur l'indulgence que Tony savait accorder même à son pire ennemi.
S'il était honnête, il reconnaîtrait qu'il avait laissé Abby lui ouvrir le chemin vers la réconciliation qu'il souhaitait ardemment. Non pas qu'il soit lâche au point de laisser une femme se lancer dans l'arène à sa place mais il savait surtout que Abby aurait fait des pieds et des mains pour être la première à passer du temps avec Tony. Pour ce qui était de Ducky, la joie et la tristesse qui s'étaient peintes sur son visage en disaient long sur son humeur et retarder les retrouvailles aurait été cruelle de sa part.
Il se souvint de l'avant-veille où il avait regardé revenir les deux jeunes gens et la bonne humeur qui semblait régner entre eux l'avait ravi. Il avait souhaité, et silencieusement prié à son grand étonnement, que la confrontation qu'il savait devoir avoir avec l'italien se termine aussi bien. Sans l'ombre d'un doute, Tony lui ferait payer, d'une façon ou d'une autre, à un moment donné ou à autre, les pots cassés et il s'attendait à devoir affronter un italien remonter contre lui, vindicatif et qui voudrait certainement sa revanche s'il n'arrivait pas à fournir des raisons valables pour son attitude.
Il avait secoué la tête, se disant qu'il ne servait à rien de se faire des cheveux blancs avant que le débat ne soit ouvert, il avait suffisamment de poils blancs sur le crâne. Il n'était pas si vieux mais le choc de la mort de Shannon et Kelly avait précipité le processus et il avait perdu sa couleur naturelle en quelques mois pour se retrouver bien vite avec des mèches blanches qui s'étaient multipliées rapidement.
Il avait soupiré tout en se passant une main sur la tête, Tony se moquait souvent de sa coupe et sa couleur lui donnait, selon son bras droit, des années supplémentaires qui le faisant paraître plus âgé que le jeune italien mais lui conférait, selon ce dernier, une certaine distinction. Pourtant, dix ans étaient un écart acceptable entre deux partenaires sans que des gens bien intentionnés ne dénigrent la différence d'âge. Il ne souhaitait pas être pris pour le père de l'italien. Il avait envie d'une relation d'une toute autre nature qu'une parenté de façade.
Il était revenu au présent et avait regardé avec un plaisir manifeste le jeune rancher maîtriser avec une facilité déconcertante l'alezan qu'il montait. La main était sûre sur les rênes, juste ferme pour faire comprendre au cheval qui était le maître et l'étalon avait parfaitement compris le message piaffant juste ce qu'il fallait sans excès mais en gardant un peu de son caractère.
Il s'était empli les yeux du spectacle, il ne se lasserait sans doute pas de voir l'italien à cheval, il avait un quelque chose de si naturel dans sa façon de chevaucher qu'il lui avait fait soupçonner que Tony savait parfaitement monter et que sa prestance ne datait pas de cette dernière année. L'homme avait dû apprendre à monter à cheval étant tout jeune et peut être même avant de savoir pédaler. Il savait que dans certaines familles aisées, les enfants avaient le pied à l'étrier de très bonne heure et Tony avait des origines aristocratiques du côté maternel.
Il avait regardé son ancien bras droit descendre de cheval avec grâce, attacher sa monture et venir prêter main forte à Abby pour faire de même lui proposant sa cuisse pour l'y aider tout en lui souriant.
Chevaleresque, un côté totalement aristocratique que tu ne montres pas souvent, DiNozzo mais qui te va si bien. Un vrai gentleman avec un charme fou, sacré mélange de style anglais et de charme latin, ce si réputé charme italien avait songé Gibbs en le voyant faire.
L'italien avait toujours montré le côté paternel de ses origines au travail, l'exagérant même parfois à outrance dans l'évidente intention de choquer parfois. Pourtant, Gibbs savait qu'il pouvait se montrer le plus policé des hommes, le plus serviable, le plus séduisant et les rumeurs qui circulaient parmi le personnel féminin de l'agence fédérale n'étaient en rien exagérées. Tony savait se comporter d'une façon totalement unique avec les femmes si bien que, même lorsqu'une idylle était terminée, aucune ne songeait à lui faire une mauvaise publicité ou à noircir sa réputation.
Il revint à la réalité en entendant la porte de la maison se refermer en claquant. Il secoua la tête, tentant bien malgré lui de sortir de son crâne les dérangeantes pensées qui y tourbillonnaient et qui concernaient toutes son ancien agent, son si diaboliquement sexy agent. L'année qui venait de s'écouler avait fait du bien à l'italien qui semblait bien plus relaxé que lorsqu'il travaillait sous ses ordres. A croire qu'en effet, le travail au NCIS - et spécialement sous sa directive - pouvait être éprouvant.
Les kilos que l'homme avait perdus étaient remplacés par du muscle, il pouvait en témoigner après leur baignade du matin. Les longues jambes, les cuisses fermes, les fesses bien modelées, les abdominaux plats, la poitrine velue, tout était un enchantement pour les yeux et Gibbs souhaitait voir ce que Dame Nature avait encore réservé au jeune homme et qui était, pour l'instant, hors de sa portée. D'après le peu qui restait à découvrir, il pouvait sans conteste dire que l'italien devait être, lui aussi, un étalon bien pourvu et ce n'était pas la rumeur qui courrait à l'agence qui le démentirait.
Il laissa encore ses pensées dériver un instant : que devait penser Tony ?
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Après Abby et Ducky, Tony s'attendait à avoir une discussion sérieuse, sinon houleuse, avec Gibbs. L'ancien marine avait laissé ses deux amis faire les premiers pas dans l'évidente intention d'apaiser leurs tourments et de prédisposer l'italien pour un entretien que les deux hommes avaient évité jusqu'à présent. Il savait qu'il ne pourrait reculer indéfiniment et que le plus tôt les deux hommes crèveraient l'abcès, le mieux se serait pour tout le monde.
