Merci à vous, Julie, Ma, Legend, pour vos réactions.

Legend : mmm... moi non plus je n'ai pas oublié les Saxons, mais patience :)

Les autres, le dernier chap ne vous a pas plu ? ou vous vous êtes découragés parce qu'il était trop long ? Si vous trouvez que la fin n'approche pas assez vite, dites-le moi, je raccourcirai les péripéties intermédiaires...

CHAPITRE 13

Lorsque Merlin émergea de son sommeil, ce fut avec le sentiment d'être oppressé...et il se demanda si, en fin de compte, il n'était pas en train de tomber malade. Puis il ouvrit les yeux, et il réalisa qu'il n'étouffait pas parce que, privé de sa magie, il était voué à une lente et douloureuse agonie. En fait, c'était parce qu'il était à moitié écrasé en-dessous Arthur, et bon sang ! Qu'est-ce que son ami était lourd.

Le Roi s'était retourné en dormant, il s'était étalé pour prendre toute la place, et il ronflait à présent bruyamment au-dessus de lui, un bras jeté en travers de son visage et une jambe tendue en travers des siennes. Merlin ne put s'empêcher de s'amuser de la manière dont il avait été repoussé dans un coin, plié en six, avec un genou calé dans les côtes et une épaule en travers de la joue, tandis qu'Arthur jouait les étoiles de mer, envahissant joyeusement tout l'espace disponible sans aucun complexe.

Comment Gwen faisait-elle donc pour partager le lit d'un tel dormeur sans se retrouver par-terre au petit matin ?

C'était un réel mystère...

Merlin s'étira et cligna des yeux dans le soleil levant avec un soupir.

C'était le jour du grand départ, et aucun d'eux ne savait combien de temps durerait le périple qu'ils s'apprêtaient à entreprendre...

Mieux valait se secouer pour partir du bon pied, décida-t-il.

Il était peut-être voué à être inutile en matière de magie, mais rien ne lui interdisait de se rattraper en matière de petit déjeuner.

Il culpabilisait énormément d'avoir laissé ses amis faire tout le travail à sa place pendant les trois derniers jours maintenant il devait cesser de se laisser aller et reprendre les choses en main.

Il commença par le commencement : essayer de dépêtrer d'Arthur. Ce ne fut pas une mince affaire. Quand il voulut se glisser hors de sa portée, le Roi grogna dans son sommeil et sa main se referma sur sa chemise dans un geste possessif, le plaquant par-terre. Merlin émit un son choqué quand il entendit son ami «Gwen » à travers son sommeil. Il se tortilla pour échapper à l'étreinte endormie d'Arthur et se mettre debout, vaguement indigné d'avoir été confondu avec la Reine.

Demain soir, ce sera chacun de son côté du feu, pensa-t-il, résolument.

Une fois sur pied, il prit le harpon pour partir à la pêche. Il attrapa deux poissons coup sur coup dans le torrent, puis glana quelques herbes pour les agrémenter. Il y avait de la sauge et de la menthe sauvage dans la forêt il dénicha en prime cinq ou six oignons doux.

Quand vint le moment d'allumer le feu, il hésita. Il avait presque peur de tester sa magie sur une simple étincelle. S'il ratait son coup, sa journée serait gâchée... mieux valait ne pas tenter le diable. Il préféra opter pour l'amadou.

Quand les poissons furent grillés, il secoua Arthur et Gauvain sans ménagement en s'exclamant à toute voix :

-Debout les morts ! Le soleil est levé ! Ce n'est pas le moment de jouer les marmottes !

-Hé, Merlin, dit Gauvain, en se redressant aussitôt sur ses coudes, aveuglé par la lumière du matin. Tu m'as l'air d'avoir repris du poil de la bête aujourd'hui, ça fait plaisir à voir.
-Je sais très bien que vous seriez perdus sans moi, donc, il fallait bien que je me reprenne, plaisanta-t-il avec bonne humeur.

-Et notre Roi, comment va-t-il ce matin ? demanda Gauvain en jetant un coup d'oeil à Arthur.

-Faim, grogna Arthur, sans daigner ouvrir les yeux.

Merlin adressa à son Roi un regard amusé.

-Bonjour, Merlin, oh, tu as l'air en forme, tiens, comme c'est gentil, tu as préparé le petit déjeuner ?

-Je ne parle pas comme ça au réveil, maugréa Arthur. Surtout quand j'ai à peine fermé l'oeil de la nuit, et que c'est entièrement ta faute.

-Ma faute ?

-Parfaitement. Tu es plein d'os pointus, Merlin, on dirait que tu ne manges pas à ta faim... c'est impossible de se caler correctement contre toi, ça fait mal ! Si tu veux continuer à me servir d'oreiller la nuit, tu ferais bien de te fabriquer un peu de gras...pour devenir plus confortable...

-Vous êtes bien assez gras pour nous deux ! rétorqua Merlin. Et je suis une personne... pas un oreiller, Votre Anerie !

Arthur saisit sa botte et la lui jeta sur la tête.

Merlin l'évita prestement.

-Je n'ai pas besoin de magie pour esquiver vos lancers, lui rappela-t-il, éhontément. Vous me ratiez déjà à l'époque où je ne l'utilisais jamais pour ce genre de chose...

-Oui mais maintenant, si je t'attrape, tu n'auras plus aucun moyen de t'enfuir, rêva Arthur.

