Un bonheur n'arrive jamais, seul, comme on dit. Bienvenue dans Dissidence : partie deux.
Bonne lecture !
J'ai ouvert les yeux lentement.
Il faisait sombre, mais je pouvais distinguer le décor sans grande difficulté. Si on pouvait appeler ça un « décor » ; la pièce dans laquelle je me trouvais était étroite et n'avait pour tout mobilier qu'un lit en mauvais état sur lequel j'étais allongé ainsi qu'une chaise dont je n'aurais osé éprouver la solidité.
Je n'avais jamais vu cet endroit. Je me suis assis, désorienté. Comment avais-je atterri ici ?
Je me suis levé en essayant de garder l'équilibre. Mes jambes étaient si faibles que j'arrivais à peine à tenir debout. Je me suis appuyé contre le mur. Si je tombais, je n'étais pas sûr de pouvoir me relever.
Avec difficulté, j'ai tenté d'ouvrir la porte, sans succès. Elle n'avait même pas de poignée ; juste un bouton immobile. Sans doute était-elle destinée à être ouverte de l'extérieur.
Pourquoi m'avait-on enfermé ici ?
J'ai posé les mains sur mes yeux en cherchant dans mes souvenirs ce qui avait pu me conduire à en arriver là. Quelque chose avait dû se produire. On ne m'aurait pas mis à l'écart de cette façon, si ce n'était pas le cas.
Pas moyen de mettre le doigt dessus.
J'ai soupiré.
Il n'y avait rien d'autre à faire qu'attendre, maintenant. Peut-être viendrait-on m'expliquer la situation. Ça finirait par s'éclaircir, d'une façon ou d'une autre.
Je me suis assis sur le lit qui grinçait. Attendre que quelqu'un vienne.
J'ai attendu ce qui m'a semblé être une éternité. La minuscule fenêtre située étrangement haut sur le mur laissait petit à petit entrer des filets de lumière. Le jour s'était levé.
Lorsque la porte s'est enfin ouverte, il s'était levé depuis plusieurs heures déjà.
Axel est entré et a balayé la chambre du regard avant de refermer la porte. Il avait l'air exténué ; des poches noires étaient apparues sous ses yeux et il avait les traits tirés. Son regard ne communiquait plus que de l'anxiété. Jamais je ne l'avais vu dans cet état.
Avant que j'aie pu poser la moindre question, il s'est avancé vers moi et m'a attrapé par les épaules sans douceur.
« Où est-il ? »
Plus la moindre sympathie dans sa voix. Il avait l'air en colère. Voyant que je ne répondais pas, il m'a secoué et a renforcé sa prise. Il a répété :
« Vanitas, où est-il ? »
Où est-il ?
La question résonnait dans ma tête sans trouver de réponse.
Où est-il ?
Où était qui ?
De quoi parlait-il ?
Une angoisse insidieuse s'est infiltrée en moi.
« Mais c'est pas vrai ! Réponds ! Où est Ven ? Ne fais pas comme si tu ne le savais pas ! »
Ven ?
Ven...
Où est-il ?
Brouillard total.
Je ne pouvais pas lui répondre. J'avais beau réfléchir, j'avais beau me concentrer, aucune piste de réponse de me venait en mémoire. Pourtant...
« Il est parti. »
Ma voix semblait éraillée et j'avais du mal à parler. Axel est resté immobile un moment, puis a répété :
« Parti ? »
J'ai acquiescé.
« Parti.
– Parti où ? Vanitas, tu me fais perdre mon temps ! »
Une brûlure à la gorge.
Je ne veux pas le savoir.
« Il ne reviendra pas. »
Je ne veux pas en apprendre plus.
Je ne veux pas me souvenir.
« Pardon ?
– Il ne reviendra pas. Il est mort. »
Il m'a laissé derrière.
Axel m'a regardé sans comprendre.
J'ai eu envie de rire.
« Il est mort. »
J'ai senti ma gorge se serrer.
Axel m'a observé longuement. Je ne le regardais même plus. Je ne regardais plus rien. J'écoutais mes pensées qui ne cessaient de me répéter ce qui c'était produit durant la nuit. Inondé d'images que je ne voulais pas voir. De voix que je ne voulais pas entendre.
