Coucou c'est moi. Je sais j'ai pas mal de retard et je suis vraiment désolé^^'. Mais pour me faire pardonner j'ai l'intention de poster deux chapitres aujourd'hui donc n'hésitez pas niveau commentaire. J'ai d'ailleurs remarqué que j'en avais moins =_=, j'espère que vous passez de bonnes vacances et je souhaite bonne chance pour celles et ceux qui passent leur BAC.
Réponse des Reviews:
-Thalia:Ouahou, ça c'est du commentaire. Merci beaucoup, cela me touche énormément. Je me suis souvenue bien trop tard que le film diffusé ne montrait pas la fin, aussi si tu veux je te raconte à peu prêt ce qu'il se passe, comme ça tu sauras pour mes futurs chapitres. Merci de ton soutien, cela me va droit au coeur.
-Memelyne: Kikou ma belle, je suis super contente que tu sois là. Les chapitres sont certes plus longs mais il y en aura moins en revanche. Concernant le fait que Sesshy et Kumi se rapprochent, je suis heureuse que cela te fasse plaisir en même temps il était temps...Sinon il est vrai que Sesshy ne semble pas apprécier le fait que Kumi devienne une Geisha mais peut être est-ce pour une raison bien précise. Après tout, vous n'avez toujours pas trouvé la raison pour laquelle il ne l'aide pas à retrouver la mémoire ou pourquoi il ne s'en approche pas, mais si vous voulez des indices, je suis preneuse et j'en donne ce n'est pas un problème.
Voici la fin du chapitre 9, avec la fameuse déclaration de l'Ekubo et les réactions de Kumiko. Rien ne la prédestinait à subir cela et pourtant...
Enjoy and Reviews!
PS: Je dédicace ce chapitre à Thalia et à Memelyne!
Murmures d'un amour éternel
Chapitre 9 : Séduction et début de la chute (Suite)
Inutile de dire qui gagna le tournoi. La chose même était logique. Bien que mon cœur partait dans des élancements irréguliers à chacun des coups donnés et des entrechocs de lames stridents et menaçant, personne ne lui arrivait à la cheville.
Préoccupée par les mots qu'il m'avait dit auparavant, j'avais assisté à sa victoire sans vraiment l'être dans l'âme. Devenir Geisha était la seule façon pour moi de l'approcher, et cela il ne l'avait pas compris. Personne ne le savait en fait.
Il pensait que je gardais le morceau de tissu de sa ceinture par souci de mémoire, mais savait-il seulement qu'à ses côtés, peu m'importait d'être amnésique ou pas. Peu m'importait de ne comprendre pourquoi mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, pourquoi à chacun de ses regards, le monde autour de moi semblait disparaître dans un néant inexistant et inutile ?
Pourquoi quand mes oreilles entendaient les vibrations que déclenchait sa gorge, alors plus aucune autre mélodie ne me semblait merveilleuse ou unique.
Tout dans l'être du Grand Seigneur, que cela soit de sa grâce à combattre ou de l'aisance de sa façon de parler, tout en lui n'était qu'un vaste océan de paix et de plénitude dans lequel il me fallait baigner pour me sentir vivre.
Alors quand la foule en délire, mélangeant youkais et hommes, femmes et enfants, Geisha et noble, serviteur et esclave, l'acclama une dernière fois pour rendre triomphe à celui qui demeurait invaincu, je n'entendis rien de tout cela.
Ni même Eko, à mes côtés, qui s'était levée et qui voulait rejoindre son bonheur dans les bras berceurs de son tendre amant, et qui me disait au revoir. Ni même les pas lourds et le froissement du kimono d'Hiroyichi qui s'approchait en grande menace vers moi. Je n'entendis rien de tout ça, car alors mon esprit n'était que pour lui, mon âme n'était que dans ses mouvements et mon regard, dans le sien.
J'avais la sensation que ses soupirs rentraient dans mes poumons et caressaient la moindre parcelle de mes veines, alors que les miens tentaient en vain de l'atteindre à travers toute cette poussière. J'avais l'impression que le monde pouvait bien s'éteindre et cesser d'être, je resterai toujours accrocher à son regard.