Comme Tony l'avait dit à Ducky, son éclat du premier jour avait été salutaire, il avait exprimé sa rancœur et évacué sa colère. Seule l'incompréhension demeurait encore, il ne savait pas ce qui avait motivé l'attitude de son ancien patron et s'il souhaitait même en connaître la ou les raisons. Il ne faisait plus aucun doute pour lui que Gibbs n'avait pas agi ainsi de son propre chef mais bien poussé par un motif sérieux et sans doute justifiable à ses yeux. Mais rien ne diminuait la rancœur qu'il gardait en lui d'avoir été la seule victime de son courroux.
Tout comme pour Abby, Tony songea qu'une promenade à cheval serait le meilleur moment pour entamer une conversation à cœur ouvert avec l'ancien marine. Il savait que son ancien mentor était un bon cavalier et qu'il n'aurait pas à le surveiller comme c'était le cas avec Abby. Il choisit une monture nerveuse mais docile sachant d'instinct qu'une bête passive ne serait pas du goût de Gibbs.
Il prépara les deux montures qu'il amena jusqu'à la maison et attacha à la balustrade. Il rentra après avoir pris la précaution de bien essuyer ses pieds. Il ôta quand même ses bottes rapidement avant de pénétrer plus avant dans l'entrée. Il avait laissé Gibbs sur la terrasse avec une tasse de café et c'est là qu'il le retrouva contemplant le paysage qui s'étalait de part et d'autre du jardin. L'homme ne paraissait pas déplacé dans cet environnement, Gibbs avait choisi de revêtir un jean et un polo, ce qui ne le démarquait pas du reste du personnel.
Tony s'avança jusqu'à la porte fenêtre et s'éclaircit la gorge attirant ainsi l'attention de l'ancien marine qui se retourna tout en lui souriant. La vue de ce sourire si naturel prit l'italien au dépourvu et lui fit un coup au cœur. Il avait rarement été le destinataire de ce sourire de la part de son ancien patron et le voir ici et maintenant était pour le moins déstabilisant. Il réussit à ne pas montrer sa surprise et l'invita à le suivre pour leur promenade.
Après s'être chaussés, les deux hommes franchirent la porte d'entrée que Tony referma avant de détacher sa monture et de l'enfourcher. Il indiqua également à Gibbs de se coiffer du chapeau qui pendait à la selle, le soleil du Texas était souvent meurtrier pour qui n'était pas habitué à son intensité. Il fit de même avec le sien qui lui conférait vraiment une allure folle et la tenue habituelle qu'il portait (jean moulant, chemise cintrée et bottes) lui allait tout aussi bien que les costumes italiens qu'il revêtait du temps où il travaillait à Washington.
Prenant la tête, Tony indiqua la direction à suivre. Il chevauchait tranquillement et pour une fois ne songeait pas à ouvrir la bouche. Il laissait à Gibbs le soin d'entamer le débat comme pour l'obliger à reconnaître que son ancien bras droit avait un certain avantage sur lui. Il avait toujours agi de cette manière lorsqu'ils travaillaient ensemble et c'était maintenant au tour de Tony de lui faire comprendre que Gibbs avait, en quelque sorte, une dette envers l'italien. Réaction puérile s'il en était mais c'était une petite victoire que Tony voulait absolument s'accorder.
Il chevauchait à quelques mètres devant l'ancien marine et il devait retenir fermement Tornado qui piaffait presque de ne pouvoir galoper. Alors, sans plus se préoccuper de Gibbs, il mit sa monture au trot et fut satisfait lorsqu'il entendit l'autre cavalier faire de même. Durant une bonne demi-heure, les deux hommes chevauchèrent ainsi avant que Tony ne se dirige vers un bouquet d'arbres qui leur permettrait de faire une halte.
Il descendit de sa monture qu'il attacha aussitôt avant de farfouiller dans les sacoches qui pendaient à sa selle et d'en détacher la couverture qui y était accrochée. Il sortit un thermos, deux gobelets et un sachet, s'éloigna un peu du cheval, étendit le plaid et attendit que Gibbs le rejoigne. L'ancien marine saisit toute la symbolique et soupira, il allait devoir en passer par les désirs de Tony et il savait pertinemment que l'italien ne lui céderait pas l'avantage.
Tony se servit tranquillement une tasse de café avant de plonger dans le sachet et d'en sortir un petit pain qu'il se mit à manger lentement. Gibbs avait remarqué que la gloutonnerie qui le caractérisait lorsqu'il travaillait au NCIS avait disparu, son ancien bras droit avait chamboulé ses habitudes alimentaires et prenait désormais le temps d'apprécier un repas au lieu d'engloutir à grande vitesse.
Il attacha son cheval après avoir mis pied à terre, fouilla dans la sacoche de sa selle et en sortir également une thermos, une attention de la part de Tony qui ne l'étonnait qu'à moitié. Combien de fois n'avait-il pas déposé une tasse de café ou un sandwich sur son bureau sans avoir été sollicité ? Il avait toujours apprécié ces attentions sans jamais vraiment exprimer de gratitude estimant sans doute y avoir droit comme une marque de respect de ses subordonnés. Très présomptueux de sa part et si peu dans son caractère !
Il rejoignit l'italien sur la couverture, déboucha sa thermos et se versa une tasse avant de savourer le riche breuvage brûlant. Il aimait le café que l'italien lui avait préparé, fort et non sucré, comme il l'aimait. Il le sirota lentement avant que Tony ne lui tende, sans un mot, le sachet afin qu'il se serve. Il piqua un petit pain et savoura une bouchée puis choisit de terminer cet en-cas avant de démarrer ce qui allait décider de la suite de leurs relations futures.
- Je suppose que tu attends de moi que je lance la discussion commença soudain Gibbs. J'avoue que je comprends que tu juges être en droit de te comporter de cette façon, j'ai si souvent usé de cette tactique par le passé que tu ne fais que me rendre la monnaie de ma pièce.