-Pour ça, il faudrait déjà que vous vous leviez, répondit Merlin.

-J'imagine que je vais devoir m'habituer à ce genre de scène au réveil ? commenta Gauvain, hilare. Si vous saviez comment les gens ont l'habitude de parler du réveil du Roi au château...

-Gauvain... la ferme, s'exclama l'intéressé.

La botte de Gauvain fusa dans les airs et attérit dans le visage d'Arthur.

-Moi aussi, je peux jouer, déclara-t-il, d'un air fanfaron.

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En prenant le petit déjeuner, ils convinrent entre eux que la première chose à faire était de découvrir où ils se trouvaient pour déterminer du cap à suivre. Ils auraient besoin, pour obtenir ces informations, d'aller à la rencontre des habitants du pays où ils avaient échoué pour leur poser des questions, et ce fut naturellement qu'ils optèrent pour se diriger vers la ville qui se dessinait à l'horizon.

Il ne leur restait plus qu'à espérer que l'accueil ne leur serait pas hostile, et qu'ils réussiraient à trouver un moyen de se faire comprendre malgré l'obstacle de la langue.

Il faisait chaud quand ils prirent la route, mais l'air marin venait adoucir un peu les rayons du soleil de plomb. Il y avait un petit sentier, qui serpentait entre les collines et semblait rejoindre la grande route. Ils l'empruntèrent d'un bon pas pour cheminer à travers la campagne. Celle-ci était particulièrement belle, avec des champs de blé doré et des vergers dont les arbres croulaient sous des fruits bien mûrs, de couleur jaune et orange et gros comme des balles de jonglage.

Ils s'arrêtèrent pour en cueillir, et il s'avéra qu'ils étaient délicieux.

-Au moins, nous ne mourrons pas de faim, dit joyeusement Gauvain, du jus lui coulant sur le menton.

Et il se mit à bafrer éhontément tout ce qu'il pouvait grapiller à sa branche, s'emplissant les poches au passage jusqu'à les avoir bien garnies.

-N'en mange pas tant, espèce de goinfre, le prévint Merlin. Ces arbres appartiennent sûrement à quelqu'un, et nous n'avons pas de quoi payer pour ce que nous avons pris...

Alors qu'il prononçait ces mots, Arthur s'exclama :

-Regardez !

Une jeune fille venait d'apparaître, à dix pas de distance, et elle les dévisageait avec de grands yeux ronds. Elle avait la peau brune comme la croûte du pain et de longs cheveux noirs, bouclés et sauvages.

-Ma parole ! C'est qu'il y a des beautés par ici ! s'exclama Gauvain, avec un vaste sourire, sans arrêter pour autant sa récolte effrénée.

Arthur tenta une approche plus conventionnelle en se dirigeant vers la demoiselle.

-Bonjour ? dit-il poliment

A ces mots, l'apparition s'enfuit en courant.

Quelques instants plus tard, des voix menaçantes éclataient au loin, ponctuant ses exclamations indignées.

-Gauvain, je t'avais pourtant dit de ne pas exagérer ! s'exclama Merlin, paniqué, en imaginant de quoi il était question.

-Pas le temps de parler, c'est le moment de courir ! intervint Athur en empoignant son magicien au passage.

Les deux hommes que la fille avait alertés pour les chasser ne semblaient pas plaisanter du tout... ils avaient l'air furieux et ils brandissaient des bâtons. Les trois voleurs d'Albion se mirent à courir à toutes jambes, dévalant le sentier plus vite qu'ils n'auraient pensé pouvoir le faire. Gauvain riait comme un fieffé coquin, le visage hilare et réjoui. Arthur pantelait en maudissant les entraînements qu'il avait manqués et la gloutonnerie de Gauvain. Et Merlin au milieu d'eux ne cessait de jeter des coups d'oeil inquiets en arrière pour voir s'ils étaient en train de se faire rattraper...

Heureusement, leurs poursuivants se fatiguèrent avant eux !

Quand ils eurent dévalé la pente, ils s'arrêtèrent, pantelants, pour reprendre leur souffle.

-Quel comité d'accueil ! fit Gauvain, la tête entre ses jambes.

-Il faut faire attention à la manière dont nous nous comportons, le sermonna Merlin. Je n'ai plus ma magie pour nous tirer de toutes les situations, donc nous ne pouvons pas nous permettre de nous mettre tout le pays à dos !

-Vous râlerez moins quand vous commencerez à avoir faim, répondit Gauvain, avec un clin d'oeil, en désignant sa poche bien remplie.

Et assurément, ils firent un sort aux fruits juteux avant midi.

Ce fut à ce moment qu'ils rejoignirent la grande route, qui était arpentée par de nombreux voyageurs. Ceux-ci étaient tous bruns de peau et noirs de cheveux; ils se dirigeaient vers la cité avec des charrettes pleines de vivres, de fabrications artisanales, ou poussant devant eux leurs cheptels de bœufs, d'ânes et de moutons.

-Ce doit être jour de marché, observa Merlin. Nous avons de la chance, dans toute cette affluence, nous pourrons certainement trouver quelqu'un dont nous arriverons à nous faire comprendre...