Mais Hirocyihi brisa cet échange, comme l'orage fendrait la quiétude d'un ciel d'été paisible sous un soleil radieux. Elle se glissa derrière moi et susurra à mon oreille de viles paroles, dont la différence entre sa langue fourchue et les paroles de miel du précédent propriétaire du siège m'apparut comme farouche et terriblement brutale.
« -Et bien, il semblerait que le Grand Seigneur n'attire pas que le commun des mortels, siffla-t-elle. Mais, il ne nous faut jamais oublier, qu'une Geisha n'est rien de plus qu'une putain avec trop d'honneur !
-C'est un fait qui prouve ta grandeur, Hiroyichi, rétorquais-je acide. »
Elle me pinça de manière violente l'avant-bras, discrètement aussi et s'en alla aussi rapidement qu'elle était venue.
Le présentateur annonça la fin du grand tournoi et le début des festivités. Le Grand Seigneur reçut une dernière ovation avant de se retirer dans ses quartiers et de me laisser seule, à la merci d'Hiroyochi et de ses complices qui commençaient justement à rappliquer.
La fête était terminée, la chose s'achevait ainsi, sur cette note angoissante et excessivement douloureuse à ma poitrine.
Beaucoup de questions rôdaient dans ma tête et toutes demeuraient sans réponses. Mes yeux se fermèrent doucement et intérieurement je scellai ce moment unique, les soupirs dans ma nuque, la douceur de ses mains sur ma taille. Je scellai tout cela dans mon cœur, dans ma mémoire, et y imposai un sceau précieux, celui du silence. Ces souvenirs, étaient pour l'heure les plus beaux, avec ceux de mes débuts. Ces souvenirs, personne ne devait voir à quel point j'en étais comblée, à quel point j'en étais grandie et à quel point j'en étais malheureuse…
Reiko s'avança vers moi, arrivant au bon moment, comme à la rescousse. Setenta et Tamako s'arrêtèrent en chemin, et la mine un peu renfrognés et bougonneuses, elles rebroussèrent chemin et rejoignirent Hiroyichi, un léger sourire provocateur sur les lèvres.
J'ignorai leurs bassesses et attendis Reiko. Elle salua gracieusement son Danna, ses longs cheveux détachés tombant sur son épaule souple et légère, puis me rejoignit un léger sourire aux lèvres :
« -Je n'avais escompté tant d'avantage, fit-elle plutôt heureuse.
-La journée semble s'être bien passée, constatais-je en soupirant. Hiroyichi est venue tout à l'heure…
-Certes, et d'après son regard, je crois qu'elle en est ressortie jalouse, ricana Reiko. »
Nous descendîmes les marches du colisée pour rejoindre la sortie privée vers laquelle se dirigeaient les seigneurs et autres privilégiés.
Un carrosse nous attendait patiemment et pendant le chemin du retour j'appris une bien étrange chose :
« -Tu vas cependant devoir t'entraîner deux fois plus en attendant la représentation, précisa Reiko sérieuse.
-La…représentation ? Demandais-je perplexe. Vous voulez dire, les danses du printemps ? Je suis déjà prête, vous le savez très bien ! »
Elle me considéra un instant avec un petit sourire, comme si elle prenait part à une sorte de plaisanterie, mais voyant mon air incompréhensible, ses sourcils se froncèrent et la plaisanterie tourna au sérieux :
« -N'as-tu donc guère pris attention au tournoi Amarinth-san ? Me demanda-t-elle suspicieuse.
-Je…suis désolée, rougis-je prise au fait, j'étais…ailleurs.
-Soit prudente, cela pourrait t'en coûter, gronda Reiko en descendant du carrosse. Le Grand Seigneur a annoncé en début de tournoi, que s'il gagnait cette année encore, alors il aurait droit de te demander une faveur.
-Vraiment ? Et qu'a-t-il réclamé ?
-Une représentation spéciale de toi, répondit-elle simplement. »
Voila la raison de la jalousie d'Hiroyichi et des autres. Encore une fois, grâce à l'aide du Grand Seigneur, j'étais placée devant et la difficulté que toute Geisha avait à ses débuts, à savoir attirer l'attention, et bien devenait pour moi une chose naturelle.