Il jeta un coup d'œil rapide vers Tony et intercepta le léger sourire qui étira les lèvres de l'italien. Il lui concédait volontiers le premier point, il n'allait pas le laisser gagner sans combattre mais il pouvait sans doute faire match nul. Il pouvait aussi bien perdre parce que son ancien agent savait, à l'occasion, le défier et le contrer l'obligeant à se retrancher derrière un ordre direct ou une remarque blessante afin de ne pas perdre la face. Sa réputation de bâtard inflexible était parfaitement justifiée lorsque le jeu en valait le coup.
Pour l'instant, il se triturait les méninges pour savoir comment débuter son mea culpa, parce qu'il savait incontestablement qu'il devait s'amender auprès de l'italien et que des excuses en bonne et due forme étaient une obligation, en totale contradiction avec une de ses propres règles mais il se devait de les exprimer clairement, fermement et honnêtement. C'était à cette condition que Tony serait sans doute enclin à le laisser s'expliquer et il lui devait bien cette concession. Il finit par prendre une profonde inspiration et se lança.
Advienne que pourra pensa t-il encore brièvement.
- Tony, je sais que ce que je vais dire maintenant va t'étonner mais je me dois d'être franc débuta t-il et malgré sa volonté, il ne pouvait croiser le regard de son ancien second. Je suis sincèrement navré d'avoir pu croire que tu étais coupable des fuites d'informations sur l'enquête et je te présente toutes mes… mes… excuses pour cette grossière erreur de jugement.
Voilà, c'est dit mais dieu que les mots ont eu du mal à passer mes lèvres. J'espère qu'ils seront le reflet de mes sentiments et qu'ils sonneront sincères songea t-il anxieusement sans pourtant le montrer.
Et levant finalement les yeux vers l'homme qui en était destinataire, il fut grandement stupéfait de ne voir aucune expression lisible sur le visage de l'italien. Rien ne transparaissait de ses pensées, négatives ou positives. Tony le laissait se débattre avec ses excuses ou attendait-il autre chose de lui ? Le voyant enfin hausser les sourcils pour seule réaction, il songea soudain que son ex agent voulait sans doute connaître les raisons de son attitude. Il allait devoir passer par un exercice qu'il avait en horreur : parler.
Il osa poser une main sur le bras de Tony dans l'espoir, vain, d'y puiser un peu de force ou d'encouragement. Cependant, le déception fut immédiate lorsque le jeune homme s'éloigna un peu l'obligeant à abandonner le support qu'il avait. Il pinça les lèvres mais comprit pourtant le geste et soupira avant de se passer la main dans les cheveux, un mouvement qu'il avait emprunté à l'italien.
- La pression de la part de la directrice pour résoudre l'affaire dans les plus brefs délais m'a sans doute obscurci le jugement tenta t-il maladroitement. Les preuves te désignaient toutes et l'affirmation de la journaliste était la dernière chose qui devait valider ta condamnation. Je reconnais volontiers que j'aurais dû procéder à un interrogatoire plus approfondi et notamment, lui soumettre une photo pour confirmer ton implication mais la description de ton attitude, du moins celle de l'agent qui se faisait passer pour toi, était si semblable à celle que tu déployais lorsque tu souhaitais quelque chose d'une femme que je n'ai pas vu le piège.
Tony était toujours muet et attendait visiblement que Gibbs aille plus loin, il restait tant de choses qui n'avaient jamais été dites entre eux, des choses que l'ancien marine n'avait jamais jugé utile de préciser, de clarifier ou de confirmer. Il avait toujours pris pour acquis que ce qu'il ne disait pas était implicitement compris par l'italien qui savait si bien lire en lui ou interpréter la moindre de ses émotions (lorsqu'il les laissait voir surtout).
- Je n'ai jamais douté de toi, Tony, crois-moi insista l'ancien marine. J'ai toujours cru en toi, jamais été désappointé. Il a fallu l'arrivée de la nouvelle directrice et l'affaire Aswari pour que les choses changent. Elle a utilisé un moyen de pression efficace pour me faire céder et j'ai simplement dû suivre les ordres de Jenny sous peine de te perdre.
Devant le regard curieux de l'italien, il décida d'expliciter sa remarque.
- Elle m'a demandé, imposé serait plus exact, d'intégrer un nouveau membre dans l'équipe et lorsqu'elle a dévoilé celle qui serait désormais notre collègue, je me suis insurgé. Elle ne m'a pas laissé le choix, c'était l'adjonction de David ou ton éviction pure et simple de l'équipe. J'ai cédé sans savoir jusqu'où elles seraient prêtes à aller pour mener leur projet à bien.
Tony sursauta à cette information et ouvrit la bouche mais fut interrompu avant d'avoir pu prononcer le moindre mot. Gibbs poursuivit donc, tentant de convaincre son ancien agent.
- Manipulatrices, elles ont tenté sur tous les tableaux et tu ne leur as pas laissé le choix en refusant, selon tes propres commentaires, de te laisser embobiner par Ziva. Tu as dû percer ses défenses facilement et elle n'a pas accepté la défaite. Trop orgueilleuse et si sûre d'elle et de ses aptitudes, elle pensait que tu lui mangerais dans la main en un rien de temps, toi, le coureur de jupons le plus réputé de l'agence. Je n'ai jamais envisagé de te perdre surtout de cette façon et pour satisfaire les caprices de deux femmes ambitieuses scanda Gibbs d'un ton résolu. Je ne pouvais pas les laisser décider de cette manière qui devait faire partie de mon équipe et surtout, je ne voulais pas que tu sois transféré à l'autre bout du monde.
