JAMAIS ILS NE DEVRONT SAVOIR
CHAPITRE 12
« Qu'importe que tu aimes ou pas ton époux. Tu aimeras ses enfants car ce seront aussi les tiens. »
L'incident avait fini par s'estomper comme s'efface la cendre à force de la frotter, abandonnant progressivement la mémoire de ceux qui avaient daigné s'y intéresser pour n'y laisser, tout au plus, que de vagues souvenirs insignifiants – des ruines médiocres et ternes. Suppléé de Patience et de Tolérance, le Temps finirait par détourner les esprits du vrai tourment qui leur noircissait l'âme au profit d'un divertissement qui apaiserait leurs soupçons. Chacun avait ses propres soucis et ses propres querelles, il en allait ainsi. Alana elle-même avait fini par se convaincre que l'affaire n'était pas si grave qu'elle se le figurait, qu'une dispute était une chose normale dans un couple et que l'intensité de l'amour ne pouvait rien y faire elle devait lâcher prise et ne plus y penser à son tour.
Une semaine avait ainsi fini par passé, puis deux, puis trois… Les jours se succédant avaient naturellement fini par retomber d'eux-mêmes dans cette torpeur morne qui assujettissait même la volonté la plus farouche, recouvrant leur rythme las et traînant comme refusant de s'écouler sinon à contrecœur. Quelle entité pouvait cependant contraindre le Temps à s'aliéner ? Et dans quel but ?
La lourdeur de l'ennui pesait sur la Montagne mais Alana était intérieurement soulagée d'avoir retrouvé cette habitude doucereuse, synonyme de calme et de tranquillité – Erebor avait recouvré sa quiétude et son silence millénaire, bornée de gestes et de paroles rituelles vides de sens mais non d'utilité. Les couloirs étaient de nouveau fréquentés par des visages apaisés et respectueux dont les regards néanmoins, toujours francs et perçants, ne cessaient d'adresser tant des questions que des reproches, cherchant sans cesse de quelque manière à démêler le vrai du faux au sein de la vérité elle-même. Sauraient-ils la découvrir, cette vérité qu'ils cherchaient avec tant d'ardeur ? Le pourraient-ils en fin de compte ? Peut-être Alana ne mentait-elle pas avec autant de habileté qu'elle le pensait…
La souveraine s'efforçait de ne pas penser à cette perspective, à cette éventualité si cohérente qu'elle pouvait devenir réelle à tout moment et, le soir pendant les dîners, elle parvenait à s'en défaire complètement pour apprécier le moment présent et tous ses bienfaits. Quand, réunis autour d'une table pleine et riche de mets divers, en compagnie des personnes qui dessinaient son quotidien, Alana pouvait se laisser aller au rire franc et sincère d'une jovialité non feinte, abandonner ses réflexions toujours si obscures et laisser place à la joie et abaisser les barrières qu'elle avait érigées autour d'elle pour se protéger de la duplicité corruptive des relations sociales. L'authenticité pouvait briller dans le ciel bien qu'elle n'écrasât pas les ténèbres de la menace.
La souveraine parvenait à trouver agréable ces récits qu'elle connaissait pourtant sur le bout des doigts mais qui ne la concernaient pas, les mythes de ces héros Nains qui avaient dressé la légende d'Erebor jusqu'à lui donner un faste qui, semblait-il, dépassait celui des autres peuples. Les plus jeunes y voyaient le lustre de leur ancêtres, les plus anciens la gloire de leur jeunesse… C'était dans cette atmosphère de joie apparente, entourés d'éclats de rires et de souffles chauds, que les membres de la famille royale avaient pris leurs plus grandes résolutions de leur vie, les uns à l'abri des autres, enfermés dans leur inviolable intériorité où le corps rencontrait l'esprit pour que la passion se mêlât aux gestes.
Thorin avait tenu à se montrer plus disponible et plus proche encore de son épouse, ne se contentant plus seulement de la couver du regard de loin mais de lui prendre la main et de la soustraire du commun pour l'élever dans l'ombre. Il s'essayait sur les bancs au sommet des remparts de sorte que ses genoux touchassent ceux de sa femme et lui expliquait longuement ce que la Montagne attendait de lui – et d'elle un moyen maladroit de passer du temps avec celle qu'il aimait sans prendre de risques, ne sachant pas ce qu'il pouvait lui dire d'autre. Car au-delà de ce qu'ils voulaient bien admettre tous deux, ils s'étaient mariés en se connaissant trop peu l'un et l'autre. Les apparences leur avaient voilé les yeux, ne montrant de ces deux êtres que ce que le commun avait l'habitude de voir rares étaient les fois où leur essence profonde avait clairement jailli à la vue de l'autre. Sans compter la pression qu'avait ajouté la situation du Roi et la nécessité de se sortir d'une mauvaise passe, d'une crise sociétale et identitaire. Mais ces rares moments, cependant, ceux où ils avaient pu se révéler pleinement, avaient été les plus intenses et les plus purs – les plus précieux aussi.
