Hello !

Tout d'abord je tiens à remercier toutes les personnes qui me lisent et surtout qui me laissent de super reviews ! Ravie que l'histoire vous plaise, et j'ai encore de grands projets pour elle. N'hésitez pas à me donner votre ressenti, même s'il y a des choses à corriger, à me poser des questions, etc. Bonne lecture !


AD ÆTERNAM: Chapitre XIV

Le regard du Serpent

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Après la défaite laborieuse contre Serdaigle, Harry s'emmura tout le week-end dans la Tour Gryffondor.

Le Quidditch n'avait pas vraiment amélioré son état et il avait tour à tour froid puis chaud. Il se sentait fatigué. Sans énergie. C'était une excuse tout à fait acceptable pour ne pas se balader dans le château, et surtout ne pas avoir à affronter les autres.

Tant qu'il ne savait pas qui était derrière la très mauvaise blague qui l'avait fait se retrouver à moitié dévêtu dans les couloirs, il refusait de prendre le risque de recroiser sans le savoir les farceurs. Il n'en avait pas la volonté. Mieux valait attendre lundi. Quand il n'aurait pas le choix. Que Hermione lui répète que les auteurs n'avaient pas de raison de se vanter d'un coup pareil n'y changeait rien. Qu'elle ajoute qu'elle n'avait rien remarqué de particulier à son propos, non plus. Ron, compatissant, lui rapporta des repas volés dans la Grande Salle, ce qui fit lever les yeux au ciel à Hermione un nombre incalculable de fois.

« Essaye d'être un peu compréhensive ! » avait grommelé Harry, emmitouflé dans un plaid. « Comment tu réagirais toi, si on te faisais la même chose ? ».

« J'aurais déjà tout dit au professeur McGonagall ».

« Plutôt mourir » avait répondu son ami tandis que le roux s'était étranglé, choqué par la suggestion.

« Que ce soit l'œuvre d'un membre de l'équipe de Serdaigle ou pas, si on voulait que cet acte soit revendiqué, on le saurait déjà. Je pense que quelqu'un avait juste intérêt à mettre hors jeu l'équipe de Gryffondor et qu'il a réussi ! Il suffit de voir comment s'est déroulé le match. En tout cas, ça ne t'empêche pas d'aller à l'infirmerie, parce que vu ta tête, tu ne passeras clairement pas la semaine ».

« Ce n'est qu'un petit coup de froid, inutile d'embêter Mme Pomfresh avec ça » avait prétendu Harry d'un ton souffreteux.

La reprise des cours le lundi fut détestable. Et pas seulement parce qu'on était lundi.

La paranoïa poursuivit Harry toute la journée. Il gardait sa baguette magique à portée de main, prêt à la dégainer en cas de suspicion de menace. Il guettait un comportement inhabituel dans son environnement, préparé à réagir. Il avait la certitude que le calme apparent ne durerait pas, et que les coupables finiraient tôt ou tard par s'avancer dans la lumière. Cette fois-ci, il les attendrait de pied ferme, et peu importe qu'ils soient deux ou dix, ils le paieraient. Il n'est pas dit qu'il laisserait quelqu'un faire publiquement l'allusion, sans se défendre.

Son attitude méfiante finit par agacer Hermione qui craqua en se rendant au dernier cours de la journée, qui se soldait malheureusement sur les Potions - et Harry l'appréhendait presque autant qu'il avait redouté la première tâche.

« Franchement Harry, arrête de fixer tout le monde d'un air soupçonneux parce que ça va finir par se faire remarquer ! Et je te le répète pour la dernière fois, je ne pense pas que tes agresseurs iraient se vanter devant tout le monde, ce serait le moyen le plus sûr de se faire punir par les professeurs ».

« Les professeurs ? Il n'y a que Snape qui est au courant » rétorqua Harry. « Pour l'instant » ajouta-t-il en même temps que ses mains devenaient moites.

Il avait prié tous les dieux existants pour que le Maître des Potions ferme sa grande bouche de serpent et n'aille pas répandre la triste nouvelle aux autres membres du personnel. Pas besoin que ça se sache.

« Et puis de toute façon, il n'y a aucune preuve, il n'y a pas moyen que les étudiants apprennent que tu as été attaqué en revenant de retenue. Si le professeur Snape tient sa langue, il n'y a pas de raison que ça arrive. Il suffit de faire comme si de rien n'était ».

« Il suffit » ricana Harry. « Il suffit ».

Lorsqu'il arriva devant la salle où devait avoir lieu le cours, il se sentit mal.

« Faîtes comme si de rien n'était mais par pitié, ne dites rien qui puisse donner à Snape l'occasion de vous retirer des points ou de me tourner ridicule, d'accord ? » ordonna-t-il à Ron et Hermione qui l'observaient avec sollicitude

« On te fichera une paix royale, Harry » voulut le rassurer son ami. « Nous jurons ».

« Ron… Tu te souviens de cette espèce de dragée que t'ont donné tes frères le week-end dernier ? Celle qui fait vomir ? ».

« N'y pense même pas ».

« C'est le seul moyen crédible d'éviter d'assister au cours sans avoir l'air suspect ».

« Ils en sont encore au stade de l'expérimentation, ce n'est pas tout à fait mis au point ! Et puis je te rappelle que Snape est professeur de Potions, il pourrait bien te faire ingurgiter de force une potion anti-vomitive sans même t'envoyer à l'infirmerie ! »

« Oh Seigneur » gémit Harry.

Condamné à faire face à son destin, il entra dans la salle et se retrancha le plus loin possible du bureau de Snape.

Ses poings étaient tellement serrés que les jointures blanchissaient. Il s'obligea à se calmer et s'efforça de faire le vide dans sa tête. Cela ne le fit pas se sentir mieux. Dans l'allée d'à côté, le regard absent de Drago Malfoy se promena sur les étudiants du cours sans s'arrêter sur Harry. Toutefois, il dut détecter une anomalie dans son inspection visuelle car il reposa ses yeux gris sur lui, et son visage pointu s'anima d'une expression mesquine.

« Hé Potter ! Tu as perdu tes lunettes ? C'est donc pour ça que Gryffondor a perdu le match samedi contre Serdaigle !».

« Si tu avais suivi le match, tu aurais remarqué que j'ai attrapé le Vif d'Or ».

« Combien est-ce que j'ai de doigts, là ? ».

Malfoy bougea ses doigts fins et il n'en resta qu'un, le majeur. Très fier de sa blague, il s'esclaffa avec ses acolytes Crabbe et Goyle. Harry ne daigna même pas répondre.

« Alors, Potter ? Devine ! Tu sais compter, au moins ? ».