Il me facilitait la vie, m'aidant à atteindre mon objectif et pourtant, quand nous nous retrouvions seuls, il voulait s'assurer que devenir Geisha était ce que je voulais, alors que depuis le début, je n'avais eu le choix. Le seul moyen que j'avais d'être à ses côtés, c'était en devenant une Geisha et en priant pour retarder le jour où un Danna me choisirait…
Reiko n'ajouta rien du restant de la journée, si ce n'est que dès le lendemain, une danse difficile serait exigée et je n'aurais de repos tant qu'elle soit parfaite.
Je n'avais qu'une semaine, une longue et pénible semaine avant les danses du printemps. Et il me restait deux semaines avant que le pari n'expire. Concernant par la suite les attaques de Togukawa, il en renouvela deux, qui s'achevèrent dans un piteux échec. J'étais plus attentive et surtout la protection que m'avait promise le Grand Seigneur était compétente. Je ne risquais vraiment rien et Hiroyichi s'était usée de ses ratés nocturnes. Durant la semaine, plusieurs choses se déroulèrent : la journée durant je me consacrais à la danse que je devais préparer et la nuit je me pavanais aux côtés de Reiko de maisons de thé en maisons de thé, attirant la clientèle de mon insolence et permettant en même temps de préparer la curiosité des futurs spectateurs. Bien sûr l'annonce ne passa pas inaperçu et malgré les quelques tentatives d'Hiroyichi pour corrompre les rumeurs et autres, Reiko m'avait assuré que nous étions intouchables :
« -Imagine un instant Amarinth, raconta-t-elle en manipulant des ciseaux une après-midi durant, que l'instant d'une soirée, tous les seigneurs de la Cité Impériale soit réuni dans un endroit, tous prêt à enchérir pour devenir le Danna de la Geisha la plus célèbre de tout l'Hanamachi.
-Mais ce n'est pas moi, protestais-je.
-Tu le seras bientôt, maintenant viens et allonges-toi. »
J'obéis et elle sortit un crayon de charbon et marqua un trait sur ma cuisse. Puis elle prit un couteau et me le présenta :
« -Je viens d'avoir une idée, prends ce couteau et coupe toi la jambe à l'endroit où je l'ai marqué, fit-elle.
-Mais vous êtes folle ! M'indignais-je en me redressant.
-Si tu veux je peux le faire, proposa-t-elle en se penchant sur ma cuisse.
-Quoi ? Non mais, attendez ! M'écriais-je en attrapant son poignet.
-Tu as confiance en moi, oui ou non ?
-Oui mais…
-Alors fais ce que je te dis. »
Votre humble sœur vous dit, coupe toi la jambe et vous vous coupez la jambe. Elle vous dit suis-moi et vous la suivez. Ma vie était devenue un jeu, dont elle seule connaissait les règles.
Une heure plus tard, une fois avoir légèrement pansé ma blessure pour éviter trop de perte de sang (sang qui d'ailleurs me donna la nausée, je ne serais pas surprise d'apprendre que je ne supportais pas autrefois la vue ou l'odeur du sang), on frappa à la porte et un noble guérisseur youkai (le seul selon Reiko) fit interruption dans le salon de « l'accident ».
Reiko apparut à sa suite, la mine soucieuse et s'expliqua en refermant la porte :
« -Nous étions en train de manipuler nos outils quand en prenant un ruban, une paire de ciseau lui est tombé sur la cuisse, raconta-t-elle attristée. »
Bien sûr, le couteau avait été remplacé par une paire de ciseau imbibée de mon sang. Elle avait même coupé l'endroit de mon kimono pour faire correspondre l'histoire. Pourquoi donc ? Allez savoir…
Le guérisseur n'était pas un de mes clients, pis encore je disais qu'il ne venait jamais durant les quelques festivités. Mais d'après Reiko, c'était le plus riche des hommes et même s'il semblait réservé, il me convoitait comme les autres.