Toutefois, là où le regard de Thorin montrait de la confiance, celui d'Alana laissait transparaître un doute profond que tous les masques de façade ne pouvaient tromper. Là où les paroles du roi témoignaient d'une maîtrise presque innée, les murmures hésitants de la reine trahissaient une extraction différente. Tout n'était pas aussi facile que le laissait entendre le Roi sous la Montagne et il n'en serait probablement jamais ainsi. Bien qu'Alana fût lasse du pessimisme, la neutralité et le bénéfice du doute étaient inenvisageables dans cette situation précise – le cynisme l'avait déjà gagnée depuis trop longtemps pour qu'elle pût se résoudre à autre chose. Sa mentalité s'était calquée sur celle du peuple de Thorin sans l'avoir jamais adoptée son cœur ne suivait pas son esprit, ses décisions étaient prises par quelqu'un d'autre qu'elle-même mais parlait avec sa voix.
Néanmoins, il se trouva un moment où la stupeur fut d'une authenticité indubitable. Ce fut lorsqu'elle apprit qu'une part des nains d'Erebor croyaient en elle avec une certitude aussi fondée que dans le cas de Thorin. Thorin, qui avait remis Erebor sur pieds avec presque rien lorsqu'il était sur le point de tout perdre, qui n'avait pas hésité à se sacrifier jusqu'à s'abaisser à des besognes dont mêmes les plus humbles n'avaient pas voulu pour offrir à son peuple un foyer sous lequel habiter… Comment Alana pouvait-elle être méritante de l'attention qu'on lui portait quand chacun de ses gestes était bien moindre ? Aucune des réponses à cette question ne saurait jamais la satisfaire…
Et toute condamnée au malheur qu'elle était, la souveraine ne pouvait se soustraire de cette situation qui la rendait malade. Mais elle n'était pas la seule à en souffrir, elle ne l'avait jamais été. La rancune avait assombri le cœur de Fili depuis les derniers événements et la noirceur de son regard s'était propagé dans le reste de son cœur, le rendant froid et irascible, discret et fuyant, aussi… Alana avait eu beau essayé de lui parler depuis leur altercation difficile, il n'y avait rien à faire. Ses tentatives désespérées pour lui mettre la main dessus se soldaient par de douloureux échecs qui ne faisaient d'accroître une frustration déjà si grande et le sentiment d'avoir raté quelque chose d'important – comme un signal d'alarme, le dernier peut-être bien.
Fili s'était mis à frôler les murs jusqu'à devenir un passe-muraille, fantôme insaisissable étouffant le bruit de ses pas et dissimulant ses gestes au point que nul ne sût où il se trouvait et demeurait insensible à tout appel. Selon les infimes dires qu'avait recueillis Kili, son aîné ne passait plus les journées en Erebor et il n'était pas non plus rare qu'il séjournât ailleurs qu'à la maison, parmi les siens… Personne d'autre n'était en mesure d'informer la souveraine sur cette nouvelle et mystérieuse vie que l'héritier de Thorin avait décidé de mener du jour au lendemain son quotidien était devenu similaire à de la brume opaque dans laquelle l'on se serait perdu par mégarde. Même Dis revêtait ce statut d'égarée et de troublée, inquiète pour son fils sans foncièrement le montrer. Dès qu'Alana soupçonnait quelqu'un d'en savoir davantage, elle faisait mine de l'interroger pour le compte de son époux et de sa belle-sœur. Les réponses, bien souvent évasives, n'étaient guère concluantes non plus que satisfaisantes et le doute persistait comme un poison dont on ne trouvait le remède salutaire.
Aussi concernée qu'elle fût par la situation de son amant, Alana ne pouvait lui venir en aide. Et peut-être Fili ne le souhaitait-il pas, car d'aide il n'avait pas besoin. Peut-être au fond était-il plus judicieux de n'en rien savoir…
°Oo°oO°
Le temps était doux et l'heure propice au recueillement au sommet des remparts d'Erebor, sur l'unique versant donnant sur le monde. Là s'étendait la lande jusqu'à perte de vue, grande et majestueuse, ondulante sous la brise matinale et la lumière diurne. On eût dit une mer au calme trompeur auquel le marin, tout avisé qu'il fût, voulait bien succomber malgré tout. Alana s'accouda sur le rempart de pierres froides et inspira profondément l'air de la hauteur, de cette altitude vertigineuse dont on ne pouvait ressortir vivant mais grâce à laquelle on se sentait vivre. L'espace d'un bref instant, l'impression de se sentir seule au monde et invincible face à tout danger provenant de l'extérieur la gagna, et une bouffée d'orgueil la fit se redresser fièrement. Le prix de ces avantages, cependant, lui revint bien vite en tête et lui ramena les pieds sur terre. Qu'il eut été facile de sauter, pourtant…
La souveraine soupira et se tourna dos au paysage. Son regard rencontra celui de Dis, assise sur un des bancs non loin de là. Une ébauche de sourire étira les lèvres de la Reine et elle demanda :
― As-tu eu ce paysage pour tableau depuis ton enfance ?