Tout s'était produit si vite.
J'avais eu tort du début à la fin.
Axel n'a rien dit. Il a quitté la pièce en marmonnant quelque chose que je n'ai pas compris.
À nouveau, je me suis retrouvé seul. J'ai replié les jambes contre moi-même. J'avais froid.
Ven était mort, et je n'avais rien pu faire pour l'en empêcher. Il l'avait prévu. Il avait tout fait pour. Il avait détourné mon attention. Il le savait déjà.
J'étais celui qui était censé le protéger. J'avais échoué. En fait, je n'avais jamais réussi. J'aurais dû savoir... comprendre. Voir les signes. Tout semblait si clair à présent.
Comment avais-je pu me laisser surprendre ?
Il était tout ce que j'avais et il avait disparu. Tout ce qu'il m'avait laissé, c'était un cœur et un sentiment de vide indescriptible.
Pourquoi t'as fait ça, Ven ? Qu'est-ce qui va m'arriver maintenant ?
J'ai regardé la porte en me demandant qui serait la prochaine personne à l'ouvrir.
Maintenant que Ven n'était plus là, Xemnas n'aurait plus aucun scrupule – si jamais il en avait déjà eu – à se servir de moi. Reprendre une vie d'esclave, seul cette fois.
Si je lui était encore utile.
Peut-être que seul, je ne leur apportais rien. Peut-être qu'ils m'estimeraient dangereux. Si c'était le cas... il ne tarderait plus.
J'ai pensé à me laisser faire.
Une pensée qui a disparu aussi vite qu'elle était apparue.
Tout ça ne m'avancerait à rien. Qu'importait ce qu'ils voulaient faire de moi. Je ne pouvais pas rester immobile. Il fallait que je sorte.
Mais comment ?
J'ai regardé autour de moi. Cette pièce avait été conçue pour qu'on ne puisse s'en échapper ; pas un seul objet en trop, pas la moindre possibilité de fuite. La chaise et le lit ne m'aideraient pas à sortir de là.
Un mouvement furtif a attiré mon attention près de la fenêtre. J'ai levé les yeux.
Je ne voyais pas grand chose. Trop haut pour moi – trop haut pour qui que ce soit. J'ai arrêté de bouger et ai fixé la vitre en attendant que quelque chose se manifeste.
« Pars d'ici. »
Je n'ai pu retenir un sursaut. Rien n'avait bougé, mais je n'avais aucun doute sur le fait que la voix provenait de là. Une voix douce et familière, féminine. Impossible de me remémorer le moment où je l'avais déjà entendue. Je me suis approché de la fenêtre en espérant qu'elle m'entendrait répondre.
« Je peux pas –
– La porte est ouverte. C'est le moment ou jamais.
– Mais qui...
– Peu importe. Arrange-toi pour ne pas te faire remarquer. Je t'attendrai à la sortie. »
Malgré mes questions, elle n'a rien ajouté de plus.
Je me suis dirigé vers la porte. Il était impossible qu'elle soit...
Ouverte.
Depuis quand ? Comment avais-je fait pour ne pas la voir ? D'un geste incertain, j'ai posé la main sur le battant et l'ai poussée doucement, pour éviter qu'elle ne fasse du bruit. Ne pas se faire remarquer. Si je voulais partir d'ici...
J'ai jeté un œil dans le couloir, vide. Étrange. Personne n'était là pour surveiller ? Je suis sorti prudemment. C'était peut-être un piège. Peut-être que la fille mentait.
Même si c'était le cas, je ne pouvais rester sur place sans rien faire. Si elle travaillait pour l'Organisation, je m'en occuperais plus tard pour le moment, la seule chose à faire était de continuer droit devant. J'aviserais en cas de problème.
Les problèmes ne vinrent pas. Au contraire, traverser les couloirs sans me faire repérer ne m'avait jamais paru aussi facile. Personne sur le chemin, aucune porte verrouillée, tout paraissait beaucoup trop simple. Comme si on m'invitait à sortir. Tout ça ne sentait pas bon. Pas bon du tout.