Elle souleva le kimono jusqu'à la hauteur de ma hanche, laissant exposer à sa vue mes fines jambes blanches et une petite parcelle de mon sous-vêtement.
Il analysa la blessure en se concentrant au maximum pour ne pas dévier son regard, même si je sentais l'odeur du désire se dégager des cellules de son corps. Il commençait même à suer et tremblait en appliquant une pommade sensé soulager la blessure et empêcher une quelconque infection. Quand il acheva de poser la mixture, il s'essuya le menton d'un revers de la main, comme s'il avait crains d'avoir bavé.
Reiko s'avança alors et s'exprima :
« -J'espère que cela n'est pas trop grave, fit-elle. Amarinth est à une période très importante de sa vie.
-Oui, avec ces yeux là et une telle beauté, affirma le médecin, elle ne peut qu'être populaire. N'ayez crainte, il n'y aura aucune cicatrice pour les danses du printemps. »
Elle le remercia en inclinant légèrement sa tête et le laissa partir, distraitement. Quand il fut éloigné nous reprîmes le travail et je n'eus jamais d'explication sur ce qu'il venait de se produire. Les jours passèrent rapidement, comme mes mouvements et mon agilité, au rythme des pluies printanières.
Deux jours avant la représentation, je maîtrisais parfaitement les mouvements de la chorégraphie, que Reiko me faisait même danser toute nue…ce que je trouvais louche et très étrange…
Mais il ne me fallait rien dévoiler.
La veille de la grande fête, nous eûmes rendez vous dans une maison de thé réputée pour ses fêtes grandioses et ses fréquentations importantes. C'était la maison de thé où j'avais habitude à aller, car ayant fais mes débuts ici, et la seule où trouver les youkais nobles logeant dans le domaine interdit. Mon cœur battait à tout rompre en songeant que peut être « il » serait là-bas. Peut être même était-ce lui qui avait exigé ma présence en cette soirée, alors que j'aurais dû me reposer pour les danses du lendemain.
Le carrosse s'arrêta et comme à l'accoutumé un serviteur vint nous accueillir en jouant de la courbette et en insistant sur la courtoisie.
Intérieurement j'en grognai d'ailleurs :
« -Ce qu'ils peuvent être agaçant à la fin !
-Hihihi, au moins tu comprends pourquoi les youkais s'amusent de ceux et de celles qui ne passent pas leur temps à s'incliner et à balancer des suppliques ennuyeuses, répliqua ma bête intérieure.
-Cela faisait longtemps que je ne t'avais pas entendu toi, constatais-je. Que nous vaut l'honneur de ton retour ?
-Je ne t'ai jamais vraiment quittée ma chère, disons que comme tu te comportais enfin en Youkai, nos deux consciences alors disjointes jusqu'ici se sont temporairement fusionnées en une seule.
-C'est possible ça ! M'écriais-je mentalement.
-Bah écoute, en général, les youkais écoutent toujours les voies de leurs bêtes intérieures, mais comme toi tu es l'exception qui confirme la règle, on peut dire que c'est possible pour la généralité…, se moqua-t-elle.
-Ce n'est pas de ma faute, me défendis-je en gravissant les marches de l'entrée, si je n'ai aucun souvenir d'avoir agi en youkai auparavant.
-C'est normal que tu ne t'en souviennes pas, parce que cela n'était pas le cas, fit-elle mystérieusement.
-De quoi tu parles ? »
Pas de réponse, nous étions arrivées. La porte coulissante s'ouvrit en frottant sur le parquet et tous les regards se tournèrent dans notre direction. Il y avait le Danna de Reiko, le fameux Comte Raïkobo, l'amant de Kannan et fils de Kakeru (le Danna d'Hiroyichi) un certain Hakuryu, le guérisseur Nabaru (à ma grande surprise moi qui était persuadée qu'il ne fréquenterait jamais de pareils endroits), Kyochiro-sama et le Grand Seigneur. Il y avait aussi le youkai sanglier et un autre youkai qui se tenait à côté du Grand Seigneur : il était tout de blanc vêtu, sans armure, n'arborant aucun blason ni aucun signe particulier d'appartenance à une famille. Ses cheveux étaient mi-longs, tombant de manière hirsute le long de son cou, et ses yeux d'un bleu cristallin magnifique. Autre phénomène particulier : c'était le youkai qui m'avait sauvé la vie la première fois, le même qui s'était ensuite incliné devant moi et qui m'avait baisé la main.