― Oui et non, lui fut-il répondu d'un ton nostalgique. Je l'ai eu un moment il est vrai, mais je ne me rappelle plus de la durée exacte… Cela remonte à si loin, tellement loin qu'aussi terrible qu'ait été la prise d'Erebor par Smaug, je ne me souviens pas. J'ai l'impression que ça n'a duré qu'un instant fugace, si court et si insignifiant que l'on n'a aucun mal à le chasser d'un geste de la main… On le désire passer plus vite ou au contraire l'on retient sa course égoïstement pour profiter davantage d'un moment qui est de toute façon condamné. Ces quelques années passées… je les ai oubliées. Toutes. Je pensais que j'aurais jamais à quitter ce paysage ni même ma maison, alors je n'ai que trop peu profité de l'un et l'autre – avec d'amers regrets, crois-le bien. Je n'ai plus aucun souvenir de la lande du temps où j'avais besoin de me jucher sur une chaise pour la contempler. Tout ceci est pour moi aussi nouveau que familier.
Elle voulut ajouter quelque chose mais se reprit à la dernière seconde, secouant la tête de droite à gauche en laissant échapper une grimace pathétique, signe que cela n'avait sans doute pas d'importance. Alana la regarda du coin de l'œil et vit le regard de Dis se perdre dans le vide, voyager très loin dans le passé et s'abandonner dans son univers de souvenirs si prompt à susciter la peine en même temps que la joie. En la voyant ainsi prostrée dans cette posture de repli sur elle-même, la souveraine se demanda ce que cela ferait de retourner à la Rocheneuve, même le temps d'un bref instant. Est-ce que cela suffirait à raviver chez elle la flamme des souvenirs si puissants qu'ils en seraient frappants ? En cet instant où la naine brune racontait ce qu'elle avait été contrainte de quitter à cause de la fatalité, Alana partagea sa tristesse, ressentit sa nostalgie, admira son courage et loua sa maturité. Elle avait tout d'une digne héritière de Durin et de l'étoffe des seigneurs de ce monde. Il n'eut pas été surprenant que des nains acceptassent de la suivre si le trône eut dû lui échoir.
Est-ce que je reconnaîtrais ma maison, songea Alana avec une sourde peur, si j'y retournais ?
Le songe l'amena, presque machinalement, à lever les yeux vers le ciel avec le désir pieux de recevoir l'aide des divinités, ou du moins leur réponse. Le ciel n'était rien de plus qu'une obscure clarté en cet instant, qu'un océan de nuages sombres et menaçants comme les ondes profondes des flots au centre desquels brillait, avec l'ardeur d'un désespéré résolu, le soleil tel une lanterne au cœur d'une tempête faisant rage. Qui perdurerait sans fin. Les dieux étaient aveugles et sourds. Et bientôt il pleuvrait.
― Nous ferions mieux de rentrer, Lana. La pluie arrive à grands pas.
L'air en effet s'alourdissait et se chargeait en électricité. Il n'y aurait pas seulement de la pluie, mais un orage le ciel gronderait et cracherait, véhément. Comme un père qui s'acharne contre son enfant fautif. L'intéressée délaissa le monde céleste pour revenir à sa compagne à qui elle adressa un lent hochement de tête. Mais au moment où Alana voulut suivre Dis, elle fut prise d'un vertige soudain qui la contraignit à se rattraper sur les remparts pour ne pas choir au sol. Ses ongles s'enfoncèrent dans la pierre froide au point de se briser, la sensation était soudaine et brusque, presque surnaturelle. Sa tête se mit à tourner et sa vision à se brouiller. Elle peina à déglutir comme si sa langue eut été prise dans un étau poisseux qui rendait sa salive trop épaisse et sirupeuse. L'air parut se raréfier autour d'elle, devenant plus sec à chaque respiration et le sang qui pulsait à ses tempes sonnait comme un tambour à l'intérieur de son crâne. D'où venait que ses oreilles vrillassent et que ses mains tremblassent ainsi ? L'envie de vomir la prit, mais Alana eut suffisamment de force et de maîtrise pour la réprimer au plus profond d'elle-même, là où elle ne saurait nuire.
― Alana ! Que t'arrive-t-il, s'écria Dis en accourant vers elle, le regard affolé et en proie à l'inquiétude la plus vive.
La souveraine fut incapable de lui répondre sur le champ. Haletante, elle se concentra sur sa respiration jusqu'à ce que, peu à peu, la force et le calme reparurent dans son corps non plus agité par des soubresauts irréguliers. Quand elle eut suffisamment confiance en son équilibre, Alana se dégagea du rempart et inspira profondément de grandes goulées d'air qui achevèrent de lui faire recouvrer la santé.
― Ca va aller, Dis, lui dit-elle d'une voix encore faible. Je vais mieux… Quoi que cela ait été, cela a passé.
― Tu es si blême, par Mahal ! lui reprocha l'interpelée en fronçant les sourcils, peu convaincue. As-tu bien manger ?
La Rocheneuvienne la rassura d'un calme hochement de tête et esquissa un sourire en voyant le regard inquisiteur de sa belle-sœur posé sur elle. Une étude minutieuse et dérangeante – presque impolie. Les sourcils de Dis se foncèrent et elle croisa les bras.