« Assez, M. Malfoy » intervint le ton onctueux du Maître des Potions.

Snape venait de faire irruption dans la salle de sa démarche pressée, les capes flottant derrière lui et son pas claquant sur les pavés. Malfoy baissa immédiatement son doigt d'honneur et se redressa sur son siège, ricanant en douce. Harry échangea un regard consterné avec Ron. Nul doute que si lui s'était permis ça, il aurait été bon pour perdre une ribambelle de points. La grossièreté étonnamment sembla déplaire à Snape qui ajouta :

« Je ne tolère pas ce genre de geste dans mes cours, M. Malfoy. Conduisez-vous convenablement ».

« Oui, Professeur » répondit servilement le Serpentard.

Malfoy se tint tranquille, ce qui convainquit Harry qu'il n'était pas derrière son agression. Si tel avait été le cas, il n'aurait jamais raté une occasion de s'en vanter dès le départ.

A son plus grand soulagement, Snape se comporta comme d'habitude, comme s'il ne s'était rien passé. Le cours étant simplement théorique, ils ne devaient se contenter que de prendre des notes, ce qui réduisait les occasions de se faire houspiller.

Mais cette trêve n'était que partie remise, songea Harry avec angoisse. Jusqu'à ce soir.

Il s'échina avec application à éviter consciencieusement de croiser les yeux de Snape, même machinalement. Il n'était pas prêt à le supporter. C'était trop frais dans sa mémoire. Il sentait les regards que posait le Professeur sur lui. L'homme recherchait le contact visuel.

Il n'allait pas lui donner ce plaisir. Certainement pas.

La séance d'Occlumancie de ce soir promettait d'être atroce.

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Ce soir-là, la retenue fut assez rapide puisqu'elle était suivie d'une séance d'Occlumancie, particulièrement redoutée. En guise de tâche, Harry dut écosser une variété de plantes entrant dans la composition de potions. Ce n'était pas très passionnant, ni vraiment intéressant, mais c'était tout de même largement plus supportable que d'étriper des crapauds morts ou écorner des limaces grouillantes comme la semaine précédente. La conversation se limita au très strict minimum, le Gryffondor s'employant à regarder partout sauf le visage du Professeur.

Le sang commença à bourdonner dans ses oreilles quand Snape sonna la fin de la retenue et le conduisit jusque dans les profondeurs des cachots, dans la pièce circulaire aux senteurs d'algues où ils avaient eu leur dernière séance d'Occlumancie.

Après lui avoir dispensé les premières leçons dans son bureau personnel, le Serpentard avait décrété qu'il leur fallait un endroit nu, où il n'y aurait pas de risques de détruire par inadvertance les objets qui paradaient sur ses murs. De l'avis de Harry, n'importe quel autre endroit du château aurait fait l'affaire, et il ne voyait pas l'intérêt de s'entraîner dans une oubliette perdue dans les sous-sols. Il se demanda si ce n'était pas un prétexte du Professeur pour l'avoir tranquillement sous la main. Cette idée dérangeante lui provoqua un frisson mauvais.

La pièce où ils se trouvaient baignait toujours dans une étrange atmosphère verdâtre y avait deux fauteuils cette fois, l'un contre le mur dans une petite alcôve, et l'autre bien en évidence au milieu.

Au centre des regards.

« Je ne reste pas debout ? » demanda Harry, intrigué.

L'homme plissa les yeux.

« Professeur ? » ajouta docilement le garçon.

Ce n'était pas le moment de commettre un impair. Vraiment pas.

« Non, cela vous évitera moult chutes comme la dernière fois ».

« Ah. Merci. C'est… attentionné » fit Harry, gêné.

Depuis quand Snape se souciait-il de savoir s'il chutait ?

Depuis qu'il te sauve les miches, susurra une voix moqueuse dans son esprit. Snape en faisait plus que n'importe quel professeur ne l'avait jamais fait. Il chassa ces pensées de sa tête et s'assit, non sans nervosité, tandis que Snape se dévêtait de sa cape noire. Même avec sa cape, Harry frissonnait et son état ne s'était pas amélioré dans le courant du week-end. Il regarda l'homme avec inquiétude.

Ces derniers jours, il s'était tenu à carreau en cours et en retenue. Mais désormais, il fallait lui faire face. Pour de vrai. Et Snape lui ferait payer son acte de rébellion lorsqu'il avait pointé sa baguette sur lui. Et encore mieux, s'il pouvait l'humilier, nul doute qu'il ne s'en priverait pas, avec ce qu'il s'était passé dans la soirée. Seigneur... rien que d'y repenser lui donnait envie de se terrer dans un interstice humide du cachot et ne plus jamais en ressortir. Ou rester calfeutré sous sa précieuse cape d'invisibilité. Si à présent, il était forcé d'utiliser sa cape pour arpenter sereinement les couloirs du château sans risquer de se faire attaquer par-derrière au sortir d'une retenue...

« Prêt, M. Potter ? ».

« Non » fit aussitôt Harry. « Je ne suis pas prêt. Pas encore ».

« Et quand le serez-vous ? ».

Quand il parviendrait à faire complètement le vide dans son esprit, songea Harry. Et ce ne serait pas demain la veille. Son découragement dut se lire sur ses traits car Snape esquissa une moue dédaigneuse.

« Vous êtes-vous préparé depuis la dernière séance? ».

« J'ai essayé ».

« Vous avez...essayé ».

« J'ai vraiment essayé Professeur. J'ai fait comme vous avez dit: éliminer toute pensée, qu'elle soit positive, négative, ou neutre. Je les ai mises dans une boîte fermée à clef dans mon esprit, mais pourtant elles étaient là, elles ne voulaient pas partir. Penser à vos consignes me faisait penser à vous, et penser à vous, me faisait penser à… à… ».

« Heureux de voir que je monopolise votre attention M. Potter » ironisa Snape. « A quoi donc vous faisait penser ma personne ? ».

« Vous le savez » fit Harry, embarrassé.

« Non je ne sais pas. Éclairez ma lanterne, je vous prie ».

« A quand je vous ai menacé » marmonna-t-il dans un souffle, l'aveu étant pénible.

A quand il l'avait découvert dans le couloir après son embuscade, accessoirement. Il se sentit devenir écarlate.

« Non, votre formulation est imprécise M. Potter. Dîtes plutôt que cela vous a fait penser à quand votre imagination galopante a cru que j'allais vous frapper, comme chez vos Moldus».

Vu sous cet angle…

« Je ne veux pas en parler. S'il vous plaît. Et ce ne sont pas mes Moldus ».