Il porta son regard sur moi, comme tous ceux présents dans la pièce, et ne cessa de me contempler, une lueur d'émerveillement dans les yeux. J'inspirai profondément et d'un sourire figé, je m'inclinai respectueusement et saluai l'ensemble de la salle.
Raïkobo fut le premier à briser le silence :
« -On peut dire que vous nous avez fait attendre, se plaignit-il faussement en baisant la main de sa Geisha avec sensualité.
-Et nous en sommes navrées, s'excusa Reiko en portant un regard général à tous. N'est-ce pas Amarinth-san ? »
Je m'assis entre Kyochiro et l'étrange youkai et répondit en m'inclinant :
« -Il est un art chez la femme qui veut qu'elle se fasse désirée davantage par l'homme en mettant à rude épreuve sa patience, répondis-je en servant du sake.
-Voila qui est bien dit, trinqua le Comte en levant sa coupelle de sake.
-Ce soir, nous portons un toast, en l'honneur de la beauté de nos merveilleuses Geishas, annonça Kakeru en regardant Hiroyichi. »
Ils trinquèrent tous et rires et conversations commencèrent à fuser, au fur et à mesure que les bouteilles se vidaient. A aucun moment depuis le début, le Grand Seigneur ne reporta son regard sur moi et à aucun moment l'étrange youkai à mes côtés ne l'en retira.
C'était comme…comme si le monde venait tout bonnement de me rejeter. Mais je ne devais rien laisser transparaître. Après tout, le Grand Seigneur avait toujours été ainsi dans ces soirées, et il agissait étrangement que quand nous étions seuls, alors pourquoi son comportement me faisait-il aussi mal ?
Avais-je mal agi ?
Mon anxiété grandissait à vu d'œil et l'heure du spectacle s'annonça par les encouragements des spectateurs. Ce soir, Hiroyichi devait danser et moi chanter pendant que Reiko jouerait du Shamisen.
Nous nous levâmes ensemble et je me mis à l'opposé de la scène, en face de Reiko. Elle inclina légèrement le menton, signe du départ, et le pincement des cordes commença à retentirent dans toute la pièce.
Hiroyochi ne bougea pas, attendant ma propre voix comme départ. L'introduction achevée, ma voix partit toute seule, sans que je l'ai commandée, et Hiroyichi commença à divertir de ses mouvements faussement gracieux. C'est alors que je compris ce qui nous différenciait toutes les deux. Elle savait danser, c'était un fait. Les années d'entraînements passées l'avaient bien développée et elle savait y mettre de la grâce et de la beauté. Mais c'était tout. Elle ne danser qu'avec un masque, une marionnette exécutant une série de mouvement ordonné et gracieux. C'était tout ce qu'elle faisait. Il n'y avait pas d'histoire dans sa danse, pas d'émotion, pas de mystère ou de secret. Rien que des mouvements et de la grâce.
La danse cessa alors et des applaudissements fusèrent de toute la pièce. Certains des pièces voisines avaient même jetés un œil à travers les ouvertures des portes, intrigués par le chant et la musique.
Nous retournâmes à notre place en remerciant les honneurs qu'on nous faisait et la discussion reprit place. Au moins, les nobles youkais festoyant ne pouvaient comploter ouvertement sans être remarqué, c'était une bonne chose pour le Grand Seigneur.
L'étrange youkai à mes côtés brisa enfin le silence et une voix rauque s'éleva de sa gorge :
« -C'était un chant digne d'une princesse, fit-il en tendant sa coupelle que je servis.
-C'est trop d'honneur donné, répondis-je modestement.
-Vous êtes trop modeste Amarinth-sama, décrit-il en buvant. »
Je le regardai intriguée pendant qu'il buvait et quand il termina, je m'exprimai en rassemblant mon courage :
« -Je voulais vous remercier, pour m'avoir sauvée l'autre nuit, m'inclinais-je.