― Lana… Quand as-tu saigné pour la dernière fois ? lui demanda-t-elle alors de but en blanc.
La question désarçonna la souveraine dont la réponse se fit attendre. Alana fit un rapide calcul et le résultat la frappa : deux lunes.
― Deux lunes… J'ai saigné pour la dernière fois il y a deux lunes, murmura-t-elle en posant machinalement une main sur son ventre.
Se pourrait-il que… Etait-ce seulement possible qu'elle fût vraiment enceinte ? Une panique sourde crût dans ses entrailles.
― Viens, ordonna Dis d'un ton ferme. Je t'emmène voir un guérisseur, mieux vaut en être sûres.
Dubitative, Alana n'eut pas la force de protester et se lassa entraîner par sa belle-sœur que l'inquiétude avait délaissé pour être remplacée par de l'espoir. Des étincelles brillaient dans le fond de ses yeux sombres, comme des joyaux. Un héritier saurait probablement arranger les choses au sein de la famille royale, nul doute là-dessus. Un sourire s'échappa de la naine brune tandis qu'elle guidait sa reine dans les entrailles de la Montagne, confiante. Alana quant à elle savait au plus profond d'elle-même, comme une évidence, qu'il n'y aurait rien à confirmer. Tout était déjà en marche et le temps ne ferait que confirmer les projets de la nature et les révéler aux yeux de tous. La machine infernale était lancée et bientôt la fin du monde sonnerait. Rien qu'une question de temps, encore une…
Un frisson glacé parcourut l'échine de la souveraine cependant qu'elle entrait dans le laboratoire du guérisseur qui l'accueillit avec un large sourire et une révérence respectueuse. L'histoire était encore bien loin d'être terminée : tant de choses n'avaient pas encore été écrites.
°Oo°oO°
La patience des Elfes relevait somme toute du miracle, il n'y avait pas le moindre doute possible à ce sujet. C'était ce que pensait Alana, allongée sur le dos le long d'une couchette avec l'impression que des siècles entiers s'étaient écoulés sans qu'elle n'eût bougé. Comment parvenir à survivre à l'éternité ? se demandait-elle en essayant de ménager son irritation et son impatience.
Elle voyait du coin de l'œil le guérisseur se déplacer d'un endroit à un autre de la pièce avec toute la rapidité que lui conféraient son âge avancé et sa démarche chaloupée, sous le regard inflexible de Dis qui scrutait le moindre de ses faits et gestes sans omettre le moindre détail. Celui-ci était plus petit que la normale, quasiment de la taille d'un Hobbit, avec une barbe auburn très fournie qu'il avait agrémenté de bijoux d'or et de tresses. Il avait la fâcheuse tendance à marmonner dans sa barbe, ce qui rendait son discours incompréhensible pour les deux femmes qui s'en sentaient frustrées. Alana n'était pas en mesure d'estimer son âge, la physionomie étant une chose qu'elle n'avait jamais su décrypter. Elle lui reconnut cependant des faux-airs de Balin, pas autant que pouvait en avoir Dwalin, mais la ressemblance pouvait en surprendre plus d'un au premier abord. Rafrin, car tel était son nom, était néanmoins plus dur de caractère quoiqu'il fût gentil.
Suite à l'interdiction de se lever sans le consentement du guérisseur, Alana se trouvait exclue de la discussion que tenaient à voix basse sa belle-sœur et le nain après un dernier examen. La souveraine, en dépit de son statut, n'avait pu user de son autorité pour entendre ce qui se disait à son sujet et ne pouvait que se contenter d'observer du coin extrême de l'œil les rares mouvements que l'un et l'autre esquissaient de temps à autre. Rafrin hocha finalement la tête puis revint de sa démarche bancale vers sa patiente, s'emparant sur le chemin d'un petit sachet de toile épais contenant des herbes odorantes. Les fragrances désagréables qui s'en dégageaient redonnèrent la nausée à Alana quand le sachet fut agité sous son nez.
― Avez-vu pu dormir sur le ventre récemment ? lui demanda Rafrin.
― Je n'en ai pas la moindre idée, je ne dors jamais sur le ventre. Je me sens mal dans cette position, répliqua-t-elle vivement, le cœur au bord des lèvres. Par pitié, veuillez arrêter avec cette chose, l'odeur est vraiment désagréable.
L'intéressé hocha la tête, satisfait, et écarta son sachet à bonne distance avant de le ranger dans un tiroir presque vide. Il rapporta ensuite à sa patiente une serviette humide pour qu'elle puisse se rafraîchir le visage. En croisant le regard de Dis, Alana remarqua que celle-ci souriait largement et elle en éprouva une certaine gêne. L'héritière de Durin prit à part le guérisseur et lui posa encore d'autres questions que la souveraine ne comprit pas. De fébriles exclamations ponctuaient leur discours et une certaine agitation s'emparait de leur corps à mesure qu'ils bougeaient. Même si le verdict tardait, Alana n'avait plus le moindre doute désormais. Elle aurait un enfant. Mahal l'avait voulu. Son destin était scellé.