Ils découvrirent rapidement que ce n'était pas gagné. Les quelques personnes avec lesquelles ils tentèrent d'engager la conversation les chassèrent dans une langue étrangère aux accents rocailleux, plus occupés par leurs marchandises qu'intéressés par la perspective d'engager la conversation.

Après une semaine passée à écumer les tavernes de Gaule et trois jours perdus en pleine nature, il fallait reconnaître qu'ils ne devaient pas inspirer confiance, avec leur allure de vagabonds...

Gauvain tenta de faire du charme à une jeune fille qui passait par là, et se retrouva incendié du regard par son père.

Arthur le talocha à l'arrière de la tête, et brandit devant son nez un doigt courroucé en murmurant son nom comme une menace.

-Quoi ? dit Gauvain. C'était juste pour dire bonjour...

Un peu plus tard, quand l'un des marchands excédés tendit une piécette à Arthur médusé, Merlin réalisa que ces gens croyaient probablement qu'ils demandaient l'aumône...

-Que veut-il que je fasse avec ça ? dit Arthur, en regardant la pièce avec stupeur.

-Euh... il vous a juste pris pour un mendiant, expliqua Merlin, embarrassé.

-Un mendiant ?

Arthur s'empourpra, puis, jeta la pièce par-dessus son épaule dans un geste qui voulait tout dire...

-Mauvaise idée ! dit Gauvain, en l'attrapant au vol pour l'empêcher de se perdre. Nous pourrions en avoir besoin plus tôt que vous ne le pensez !

Ils résolurent d'attendre d'avoir atteint le marché pour tenter de renouer le dialogue.

Alors qu'ils approchaient de la ville, ils purent, pour la première fois, se rendre compte qu'il s'agissait d'une cité portuaire.

La crique où étaient amarrés les bateaux leur avait été jusque là cachée par le renflement d'une colline...

Vers le milieu de l'après-midi, ils atteignirent le mur d'enceinte.

Ils s'étonnèrent alors de découvrir que les portes étaient gardées par des hommes qui portaient des pectoraux d'acier martelé de très bonne facture, des heaumes étincelants empennés de plumes, et des capes rouge vif ornées du symbole d'un aigle... C'étaient visiblement des guerriers, mais des guerriers étonnants; contrairement au reste de la population, dont les caractéristiques étaient assez uniformes, il y en avait de tous les teints, du blanc le plus clair au noir d'ébène... et cependant, ils paraissaient tous parler la même langue, une langue sensiblement différente de celle des autochtones.

-Cette ville a l'air d'être occupée par une garde étrangère, murmura Arthur, avec curiosité. Gauvain, regarde les épées de ces hommes ! Je n'en ai jamais vu de semblables... Elles sont beaucoup plus courtes que les nôtres...

-Nous ferions mieux de faire profil bas, conseilla Merlin. Ils ont l'air de contrôler toutes les entrées... ce n'est pas le moment de se faire remarquer !

Arthur et Gauvain dissimulèrent leurs épées respectives sous leurs chemises, et ils s'efforcèrent d'adopter une attitude discrète.

Merlin était un peu inquiet qu'on leur pose des question à hauteur des portes.

Mais quand arriva leur tour d'être contrôlés, ils furent ouvertement dédaignés. Les gardes inspectaient surtout les marchandises... ils n'avaient que faire des gens qui ne transportaient rien.

De l'autre côté du mur, les maisons de terre, aux toits en terrasse, bordaient des rues étroites et encombrées ou régnait l'animation d'un gigantesque marché à ciel ouvert.

Arthur, Merlin et Gauvain se fondirent dans la foule, regardant les étals avec curiosité. On vendait de tout : de la viande, du sel, des fruits de toutes sortes dont la plupart leur étaient inconnus, des sacs de blé mûr, mais aussi, des étoffes, des poteries, des bijoux, et des armes soigneusement forgées. Les passants se bousculaient nombreux pour vaquer à leurs affaires, des enfants aux pieds nus leur courant dans les jambes. Les animaux s'engouffraient au milieu de la population: il y avait des chats, des ânes, des moutons (dépourvus de laine) et d'étranges créatures au dos orné d'une énorme bosse, qui semblaient faire office de chevaux à nombre de cavaliers.

Lorsqu'ils se furent enfoncés dans les rues, Merlin décida de retenter une approche.

-Bonjour, dit-il, en s'arrêtant devant l'étal d'un marchand de blé. Pourriez-vous nous apprendre quel est le nom de cette ville ?

L'homme désigna le sac le plus proche et indiqua un chiffre avec ses doigts.

-Non, non, je ne veux pas acheter, protesta Merlin, en secouant la tête.

Le vendeur lui adressa un regard agacé.

-Ici..., dit-il, en pointant la terre sous ses pieds. Nous sommes... à...

Il évita de justesse la savate qui volait vers lui, puis, écopa d'une diatribe incendiaire de la part d'une matrone qui devait être l'épouse du marchand, et qui semblait avoir décidé de faire concurrence à Arthur pour ce qui était de lui envoyer des objets à la tête.

Elle pointa du doigt en direction de la rue, avec un regard extrêmement éloquent, l'obligeant à battre en retraite en brandissant un fruit trop mûr de son autre main.

-Je n'arrive pas à le croire ! maugréa Merlin, en revenant vers Arthur. J'essaie de demander poliment le nom de la ville, et je manque de recevoir une chaussure en pleine tête !

Arthur soupira.