-Ie, fit-il doucement et tristement, c'est moi qui vous remercie Amarinth-sama… »
Puis il s'inclina respectueusement devant le Grand Seigneur et quitta la pièce sans se retourner, comme s'il avait attendu toute la soirée ces remerciements…
Quelques minutes plus tard, Reiko s'approcha de moi :
« -Il n'y a pas assez de sake, viens donc en chercher avec moi. »
J'acceptai et me levai en annonçant mon retour prochainement, juste le temps d'une courte pause.
« -Il faut bien qu'elle remette de la poudre blanche sur son nez, ricana Hiroyichi, on pourrait voir quelques détails traumatisants…
-Il y a une différence entre partir se repoudrer le nez pour cacher sa mocheté et aller chercher du sake pour ses seigneurs Hiroyichi, rétorquais-je, ne prend pas ton cas pour une généralité. »
Et sur cette phrase bien insultante, nous quittâmes la pièce en direction des cuisines, les rires gras des nobles seigneurs retentissant dans tout le couloir.
Arrivées devant les cuisines, Reiko m'arrêta et sortit une étrange petite boite de sa manche :
« -Ekubo, c'est un gâteau de riz. Quand tu en auras l'occasion, tu glisseras le plus discrètement possible la boite au seigneur Kyochiro, il comprendra ce qu'il en est.
-Mais qu'est-ce que c'est ?
-Allez ! »
Nous retournâmes sur les lieux, une servante nous suivant avec un grand plateau chargé de mets délicats et d'alcool. Reiko retourna à sa place et moi à la mienne, faisant semblant d'écouter la conversation :
« -On peut dire que je suis surpris de vous voir parmi nous Nabaru-san, poursuivit le Comte. Vous qui détestiez la compagnie des Geishas…
-Disons que…c'est une nouvelle ligne de conduite, prétexta le guérisseur en me regardant de biais. »
Mon cœur se serra. J'avais compris le stratagème de Reiko.
« -Une nouvelle ligne de conduite hein ! Je crois plutôt qu'il s'agit d'Amarinth-san, se moqua le youkia sanglier dont le nom ne me venait toujours pas.
-Ne t'inquiète pas Nabaru-san, le défendit Kyochiro, il arrive que même les plus enfermés et illisibles des youkais, soient impuissants face à la beauté et aux mystères d'une femelle. »
Ils approuvèrent dans des rires gras et personne ne remarqua le regard étrange qu'avait porté Kyochiro au Grand Seigneur.
Reiko m'intima de le donner immédiatement ce que je fis en respirant profondément et en glissant la boite sur la cuisse de Kyochiro-sama qui ne laissa aucune surprise sur son visage. Il blêmit légèrement, mais se reprit bien rapidement :
« -C'est là trop de compliments que vous me faites, remerciais-je, je vous remercie. »
Vers la fin de la soirée, Reiko m'attrapa une seconde fois et me montra une autre boite similaire avec un gâteau de riz dedans.
Elle m'ordonna de le porter au guérisseur Nabaru avant qu'il ne s'en aille, seuls dans l'ombre de son carrosse personnel.
Je m'exécutai, non sans quelques réticences en envisageant l'ordre et mon incompréhension grandit. Le docteur aussi blêmit en regardant la boite et la récupéra en tremblant. Il la dissimula rapidement dans son kimono et s'inclina respectueusement avant de partir. De retour chez Reiko, j'étais décidée à obtenir une explication :
« -Onee-san, déclarais-je en prenant le thé, allez vous enfin m'expliquer ce que vous manigancez avec ces boites de riz ? »
Elle prit quelques gorgées de son thé et porta sur moi un regard malicieux et pétillant :
« -Ce que je fais mon enfant, expliqua-t-elle, n'est rien de plus que ce que nous devions faire.
-Je ne comprends rien…
-Vois-tu, il ne nous reste qu'une semaine avant la fin du pari. Notre but est bien sûr d'y réussir et de t'offrir l'héritage de l'Okiya par la Mère elle-même.