― Êtes-vous sûr que je suis enceinte ? demanda-t-elle quand on lui eut annoncé la nouvelle.
― Ma reine, ne suis-je pas guérisseur ? Je connais mon métier aussi bien que vous connaissez le vôtre.
Et c'est bien là le problème, mon cher, songea la souveraine. Si vous êtes aussi doué que moi, nous risquons d'avoir des problèmes.
L'officialisation de la nouvelle sonnait comme faux, comme les sensations d'un rêve dont on ne conserve aucune image, aucun souvenir. Son visage ne trahit aucune émotion, qu'elle fût joie ou peine. Seuls ses yeux témoignaient de sa peur, d'une peur grandissante et têtue, mais d'aucun cri. Rien que du silence… Un profond silence de mort.
Il n'existait aucun terme, dans aucune langue, qui eut pu retranscrire avec exactitude l'état dans lequel elle se trouvait aucune combinaison d'expressions n'était suffisamment imagée non plus que suffisamment exacte pour cela. Il est de ces instants où le corps devient son propre langage et exprime bien plus que ne pourront jamais le faire la parole. Qui saura se montrer suffisamment habile pour le comprendre, cependant ?
― Puis-je m'en aller à présent ? s'enquit Alana d'une voix ténue.
Elle n'attendit cependant aucune réponse pour se lever d'elle-même. Une action trop brusque et trop vive qui la fit chanceler. Dis et Rafrin la rattrapèrent aussitôt et leur contact lui donna l'impression d'une intense brûlure dont il fallait se défaire au plus vite. Une légère secousse le lui permit et la souveraine s'enfuit aussitôt. Le guérisseur afficha une mine consternée mais la naine brune comprenait – ou moins le croyait-elle – cette attitude troublante. Sa propre grossesse ne l'avait pas laissée de marbre, et la crainte d'avoir à élever un enfant en période de troubles lui avait fait penser à d'horribles choses qui lui faisaient honte.
― Ne vous inquiétez pas, rassura-t-elle. C'est la nouvelle… Je ne l'ai pas accueillie d'une meilleure manière quand on m'a annoncé mon premier enfant, vous savez. Cela lui passera. Pourriez-vous me donner des plantes ou des remèdes en cas de fièvre, de vomissements…
― Ne vous inquiétez pas, madame. Je me charge de tout cela, soyez sans crainte. Notre Reine doit avoir besoin de se reposer et, quand bien même y aurait-il une autre raison, je ne puis personne pour porter un jugement là-dessus.
La mention d'une « autre raison » fit tiquer Dis l'espace d'une fraction de seconde, mais son désarroi disparut aussi vite qu'il était apparu. Quelle autre raison pouvait-il y avoir ? Elle s'empara du feuillet qui lui remit Rafrin au sujet des médecines puis s'en alla. Une poignée de minutes à peine s'étaient écoulées, guère plus.
Ces quelques minutes avaient suffi à Alana pour prendre de l'avance dans les couloirs et réfléchir à la pertinence de révéler dès à présent la vérité à Thorin au sujet de sa grossesse. Etait-il plus judicieux d'attendre davantage ? Là n'était pas la vraie question à se poser, et la souveraine ne le savait que trop bien. L'effroi qui grandissait en elle, celui qui lui avait fait prendre la fuite, n'était pas dû au fait d'être enceinte mais plutôt à celui de ne pas savoir de qui elle l'était. Qui, de Thorin ou de Fili, avait implanté sa marque en elle ? Et comment avait-elle fait, depuis tout ce temps, pour n'avoir jamais songé à pouvoir tomber enceinte d'un homme qui n'était pas le bon, d'un être qui n'aurait par ailleurs jamais dû la toucher ?
Presque inconsciemment, Alana laissa glisser une main sur son ventre qu'elle caressa avec une précaution excessive. Saurait-on dès la naissance de l'enfant qu'il était le fruit d'un adultère ?
― Alana, est-ce que tout va bien ?
La douce voix de Dis lui parut venir de loin, si loin... A quel moment s'était-elle arrêtée et suffisamment longtemps pour que Dis eût pu la rejoindre ?
― Personne ne m'a jamais prévenue, murmura-t-elle. Personne ne m'a jamais dit comment les choses sont supposées se passer. Je ne sais pas ce que c'est que d'avoir un enfant je me figure à peine ce que cela veut dire. On attend de moi que je sache tellement de choses, mais on ne m'apprend rien.
― Tu peux compter sur moi, la rassura la naine brune. Avec les deux enfants que j'ai eus, et Mahal sait qu'ils n'auront pas été les plus sages, je suis tout à fait à même de te conseiller. E Thorin a vu ses neveux grandir, il saura s'occuper de son propre enfant quand le moment viendra. Personne ne te laissera tomber, ici. Nous sommes une famille.
Cette dernière phrase arracha un sourire à la souveraine et l'idée de voir Thorin père portant un enfant – son enfant – le fit se figer sur son visage quelques bonnes secondes. Cela saurait la rendre heureuse, plus qu'elle ne l'avait encore jamais été en Erebor.