Et comme pour appuyer un peu plus cette affirmation, il posa à nouveau sa main sur celle de Tony et la serra légèrement. Il voulait ainsi lui confirmer qu'il n'avait jamais voulu écarter l'italien ou le mettre à l'index. Il savait qu'il devait en dire plus pour consolider sa position, il reprit donc sa diatribe.
- Tony, tu as été - et tu es toujours - l'agent le plus compétent avec lequel j'ai travaillé et crois-moi, j'en ai eu pas mal avant toi indiqua t-il en soupirant. Dés l'instant où nous nous sommes rencontrés, j'ai évalué ton potentiel et compris que tu étais sous-estimé par tes employeurs et c'est sans remords que j'ai tout fait pour t'adjoindre à mon équipe. J'ai eu la chance que Morrow me suive et accepte sans problème ma proposition et l'argument qu'il a eu avec ton capitaine a été des plus vifs.
Tony le regarda, un scepticisme évident au fond des yeux. Gibbs enrageait de constater que l'italien pensait encore n'être pas suffisamment compétent à l'époque pour mériter de travailler avec la meilleure équipe de l'agence fédérale. Il savait que ses collègues policiers avaient toujours considéré le jeune détective comme un flic trop « électron libre » à leur goût, il ne rentrait pas dans le moule dans lequel ils étaient habitués à cataloguer certains de leurs confrères trop doués ou trop ambitieux.
Il se souvenait parfaitement des remarques que l'efficacité du détective avait soulevé lorsqu'ils s'étaient rencontrés et la jalousie qui transpirait dans les propos des plus vindicatifs. La rapide progression professionnelle de Tony en avait froissé plus d'un qui ne voulait pas reconnaître que le jeune policier était vraiment doué dans sa partie et les nombreuses affaires résolues grâce à lui ne comptaient que peu à leurs yeux.
Tout ce que certains voyaient, c'était qu'un jeune freluquet de flic, venu de Philadelphie par ils ne savaient quel tour de force, leur volait souvent la vedette en étant plus efficace, plus compétent et plus pugnace que les plus expérimentés d'entre eux qui lâchaient par trop souvent du mou, faute d'avoir encore la ténacité d'un bleu.
Gibbs avait, lui, réalisé le potentiel du jeune détective qui n'hésitait pas à le contrer, à s'élever contre lui pour faire valoir son point de vue ou ses théories, à s'insurger au besoin contre ses décisions sans aucune appréhension et avec aplomb. Il savait lui rappeler les limites à ne pas franchir pour que l'enquête ne risque pas d'être déboutée lors du procès. Il savait, comme personne, décrypter les humeurs de l'ancien marine et y faire face en réagissant en conséquence.
Il savait aussi d'un regard comprendre ce que son patron voulait et y répondre aussitôt. Cette dernière qualité en agaçait d'ailleurs plus d'un lorsque les deux hommes agissaient ainsi et surtout sans rien expliquer. C'était ce qui avait frustré le plus l'Officier du Mossad lorsqu'elle avait intégrée l'équipe, une aptitude qui lui faisait grandement défaut et qui prônait l'importance de la confiance que l'ancien marine accordait à l'italien.
- Je ne te demande pas de m'absoudre mais j'espère que tu comprendras un peu mieux les raisons de ma conduite envers toi formula l'ancien marine d'une voix sincère. Je souhaite vivement que tu puisse un jour, si tu crois cela possible, me pardonner non seulement d'avoir pu te juger coupable mais aussi d'avoir laissé les choses perdurer sans chercher à les arrêter. Je voudrais aussi que tu puisses à nouveau me considérer comme un ami et je te jure que, cette fois, tu n'auras pas à te plaindre de moi. Je ne suis plus ton patron et tu pourras par conséquent me rabrouer sans te gêner dés que tu penseras que je dépasse les limites plaisanta t-il pour alléger l'atmosphère.
Il finit par cette boutade et pour se donner une contenance, il reprit une tasse de café dont il avait grand besoin. Tony était resté silencieux durant tout le temps qu'il avait parlé et il était certainement grand temps qu'il cesse son plaidoyer et laisse à Tony l'opportunité de lui répondre. Pourtant, plusieurs minutes s'écoulèrent avant qu'il ne s'exprime.
- Wouah ! s'exclama enfin Tony mais sans rien ajouter.
Il regarda l'italien tentant de juger de son humeur mais rien ne pouvait le préparer à ce qui suivit.
- J'aurais jamais penser vivre assez longtemps pour entendre l'agent spécial Leroy Jethro Gibbs, le meilleur agent du NCIS, brisé pas moins de quatre de ses si précieuses règles en quelques paroles. Voyons si je ne fais pas erreur, c'est :
Règle 6 : « Ne jamais s'excuser, c'est un signe de faiblesse »
Règle 3 : « Ne croyez jamais ce que l'on vous dit, vérifiez »
Règle 8 : « Ne jamais rien prendre pour acquis »
Règle 18 : « Il vaut mieux chercher le pardon que demander la permission ».
Malgré la situation, Gibbs se surprit à sourire et secoua la tête. Une année était passée et Tony était encore capable d'énumérer ses maudites règles sans se tromper. Il savait que le jeune homme avait une bonne mémoire mais ne pas avoir confondu ou s'être trompé de numéro le stupéfiait. Et l'italien dut sans rendre compte car il réagit aussitôt.
- Quoi ! Tu m'a seriné ces règles durant des années, je suis… j'étais un bon élève et j'ai une excellente mémoire rappela t-il inutilement mais surtout pour marquer un point contre Gibbs. Et maintenant, tu veux sans doute que je réagisse à tout ce que tu viens de dire.
Il fixa un instant son ancien patron, incertain de ce qu'il devait dire ou faire. Il n'allait pas le laisser s'en sortir sans dommage, c'était certain mais avait-il l'envie de le faire. Il débattit un moment le pour et le contre et finit par conclure qu'il avait lui aussi le droit de dire ses quatre vérités à celui qu'il avait si longtemps mis sur un piédestal.