Il évita soigneusement le regard de son professeur, gardant obstinément les yeux rivés sur l'une des pierres du cachot, recouverte de mousse. Pourtant, il n'eut aucun mal à sentir celui de Snape sur son visage. L'homme le toisa un moment, comme s'il hésitait entre se mettre en colère pour lui soutirer des informations, ou céder. Il sembla opter momentanément pour la deuxième solution.

« Vous ne perdez rien pour attendre » menaça-t-il. « Revenons à l'Occlumancie ».

Snape vit Potter se détendre. Retenant une remarque acerbe, il croisa les bras dans son dos :

« Vous me dîtes que vous n'êtes pas prêt. Or vous ne serez jamais prêt tant que vous ne vous concentrerez pas efficacement. Vous ne serez jamais prêt tant que vous refuserez de vider votre esprit et de faire vos exercices. Vous ne serez jamais prêt tant que vous ne plongerez pas réellement dans l'expérience de l'Occlumancie, aussi désagréable cela soit-il. Les gens ne sont jamais vraiment prêts jusqu'à ce qu'ils se lancent, M. Potter, et nombre d'entre eux s'arrêtent à cette réflexion, ce qui les rend incapables d'agir. Mais croyez-vous seulement que vous avez le choix ? Croyez-vous seulement que vous avez une alternative pour vous protéger des intrusions psychiques du Seigneur des Ténèbres ? ».

« Non, je n'ai pas le choix » admit Harry avec lassitude.

Dumbledore le lui avait imposé. Et il se souvenait très bien de la tirade de Snape sur pourquoi il devait maîtriser les rudiments de l'Occlumancie. Pour ne pas donner l'occasion à Voldemort de pénétrer son esprit. Il ne partageait pas tout à fait ce point de vue mais de toute façon, il n'avait pas son mot à dire.

« Exactement M Potter, vous n'avez pas le choix. Vous pourriez choisir de ne pas vous préserver des visions de Vous-Savez-Qui, mais ce serait une très grave erreur ».

« Je sais » dit simplement Harry.

Son enthousiasme peu débordant ne convainquit pas Snape, qui haussa un sourcil.

« L'esprit est comme un mille-feuilles. Pour résister, vous devez astucieusement positionner ce mille-feuilles de sorte à ce que l'on ne puisse pas accéder aux souvenirs ou émotions que vous souhaitez préserver du regard d'autrui. Vous faire le vide dans votre esprit, m'opposer des images de résistance mentale, parer mes attaques ».

Des images de résistance mentale...

« Quel genre d'image ? ».

« Je ne peux pas faire ça à votre place, c'est à vous de vous constituer votre propre socle de défense ».

Snape dirigea sa baguette sur lui. Puisque le garçon se refusait à tout contact visuel pour l'Occlumancie, alors il n'avait pas d'autre option que d'en faire usage.

« Prêt, M. Potter ? Legilimens ».

Les premières intrusions mentales se déroulèrent comme d'habitude, le Professeur faisant mine de se balader dans l'esprit de Harry avec des scènes banales, sans vraiment aller en profondeur. Au bout de quelques essais cependant, il en eu assez que le garçon ne se défende pas et décida de le faire réagir et plongeant directement dans un souvenir qu'il ne cessait de voir revenir: celui de l'embuscade.

Le Professeur manipula la scène de sorte que le Gryffondor y assiste avec ses yeux. Comme prévu, le garçon paniqua et le repoussa. Il construisit des murs entiers de briques autour de ce souvenir, murs que Snape n'eut aucun mal à détruire comme s'il s'était agi de porcelaine. Il cessa le sortilège, et vit Potter, une main sur le front.

« Ne me regardez pas ! » lança Harry en bondissant de son fauteuil pour faire les cents pas dans la pièce ronde, à bonne distance de Snape.

« Je vous regarde, que ça vous plaise ou non M. Potter ».

« Évidemment » répliqua Harry. « Évidemment ! ».

« Quoi, évidemment ? Expliquez-vous plus intelligiblement, avec des verbes, des sujets, des... ».

Exaspéré par cette remarque totalement idiote qui résumait bien la suffisance de son Professeur, il céda à la provocation et pour la première fois depuis la veille, osa affronter sans détour son regard sombre.

« Vous croyez que je ne vous vois pas ? Que vous ne… Que je… ».

Il tempêta, incapable de mettre des mots sur sa pensée.

« Ce que vous ânonnez n'a aucun sens, M. Potter ».

C'était la provocation de trop pour Harry qui poussa une exclamation de dépit. Il le sentait. Il le sentait que Snape voulait le pousser à bout. Le pousser à bout pour le faire craquer. Et enfin avoir le complet plaisir de l'humilier. Image mentale... Quelle image mentale ?

Une idée diabolique naquit soudain dans sa tête.

« On recommence ! » exigea-t-il avec hargne. « Allez ! ».

Vengeance !

Snape haussa un sourcil mais ne fit pas de commentaire. Il pointa sa baguette sur lui. Mais cette fois, Harry était prêt.

« Legilimens ».

Autour de Harry, la pièce devint floue et aussitôt après ses souvenirs tourbillonnèrent.

Snape entra dans son esprit avec une facilité presque insultante.

Comme à son habitude, il laissa volontairement les pensées de Potter aller et venir autour de lui dans un maelstrom confus. Avant de l'attaquer frontalement, comme il le ferait dans les prochaines séances, il devait d'abord s'assurer que le garçon réussisse à se protéger d'une simple intrusion. Potter mit en place une barrière mentale, et il s'y intéressa aussitôt.

Il se trouvait dans un tunnel.

Un tunnel assez haut pour qu'un homme de sa taille puisse se tenir debout sans risquer de se fracasser le crâne. Les parois sombres et humides suintaient d'une étrange lumière verdâtre, bien plus verdâtre encore que la pièce où avait lieu la séance d'Occlumancie, et qui lui rappelait les cachots les plus profonds. Excepté qu'il n'était jamais venu ici. Était-il à Poudlard ? Quelque part sous le lac ? Ou les deux en même temps ? Cet endroit ne semblait pas avoir été façonné par l'imagination de Potter: ce type de représentation n'était pas à la portée d'un débutant inexpérimenté.

Snape fit demi-tour, s'apercevant que d'autres boyaux partaient sur les côtés. Il fit quelques pas, le tunnel bifurqua et il se trouva face à Potter. Le Gryffondor était là, debout, et le regardait. Il l'attendait. Intéressant. Il s'avança jusqu'à lui. Pour la première fois, il décida de parler dans la tête du garçon.

L'idée du labyrinthe n'est pas insensée, mais si vous vous figurez que cela suffira à me faire perdre dans les méandres tortueux de votre esprit…

Alors qu'il s'apprêtait à briser cette barrière mentale de pacotille, il se produisit un fait pour le moins surprenant. Potter sourit.