J'ai continué à avancer, sur mes gardes. N'importe qui pouvait surgir de derrière un mur.
Bientôt, la sortie s'est dressée devant moi, bien en évidence. Je me suis arrêté. Était-ce la voie la plus prudente ? Et si on m'attendait de l'autre côté ?
Le silence était partout, et rien n'indiquait un danger potentiel. Tant pis ; il fallait bien que je sorte, de toute façon.
J'ai à peine esquissé un pas vers la sortie que la porte s'est ouverte devant moi, laissant apparaître une fille blonde à l'air fatigué. Elle m'observait, impassible. Je ne l'avais jamais vue. Ce devait être elle qui m'avait parlé plus tôt.
Elle a levé une main, comme pour me faire taire avant même que j'ai ouvert la bouche.
« Partons d'ici » a-t-elle dit, et je n'ai plus eu aucun doute.
Hésitant, je suis resté immobile. Rien ne me prouvait que je pouvais lui faire confiance. Elle a secoué la tête devant mon manque de réaction.
« Nous n'avons plus beaucoup de temps. Je suis ton alliée, Vanitas. Et que tu me croies ou pas, tu n'auras aucune chance de t'en sortir sans mon aide.
– Pourquoi l'alarme n'a-t-elle pas sonné ? »
Elle a haussé les sourcils.
« L'alarme ?
– Seuls les membres de l'Organisation sont capables d'ouvrir cette porte de l'extérieur. Si on l'avait forcée, l'alarme aurait sonné. »
Et tout était resté curieusement silencieux, du début à la fin. Elle a eu un faible sourire, peu convainquant.
« L'Organisation l'a ouverte.
– Mais...
– Je t'expliquerai en route. Suis-moi. »
Elle n'a pas attendu ma réponse et s'est simplement éloignée de la porte. Je suis resté inerte un court instant. Puis, sans même m'en rendre compte, je m'étais mis à la suivre.
Elle n'était vêtue que d'une robe blanche qui se confondait dans le blizzard. Elle marchait pourtant dans la neige comme si elle ne sentait pas sa morsure glacée sur ses pieds. Elle s'éloignait de moi petit à petit, et je me suis rendu compte que si je ne la suivais pas de plus près, je finirais par perdre sa trace. J'ai accéléré le pas. Cette fille prétendait vouloir m'aider.
Elle s'est arrêtée, un bras levé pour me signifier de ne plus bouger. Après quelques instants de silence, elle s'est tournée vers moi.
« Vanitas, dit-elle en parlant plus fort pour que je l'entende à travers la tempête. L'Organisation est déjà au courant pour ton évasion. Nous devons nous éloigner d'ici le plus vite possible.
– D'accord.
– Ne me perds pas de vue. Tu dois me faire confiance, pour l'instant. Nous parlerons quand tout sera rentré dans l'ordre. Si tu te perds, je ne reviendrai pas te chercher. Ça va durer longtemps. Ne ralentis pas, jamais. Ils sont plus fort que tu ne l'imagines. »
J'aurais voulu répondre, même par un simple signe de tête, mais elle tournait déjà les talons et se mettait à accélérer le pas. Sans attendre un instant, je l'ai suivie. Sa voix me semblait si familière. Quelque chose, un souvenir enterré quelque part au loin, me dictait de lui faire confiance, de la suivre, de ne pas la perdre. Il fallait que je reste auprès d'elle. C'est ce que j'ai fait.
La météo n'était pas favorable à une fuite rapide, et nos jambes s'enfonçaient dans la neige presque jusqu'au genoux. Le vent ne cessait de hurler dans mes oreilles. Au moins, l'Organisation aurait du mal à nous retrouver, et la neige finirait par couvrir nos traces. C'était du moins ce que j'espérais.
Nous avons marché longtemps. J'avais froid. Le bruit du blizzard m'amenait des souvenirs dont je ne voulais pas entendre parler. Nous devions être arrivés à la deuxième limite du centre.
À peine me suis-je fait la réflexion qu'une douleur mortelle m'a transpercé le ventre.