-Que veux-tu, Merlin. Il doit y avoir quelque chose, chez toi, qui incite les gens à lancer ce genre d'objets dans ta direction...

Merlin plissa les yeux. Arthur se permit un petit sourire.

-Nous devrions nous diriger vers le port, s'exclama Gauvain. Peut-être aurons-nous plus de chances parmi les marins, qui ont l'habitude de beaucoup voyager...

-Bonne idée, approuva Arthur.

Et ils entreprirent de se frayer un passage à travers la foule.

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C'est loin d'être terminé, mais je suis nase ce soir après la grosse mise à jour d'hier sur laquelle je suis resté toute la nuit. Juste un petit mot pour dire que j'updaterai ce chapitre demain, au lieu d'en ouvrir un autre, donc revenez dessus pour pouvoir lire la suite ;).

Et voilà, comme promis... la deuxième partie du chapitre !

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Lorsqu'ils atteignirent le front de mer, ils découvrirent que cinq des longs voiliers à rames qui mouillaient dans la crique semblaient être sur le point d'embarquer. Des dizaines de porteurs étaient occupés à charger leurs cargaisons à bord des navires, usant pour ce faire de charrettes et de canots. Les quais étaient bondés, avec une forte présence de la garde de l'aigle...

Arthur, Merlin et Gauvain jugèrent bon de se mettre à couvert derrière des tonneaux de marchandises pour éviter de se faire remarquer d'eux, inspirés par une certaine méfiance.

Une fois à l'abri derrière leur poste d'observation, ils en profitèrent pour étudier la foule et s'aperçurent que plusieurs centaines d'hommes, parmi ceux qui se trouvaient massés sur les quais, étaient en fait enchaînés les uns aux autres.

-Est-ce que ce sont... des prisonniers ? demanda Merlin, d'un ton hésitant.

-Je dirais plutôt des esclaves, répondit Gauvain. Vous avez vu ces navires à rames ? Il faut bien trouver des bras pour les faire avancer !

-L'esclavage devrait être interdit, décréta Arthur, d'un ton méprisant. Ceux qui le pratiquent sont toujours des sauvages...

-Ce sont plutôt ces esclaves qui ont l'air d'être des sauvages, répondit Gauvain, du ton de la conversation.

Merlin les regarda plus attentivement. A côté des membres de la garde de l'aigle, impeccablement vêtus de leurs uniformes semblables, coiffés soigneusement, et rasés de près, les prisonniers avaient bel et bien l'air d'être des barbares... Ces hommes étaient étaient tous grands, forts et musclés,et ils avaient l'air d'être en pleine santé. Mais ils étaient poussiéreux et mal accoutrés comme s'ils avaient été capturés dans des endroits oubliés du monde...

Le jeune magicien nota qu'il n'y avait ni femmes, ni enfants enchaînés avec eux.

-Merlin, regarde ! s'exclama soudain Arthur, stupéfait, en désignant le remue-ménage des chargements. Là, dans la cage !

Merlin regarda l'animal en cage qui était en train d'être chargé à bord d'un canot, et il resta bouche bée. C'était la même créature qu'Arthur avait abattue avec Excalibur, toute en crocs et en grands yeux dorés, à cette exception près qu'elle avait une abondante crinière sur la tête, et qu'elle semblait être désorientée.

-Oh, dit-il, c'est un simba !

-Alors c'est ça, un simba ! fit Gauvain, d'un ton réjoui. Tu avais raison, Merlin... ces bestioles n'ont pas l'air commode ! Mais peut-être que leur viande a bon goût ?

-Je doute que ça se mange, Gauvain... je me demande bien ce qu'ils ont l'intention d'en faire, murmura Arthur, abasourdi.

Merlin se retourna vers les esclaves, et soudain, il avisa parmi eux une curiosité : un géant au teint clair, et à la barbe blonde...

-Celui-ci a l'air d'être un Gaulois ! dit-il, enthousiaste. Peut-être que nous arriverons à parler avec lui ! Je vais me rapprocher...

-Merlin, non ! dit Arthur, inquiet. C'est trop...

Dangereux. Mais avant qu'il ait terminé sa phrase, Merlin lui avait filé entre les doigts et commençait une approche discrète en direction des prisonniers. Il réussit à contourner les membres de la garde de l'aigle sans se faire remarquer en zigzaguant à travers les monceaux de marchandises, et s'approcha du géant comme une souris, courbé en deux pour éviter de se faire voir.

-Psst ! Par ici ! s'exclama-t-il, lorsqu'il fut à portée de voix.

L'esclave se tourna vers lui, ses yeux sombres plissés dans une expression intriguée. Vu de près, il ressemblait à une montagne. Ses cheveux et sa barbe dorée était longs, son torse nu laissait apprécier toute l'ampleur de sa musculature. Merlin n'aurait pas aimé l'avoir pour ennemi.

-Bonjour, lança-t-il à mi-voix. Mon nom est Merlin. Et toi, comment t'appelles-tu ?

L'homme grogna, parut réfléchir, puis répondit :

-Alméric.

-Tu viens de Gaule, n'est-ce pas ?

-Mais pas toi, répondit l'esclave, d'une voix hésitante. Je connais ta langue... Tu es... de la terre des Angles, au Nord de l'Armorique... de l'autre côté de la mer.