- Tu sais, Gibbs, dès le premier jour où j'ai travaillé avec toi, j'ai su que notre relation ne serait pas rose tous les jours commença t-il. J'avais suffisamment d'appréhension de savoir que j'allais intégrer une agence fédérale et même si j'avais été un flic des rues puis un détective, je n'avais jamais rêvé travaillé comme féd. Je n'espérais pas que nos rapports soient faciles mais qu'ils soient au moins cordiaux et certainement plus que ceux dont m'avaient gratifié mes précédents employeurs ou mes partenaires. L'enquête qui nous avait permis de nous rencontrer m'avait donné un bon aperçu de ton attitude envers les forces de police et donné à réfléchir à ta proposition.
L'italien se permit un petit sourire en songeant à cette affaire mais il réprima aussitôt la nostalgie qui menaçait de s'emparer de lui. Il ne devait pas se laisser envahir par le passé, bon ou mauvais, s'il voulait crever l'abcès et déterminer la suite non seulement de cette discussion mais aussi de sa relation avec l'ancien marine.
- C'est finalement mon capitaine qui m'a poussé à accepter ta proposition en étant une fois de plus insultant et irrévérencieux. Il ne voulait pas me voir rester, je le défiais bien trop souvent à son goût et ne lui montrait pas le respect auquel il s'attendait poursuivit-il.
Tony fit cette déclaration sans égard pour l'amour propre que Gibbs pouvait avoir ressenti en croyant être celui qui avait remporté haut la main le rapport de force qui l'opposait à son capitaine quand à la décision de l'italien de rester à Baltimore ou de le suivre à Washington. Il énonçait simplement les faits et n'avait que faire des états d'âme de l'époque d'un fédéral qui se croyait plus subtil qu'il ne l'était alors face à un capitaine de police borné, buté et imbu de lui-même.
- Je ne correspondais pas aux standards de la maison, je faisais volontiers cavalier seul lorsque c'était possible et mes partenaires ne me faisaient pas confiance pour assurer mes arrières proprement expliqua t-il.
Malgré la digression qu'il ne comprenait pas, Gibbs laissa le jeune homme parler. C'était bien l'une des premières fois où Tony s'ouvrait à lui sans réticence et il n'allait pas le rappeler à l'ordre même s'il ne voyait pas où allait aboutir sa tirade.
- Tu te demandes sans aucun doute où je veux en venir avec ça rallia Tony. Sans doute à te faire comprendre que malgré les apparences, je ne te dois pas ma place en tant qu'agent fédéral. Ce n'est pas toi qui m'a décidé à accepter le poste, ce n'est pas toi qui a gagné contre mon capitaine dans le bras de fer qui vous opposait me concernant. C'est moi qui ai gagné en vous laissant croire tous les deux que vous aviez été le déclencheur de ma décision.
Certainement nerveux ou reprenant ses bonnes vieilles habitudes, Tony se leva et commença à aller et venir sur quelques mètres. Gibbs savait que cette attitude l'aidait à s'exprimer et le fait de le dominer ainsi, lui qui restait assis, devait lui donner un sentiment de puissance. Il pouvait bien lui accorder cette demi victoire.
- Sais-tu ce que j'ai dit hier à Ducky te concernant ? Non, bien sûr à moins que ton vieil ami ne t'ait répété mes paroles. Voici ce que je lui ai dit : que tu étais l'une des très rares personnes, à qui j'ai accordé une confiance inconditionnelle, sans aucune restriction. En fait, tu es la seule personne corrigea t-il finalement décidé lui aussi à être honnête mais je ne l'ai pas précisé à notre estimé légiste. J'ai toujours pensé que notre relation allait bien au delà de celle d'un patron et d'un employé, d'un supérieur et d'un subordonné et même de deux amis sans pour autant être du type père/fils. Je crois que j'ai idéalisé ce que nous pouvions être l'un pour l'autre.
Tony stoppa brusquement son va et vient et passa sa main dans ses cheveux, ébouriffant encore plus sa chevelure, le rendant encore plus attirant. Puis, il reprit ses déambulations et continua son monologue.
- J'ai compris finalement que tu te fichais de savoir comment j'obtenais toutes ces informations du moment qu'elles te permettaient de trouver le coupable déclara t-il sans emphase. Pourtant, tu n'aimais pas me voir flirter avec les témoins, tu détestais m'entendre parler de mes conquêtes, tu supportais mes références cinématographiques avec indulgence et parfois amusement, tu ignorais mes efforts pour te satisfaire, tu ne me félicitais que si nous étions seuls comme si le faire devant des témoins était au dessus de tes forces énuméra l'italien d'un ton retenu mais plein de rancœur.
Gibbs se garda bien d'intervenir, il était attentif aux griefs que son ancien subordonné avait envers lui, il voulait comprendre ce qui l'avait poussé à partir afin de faire la paix avec sa culpabilité.
- Je ne suis sans doute pas le plus intelligent des agents de l'agence, je le reconnais volontiers, je ne vaux pas un McGee quant il s'agit de jouer avec l'informatique, je n'équivaux pas un Officier du Mossad pour ce qui est des techniques de combat au corps à corps lista l'italien d'un ton monocorde. Pourtant, je suis resté ton agent senior durant cinq ans, j'ai assuré tes arrières comme personne et pendant cette période, tu n'as jamais exprimé de doute sérieux sur mes compétences. Et soudain, cet agent de liaison nous est imposé et d'un seul coup, je ne mérite plus ta confiance, tu trouves que je suis juste bon à jouer les garçons de service.
Le jeune homme s'arrêta à nouveau, s'empara de la bouteille d'eau qu'il avait sorti de sa sacoche et avala une bonne partie du liquide avant de la reboucher et de la balancer sur la couverture.