Pas n'importe quel sourire cependant. Un sourire manipulateur. Un sourire qu'il ne connaissait pas sur le visage du garçon.

Potter parla ensuite.

Ou plutôt, il siffla. Snape eut un rictus méprisant.

Si vous croyez que vous allez me faire sortir de votre tête avec quelques tunnels humides et un peu de Fourchelang, vous vous trompez.

Il sentit alors une menace derrière lui. Allons bon, songea-t-il. Qu'avait inventé le gamin pour le faire partir ? Une tripotée d'algues douces meurtrières ? Il pivota.

Et pour la première fois depuis leurs séances d'Occlumancie, pour la première fois depuis ces heures passées à se balader dans l'esprit malléable du Gryffondor, pour la première fois, Snape se heurta à une résistance digne de ce nom qui le déstabilisa quelques secondes.

Car lui faisait face un monstre horrible, un serpent énorme qui glissait dans sa direction, juste devant lui.

Un Basilic légendaire le humait, découvrant ses crocs luisants de venin.

Au bout de deux courtes secondes, le roi serpent ouvrit brutalement ses yeux. Et Snape découvrit non pas des yeux jaunes, mais des yeux verts comme des émeraudes. Des prunelles d'un vert vif, avec des pupilles étroites comme les fentes d'un reptile. Une déclinaison vipérienne et dérangeante des yeux de Lily. Fascinant. Inquiétant...

Dans le même temps, Potter siffla à nouveau. Un sifflement court, qui sonnait comme un ordre. Potter dut sentir sa surprise, car il en profita pour lancer le serpent sur lui. Mais il se méprenait sur les raisons de sa surprise. Ce n'est pas le Basilic qui avait déstabilisé le Professeur, mais la couleur de ses yeux.

Snape brisa la barrière mentale. Le Basilic se volatilisa, il s'enfonça comme dans du beurre dans l'esprit de Potter, et décida d'arrêter en entendant son gémissement.

« Ravi de voir de quelle façon atroce vous souhaitez me voir mourir, mon garçon ».

Potter était effondré contre le mur et se tenait le crâne, une expression de douleur sur le visage.

« Qu'est-ce que c'était que ça ? » s'enquit Snape, doucereux.

« Un Basilic » marmonna le garçon, restant agenouillé, un poing sur le front.

« Petit insolent ».

Le Professeur se rapprocha de lui avec une lenteur dangereuse. Harry frémit. Il était mort. Snape allait le tuer. Il venait juste de lancer un Basilic sur lui. Dans son esprit, peut-être, mais avec Snape, ça revenait au même. Merlin lui vienne en aide...

Lentement, l'homme l'attrapa par les épaules et le col de sa cape, et le remit sur pied. Harry avait un mal de tête infernal. Il laissa balader ses yeux sur le sol du cachot, trop inquiet de ce que pourrait lui faire le Professeur. La voix de Snape… C'était la première fois depuis leurs séances qu'il parlait dans sa tête. Pourtant, elle lui était familière. Il l'avait déjà entendue dans son esprit... mais où ?

Même avec sa cape et son manteau, Harry frissonnait de froid et de chaud en même temps. Il était dans un état lamentable, en proie à ce qui ressemblait à un début de grippe: courbatures, maux de tête qui n'avaient très certainement rien à voir avec la séance d'Occlumancie, fatigue, yeux explosés et frissons incontrôlés.

« Regardez-moi » siffla Snape sans le lâcher.

La menace était suffisamment présente dans son ordre pour qu'il obéisse sans protester. La respiration hachée, il brava le regard sombre de son professeur, tout près de lui. Beaucoup trop près. Il n'y vit pas de haine ou de mépris, mais une lueur étrange, comme… un trouble. Il retint sa respiration, se préparant mentalement à la sentence.

« Je ne lui demandais pas de vous tuer… je lui disais juste de vous faire partir ».

« C'est... attentionné » persifla Snape, moqueur. « Cependant c'est inutile de vous embarrasser de précautions envers moi, le but de ces séances est de neutraliser quiconque pénètre votre esprit pour vous nuire. Et si cela doit passer par ma mise à mort par un Basilic, alors qu'il en soit ainsi. Savez-pourquoi vous n'avez pas réussi à m'éjecter de votre esprit ? Pourquoi j'ai pu continuer à creuser dans vos pensées ? Ce n'est pas parce que je suis un legilimens accompli, n'importe qui d'autre aurait pu le faire. Non, c'est parce que vous vous êtes laissé dominer par vos émotions, par votre colère. Ça a été tellement facile de vous mettre en colère et de vous faire craquer M. Potter, que c'en est presque décevant ».

« Vous l'avez fait exprès » accusa Harry dans un murmure.

« Évidemment ! Croyez-vous que le Seigneur des Ténèbres vous demandera poliment d'entrer dans votre esprit ? Qu'il toquera aimablement à la porte de vos pensées ? Qu'il ne tentera pas de vous mettre hors de vous ? De vous blesser dans votre ego ? ».

« Il ne peut pas me blesser s'il n'est pas en face de moi. Pour l'instant il n'a même pas de corps ».

Snape le relâcha et s'éloigna de lui avec un rire dédaigneux.

« Pour l'instant » souligna-t-il. « Espérons qu'il ne récupère pas son corps. Mais ça qui ne nous empêche pas de supposer. Mais même à distance, il pourrait tout à fait découvrir une faille, découvrir une scène humiliante pour s'y engouffrer et contaminer toute votre tête ».

« Ça n'arriverait que s'il était conscient que je peux le voir ».

« Et vous ne voulez pas que cela arrive. D'où la nécessité de savoir maîtriser l'Occlumancie en quelques mois ».

« En quelques mois ? » répéta Harry d'une voix faible.

Quelques mois avec Snape, à subir ses assauts à répétition…

« L'Occlumancie n'est pas une partie de plaisir. Mais c'est le seul moyen de vous protéger mentalement. Et oui, pour quelqu'un d'aussi jeune que vous, il faut plusieurs mois pour maîtriser cette branche de la magie ».

A moitié désespéré par cette déprimante perspective, Harry ne répondit pas. Brutalement, le Professeur lui désigna le siège au centre du cachot.

« Recommençons ».

Ils ne s'entraînèrent pas plus de deux pauvres minutes avant que Snape ne décide de clore la séance. Il voyait bien que le garçon était essoufflé et n'essayait même pas de se défendre, sujet à une migraine dévorante à en juger sa mâchoire serrée et son visage pâle. Il éternuait de plus en plus, la voix rauque et asséchée.

« Vous allez bien, mon garçon ? ».