-Oui ! C'est ça ! s'exclama Merlin, les yeux brillants. Je viens de l'île d'Albion...

Il était tout bouleversé d'avoir enfin trouvé quelqu'un dont il réussisse à se faire comprendre... et qui ait déjà entendu parler de sa terre natale.

-Est-ce que tu peux me dire où nous sommes ici ?

-Tu es bizarre, dit l'esclave, avec un rire amusé. Comment peux-tu ne pas savoir où tu es ? Il a bien fallu que tu arrives jusqu'ici, d'une manière ou d'une autre...

-Eh bien c'est une longue histoire... mais je ne sais vraiment pas où nous sommes, et si tu pouvais m'aider, tu serais gentil...

-Je ne suis pas gentil. Mais je vais te le dire quand même. Nous sommes en Numidie... aux confins de l'Empire de Rome.

-L'Empire de Rome ? dit Merlin, étonné. Qu'est-ce que c'est ?

-Tu es vraiment un drôle de sauvage. Tout petit, tout maigre, tout pâle, et plein de drôles de questions...

-Je ne suis pas un sauvage, protesta Merlin. Nous sommes très civilisés dans le royaume d'Albion !

-Tu es né en-dehors de l'Empire, et tu ne parles pas le latin. Donc, tu es forcément un sauvage, objecta le géant. Angles, Gaulois, Saxons. Pour les Romains nous sommes tous des sauvages, il va falloir t'y faire.

-Et il est très grand, cet Empire dont tu parles ? demanda Merlin, perplexe.

-Bien sûr qu'il est grand ! fit Alméric, d'un ton méprisant. Plus grand qu'aucun autre royaume ! As-tu voyagé avec un sac sur la tête pour ne pas savoir ça ?

-Et la Gaule est...

-Très loin d'ici, dans le Nord. Par-delà la Mare Nostrum.

Merlin le dévisagea d'un air désespéré.

-Comment faire pour traverser l'océan ? demanda-t-il.

-Je ne crois pas que tu doives t'inquiéter pour ça, dit le géant en riant.

Merlin sentit quelque chose de pointu lui piquer le bas du dos, et se retourna vivement, pour se retrouver nez à nez avec trois soldats de la garde de l'aigle, qui pointaient leurs épées tout droit dans sa direction.

Il déglutit péniblement en regardant leurs lames, qu'il trouvait beaucoup trop aiguisées à son goût.

Puis il leva les yeux sur leurs visages renfrognés, qui n'auguraient rien de bon.

Peut-être arriverait-il à s'en sortir avec un sourire ?

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-Oh, non ! gémit Arthur, en voyant les trois hommes de la garde entourer son ami. Merlin, dans quel pétrin t'es-tu encore fourré ? Gauvain... il faut trouver une idée pour le sortir de là... et vite...

-Je vois mal comment, répondit Gauvain, d'un air préoccupé. Ils sont bien trop nombreux pour deux hommes, même si c'est vous et moi !

-Alors qu'est-ce que nous sommes supposés faire ? Les laisser emmener Merlin ? dit Arthur, avec rage.

-Ils n'ont pas l'air de vouloir faire l'emmener pour l'instant, protesta Gauvain. Regardez-le : il ne s'en sort pas si mal... avec un peu de chance, il réussira à leur faire avaler des couleuvres...

-Ca, ça m'étonnerait beaucoup !

-Il peut être très fort; souvenez-vous qu'il nous a tous promenés pendant cinq bonnes années avant de révéler qu'il était magicien !

Arthur regarda avec angoisse en direction de son ami. Il était en train de parler, avec animation, aux soldats qui lui faisaient face. A en juger par ses grands gestes, et par le ton de sa voix, il semblait mettre une passion particulière à plaider sa cause... dommage que ce soit dans une langue que la garde ne pouvait comprendre !

Puis, Arthur réalisa que Merlin avait trouvé un traducteur en la personne du géant au teint pâle qui était enchaîné non loin de lui...

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Le plus âgé des trois soldats poussa Merlin avec la pointe de son épée, et aboya une question d'un ton mécontent. Puis il se tourna vers son second, lui posant une question à laquelle celui-ci lui répondit par une courte phrase...

-Qu'est-ce qu'ils disent ? demanda nerveusement Merlin à son interprète.

-Ils demandent où est ton bâton d'affranchi, dit le géant.

-Mon... quoi ?

-Tu sais, ce glaive de vois que reçoivent les esclaves de l'Empire quand ils deviennent des hommes libres..., dit le Gaulois, comme s'il s'adressait à un enfant de cinq ans. Ne me dis pas que tu as perdu le tien !

-Le mien ? Mais je n'ai jamais été un esclave ! protesta Merlin.

-Arrête donc de mentir. Un sauvage de la terre des Angles qui se retrouve au Sud de l'Empire est forcément un esclave, et s'il n'a pas de bâton, c'est un esclave en fuite...

-Je n'ai jamais été l'esclave de personne. Je te jure que je dis la vérité. S'il te plaît, dis-le leur !

Le géant soupira, et se retourna vers les soldats, qui suivaient leur échange les sourcils froncés, pour leur traduire ses paroles. Merlin attendit la réponse, le cœur noué d'angoisse.

-Ils croient que tu faisais partie des prisonniers, et que tu as réussi à te détacher..., l'informa Alméric.