- Tu sais ce qui m'a fait le plus mal dans tout ça, Gibbs ? questionna t-il son ancien mentor mais n'attendit pas une réponse avant de continuer. Ce n'est pas tout ce qu'ils ont pu me faire par derrière ou devant toi, ce vol de mes recherches, ces moqueries incessantes, ces paroles qui me rabaissaient devant tous… Non, ce qui m'a vraiment heurté, c'est que toi, toi… tu les laisses faire sans rien dire, tu approuvais leurs méthodes en te taisant et tu me dévalorisais par la même occasion. Oh, bien sûr, ta dernière accusation a été la goutte d'eau de trop mais elle arrivait vraiment à point nommé.
L'un des chevaux fit entendre un hennissement et Tony s'interrompit un instant avant d'aller rapidement inspecter l'endroit où ils étaient attachés afin de s'assurer que tout allait bien. Il revint et son pas était plus ferme, sa démarche était plus sûre qu'à l'aller. Gibbs soupira discrètement et attendit la suite des évènements sans broncher. Il reprit simplement du café tout en constatant que c'était la dernière tasse qu'il se versait. Il s'installa plus confortablement afin d'écouter la diatribe de l'italien qui reprenait son va et vient qu'il ne songea pas à critiquer.
- J'avais une furieuse envie de vous faire payer votre attitude révéla Tony et sa voix exprimait cette fois-ci une colère contenue mais malgré tout bien présente. J'avais réuni les preuves qui me permettraient de monter un dossier contre McGee et David, des preuves solides. J'avais rempli les formulaires de plainte, ils étaient signés et prêts à être déposés aux Affaires Internes. Et cette histoire m'est tombée dessus, j'étais accusé de meurtre. Quelle blague ! Moi qui ne pouvait voir une femme avec un œil au beurre noir, j'en aurai tué une de sang froid ? Je crois que le fait de me retrouver derrière les barreaux comme un vulgaire autre criminel m'a fait comprendre que ma place n'était plus forcément parmi les fédéraux. Et cette enquête sonnait pour moi le glas de ma carrière au NCIS.
Tony stoppa et regarda l'ancien marine qui lui rendit son regard, un regard franc qui ne condamnait pas, qui ne jugeait pas non plus. Un regard triste au contraire rencontra celui courroucé de l'italien.
- Je continue ? demanda Tony d'un ton incertain.
- Oui, je t'en prie, je suis tout ouïe dit simplement Gibbs.
- Bien… puisque tu me prêtes enfin attention, autant en profiter ironisa le jeune homme. Je pensais bien que cette injuste accusation te ferait reprendre tes esprits mais finalement, les choses sont restées telles quelles. J'ai alors vraiment réalisé que rien ne changerait, que tu ne te mouillerais plus pour moi avoua le brun en avalant convulsivement. J'avais décidé d'attendre la fin du mois pour donner ma démission mais cette affaire qui requérait une solution d'urgence m'a pris de court. J'ai voulu y apporter ma contribution, comme un idiot, j'ai cru que je pourrais vous aider de mes lumières et je me suis royalement planté. Tout a été de travers depuis le début et je n'ai pas été long à flairer quelque chose de louche déclara négligemment Tony sans s'attarder sur ses propos. Je n'aurais jamais pensé que tout ça me retomberait dessus et que tout avait été organisé pour me faire virer dit-il d'un ton nettement désabusé.
A nouveau, Tony stoppa ses pas devant Gibbs et le scruta. Devait-il vraiment aller au bout de ses récriminations ou devait-il en rester là ? D'une certaine façon, ce fut l'ancien marine qui le poussa à continuer.
- J'ai aggravé les choses avec mon accusation, n'est ce pas ? affirma t-il plus comme une constatation que comme une question.
- Oh, oui siffla Tony. J'ai eu le cœur broyé en un instant en t'entendant m'accuser, Gibbs finit-il par crier. Tu m'as littéralement enfoncé la tête sous l'eau, tu n'as pas seulement remis en cause mes actions mais également ma vie privée par tes remarques venimeuses sur ma sexualité. Toi qui te targuais de te moquer de la personne avec qui on couchait, il a fallu que tu me fasses ce coup bas. Et tout ça en pure perte parce que je ne couchais pas avec cette enquiquineuse de journaliste mais plutôt avec…
Abruptement, Tony parvint à stopper ce qu'il allait dire. Gibbs ne savait pas qu'il était bisexuel et il n'avait aucune intention de lui apprendre ça ici et maintenant. Ce n'était pas ce qui avait présidé à son départ et ça ne devait pas faire l'objet de cet entretien.
Le rancher que l'italien était désormais ne savait pas que l'ancien marine avait surpris la tendre étreinte du premier soir entre Cole et lui et Tony n'avait pas l'intention de lui en faire part pour le moment. Ce délicat sujet serait abordé dans des circonstances qui se prêteraient bien mieux à ces confidences particulières, du moins il l'espérait et si, à vrai dire, une occasion d'aborder cette question se présentait.
Gibbs leva un sourcil interrogateur mais ne pressa pas le jeune homme de terminer ce qu'il était censé dire. En un éclair cependant, il comprit à quoi l'italien devait faire allusion. Ce qu'il avait surpris de son balcon l'autre nuit lui en donnait une bonne idée. Mais apparemment, Tony n'avait aucune envie de se défendre en lui annonçant son style de vie bien spécifique. Ce serait sans doute pour une prochaine discussion, si prochaine il y avait…
- Tu ne couchais pas avec cette journaliste ? proposa Gibbs pour relancer la conversation.
- Gibbs, on venait de la rencontrer depuis moins de deux jours s'indigna Tony. Je veux bien avoir eu la réputation d'être un rapide mais, vraiment, là, il n'y avait rien qui me tentait chez elle et tu le savais. Tu avais surpris ma grimace lorsqu'elle m'avait fait du tape à l'œil, ne dis pas le contraire prévint-il. C'est pour ça que ton accusation m'a fait un effet si dévastateur avoua t-il dans un souffle.