Harry sentit ses poumons le chatouiller et en guise de réponse, fut pris d'une méchante quinte de toux aiguë qui le laissa essoufflé. Et comme à chaque fois que Snape disait mon garçon, il sentit quelque chose d'étrange se nouer dans son ventre. Car la façon dont le Professeur le disait, n'avait rien à voir avec la façon dont Vernon le disait. Et c'était une sensation très étrange.

« C'est la mauvaise blague de l'autre soir qui vous a rendu malade, n'est-ce pas ? Vous avez pu jouer au Quidditch, finalement. Et perdre. Cela valait-il la peine de se rendre davantage malade ? On voit que vous avez le sens des priorités ».

« C'était juste un coup de froid, à ce moment-là ».

« Et vous n'avez pas jugé utile de vous rendre à l'infirmerie ? ».

Désapprobateur, Snape fondit brusquement sur lui, faisant voleter ses capes noires. Ne s'y attendant pas, Harry sursauta instinctivement contre le mur, retrouvant soudain toute sa vivacité. Son qui-vive. L'expression de l'homme lui fit peur. C'était un mélange entre colère et sidération.

« Je suis désolé. C'était juste un réflexe » dit précipitamment Harry.

Réflexe. Le mot de trop pour Snape, qui se départit de son calme.

« Un réflexe ! » siffla-t-il, dangereusement proche de lui. « Qu'est-ce qui a pu bien se produire pour que le grand Harry Potter utilise ses réflexes autres que pour le Quidditch face à son professeur de Potions ? Est-ce que vous prenez pour un cognard ? Qu'est-ce qui vous a amené à développer des réflexes face à moi ? ».

Harry ne répondit pas, ne sachant trop comment se justifier.

« Répondez, M. Potter, répondez, ne testez pas les limites de ma patience une fois de plus ».

« C'est un réflexe, Professeur. C'était incontrôlable... Je suis désolé ».

« Cessez de prononcer cette phrase, par Morgane ! Je suis désolé... Être désolé ne suffit pas ! Le propre d'un réflexe est justement d'être incontrôlable, quelqu'un qui a un réflexe ne contrôle ni sa pensée ni son geste car c'est si profondément ancré en lui qu'il réagit par automatisme. Un bon réflexe est de vous saisir du Vif d'Or dans votre cas, ou savoir rattraper une potion technique sur le point d'exploser dans le mien ; ou encore dévier un sortilège in extremis. Ces exemples de réflexes sont positifs, et basés sur des nécessités de préservation ou tout simplement par jeu. Un réflexe qui consiste à se jeter en arrière ou à esquiver une personne alors que cette personne n'est pas un ennemi, est un bon réflexe qui révèle des instincts de défense intéressants, mais un réflexe fondé sur des bases paranoïaques ».

Harry se fit violence pour ne pas s'enfuir en courant en entendant le ton furieux de Snape. De toute façon la porte était sûrement magiquement verrouillée.

Allait-il s'énerver comme la dernière fois ? Il lui sembla que non. Il détailla rapidement son professeur, se basant sur la fine analyse comportementale qu'il avait développé avec les nombreuses observations d'un oncle Vernon colérique. Aucune veine ne palpitait sur son cou. Ses poings n'étaient pas serrés. Sa mâchoire non plus. Snape était mécontent, ça oui. Mais pas sur le point de lui en mettre une.

« Alors éclaircissons ce point une bonne fois pour toutes ! J'exige de savoir pourquoi vous ressentez le besoin impérieux d'avoir des réflexes de défense primaires avec moi, alors que je vous ai clairement établi que je ne frappais ni les élèves ni les enfants ».

Snape concéda en son for intérieur qu'il était un peu de mauvaise foi. Il ne l'avait pas clairement établi. Il l'avait juste nié. Mais Potter ne semblait pas comprendre des mots simples. Ces Gryffondors, maugréa-t-il, il fallait toujours tout leur expliquer.

« Est-ce à dire que vous me considérez comme votre ennemi ? Vous me prenez pour votre ennemi, M. Potter ? ».

« Non, je ne vous prends pas pour mon ennemi, Monsieur. J'ai simplement eu ce réflexe, je ne voulais pas vous manquer de respect ».

« Depuis votre balade à Pré-au-Lard et votre prise en flagrant délit, vous agissez en cours et en retenue comme si j'allais vous frapper. Vous surveillez mes gestes, vous m'espionnez du coin de l'œil, vous m'observez à la dérobée. Non, ne faîtes pas comme si vous n'aviez pas compris, vous êtes aussi discret qu'un hippogriffe. Je sais que vous me guettez. Tant que je serai un occlumens, j'entendrai des regards que vous croirez muets. Rentrez-vous une bonne fois pour toute dans votre tête bornée que je ne bats pas mes étudiants. Et si vous vous imaginez que le Professeur Dumbledore laisserait une chose pareille se dérouler dans l'enceinte de l'établissement, vous vous fourvoyez gravement. Il y a des méthodes bien plus efficaces que la violence brute pour faire réaliser à un élève sa bêtise et sa pure inconscience. Vous finirez par vous en apercevoir par vous-même, M. Potter, je l'escompte bien ».

Harry ouvrit la bouche mais l'homme leva deux doigts, lui interdisant de parler.

« Si j'étais votre ennemi, il y a longtemps que vous le sauriez, et encore plus longtemps que vous surveilleriez aussi bien vos arrières que les verres dans lesquels vous buvez, M. Potter. Personne ne veut m'avoir comme ennemi, n'en doutez jamais ».

Il voulait bien le croire.

D'ailleurs, Snape avait jusqu'à présent toujours été direct avec lui. Harry ne décelait pas de mensonges dans sa voix. Oh, pas qu'il ait la présomption de se croire apte à déceler une vérité ou un mensonge chez un maître Occlumens expérimenté; mais il avait sentit qu'il avait mis le doigt sur un sujet sensible, et il se rappelait parfaitement sa réaction accusatrice qui avait suscité la fureur chez son professeur après avoir pointé sa baguette sur lui. Quoi qu'il en soit, Snape ne lui laissait pas exactement d'autre choix que de le croire.

« Alors je n'irai pas par quatre chemins » continua Snape d'emblée, et Harry sut qu'il n'aimerait pas la suite. « Croyez-vous que j'ai oublié ce que j'ai vu sur votre dos et vos jambes cet été dans le jardin des Weasley ? Des traces de ceinture… Jusqu'à quel point votre oncle se permet-il de vous frapper pour que vous en soyez à réagir de façon instinctive de la sorte ? ».

Mal à l'aise, Harry se passa une main sur le front comme si cela pouvait lui permettre d'éviter le regard du Professeur.