Incapable de continuer ou même de rester debout, je me suis laissé tomber au sol, un hurlement au bord des lèvres, soudain dévoré par l'envie de revenir sur mes pas, de retrouver la source, de retrouver le centre, le confort de ma chambre, de m'endormir et de tout oublier. J'en avais le souffle coupé.
La douleur était insupportable. Insupportable. Je ne pouvais pas continuer, je ne pouvais pas m'en aller, je ne peux pas partir d'ici, c'est ma maison, je n'en ai pas le droit, j'ai atteint ma limite...
Deux mains se sont posées sur mes épaules. Je n'avais pas assez de forces pour relever la tête. Je me suis recroquevillé un peu plus sur moi-même. Quelqu'un parlait. Une voix dans la tempête.
Ven ?
Où es-tu ? Qu'est-ce que tu ressens ? Est-ce que tu pleures, Ven ? Je sais que je n'aurais pas dû désobéir, je suis désolé, je suis déso-
On me secouait avec force. La voix parlait de l'Organisation.
« Ils vont arriver ! Lève-toi, bon sang ! »
Mais je ne peux pas me relever. Je ne peux pas aller plus loin.
« Dépêche-toi ! »
J'ai vu le visage d'une fille en face du mien. Elle avait l'air effaré. C'était elle qui me secouait. Ah, oui. Elle. La fille qui m'avait sorti du centre. J'ai secoué mollement la tête.
« Je peux pas.
– Tu n'es plus attaché à rien, ici. Ces limites n'ont aucun sens. Tu te les imposes toi-même, tu peux sortir d'ici avec un peu de volonté. Vanitas, c'est ça ou mourir, tu comprends ? Nous devons partir d'ici, tout de suite !
– Je ne... »
Comment connaît-elle mon nom ?
« Les limites ne te concernent plus, tu n'es plus l'un des leurs. Tu as le droit de partir, tu m'entends ? Tu existes, désormais. Ne sois pas idiot. Ça ne fait pas mal. Tout ça, c'est dans ta tête. Je sais que tu es perdu, mais tu auras le temps de te morfondre plus tard. »
Je suis resté hébété. J'ai vu le doute traverser son regard. La déception.
Mais je ne te connais pas. En quoi t'ai-je déçue ?
Elle s'est baissée et a essayé de me relever par la force. Mais elle était trop frêle, trop faible, elle ne saurait pas me sortir de là. Je ne pouvais pas me sortir de là. L'Organisation sera toujours plus forte que moi.
J'ai repensé à Xemnas, à Xigbar, à Axel, à comment ils m'avaient obligé à obéir à leurs ordres, comment ils m'avaient menacés – nous avaient menacé, comment ils nous avaient manipulés, tous, pour qu'on ne se pose pas de questions, pour qu'on ne s'en aille jamais, pour qu'on reste enfermés dans nos propres limites. J'ai revu toutes ces fois où ils m'avaient ramenés de force et traînés jusqu'au centre lorsque j'espérais m'en éloigner. Ils ne me laisseraient jamais partir. Je ne pouvais pas.
Pourtant la douleur commençait à refluer, doucement, et je reprenais peu à peu le contrôle de mes mains, puis de mes bras, de mes jambes, de mon corps tout entier.
Plus rien ne me rattachait au centre.
J'ai regardé la fille et elle m'a regardé.
« Partons », a-t-elle dit d'une voix calme.
Elle a tendu la main et je l'ai attrapée sans plus me poser de questions. Je pouvais m'en aller. Il n'y avait plus rien, ici, plus rien qui me concerne.
Nous avons continué notre chemin sans un mot ni un regard. Elle marchait devant, sûre d'elle, et je ne savais même pas où elle nous emmenait. Je ne me suis plus arrêté. Je n'ai pas regardé derrière moi.
J'ai marché, marché, et marché encore. Je ne pensais à rien. La douleur m'avait définitivement quitté. J'entendais des hurlements à travers le vent, des véritables hurlements, des appels, mais la fille ne disait rien, elle continuait à avancer, et j'ai compris que je devais délirer, que rien de tout ça n'était réel. Ça devait être un autre de leur stratagème pour me garder ici.