- Je comprends maintenant la raison de ton départ soupira Gibbs qui venait de réaliser que son attitude avait été le catalyseur qui avait allumé une mèche en attente de s'enflammer.
- C'est certain que tu peux te vanter de m'avoir recruté et en même temps de m'avoir viré cracha Tony. Même si la vérité est ailleurs, tu as une responsabilité réelle dans ma décision de partir, de quitter la seule véritable famille que je m'étais constituée au fil des années. La mort de Kate avait déjà fissuré ma confiance, ton injuste attaque et ton jugement lapidaire ont fait le reste.
- Si tu étais si vindicatif, pourquoi n'avoir pas déposé une plainte officielle ? questionna son ancien patron. Il te suffisait de mettre à jour ton précédent dossier et l'affaire aurait rapidement suivi son cours affirma Gibbs qui avait été, à l'époque, fort surpris de n'avoir pas été réprimandé.
- Quoi, moi seul contre l'équipe première du NCIS et en plus avec l'appui que vous apporterait la directrice ! ironisa à nouveau l'italien. Aucune chance que je reprenne mes fonctions ou que l'un de vous soit pénalisé ou même temporairement mis à pied.
- Alors, tu as baissé les bras conclut Jethro d'un ton navré.
- J'ai décidé de mettre en place le plan que Harm et moi avions mis au point reprit Tony. Je lui ai laissé entendre que je réfléchirais à ce que j'allais entreprendre comme action. Je suis arrivé ici sans savoir ce qui m'attendait. Les difficultés que traversaient l'hôtel et le haras m'ont totalement absorbé durant plusieurs semaines. J'avais d'autres priorités, d'autres personnes qui attendaient de moi que je résolve leurs problèmes, des gens qui me faisaient confiance pour apporter une solution rapide à leurs soucis quotidiens. La distraction a été la bienvenue et surtout, elle a été salutaire. Ma colère et ma rancœur ont fini par perdre de leur importance, l'éloignement était un autre atout dans mon désir d'oublier tout ce qui se rattachait à Washington.
- Et tu as laissé Abby et Ducky se morfondre sans nouvelles, ils n'étaient pour rien dans notre conflit indiqua l'ancien marine d'un ton neutre.
- Oui, je savais que tu demanderais à notre gothique de faire des recherches ou qu'elle les ferait dans ton dos et Ducky, mon dieu, tu as parfois l'art de savoir le faire parler sans qu'il ne s'en rende compte ricana Tony. J'ai fini par envoyer de petits messages à Ducky sans lui laisser la possibilité de me contacter.
- Comment ? Il pouvait te répondre par retour à partir de son téléphone, il me semble s'étonna Gibbs.
Même si la technologie moderne le barbait royalement, l'ancien marine avait quand même retenu quelques petites choses de toutes les informations dont McGee et Abby l'abreuvaient lors de leurs découvertes.
- C'est pour cette raison que je me servais d'un cybercafé pour communiquer dévoila Tony en souriant. L'adresse était à usage unique et si Ducky ne demandait pas à vos experts de trouver l'adresse de l'expéditeur, il ne pouvait me répondre.
- Et connaissant notre ami, il n'aurait jamais été contre ta volonté de rester injoignable conclut son ancien patron.
- Voilà, tu sais maintenant déclara Tony, un brin épuisé par toute la tension accumulée depuis l'apparition soudaine de toute la bande.
- Tu as tout fait pour que nous ne te retrouvions pas, tu as su parfaitement masquer tes traces soupira l'agent fédéral. Tu ne voulais vraiment pas que nous puissions découvrir où tu étais. Tu me hais donc tant que ça pour en être arrivé à un tel extrême, Tony ?
- Je voulais tracer un trait sur ce qui était désormais pour moi du passé confessa l'italien d'une voix lasse. Je savais qu'en faisant ça, je me coupais de tout ce qui, à mes yeux, avait représenté les plus belles années de ma vie. Tu venais de détruire en un clin d'œil ce qui me motivait pour aller de l'avant, jour après jour. Ma vie n'a pas été rose contrairement à ce que vous pensiez tous. Le fait de naître dans une famille riche ne préserve pas des épreuves du commun des mortels, Gibbs, mets toi bien ça dans la tête rugit presque Tony. J'ai eu mon lot de souffrances, comme toi mais j'ai su dépasser la douleur pour faire de ma vie ce que j'avais envie qu'elle soit.
Tony stoppa un instant pour reprendre son souffle et se calmer un peu. Il savait qu'il n'avait pas fini sa diatribe et il voulait faire comprendre à son ancien mentor son point de vue. Il poursuivit donc sans égard pour la souffrance qu'il pourrait causer, il avait besoin que tout sorte avant de penser à… pardonner peut-être comme Ducky l'enjoignait de faire.
- Tu t'es complu dans tes souvenirs, Gibbs - un peu trop à mon humble avis - et tu n'as jamais voulu accorder la moindre chance à quiconque cherchait à te soulager de ta peine. Tu as désespérément tenté de retrouver ce que tu avais perdu et tes mariages ont fini en fiasco. Ton manque de communication a eu raison de tes relations personnelles et tu as lamentablement échoué avec tes ex-femmes. Tu as reporté ta frustration dans ton travail et tu as finalement ruiné ce qui était une belle relation entre nous par ton manque évident de compassion, de sollicitude, de compréhension envers moi dans le seul but de parvenir à assouvir ton obsession, la justice pour les victimes auxquelles tu accordais ce que tu me refusais.
Tony s'arrêta et plongea son regard dans celui de son ancien patron. Il ne s'attendait pas à y lire ce qu'il discerna dans les yeux bleus : tristesse et peine. Il savait que ses paroles avaient touché un point sensible et il comprit aussi qu'il devait en donner la raison.