Merlin avala sa salive alors que la pointe de l'épée la plus proche effleurait sa gorge.

-Doucement avec ça ! s'exclama-t-il, effarouché, en repoussant la lame d'une petite tape nerveuse.

Le Romain qui le menaçait fronça les sourcils.

A nouveau, il entra en débat avec ses camarades.

-Qu'est-ce qu'ils disent maintenant ? demanda Merlin, de plus en plus inquiet.

-Celui de droite dit que tu es tout maigre, et que tu ne tiendras pas plus de cinq minutes dans l'arène, traduisit obligeamment Alméric. Celui de gauche dit que tu as l'air d'être un eunuque, et que tu leur rapporteras sans doute un bon prix sur le marché à Rome s'ils te vendent comme esclave domestique.

-...? fit Merlin, en secouant la tête.

-Le chef hésite à t'emmener, parce que ce sont des esclaves pour le cirque qu'il est venu chercher ici, pas des jolis petits scribes...

-Je ne suis pas un joli petit...

-Là, il vient d'ajouter que de toutes façons, aucun maître ne voudra t'acheter parce que tu t'es déjà évadé une fois.

-Très bien, dis-lui que de toutes façons, je m'évaderai encore ! dit Merlin, obstiné, en croisant ses bras sur sa poitrine.

-A ta place, je ne voudrais pas qu'il sache ça, signala aimablement le géant.

-Ah oui, pourquoi pas ? demanda Merlin, étonné.

-Parce que s'ils ne t'emmènent pas pour te vendre, ils te tueront sur-place.

-Oh.

Le jeune homme blêmit.

-Bon, eh bien, dis-leur que je ne m'évaderai pas...

Mais Alméric n'eut pas l'occasion de s'exécuter, parce que le chef des Romains venait de décider qu'il en avait assez de cette discussion. L'instant d'après, il attrapait fermement Merlin par le bras. Le jeune magicien sentit la panique surgir en lui quand il se sentit empoigné; et d'instinct, il chercha à repousser l'homme avec sa magie... mais le coup qu'il lui asséna n'eut pas même la force d'une pichenette, et ce fut à peine si le Romain le remarqua..

Merlin se débattit de toutes ses forces tandis qu'il était solidement attrapé; mais ses coups de pied et de poing ne provoquèrent que des rires; il détestait ça; il avait l'impression d'être aussi faible qu'un chaton. S'il avait eu ses pouvoirs, il aurait envoyé ces soldats mordre la poussière en moins d'une seconde... mais sans eux, il avait beau s'agiter, il ne réussissait à rien !

Le chef des Romains lui tordit violemment le bras dans le dos, lui arrachant un cri de douleur, puis le poussa en avant, en direction des autres prisonniers.

Non ! Il n'allait certainement pas se laisser encorder, ni vendre! C'était impossible... la terreur monta en lui alors qu'il s'imaginait, embarqué de force dans une galère, séparé de ses amis, enchaîné pour toujours, loin d'Albion... incapable de retrouver sa magie. «Arthur ! Gauvain ! Au secours !» s'écria-t-il, effrayé. « Ne les laissez pas m'emmener ! »

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-Merlin, espèce d'idiot, s'exclama Arthur.

Tant pis pour la stratégie, il fallait agir. Il avait déjà perdu son royaume, sa femme, ses sujets, il était hors de question qu'il perde aussi son ami, surtout pas après lui avoir juré qu'il veillerait sur lui...

Dégainant Excalibur, le Roi fonça sus à l'ennemi, bondissant par-dessus les marchandises. Gauvain s'élança à ses côtés, en poussant son cri de guerre. Tous deux créèrent la surprise, et tout le monde se mit aussitôt à s'échauffer sur les quais... Les trois hommes qui s'étaient emparés de Merlin se retournèrent comme un seul pour faire face à la charge, repoussant leur prise sur le côté.

Le chef du groupe fit face à Arthur, qui savait reconnaître un guerrier quand il en voyait un... l'aisance avec laquelle il para son attaque le déconcerta. La plupart de ses chevaliers auraient été jetés à terre !

Les deux autres hommes entourèrent Gauvain.

Les autres membres de la garde remontaient déjà vers eux en courant, alerté par le chaos... le combat s'annonçait rude !

Arthur vit Merlin regarder la scène, les deux mains plaquées sur sa bouche, visiblement horrifié de l'avoir appelé à la rescousse maintenant qu'il constatait à quel point la situation était dangereuse...

Va-t-en, cache-toi ! pensa Arthur, avec tout son coeur. Il était trop tard pour que lui et Gauvain échappent au piège qui s'était refermé sur eux... ils étaient maintenant encerclés par rien moins que vingt hommes qui avaient adopté une formation serrée pour les circonscrire à l'intérieur d'un cercle étroit. Leurs chances de survie se réduisaient d'instant en instant...

Arthur poussa un rugissement en faisant de grands moulinets avec son épée, déterminé à lutter âprement pour sa vie.

Il n'avait pas l'intention de mourir ici !

-A moi, Gauvain ! s'exclama-t-il.

Et le chevalier se positionna dos à dos avec lui. A eux deux, ils formaient une équipe redoutable, et pendant un moment, aucun des guerriers à l'aigle ne réussit à les approcher...

Jusqu'à ce que, d'un seul coup, les membres du cercle cessent d'attendre en défense pour se jeter sur eux tous ensemble.