― Est-ce que tu penses que je devrais lui en parler maintenant ? s'enquit-elle auprès de sa belle-sœur. N'est-il pas plus judicieux d'attendre une autre lune ?
― Non, je ne le pense pas. Il n'y a pas de raison de retarder la nouvelle. Thorin est ton époux et le père de ton enfant, il a le droit de le savoir. Cependant nous pouvons attendre davantage avant de faire une annonce officielle. Tu auras commencé à prendre du ventre, et la nouvelle passera mieux – elle s'établira plus facilement dans les mentalités. En tout cas, à partir de maintenant, tu peux être certaine que je veillerai sur toi autant que faire se peut. Les naissances sont rares de par chez nous, et tu ne dois en aucun cas risquer de perdre la vie ou ton enfant.
― Ne me dis pas de pareilles choses, s'il te plaît…
― Je suis désolée, mais te cacher la vérité ne fais pas partie de ma ligne de conduite, contrecarra fermement Dis, d'un sérieux dont elle usait peu. Ton enfant, Alana, sera le maillon de la chaîne qui t'inscrira véritablement dans l'histoire de notre peuple. Ceux qui avaient encore des réticences à t'accueillir parmi eux n'auront plus de choix : tu seras des nôtres car ton sang coulera dans celui de Durin.
Une prophétie cruelle et violente, presque injuste. Une alliance corrosive et empoisonnée, rampant comme un serpent dans le jardin du bonheur et de la quiétude. La menace d'un avenir corrompu que rien ne saurait arrêter, un cauchemar qui prend vie là où se meurt la paix…
― Viens, allons dans la salle commune, reprit Dis. Nous y discuterons plus aisément.
Et Alana la suivit, tout en prêtant l'oreille à ce babillage sur les enfants et la grossesse. Sa tête était ailleurs cependant, mais était-ce surprenant ? Elles s'assirent toutes deux en retrait, après s'être fait servir une boisson chaude par un domestique qui passait par là. La salle commune n'avait jamais paru si grande que lorsqu'elle était désertée, comme si elle eut été trop imposante pour seulement une poignée d'âmes. Comme si la Montagne avait englouti les Nains et les avait faits prisonniers de ses entrailles – et si Erebor n'avait jamais été leur demeure mais pis encore ?
― Ce sont les premiers mois, les plus durs, commença la naine brune avec expérience. C'est là que le corps change, qu'il subit ses toutes premières transformations. Ensuite, cela dépendra du caractère de ton enfant. Je ne prendrai pas mon cas pour une généralité, tu connais les miens tu sais comment ils sont…
A l'écouter parler ainsi, on eut pu croire que les grossesses de Dis, si douloureuses qu'elles eussent été, n'avaient été qu'un cas exceptionnel dont il ne fallait tenir compte. Elle avait ce don commun à Thorin, celui de faire croire que toutes les choses étaient faciles. Mais si optimiste que la jeune sœur du Roi pouvait être, ses paroles ne suffirent à chasser l'inquiétude du le visage de la souveraine, qui pâlissait de minute en minute. Quand le Roi apparut d'un seul coup derrière elle, son contact lui arracha un frisson et des tremblements.
― Qu'es-tu donc en train de dire à mon épouse pour qu'elle soit dans un tel état ? gronda-t-il en enserrant sa compagne de ses bras.
― Peu de choses, cher frère. J'instruis ma belle-sœur sur son futur proche, rien de plus, taquina l'intéressée avec un sourire malicieux.
― Comment cela ? dit-il en prenant place aux côtés d'Alana.
Celle-ci se tourna vers son époux et lui adressa un tendre sourire pour calmer son humeur et lui signifier qu'il n'avait pas à s'inquiéter des choses qui se disaient dans son dos. En voyant que cela n'apaisait nullement ses craintes, la souveraine se blottit contre son époux, qui l'enserra d'une main sans cesser d'adresser à sa sœur un regard noir et lourd de reproches. Alana n'était pas fière de son attitude, qu'elle considérait être celle d'une lâche, en laissant à Dis le soin de sa défense. Mais la naine brune rayonna d'un sourire fourbe, un sourire de tacticien, et concentra son regard sur sa compagne qui se sentit rougir.
― Alana, reprit-il avec plus de raideur, comptes-tu m'apprendre de quoi il retourne ou vais-je devoir faire parler ma sœur ?
― Nul besoin d'en arriver là, amour. Je… Je suis enceinte, finit-elle par avouer.
Il y eut un gros silence. Non un de ces silences gênants qui deviennent si lourds qu'ils semblent écraser la terre, mais le silence profond et creux de l'ignorance qui se change en incompréhension.
―Tu… Est-ce vrai ? Alana, es-tu bien enceinte ? Dis, tu ne plaisantes pas ?
― Eh ! Je n'ai rien dit, moi ! s'offusqua l'interpelée en levant les mains en gage d'innocence.
― Nous sommes allées voir le guérisseur, Dis et moi. Rafrin me l'a confirmé : je suis bel et bien enceinte. Réjouis-toi, amour : d'ici quelques mois nous aurons un garçon… ou une fille.