Après quelques temps, nous avons trouvé ce qui ressemblait à une route. La neige y avait été plus ou moins dégagée et la fille m'a adressé un sourire.
« Nous y sommes, a-t-elle dit en scrutant l'horizon. Nous devons trouver la gare. Elle devrait se trouver un peu plus loin, si mes souvenirs sont bons.
– La gare ?
– C'est un chemin de fer. Le train qui passe ici ne vient que deux fois par jour. L'un d'eux passe en fin d'après-midi. Il nous reste encore du temps, mais mieux vaut nous dépêcher. Je ne suis pas sûre de l'endroit où nous sommes. Suis-moi. »
Elle a repris sa route en suivant la voie ferrée recouverte de neige.
Il a fallu près de deux heures pour que nous arrivions devant une petite bâtisse au toit complètement enseveli. De lourdes stalactites pendaient au bord des gouttières. Un panneau qui avait dû indiquer le nom de la station était devenu complètement illisible. Tout avait l'air délabré et abandonné depuis un moment.
La fille est entrée à l'intérieur, et je l'ai suivie sans discuter.
Les fenêtres étaient cassées et la neige s'était introduite dans l'abri, mais nous étions au moins protégés du vent. Elle s'est assise dans un coin encore sec, la tête posée sur ses genoux repliés vers elle.
« Nous en avons encore pour un moment », a-t-elle dit en voyant que je restais debout.
Je me suis assis à une distance relative. Elle me regardait sans ciller. Nous sommes restés silencieux. Dehors, le soleil disparaissait peu à peu. Bientôt, on ne pourrait plus rien distinguer. Il n'y avait pas la moindre source de lumière disponible.
« Quelle heure est-il ? » m'a demandé la fille en relevant brusquement la tête.
La nuit allait tomber, et l'hiver approchait de sa fin.
« Seize ou dix-sept heures, je dirais. »
Je n'avais jamais vraiment fait attention à l'heure, là-bas, alors mes indications restaient vagues.
« Il ne devrait plus tarder. S'il passe encore.
– Cet endroit a l'air abandonné, lui ai-je fait remarquer.
– Il ne l'est pas. Je ne pense pas. Il a toujours ressemblé à ça. On verra bien, de toute façon.
– Et s'il ne passe pas ?
– Tant pis. »
Le silence est revenu, pesant. Quelque chose me disait que j'aurais dû parler, lui poser des questions, entamer la conversation. Mais je ne savais pas quoi dire, ni quoi demander. Je ne la connaissais pas. Elle venait de me faire sortir du centre, et je n'étais même pas curieux.
J'ai essayé de penser à autre chose, mais l'Organisation me revenait sans cesse en tête. J'étais agité. Ils finiraient par me retrouver, j'en étais persuadé. Tout était si vide, ici, si loin de tout, ils n'auraient aucun mal à venir me chercher. Tout leur appartenait. Cette gare était peut-être minuscule, mais si elle se trouvait sur leur territoire, ils finiraient bien par fouiller ici.
J'ai jeté un coup d'œil à la fille. Je ne voyais plus grand chose, mais j'avais l'impression qu'elle souriait. Et si elle m'avait piégé ?
Mais pourquoi me sortir du centre, alors ? C'était ridicule.
« Quelque chose t'ennuie ? »
Aucun sourire dans sa voix. J'ai secoué la tête.
« Ne t'inquiète pas. » Elle s'est levée et a regardé à travers la fenêtre brisée. On ne distinguait presque plus rien au dehors. « Ils ne nous trouveront pas ici, même s'ils se mettent à ratisser le territoire. C'est Luxord qui s'occupe de cette zone. Et il sait que je suis là. »
Mes lèvres se sont légèrement entrouvertes sous la surprise.
« Luxord ?
– C'est lui qui nous a ouvert la porte.
– Luxord ? »
C'était lui qui nous avait aidé ? C'était inconcevable. Je l'avais toujours détesté. Il n'avait jamais fait preuve de la moindre sympathie. Pourquoi aurait-il...