-Non ! s'écria Merlin.

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Avec ou sans magie, il ne pouvait pas laisser faire ça. Il ne pouvait pas laisser ces soldats faire du mal à Arthur... il se releva avec l'énergie du désespoir, et se mit à courir en direction de son Roi avant qu'il ne soit trop tard.

Cinq Romains étaient sur lui. L'un d'eux lui avait saisi les épaules, l'autre lui ceinturait les jambes; deux des soldats avaient réussi à s'emparer de son bras, et cherchaient à lui arracher son épée, tandis que le dernier homme essayait de le faire basculer en arrière en le forçant à ployer les genoux...

Arthur résistait furieusement, bien qu'il soit submergé par le nombre.

Gauvain tenta de le débarrasser de ses ennemis, mais il écopa d'un coup sur la tête qui l'envoya au sol, complètement sonné...

Merlin zigzagua à travers la mêlée, le cœur battant la chamade, évitant de justesse les Romains qui cherchaient à l'arrêter et les épées qui pointaient de tous les côtés pour lui barrer la route...

Il atteignit Arthur alors que celui-ci basculait à genoux, une forêt de lames pointées sur sa tête...

Le chef des Romains leva son épée.

-Non ! cria Merlin, en cherchant frénétiquement à atteindre son pouvoir pour protéger son ami.

Il avisa un casque qui avait roulé par-terre et réussit à le projeter dans les airs pour faire dévier le coup que préparait le chef des Romains. Les soldats regardèrent l'objet volant rebondir contre la lame avec stupéfaction, avec l'air de se demander d'où il venait...

L'instant d'après, Merlin haletant s'interposait entre les guerriers et leur cible, se dressant devant Arthur comme un rempart, les bras écartés.

-Merlin, qu'est-ce que tu fais ? cria le Roi, hors de lui.

-Je vous protège, répondit-il.

-Espèce de crétin, pousse-toi de là, tu vas te faire tuer ! Tu n'as plus ta magie, tu ne peux plus jouer les héros !

-Oh vraiment, vous croyez ?

-Merlin, obéis !

-Ca non, je ne crois pas.

En vérité, il n'en menait pas large...Il serait facile à transpercer, et cette fois, il ne pourrait invoquer aucun bouclier pour se protéger... mais sa peur n'entamait en rien sa résolution : ceux qui voudraient faire du mal à Arthur devraient le tuer d'abord.

Et ce n'était pas un ordre, qu'il soit braillé ou non,qui allait changer quoi que ce soit à sa décision...

-Vous savez très bien que je ne fais jamais ce qu'on me dit, s'exclama-t-il, par bravade, pour se donner du courage.

Arthur jura en essayant de se dégager de l'étreinte des hommes qui le maintenaient à genoux.

Le chef des Romains éclata de rire et dit quelques mots à voix haute... Puis il arma son bras pour frapper. L'épée se dressa au-dessus de Merlin, puis, s'abattit. Le jeune homme ferma les yeux, étroitement, mais ne bougea pas d'un pouce... il entendit la voix d'Arthur, bouleversée, hurler « Merlin, non ! » alors qu'il sentait le vent provoqué par la course de la lame souffler sur son visage...

L'instant d'après, lorsqu'il réalisa qu'il était toujours vivant, Merlin rouvrit les yeux, incrédule.

Le chef des Romains avait arrêté son coup juste avant de le toucher. Il avait sur les lèvres un étrange sourire...

Avec un hochement de tête approbateur, il donna des ordres brefs.

Merlin sentit toute force abandonner ses jambes, et tomba à genoux, tremblant comme une feuille, en pensant que cette fois, la mort n'était pas passée loin...

-Idiot, idiot, idiot, souffla Arthur.

Merlin se retourna vers lui alors que les chaînes se refermaient sur ses poignets, et il vit les larmes qui brillaient dans les yeux de son ami.

-Sire... vous pleurez...

Arthur étrécit les yeux de colère.

-J'ai cru que tu allais mourir, bougre d'imbécile !

-Vous pleurez pour moi, dit Merlin, avec un sourire attendri.

-Je t'interdis de refaire une chose pareille, Merlin. Plus jamais, est-ce que tu m'entends ? S'il devait t'arriver quelque chose, je ne le supporterais pas...Tu dois apprendre à être plus prudent. Promets-le moi...

Merlin secoua la tête.

-Pas si ça signifie vous laisser seul face au danger... , dit-il, d'un ton obstiné.

Arthur gémit, consterné.

-Que les dieux me viennent en aide. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ?

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Quelques heures plus tard, ils étaient enchaînés à fond de cale, à bord d'un navire qui voguait vers le avaient embarqué sur le bateau où avait été chargée la cage du simba. Pauvre simba ! Il devait se demander ce qui lui arrivait. Merlin sentait déjà la nausée s'annoncer. Il doutait fort de supporter cette traversée sans souffrir. Etant donné le roulis qui balançait la galère par temps calme...Il n'osait pas imaginer ce que ce serait s'ils essuyaient un grain ! Pour l'instant, les rames étaient rentrées, car le vent gonflait les voiles, mais Merlin ne doutait pas un instant que les maîtres du bateau les mettraient au travail et en rythme dès qu'il deviendrait nécessaire de les utiliser.
Il fallait voir les choses du bon côté : au moins, ils ne risquaient pas de manquer d'exercice...