Le sourire qui étira ses lèvres à l'instant où elle eut fini de prononcer ces mots fut pour Thorin la plus belle des choses de l'univers. La beauté d'une étoile et la chaleur du soleil, toutes deux réunis pour célébrer un jour si grandiose.
― Quelle est donc l'origine de ces réjouissances ? fit Kili en s'approchant vers eux, voyant la joie de son oncle toujours présente sur ses traits.
― Seuls les proches sont autorisés à le savoir pour le moment, Kili, je compte donc sur ta discrétion, dit Alana.
― Aucun problème, même Fili n'apprendra rien de ma bouche.
― Je suis enceinte.
― Non, sérieusement ?!
― Ai-je l'air si peu sérieuse de nature pour que tous vous me fassiez cette remarque ? rétorqua Alana, légèrement vexée.
― Crois-tu que ce sera un garçon ou une fille ? Et pourquoi pas les deux ?
L'enthousiasme du jeune nain était presque contagieuse il était difficile de ne pas s'émouvoir en le voyant lui-même ému de la sorte. Alana laissa échapper un souffle rieur et baissa la tête avec humilité et discrétion. Nul besoin de redevenir le centre de l'attention. L'idée d'être enceinte ne lui avait jamais traversé l'esprit depuis le temps, encore moins l'idée de pouvoir être enceinte de jumeaux. Ce phénomène était déjà si rare on disait « béni des dieux » les couples qui avaient eu cette chance. Alana ne s'était jamais estimée chanceuse. D'aucun aurait pu s'insurger de cette perception de la vie, arguant qu'épouser un Roi était ce à quoi on pouvait aspirer de mieux, mais c'était sans compter les désagréments que cela occasionnait. Vivre dans la royauté était un luxe, incarner la royauté était une malédiction. C'était Dis qu'il fallait envier et elle qu'il fallait plaindre…Les individus se plaignent toujours de celui qui est au plus haut de la pyramide et non de celui-qui se trouve simplement plus haut qu'eux.
― Kili, je te conseille de ne pas te bercer d'illusions à ce propos. Mahal a beau être généreux et le couple royal extraordinaire, rien ne laisse entendre qu'Alana sera touchée par la grâce divine, rappela Dis avec sagesse. A plus forte raison, il vaut mieux souhaiter que ce soit un héritier.
― Une cousine ne me déplairait pas ! contrecarra-t-il.
― De quoi parlez-vous ? surgit Fili.
Sa présence jeta un froid. Les réjouissances parurent s'essouffler d'un seul coup, mourantes comme de concert en un battement de cœur. Le dernier, l'ultime. Alana sentit son propre cœur se serrer lorsqu'elle leva les yeux vers Fili, que nul ne s'était attendu à voir depuis des jours. Comment avait-il pu se couper de sa propre famille, quand il n'avait qu'à se couper d'elle ? Il n'avait aucune raison de leur tourner le dos, à eux. Et cela la rendait malade de voir à quel point elle influait sur son comportement, sur sa manière d'être, sur ses relations avec les personnes qui comptent le plus pour lui.
― Fili ! s'exclama Thorin en se levant pour accueillir son neveu.
― Mon oncle…
Dis et Kili demeurèrent muets en regardant leur frère, leur fils, se tenir devant eux comme revenant du champ de bataille après des années d'absence, le regard plombé, le visage dur et les poings fermés. Une vague de chaleur traversa la souveraine et elle sut que Fili avait posé son regard de feu sur elle. De quoi brûlait-il cependant ? D'amour ou bien de haine ? Elle n'osa lever les yeux vers lui et croiser son regard pour en avoir la certitude. Elle n'en avait pas besoin pour sentir la puissance de ce regard et le pouvoir qu'il exerçait sur elle. Il l'écrasait, l'emprisonnait et l'étouffait, tout cela à la fois.
― Quelle est cette joie qui vous anime ? demanda-t-il ensuite.
― Mon cher neveu, commença Thorin, tu n'auras plus besoin d'assurer ma succession sur le trône d'Erebor.
― Comment cela ? répondit l'intéressé, suspicieux. Alana ne peut pas diriger la Montagne, c'est contraire à la tradition.
― Elle n'en aura pas besoin, Fili. Alana est enceinte.
― Q-Que...
Il écarquilla plusieurs fois des yeux, incrédule avant de les poser directement sur son amante dont le visage demeurait impassible. Cette dernière avait beau voir l'émotion déformer le visage du nain blond, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Quel genre de surprise reflétait cette émotion ? Tous deux se jaugèrent du regard cependant que Thorin, appelé quelque part, se leva pour répondre à la demande suivi par Dis qui lui emboita le pas. Kili, aux côtés d'Alana, attendait aussi une réponse de la part de son aîné, mais celle-ci tardait et tardait…
― Cela te fait donc un tel choc de savoir que tout ce que tu as appris durant toutes ces années ne te servira à rien ? engagea Kili, narquois.
― Je peux me charger de lui trouver un poste à hautes responsabilités s'il n'y a que cela qui l'inquiète, ajouta innocemment la souveraine.