« Je vous avais demandé des explications approfondies à ce moment-là, et j'ai eu l'élégance de ne pas fouiller davantage dans votre vie privée pour ne pas vous embarrasser plus que nécessaire. Je pensais alors que vous iriez en parler à quelqu'un de responsable, quelqu'un d'adulte. Vous ne souhaitiez visiblement pas que Mme Weasley soit au courant, ce qui ne m'étonne pas outre mesure compte tenu de sa propension très excessive à surprotéger ses enfants ».

Et surprotéger était un faible mot. La matriarche Weasley était une vraie mère poule.

« Quelle ne fut pas ma surprise M. Potter » il étira volontairement ces derniers mots, « de découvrir que vous n'en aviez parlé à personne à Poudlard. J'ai mené ma petite enquête et personne, je dis bien personne, ne semble être informé du fait que votre oncle vous assène des coups de ceinturon. Alors rassurez-moi, et dîtes-moi que vous avez au moins évoqué le sujet avec vos petits camarades M. Weasley et Miss Granger ? ».

Serrant les dents, Harry secoua la tête par la négative.

« Miss Granger n'est pas au courant ? ».

« Surtout pas Hermione, elle s'empresserait d'en avertir tous les professeurs ».

Il suffisait de la voir à l'œuvre pour la défense des elfes de maison pour s'en convaincre. Elle leur avait parlé cette semaine de son envie de fonder la Société d'Aide à la Libération des Elfes, la S.A.L.E, et avait à nouveau insisté auprès de lui pour lui soutirer le chemin des cuisines.

« Et où serait le problème, exactement ? ».

« Le problème est que ça ne regarde personne, ni les professeurs, ni les autres ».

« Malheureusement pour vous, il se trouve que ça me regarde. Comme je vous l'ai déjà dit, c'est une affaire entre le professeur Dumbledore et moi-même ».

« Alors pourquoi le professeur Dumbledore ne s'en charge-t-il pas lui-même puisqu'il y tient tant que ça ? ».

Le visage de Snape se tordit dans une expression méprisante.

« Je ne suis pas assez bien pour le grand Harry Potter, n'est-ce pas ? C'est incroyable comme vous me faîtes penser à votre père, lui aussi… ».

« Ne parlez pas de mon père » fit calmement Harry. « Et non, je ne pense pas du tout que vous n'êtes pas assez bien pour moi ».

« Je pourrais vous en parler pendant des heures, mais je ne suis pas certain que vous soyez prêt à entendre ce que j'ai à vous dire sur lui » répliqua Snape comme s'il n'avait pas écouté la seconde partie de sa phrase.

« Je n'ai pas envie que vous me parliez de lui ».

« La vérité est parfois blessante, mais c'est mieux que le mensonge ».

« Pourquoi le professeur Dumbledore vous oblige-t-il à me protéger ? Ça n'a aucun sens ! Il sait très bien que vous me détestez ».

« Je ne vous déteste pas. J'agis sur ordre du professeur Dumbledore ».

« Et pourtant vous êtes le seul à être venu à Privet Drive lors de l'attaque des Mangemorts, le seul à être venu me récupérer dans cette forêt après la Coupe du monde de Quidditch ».

La conversation commençait à l'exaspérer, Harry le devinait à la façon dont ses le coin de ses lèvres s'agitait. Mais sa réponse ne le satisfaisait pas. Le Professeur s'était assez dérobé comme ça, trop facile de rejeter la responsabilité sur Dumbledore pour la énième fois.

« Il n'est pas vraiment intervenu quand mon nom a été tiré de la Coupe de Feu ».

Fait suffisamment notoire pour être souligné, Snape était l'un des seuls à s'être indigné et à avoir pris sa défense, plus précisément. Oh, les organisateurs du Tournoi avaient bien expliqué qu'en raison d'un enchantement archaïque il n'avait pas d'autre choix que d'y participer. Il pouvait le comprendre. Mais maintenant qu'il y repensait, qui donc s'était réellement inquiété de connaître l'identité de celui qui avait glissé son nom dans la Coupe ? D'aucuns pensaient qu'il avait triché, d'autres estimaient qu'un complice plus âgé l'avait fait à sa place. Avait-on mené une enquête ?

« Et personne n'est venu m'aider pour préparer la première tâche à part Ron et Hermione. Personne, sauf vous » continua Harry. « M. Croupton a dit que les professeurs n'avaient pas le droit d'aider les étudiants, et pourtant vous l'avez fait. Ça aussi, c'est un ordre du professeur Dumbledore ? ».

Visiblement surpris par ce renversement de vapeur, Snape recula. La conversation prenait un tour qui ne lui plaisait pas. Ils dérivaient du sujet initial, et il refusait de donner suite à la réflexion de Potter.

Potter qui déviait astucieusement la discussion avec ses maudites questions. Il ne pouvait pas éviter éternellement ses questions, et il reviendrait à l'assaut, c'était certain. Qu'était-il supposé lui répondre ?

Qu'en effet, personne n'en avait rien à faire qu'un gamin de quatorze ans participe à un Tournoi de cette ampleur ? Que les organisateurs n'aient pas été plus inquiets qu'il n'aurait fallu l'être, préférant s'intéresser à l'aspect amusement plutôt que sécuritaire ? Que Verpey s'était littéralement étouffé de joie en voyant le garçon totalement désemparé devant la Vouivre ? Que le monde sorcier se fichait comme de sa première Bavboule de savoir si on avait mis son nom dans la coupe pour le blesser, ou pire, l'éliminer ? Que ce même monde sorcier le prenait pour un tricheur ?

Au même moment, une illumination traversa Harry. Mais oui ! Il savait pourquoi la voix de Snape lui était si familière ! Son professeur ouvrit la bouche, mais il s'élança plus rapidement :

« C'était vous ! » lança-t-il avec un triomphe jubilatoire que lui-même ne comprit pas.

« Quoi donc ? ».

« La voix quand j'étais dans l'arène face à la Vouivre… c'était vous ! Comment avez-vous fait ça ? ».

Harry avait été tellement sidéré par l'apparition démoniaque de la Vouivre qu'il en avait oublié de réagir. Plus que les cris dans l'arène, il avait fallu l'intervention d'une voix à la fois étrangère et familière dans son esprit pour qu'il se ressaisisse et court se mettre à l'abri. Snape… c'était évident ! Il vit passer la contrariété sur le visage du professeur. Sûrement parce que son soupçon était fondé.

« Pourquoi est-ce que vous m'aidez ? » demanda Harry une bonne fois pour toutes. « Sans parler de la première tâche… Cet été quand vous êtes venu me chercher à Privet Drive, puis quand nous avons été pourchassés par les Lycaons argentés. Et la Coupe de Feu…vous avez été le seul à vous être interposé, avec le professeur Maugrey. Alors pourquoi st-ce que vous m'aidez ? Répondez-moi. S'il vous plaît Monsieur » ajouta-t-il, trouvant son ton un poil impérieux.