Alors qu'il ruminait ainsi, Gauvain se redressa brutalement.

-Est-ce que nous avons gagné la bataille ? demanda le chevalier, hébété, avant de s'écrier : Eh-là ! Ca bouge ! Où est-ce que nous sommes ?

Merlin se tourna vers son ami qui venait tout juste de reprendre conscience, et lui répondit :

-A bord.

Après avoir été assommé pendant la mêlée, Gauvain avait été transporté inconscient sur le navire. Merlin avait examiné son coup sur la tête, et il avait été soulagé de constater que son ami semblait avoir les os du crâne solide... A présent, il regardait autour de lui avec stupéfaction en découvrant le nouveau décor.

-A bord d'un bateau ? s'exclama-t-il. Hé-là, mais qu'est-ce que c'est que ces chaînes ?

-Nous avons perdu la bataille, nous sommes enchaînés, et en route pour le marché aux esclaves, résuma Arthur, d'un ton maussade.

Merlin savait que le Roi était vexé parce que les Romains lui avaient pris Excalibur. Il avait passé les deux dernières heures à lui promettre : «nous la récupèrerons... », mais il voyait bien qu'Arthur prenait toute l'histoire très à cœur... peut-être parce que l'épée était le dernier signe de royauté qui lui restait ?

-Nous sommes en route pour le Colisée, rectifia Alméric le Gaulois, qui était dans les fers auprès d'eux, avec un reniflement de dédain pour leur ignorance.

-Toi, mon ami, tu viens de Gaule, dit Gauvain, en pointant son doigt sur l'intéressé.

-Et comment sais-tu ça ? demanda le géant, amusé.

-Tu as une tête à aimer la bière, répondit Gauvain en riant. Alors, dis-moi. Toi qui sembles tout savoir. Qu'est-ce que c'est que le Colisée ?

-C'est la plus grande arène du monde, affirma Alméric. Où se déroulent les plus beaux combats du monde... C'est pour ça qu'il faut beaucoup d'esclaves pour les mettre en scène...

-Ces Romains... ont besoin d'esclaves pour jouter ? demanda Arthur, une étincelle dans les yeux.

-On peut appeler ça comme ça, acquiesça le géant.

-Ca, ça tombe bien ! Parce que je suis un très bon jouteur... dit le Roi d'un air réjoui.

-C'est pour ça qu'ils vous ont gardés en vie, expliqua Alméric. Vous leur avez fait une forte impression en vous précipitant à deux contre vingt pour les combattre...

-Je suis un très mauvais jouteur, dit Merlin, en plissant la bouche. Mais voyons les choses du bon côté : au moins, nous avons trouvé un moyen de franchir l'océan, et nous remontons dans la bonne direction... vers le Nord... vers la Gaule.

-Nous n'aurons qu'à nous échapper une fois sur la terre ferme, et le tour sera joué, conclut Gauvain, d'un air dégagé.

Alméric éclata de rire.

-Vous échapper ? Je n'ai jamais rien entendu d'aussi stupide.

Trois paires d'yeux préoccupées se fixèrent sur le Gaulois.

-Ah oui, et pourquoi ça ? demanda Arthur.

Le géant eut un vaste sourire.

-Quoi, vous croyez que vous allez pouvoir vous promener, comme ça, dans l'Empire, pour aller où bon vous semble ? se moqua-t-il. Des sauvages incultes comme vous, sans bâtons d'affranchis ? Vous serez repris en deux jours, et fouettés, et renvoyés sur le marché aussitôt. Et si personne ne vous achète, vous serez exécutés..L'Empire ne plaisante pas avec ses esclaves.

-Très bien, dans ce cas, nous trouverons autre chose qu'une simple évasion, dit Arthur, d'un ton déterminé. Merlin, je compte sur toi pour réfléchir à un plan.

Merlin soupira, la mort dans l'âme.

-Vous avez l'air très décidés à retourner en Albion, dit pensivement Alméric. Qu'avez-vous laissé là-bas qui soit si précieux ?

-Ma femme, répondit Arthur. Et j'ai bien l'intention de la retrouver...

-Et vous deux ? dit Alméric en regardant Merlin et Gauvain.

-Oh ! Nous, nous ne faisons que le suivre, répondit Gauvain, d'un ton guilleret.

-Il doit bien y avoir un moyen de gagner ce fameux bâton dont tu ne cesses de parler ? demanda Arthur au Gaulois.

-En fait, il y en a même deux... , répondit Alméric. Il faut gagner beaucoup de combats... ou trouver un maître à l'esprit bien disposé...

-Nous aurons de bonnes chances de nous faire remarquer dans l'arène, dit Arthur, avec enthousiasme. Je suis certain qu'en matière de joute, nous allons tous les impressionner.

-Personnellement, je préfèrerais qu'on trouve à se faire acheter par un maître à l'esprit bien disposé, et qu'il nous libère dans un geste d'une grande mansuétude, répondit Merlin, d'un ton plein d'ironie.

-D'autant que si c'était une maîtresse, et qu'elle était un tant soit peu jolie, je trouverais certainement à nous faire libérer en un soir, promit Gauvain.

Pour ceux qui se poseraient des questions de géographie : la Numidie, protectorat romain, est une partie de l'Algérie :)