Il la foudroya du regard. Sa colère, néanmoins, s'envola aussitôt. La joie s'emparait de son cœur à mesure qu'il considérait la nouvelle. D'une voix plus douce, il reprit, avec un aimable sourire :
― Il m'est d'avis que s'occuper de l'enfant d'Alana sera déjà un poste à hautes responsabilités.
― Qui sait si elle n'en aura pas deux ? corrigea Kili, moqueur.
― Ou peut-être trois ? renchérit la future mère.
― Calmez-vous. A ma connaissance, il n'y a qu'un seul couple qui ait eu trois enfants d'une même naissance. Il y a fort peu de chances que cela arrive à Alana, ménagea Fili.
Tandis que lui et son frère entrèrent dans un débat houleux pour estimer la pertinence d'une telle proposition, Alana se surprit à apprécier plus que de raison le retour de Fili au sein de la maison. C'était là sa vraie place. Parmi les siens et auprès d'elle. Quand Kili se fut lassé de la stérilité du dialogue, il s'en alla d'un pas rageur et laissa Fili avec Alana, qui éclatèrent de rire pendant de longues minutes.
― Le pauvre, il ne mérite pas ce que nous lui faisons subir, souffla-t-elle entre deux respirations douloureuses d'avoir autant ri.
― Personne ne mérite ce que nous leur faisons subir, Alana. Non, personne, reprit-il, son sérieux de retour.
― Je le sais, crois-le bien… Fili, je sais que Thorin te l'aurais lui-même demandé s'il avait été là donc… Dis-moi, où étais-tu durant tout ce temps ? Qu'as-tu donc fait, si loin de nous et si loin de moi ? J'étais inquiète, réellement et sincèrement. Tu ne donnais pas de nouvelles, aucun signe de vie, je…
― Je n'ai rien à te dire, cela ne te concerne pas, coupa-t-il brusquement. Je… Je t'aime toujours autant Alana, en dépit de tous les efforts que j'ai pu faire pour conjurer cet amour et l'éloigner de moi. Je n'y suis pas parvenu et pourtant j'ai lutté avec force et peine. J'ai regretté ces mots qui ont franchi mes lèvres ce soir-là dans le couloir, je les ai regrettés aussitôt, avant même que ta gifle ne m'atteigne. Je l'avais méritée, je le savais. J'ai donc préféré fuir pour ne pas avoir à affronter ta colère, non plus que la tristesse que j'avais moi-même engendrée en causant toute cette peine. Je me suis montré lâche, j'en suis désolé. J'ai été blessé mais je ne veux plus fuir désormais. Pas alors que tu attends un enfant… ou deux, pour faire plaisir à Kili.
― Fili… Il se peut que les enfants, mes enfants, soient ceux de Thorin, rappela-t-elle avec prudence.
― Autant qu'ils peuvent être à moi, asséna-t-il. Je n'ai plus compté le nombre de fois que tu as partagé ma couche, mais c'est amplement suffisant. Tu peux peut-être douter, soit…
― Ce n'est pas des doutes que j'éprouve. Les doutes ne me servent à rien. Je ressens de la peur, Fili, et tout ce que tu pourras faire n'y changera rien. Cette situation nous a dépassés ! Si jamais l'on soupçonne que j'attends ton enfant, je ne sais pas quelles pourraient être les conséquences pour toi et ta famille…
― Tu t'inquiètes toujours, à ce que je vois, soupira-t-il avec un sourire navré. J'aurai dû savoir depuis longtemps qu'il n'y a rien qui puisse te calmer et malgré tout j'essaye toujours de te délivrer de tes songes. La réalité ne se passe pas dans ta tête, Alana. Erebor n'est pas aussi perspicace que tu ne te le figures.
― Tout ce qui avait été possible à une époque ne l'est définitivement plus aujourd'hui, susurra-t-elle. Nous sommes déjà condamnés, il ne reste plus qu'à attendre que la sentence tombe. Il n'y a plus rien que nous puissions faire pour contrecarrer le sort. On ne peut qu'attendre et espérer que…
― Que quoi ? cracha-t-il avec véhémence. Que ces enfants soient ceux de Thorin afin qu'il se montre plus clément envers nous ? Nous avons déjà fauté Alana, qu'importe jusqu'où les choses sont allées c'était déjà trop tard dès l'instant où je t'ai touchée et que tu n'as rien dit. S'il s'avère que cet enfant est le mien, je me battrai contre toute la terre s'il le faut pour vous récupérer tous les deux.
Coucou.
Bon je vais pas vous mentir les gens, l'heure est grave pour moi. Entre la prépa et le permis, je galère à trouver le temps pour écrire. Mes chapitres mettent une éternité et deux siècles à s'écrire (pour quand j'ai pas la flemme) et même si la relecture prend bien moins de temps (pour quand j'ai pas la flemme), j'ai énormément de mal à concilier les deux. Tout ça pour dire que je m'accroche comme une tique à la fiction mais que juste je mettrai trois plombes à paraître.
Je vous aime, prenez soin de vous
Lhena qui désespère.