« Il me connaît depuis longtemps. Il m'a parlé pendant de longues années.
– Mais il...
– Un jour, m'a-t-elle coupé, lorsqu'il avait vingt ans, il a reçu une mission particulièrement compliquée. Il l'a remplie avec succès, mais il manquait de discrétion. Son... simili, puisque c'est comme ça qu'ils les appellent, est mort à cause des représailles. L'Organisation l'a recruté tout de suite après ça. Ils ne pouvaient pas se permettre de perdre un membre aussi prometteur.
– Et c'est pour ça qu'il va nous aider ?
– Il ne les a jamais vraiment aimé. Il les a déjà trahi. »
Je n'en étais pas convaincu.
« Tu ne m'as même pas demandé mon nom », a-t-elle remarqué. Je ne voyais déjà plus son visage. « Je t'aurais cru plus curieux. »
J'ai haussé les épaules, même si elle était incapable de le voir.
« Tu connais mon nom », ai-je dit sans même y penser. Je l'ai entendue rire.
« Je connais ton nom.
– Comment ?
– Je t'ai observé longtemps. Je te connais »
Un soudain malaise s'est emparé de moi. Elle était restée dans le centre pendant plusieurs jours ? C'était impossible, ils l'auraient trouvée, même si Luxord l'avait protégée d'eux. Epsilon lui-même ne pouvait pas disparaître longtemps. Xemnas savait tout. Elle n'aurait pas pu rester cachée.
« Qu'est-ce que tu racontes ? »
Elle a ri, encore. J'ai réprimé un frisson.
« Vanitas, a-t-elle répété. Tu n'as pas remarqué ?
– Remarqué quoi ? »
Sa voix me mettait de plus en plus mal à l'aise.
« Connais-tu le véritable nom de Ven ?
– Son nom ?
– C'était simplement un diminutif. Lui-même devait l'avoir oublié. En réalité, il s'appelait Ventus.
– Mais comm...
– Je sais beaucoup de choses sur vous deux. Alors, tu vois, maintenant ? Ventus. Vanitas. Je l'ai choisi moi-même. Comme ça, au moins, vous étiez assortis. »
Quoi ? Personne ne m'avait nommé. Je m'appelais comme ça depuis ma naissance, et personne ne m'avait donné de nom, j'en était certain. À moins que...
Sa voix m'avait parue si familière.
« Tu connais Ven...
– Oh oui.
– Mais c'est... tu n'es pas... »
Ma voix s'est éteinte. Toute cette situation me paraissait irréelle. Qu'est-ce qu'elle essayait de me dire ? Qu'est-ce que j'étais censé comprendre ?
Le vent était tombé et le silence était total.
Un bruit sourd a résonné au loin.
« Le train arrive », a-t-elle remarqué.
Je l'ai entendue bouger, et elle a posé une main sur mon bras. Comme elle, je me suis redressé.
« Qui es-tu ? »
Elle a ouvert la porte et m'a poussé au-dehors. Le train approchait. On pouvait apercevoir ses phares, d'ici.
Un vent froid m'a caressé la joue. J'ai répété :
« Qui es-tu ? »
Le train a klaxonné.
« Je m'appelle Naminé », a-t-elle annoncé.
Son visage a été éclairé par les phares qui se rapprochaient de nous. Elle souriait.
« Je suis un simili. Ravie de faire ta connaissance. »
Le train s'est arrêté sur le quai. La porte s'est ouverte. Elle est montée et m'a tendu la main.
« Qu'est-ce que tu attends ? C'est l'heure. »
La porte s'est refermée derrière nous et la machine s'est remise en route, nous emmenant loin de tout, loin du centre, plus loin que je n'avais jamais été.
Ah, Ven, Ven, tu me manques déjà :'(.
Je suis toujours très perturbée quand j'écris cette fic. Trop l'habitude de la troisième du singulier, argh. Merci beaucoup pour votre lecture, et vos gentilles reviews. Coeur sur vous ;; Vous êtes cool.
(Un jour je recorrigerai aussi cette fic. Hahahahahahaha oui, oui.)