- Je sais que mon discours te peine avoua t-il d'une voix douce mais reconnais aussi que tu m'as meurtri à plusieurs occasions, Gibbs. J'ai supporté beaucoup de ta part et tu ne m'as pas fait de cadeau et, même si je n'en attendais aucun de ta part, je ne méritais pas pour autant ton attitude parfois odieuse envers moi. J'ai enduré plus de toi que de tous mes anciens patrons réunis, c'est dire toute l'importance que j'accordais à notre relation. Et tout ce que tu as trouvé à faire pour me remercier, c'est de tout foutre en l'air en l'espace de quelques minutes, des années passées côte à côte à œuvrer ensemble en totale confiance et pour quoi... ? Satisfaire la vanité de deux croqueuses d'hommes. Il y avait de quoi me rendre furieux de te voir me préférer deux opportunistes de leur acabit sans la moindre hésitation.
Tony prit une profonde inspiration, se passa la main dans les cheveux, ce qui fit sourire Gibbs en lui rappelant que c'était le signe évident que son ancien agent était nerveux.
- J'ai fini… pour l'instant annonça l'italien mais je n'exclus pas de revenir sur le sujet si le besoin s'en fait sentir.
Cette simple affirmation mit du baume au cœur de l'ancien marine, elle indiquait sans l'ombre d'un doute que l'italien était disposé à le revoir et c'était suffisant pour lui redonner l'espoir que tout n'était pas perdu pour eux. Oh, il ne se faisait aucune illusion que la reconquête du jeune homme ne se ferait pas sans combattre, il allait devoir s'armer aussi bien de patience que de courage pour parvenir à forcer les barrières érigées depuis des années et parvenir à pénétrer dans la tour d'ivoire dans laquelle Tony s'était réfugiée.
Gibbs regarda un instant dans le vide débattant de sa prochaine action. Il ne voulait pas partir du Texas sans s'assurer que son ancien agent soit non seulement rassuré sur la fin de leur différent mais également qu'il serait accueilli en ami (et non traité en ennemi), ce qui était du domaine possible s'il se référait à sa précédente déclaration. L'année écoulée avait été bien trop éprouvante pour lui pour renoncer à renouer des liens plus forts avec Tony. Cette discussion éclairait bien des points alors obscurs pour Gibbs et lui permettait de revoir sa stratégie.
Il tapota la couverture près de lui invitant l'italien à venir le rejoindre. Tony se mordit la lèvre inférieure, un simple petit geste qui montrait sa nervosité et fit courir un frisson sur le corps de l'ancien marine. Gibbs ignorait totalement pourquoi mais il avait toujours réagi à cette action inconsciente de son agent senior. Il tendit la main pour l'inviter à s'installer et heureusement, le jeune homme accepta l'invitation.
- Je suis vraiment et très sincèrement désolé, Tony déclara à nouveau un Gibbs bien contrit. Je ne pense pas pouvoir te faire comprendre à quel point mon manque de discernement et mon laxisme m'ont perturbé après ton départ. Je souhaite vraiment que nous puissions faire table rase de ce qui s'est passé, de repartir sur de nouvelles bases, de renouer des liens qui n'auraient jamais dû être défaits pour satisfaire deux femmes dévorées d'ambition. Je ne supplie pas d'effacer tout ce qui s'est passé, seul le temps peut atténuer le chagrin, la colère et tout ce que tu as subi. Penses-tu être assez généreux pour nous accorder une nouvelle chance ? demanda avec courage et détermination Jethro.
La déclaration stupéfia l'italien, il ne pensait pas que l'ancien marine saurait se montrer assez humble pour s'humilier à demander quelque chose qu'il n'était pas enclin à accorder lui-même facilement. Il devait sans doute attendre beaucoup de la réponse de Tony mais ce dernier devait avant tout faire le vide dans son esprit et analyser avec impartialité tous les évènements, les propos et commentaires de ses trois anciens compagnons. Il se réservait jusqu'à leur départ pour donner une réponse.
- Gibbs, ce que tu demandes est… énorme, je dirais, faute de trouver un meilleur qualificatif avoua Tony. J'ai besoin de repenser à tout ça, de digérer tout ce qui a été dit durant chacune des discussions que j'ai eues avec Abby, Ducky et toi. Laisse-moi le temps d'y songer sans précipitation et je pense te donner une réponse dans un sens ou dans un autre lorsque vous serez sur le départ si l'enquête traîne un peu ou dans un jour ou deux si vous partez bientôt.
- Tout ce que tu veux, Tony approuva Jethro. Je te laisse y songer à tête reposée et si tu n'as pas de réponse définitive à notre départ, tu pourras prendre le temps qu'il te faudra. Ne coupe pas les ponts avec nous, cette fois-ci, c'est la seule exigence que j'aurais implora presque l'ancien marine.
- Abby et Ducky ne me permettraient pas de les laisser de côté cette fois-ci plaisanta Tony, tu peux en être sûr. Bien, il serait temps de rentrer, le déjeuner ne va pas tarder et je commence à avoir faim.
Sur cet aveu enfantin, Gibbs lâcha un rire joyeux suivi bientôt par Tony. Les deux hommes mirent quelques minutes à se calmer et spontanément et sans préméditation, Gibbs se pencha et déposa un chaste baiser sur la joue de Tony, juste à la commissure de ses lèvres. Bien vite, il se redressa et entreprit de ramasser les quelques objets qui jonchaient la couverture avant que l'italien ne se reprenne suffisamment pour se lever et plier la couverture.
Le retour se fit au petit galop, histoire de limiter la conversation et de satisfaire les montures qui étaient restés trop longtemps sans bouger.
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Ouf ! Dur labeur terminé qui, j'espère, méritera bien quelques coms.
Le chapitre suivant se concentrera sur les nouvelles relations entre nos quatre protagonistes et verra aussi la poursuite, sinon la fin, de l'enquête du NCIS.
A+ pour la suite.