Pendant une fraction de seconde, Snape fut tenté de lui rétorquer qu'il n'avait pas d'ordre à lui donner. Juste pour se sortir de ce faux-pas. Pendant une fraction de seconde seulement, car il ne pourrait pas esquiver systématiquement le sujet. Et peut-être que s'il lui donnait des éléments de réponse, peut-être que s'il cédait sur ce terrain, Potter céderait sur le terrain de ses Moldus sans qu'il n'ait besoin de lui extirper des aveux au travers de l'Occlumancie - chose qu'il avait prévu de faire dès la séance suivante, il en avait plus qu'assez de faire semblant. Ça aurait l'air d'un compromis.

Même s'il n'avait pas besoin de compromis pour obtenir des mots d'un adolescent obstiné comme une huître, qu'on se le dise.

Il se rapprocha de Harry qui s'était inconsciemment tassé contre le mur. Lentement, avec fermeté mais sans méchanceté, il lui saisit le col de sa cape et le regarda droit dans les yeux. Harry se laissa faire tel une marionnette. Il se laissa emprisonner par les serres obsidiennes de son professeur. Après s'être accordé quelques secondes de silence, celui-ci répondit avec une suffisance qui cachait mal sa préoccupation :

« Les champions n'ont pas le droit d'être aidés ? En effet, ils n'ont pas le droit d'être aidés ! Et puis ? Mais que vous figurez-vous donc ? Que Diggory, Krum et Delacour s'entraînent seuls dans leurs coins ? Que leurs amis, leurs parents, leurs directeurs, leurs professeurs, que des adultes avertis ne les aident pas ? ».

Il parlait lentement et distinctement, pour bien se faire comprendre.

« Pourquoi je vous ai aidé ? Parce que M. Potter, vous étiez tellement préparé que vous vous endormiez à la Bibliothèque ! Je n'allais pas rester immobile pendant que vous étiez en train de baisser les bras. Et la première tâche…Par Merlin, vous auriez dû vous voir dans l'arène, debout face à une votre vouivre... J'ai cru un instant que vous alliez vous laisser dévorer sans autre forme de procès ! Il fallait que je vous donne le déclic pour que vous sauviez votre peau. Alors oui c'était moi, et oui je me suis accordé le droit de pénétrer votre esprit pour le faire. ».

Ses yeux noirs comme des abîmes évoquaient les ténèbres.

« Que vous a promis le professeur Dumbledore pour que vous vous inquiétez tant de ma sécurité ? » demanda Harry. « De l'argent ? Il vous a promis de l'argent ? Ou bien est-ce qu'il vous a… menacé ? « .

Il ne voyait pas quelle autre motivation Snape pouvait avoir.

« Je n'ai pas besoin d'argent Potter, je ne suis pas un mercenaire. Quant à la menace… Je ne suis pas homme à être menacé, comme je vous l'ai déjà dit ».

« Alors quoi ? ».

Par Salazar ! s'irrita Severus. Quelle importance au fond ? Potter ne lui ficherait pas la paix tant qu'il ne saurait pas pourquoi il devait le protéger. Le gamin avait entièrement raison : personne à Poudlard ne jurerait sur le directeur de Serpentard pour être la première personne à veiller sur lui.

« J'ai fais une promesse. La promesse de vous protéger ».

Les yeux du garçon s'écarquillèrent de surprise.

« Cette promesse, je l'ai faite à une personne. Et cette personne n'est pas Albus Dumbledore, c'est tout ce que vous avez besoin de savoir »

Et c'était déjà beaucoup trop, s'inquiéta Severus. Il se détacha du regard émeraude, et relâcha doucement le garçon. Sans s'éloigner toutefois.

Sidéré, Harry était incapable de réaliser ce que Snape venait de lui dire.

Une promesse ? Une promesse ! Mais que diable s'était-il passé dans l'ordre établi de l'univers pour que Snape ait promis à quelqu'un de le protéger ? Pour qu'il risque sa vie pour lui ? Il avait dû neiger en Enfer. Bien que mal en point, Harry fit tourner à plein régime les rouages dans son cerveau. Qui pouvait être assez préoccupé par sa sécurité pour que Snape lui-même se charge de veiller sur lui ? Et le tout, sans contrepartie financière ou hiérarchique ? Il ne lui fallut pas longtemps pour en conclure qu'il ne voyait personne dans son entourage.

« J'ai vraiment du mal à croire que vous me sauviez pour une banale promesse »

« Cette promesse n'est absolument pas banale » gronda le Serpentard.

« Vous avez fait un Serment Inviolable ? »

« Non, je n'ai pas besoin d'un tel serment. Ma parole suffit ».

Et le ton sévère du Professeur le mettait clairement au défi de le lui dénier.

« Qui, alors ? Qui peut tenir assez à moi pour passer un accord avec vous ? ».

« Cela vous semble donc si impossible que je vous sauve la mise ? ».

Le timbre de Snape était narquois. Mais il couvait autre chose. Une étrange lueur naquit dans son regard sombre. Harry crut y voir de la tristesse. Pourquoi de la tristesse ? s'étonna-t-il. Non, il devait confondre avec autre chose.

« Oui, ça me semble totalement incongru » avoua-t-il franchement, et le Professeur le fixa longuement avant de répondre.

« Cette promesse est une affaire entre moi-même et cette autre personne M. Potter. Je ne souhaite pas m'étaler davantage que je ne le fais sur ce sujet avec vous ».

Il sortit de ses robes noires une fiole.

« Buvez ceci ».

Dépité, Harry obéit. Il ne parviendrait plus à obtenir quoi que ce soit de Snape aujourd'hui.

« Qu'est-ce que c'est ? ».

Harry huma prudemment le contenu.

« Pimentine » reconnut-il avant que Snape ne lui réponde.

« Vous pensiez qu'il s'agissait de poison ? Ne vous inquiétez pas M. Potter, vous et vos camarades aurez amplement le loisir d'expérimenter des breuvages aux effets regrettables. Espérons que vos antidotes seront correctement réalisés… A l'avenir, allez directement voir Mme Pomfresh plutôt que de vous draper dans votre fierté Gryffondorienne imbécile ».

« Je ne voulais pas qu'on me pose de questions ».

« Vous n'étiez pas obligé d'y répondre ».

Ironique quand on songeait que lui exigeait des réponses de Potter sur sa famille de Moldus.

« Vous savez très bien mentir quand vous le voulez, et je ne crois pas que Mme Pomfresh et ses collègues soient des legilimens capables de déceler un mensonge ».