-J'avais bien compris, mais quel rapport avec les gâteaux de riz, m'énervais-je.
-Ces gâteaux de riz sont porteurs d'un message particulier. Vois-tu, les youkais comme les hommes, se plaisent parfois à s'offrir du plaisir avec des femmes autres que leurs épouses.
-Et ?
-Laisse-moi finir. Pour une Maiko, l'étape la plus importante est le moment où elle devient une Geisha et où elle rembourse sa dette. Et pour se faire elle met aux enchères ce qu'elle a de plus précieux.
-Que voulez-vous dire ? Demandais-je la voix coupée de souffle.
-En donnant l'Ekubo, tu annonces sans le dire que tu es prête, ton Misuage est prêt. Les enchères commenceront demain après la danse, quand le point d'excitation sera à son comble. »
La nouvelle me pétrifia de surprise…et d'horreur. Reiko prit cela comme une preuve de surprise et de joie et me laissa à cette nouvelle.
Pour devenir Geisha…je devais vendre ma virginité. Pour me rapprocher du Grand Seigneur…je devais faire ce qui me séparerait de lui définitivement…
Je devais me vendre entièrement…et détruire ce qui me faisait moi, mon entièreté, mon être. Pour une humaine, cela ne devait pas avoir beaucoup d'importance. Mais pour une démone, offrir sa virginité, c'est offrir sa vie à une famille ou un clan. C'était vendre son âme à la procréation et se consacrer à l'éducation de la progéniture…
Mais alors dans mon cas, pour moi qui était la première Geisha à être youkai…comment pouvais-je faire ? A qui pouvais-je demander conseil, moi qui étais si seule ?
Au final…Hiroyichi avait raison : nous n'étions que des putains avec trop d'honneur.
Pour une fois depuis longtemps, la détresse m'envahit et de grosses larmes de tristesse ravagèrent l'assurance de mes sentiments. Les doux moments de joie que j'avais partagé et que j'avais scellé dans mon cœur s'évanouirent et une immense tristesse s'abattit sur moi, tel les torrents de pluie qui se déchainaient dehors.
Il me fallut toute la nuit et toute la matinée du lendemain pour que mon corps cède enfin au sommeil, mais à mon réveil rien n'y fit : la petite lueur d'espoir et de joie s'était éteinte, et je n'étais guère plus qu'une enveloppe vide, attendant d'être brisée définitivement.
Prochain Chapitre : « -Montre donc à tous celle que tu es Amarinth, montre leur l'incarnation de la beauté femelle !
-Dites moi Seigneur le Comte, ne pensez vous pas qu'Amarinth serait une merveille parmi les cerisiers de vos jardins ? Pourquoi donc, ne pas l'invitez ?
-Méfies-toi de mon Comte Amarinth, plus que tous, il te convoite et n'aura aucun scrupule à se défaire des règles.
-Je ne vois pas pourquoi je laisserai aux autres la chance de t'avoir, quand je peux t'avoir à moi tout seul !
-C'était inutile, de toute façon que cela soit maintenant ou ce soir, le soleil se lèvera demain sans moi… »
La danse est douce, la danse est tumultueuse, la danse est une femme qui s'exprime par ses gestes et l'émotion qu'on y pénètre.
La danse est sereine et à la fois sirène, elle suit les mouvements des éléments et le temps des saisons.
Je suis comme la danse : une merveille qui se montre devant tous, qui se découvre petit à petit, qui se possède le temps d'un soupir, et qui disparaît des mémoires, le lendemain d'une fête.
Comme la fumée d'un encens, la danse m'a consumé, comme le bois dans la braise, les enchères m'ont brûlées, et même si certains n'ont aucun honneur à me détruire avant l'heure, que m'importe.
Il eut un homme dont chaque nuit j'ai rêvé, un espoir que j'ai aspiré durant le peu de vie que j'ai eu, il eut une chose dont j'ai toujours désiré, et dont la nécessité pour y parvenir résidait à se perdre soi-même…
Depuis le début, je n'étais pas disposée à devenir heureuse. Depuis le début…
Prochain Chapitre : La dernière danse, la dernière larme, le dernier soupir.