Harry n'était pas sûr qu'il s'agisse d'un compliment. Mortifié, il but la potion et sentit le rouge lui monter au joue.

« Vous ne le direz à personne, n'est-ce pas ? ».

« Ne pas dire quoi ? ».

« Que vous m'avez trouvé dans les couloirs, statufié ».

« Non je ne le dirai à personne, si c'est ce qui vous inquiète. Mais tout cela ne répond pas à ma question de tout à l'heure M. Potter : jusqu'à quel point votre oncle vous maltraite-t-il ? ».

Il vit le gamin se figer, et retint un rictus triomphant.

« Mon oncle ne me maltraite pas. Pas vraiment ».

« Pas vraiment ? Ce n'est pas ce que je vois quand je traverse vos pensées et souvenirs. Il vous donne souvent des coups de ceinture ? ».

« Parfois » admit Potter, s'avouant vaincu. « La plupart du temps, c'est mérité ».

Severus n'était pas certain que quoi qu'ait fait Potter méritait des coups de ceinture. Le garçon était certes insupportable mais de là à sortir le ceinturon… Il n'arrivait pas à savoir si sa nonchalance était réelle, ou s'il faisait semblant de faire le dur devant lui. Et il trouvait ça inquiétant.

« Qu'aviez-vous fait cet été, quand je vous ai ramené au Terrier ? ».

Le garçon pris un air embarrassé.

« Mon oncle m'avait demandé de tailler la haie avant le départ des Dursley pour les Îles Canaries, alors que j'avais passé la matinée en plein soleil à m'occuper des rosiers. J'ai refusé, il s'est énervé ».

« Il s'est énervé parce que vous avez juste refusé ? Vous ne vous êtes jamais montré insolent, je présume ».

Une étincelle de défi passa dans les yeux de Potter.

« L'oncle Vernon monte vite en pression quand il s'agit de moi ».

« Oui, vous avez ce don stupéfiant de susciter l'énervement chez les gens » fit Severus, sarcastique. « Rien de nouveau à l'horizon ».

« Je n'ai pas été insolent » se défendit le garçon. « Mon cousin Dudley est insolent, fainéant, irrespectueux et … ».

« Une corvée supplémentaire était de trop pour le célèbre Survivant ? » le provoqua Severus.

Il n'y avait que la provocation pour pousser ce fier Gryffondor à se livrer et à se couler lui-même. Comme escompté, le gamin le prit pour une insulte personnelle et se redressa, piqué au vif.

« Vous n'avez aucune idée des corvées que j'effectue chez les Dursley ».

Il n'en rajouta pas plus, et Severus décida de le pousser encore dans ses retranchements. Personne ne sortirait de ce cachot verdâtre tant que toute la lumière n'aura pas été faîte. Alors il enfonça le clou.

« C'est trop demander au grand Harry Potter de couper quelques feuilles de haie ? ».

Un flash hargneux traversa les yeux du garçon, et Severus sut qu'il avait gagné.

« Arrêtez de faire croire que je vis comme un prince chez les Dursley. Ce n'est pas le cas et ça ne l'a jamais été. Avant que vous veniez me chercher pour me déposer au Terrier, j'ai passé l'été à faire les tâches domestiques. Tailler les fleurs en plein soleil, tondre la pelouse, retaper l'abri à outils, laver la maison, boire de l'eau en cachette. Le reste du temps, je le passe loin de mon cousin et sa bande de nazes et vous savez très bien pourquoi ».

« Pourquoi? » demanda Snape en adoptant un air imbécile qui ne lui seyait pas du tout.

« Comme si vous n'aviez pas vu… Au cas où ça vous aurait échappé, mon cousin a depuis son enfance une activité favorite qui consiste à me rendre la vie dure, et si ses amis peuvent être de la partie, c'est encore mieux. Ça doit vous faire jubiler n'est-ce pas? Le grand Potter comme vous dites, infoutu de se défendre contre son cousin ».

« Langage » gronda le Professeur. « Détrompez-vous, cela ne me fait pas jubiler ».

« C'est ça » fit Harry. « Comme si je pouvais faire quoi que ce soit à un contre plusieurs… L'usage de la magie est interdit pour les sorciers de premier cycle et… ».

« Ce qui ne vous a pas empêché de gonfler votre tante comme une montgolfière ».

« Que… Comment le savez-vous ? ».

« Tout finit par se savoir ».

« C'était de la magie accidentelle ! Je ne connais même pas le sort et elle avait insulté mes parents. Je ne peux pas faire de magie comme les autres élèves de Poudlard et les Dursley l'ont très vite compris. Sorcier ou pas, c'est un tantinet compliqué de faire le poids face à Dudley et ses copains. Mais bon je ne reste pas sans rien faire quand même, je sais rendre les coups ».

« Et votre oncle ? Vous lui rendez ses coups? ».

Harry frissonna.

« Bien sûr que non. Il me tuerait ».

Le Survivant tué par un grossier Moldu, ironisa Severus. Pitoyable.

« Si votre oncle vous a donné des coups de ceinture parce que vous avez refusé une corvée de plus dans votre planning, cela signifie alors que ce n'était pas mérité, mon garçon. Et il faut se féliciter que vous ayez refusé, car vous auriez pu attraper une insolation ! ».

Il n'oublierait pas d'aller rendre une petite visite de courtoisie à Pétunia et son époux. Il y a longtemps qu'il n'avait pas revu cette bonne vieille connaissance, songea-t-il, la mâchoire crispée. Le haussement d'épaules négligent du Gryffondor lui fit serrer les poings. Il en avait assez vu pour aujourd'hui.

« Je vous raccompagne, M. Potter. Il serait fâcheux que vous vous retrouviez à nouveau aspergé de jus de citrouille dans les couloirs de l'école ».

« Je n'ai pas besoin d'un garde du corps ».

Snape s'arrêta dans l'embrasure de la porte. Derrière lui, il faisait noir comme dans un gouffre sans fond.

« J'imagine que vous avez intégré le chemin du retour et que je ne risque pas de vous retrouver dans une semaine en train de errer dans un cachot abandonné ? » susurra-t-il.

Harry n'était pas assez sûr de lui pour lui rétorquer le contraire.

« C'est bien ce qui me semblait » l'acheva Snape.

Il n'était pas certain de retrouver la direction de la Tour Gryffondor. Ou de la Grande Salle, puisqu'il mourrait de faim. Ils quittèrent le cachot en silence, Harry eut la confirmation que seul, il n'aurait jamais retrouvé son chemin dans ce dédale infernal. Snape était-il sérieux quand il évoquait la possibilité de rester perdu des jours dans ces cachots ?